Les questions sont des fusils, et les réponses des balles, armés dans l'unique but d'abattre un homme qui penserait bien ou mal. Peut-être suis-je dans l'erreur, lorsque je crois au fait que le fond est aussi important que la forme, c'est-à-dire sans la moindre. Assurément, je vis dans le paradoxe d'une pensée erronée, puisque l'essence même de l'existence correspondrait à la résolution d'un problème posé par notre quête de sens. Pourtant, je me refuse, et suis à la fois emporté, tout au contraire, par le simple discours voulant faire de ce superflu un oubli, ou dû moins, quelque chose de secondaire. Bien sûr, à titre personnel, cela me paraît parfaitement délirant. Je ne doute pas que cela soit tout aussi impensable pour bien du monde. Je crois que le problème inhérent à l'esprit humain ne consiste pas tant à ignorer le délaissement nécessaire de certains détails auxquels il attache tant d'importance, mais seulement de se sentir capable d'un tel détachement. Sincèrement, seriez-vous prêt à mettre de côté ce qui rend belle votre vie? Rares sont ceux qui abandonneraient leurs fils et filles par intérêt égoïste. Non qu'ils ne le souhaitent pas au fond d'eux-mêmes, ou ne songent pas à le faire pour se détacher d'une souffrance. C'est simplement là la démonstration d'un attachement très humain pour ce qui lui "appartient", pour ce à quoi il tient.
En fait, je me demande sérieusement pourquoi nous avons à ce point le besoin d'être, ou paraître, sérieux. Est-ce par souci d'avoir l'air intelligent? En ce cas, c'en est parfaitement ridicule. Est-ce pour se défaire d'un poids plus existentiel et réel? En celui-ci, nous serions dans l'illusion et la lâcheté. Est-ce pour une raison, aussi glorieuse, sympathique, respectable, soit-elle? Vous ne ferez que vous rassurer la pauvre conscience de s'éviter la vraie réponse à la seule véritable question : pourquoi respirons-nous péniblement ainsi pendant des années durant en l'attente de crever? Par cette tournure, je parais extrêmement négatif, alors qu'au contraire, il n'en est rien, sauf dans votre tête : nous ne sommes là ni pour vivre, ni pour mourir, ni pour jouir, ni pour souffrir, ni pour aucune justification idiote qu'on pourrait accorder au fait de vivre. Nous sommes. Et tout naît et s'achève là.