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Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 22/03/2014 dans Billets
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Les vrais maîtres de l'horreur Je ne ressens plus rien devant les films d'horreur, Wes Craven ne me fait absolument plus peur, Heureusement pour moi, il reste le JT, Le plus flippant, c'est que c'est la réalité, Enfin, presque. Frisson devant l'écran, on me vante l'effroi, L'info glace le sang, les faits divers sont froids, Un morts, deux morts, trois morts ou une infinité, Même en poussant au max la luminosité, Sur mon écran plasma, elle est bien laid', la vie, Si j'en crois les horreurs de l'actualité, Un casse, un meurtre, un viol, ça donne pas envie De mettre un pied dehors pour se faire buter. Un', deux, trois dépouill's dans les bois, Quatre, cinq, six coups de tournevis, Sept, huit, neuf suspects chez les keufs, Dix, onze, douze unes dans les news. Je ne ressens plus rien dans les romans d'horreur, Stephen King ne me fait absolument plus peur, Heureusement pour moi, il reste les journaux, C'est à peu près réel, et c'est ça le plus beau !1 point
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J'me suis dit : "et si tu écrivais une histoire, ces trucs un peu chiant". Mais pour raconter quoi? Ma vie? Je sais bien que la mode consiste à tout dire sur soi et à s'imaginer, en plus, intéressant. "J'avais treize ans, j'ai eu une mauvaise note, j'ai été traumatisé." Merci, vraiment. Voilà ma vie changée. Une histoire? Tout a déjà été chanté. Il suffirait de se souvenir un peu. Et quand l'un parvient à trouver l'infime qui n'a pas été abordé, il est hué, mis en cage, et expédié assez loin pour ne déranger personne. Des idées? Mieux vaut encore jouer aux cartes. Flaubert n'avait pas tort : l'idéal serait d'écrire sur rien. Voilà une source inépuisable, une terre inexplorée et fertile. Seulement, comment écrire sur rien, sinon en n'écrivant pas? Les plus grands poètes seraient-ils ceux qui, plutôt que de l'écrire, la font vivre à travers eux? Une poésie vivante, mouvante, faisant éclore des amours et des peines? Allons, essayons. Z. ne voulait pas autre chose que s'ennuyer, aujourd'hui. Et comment mieux s'y prendre qu'en s'adonnant à l'inactivité? Il trônait sur son banc comme un monstre sur la peur. Tout son zèle finissait dans cet enseignement de patience et de beauté. En philosophe, il songeait à ce qu'était la vie, en ce qu'elle se définissait par son mouvement, par l'action. Peut-être se trompaient-ils. Peut-être que la vie tenait davantage dans le retirement de sa nature, de son inclination à toujours s'agiter. Erreur! s'indigna sa volonté. Penser est déjà se tromper, poser le premier jalon du faire. Alors, cessons. Il était assis, il regardait sans regarder. Cela était de trop. Il ferma les yeux. Se mît droit. La vue s'était tue. Si les bruits agressaient ses tympans, il en oubliait la contenance et la provenance. Son ouïe ne voyait plus. Sa bouche, fermée, ne goûtait pas la saveur d'un air pur et corrompant. Ses narines, éteintes, manquaient de respirer. Et, enfin, son toucher, qui flirtait avec le sol et le bois, s'estompait à mesure qu'il quittait ce monde. Arrêtons. Cela est faux. Parler de quelqu'un, c'est déjà parler de quelque chose. Je ne vois qu'une solution, radicale, pour s'en approcher. Le caillou se tenait là, immobile, attendant avec apathie que le temps érode son dos. Il est vrai qu'il souffrait grandement de sa condition, usé qu'il était par les innombrables écrasements qu'il subissait depuis les centaines d'années qu'il trainait là. Elle l'avait pourtant déplacé, depuis, le mettant un peu de côté par rapport au chemin. Mais enfin, tout ceci n'était plus de son âge. Il laissait volontiers sa place à la jeunesse qui tardait à venir. Pourquoi? Il l'ignorait. En réalité, il ne pouvait pas même y songer. Je ne compte pas parler pour lui pour autant. Il a choisi ce qu'il a choisi. D'ailleurs, alors que je me promenais rêveusement en forêt, il m'expliqua, à mon passage, qu'il attendait son heure. C'est là que je pris conscience que plus nous bougeons, moins nous durons. Plus nous y pensons, moins nous le supportons. Je lui proposais d'écrire sa vie. Il me répondit qu'il n'en avait pas à conter, que toutes ces choses n'étaient bonnes que pour nous, les êtres à pieds. J'insistais cependant, et il me fit une concession, le résumé d'un millier d'ans : ma vie est attente. Je compris alors que j'étais bien parti pour durer, moi aussi.1 point
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Soyons originaux, mes amis. Soyons originaux en niant toute originalité, en excluant toute saveur et tout style plaisant. Prenons l'histoire la plus originale possible : un homme banal dans une vie ordinaire. Comment ne pourrait-il pas se détacher au milieu de ces aventuriers, experts, savants et gens d'actions? N'est-ce pas inquiétant que de vivre dans un monde où le commun devient le plus étonnant? Et il est vrai que A. se faisait beaucoup de souci. Oh, pas pour ces questions très inutiles et très lointaines pour lui, non. Plutôt pour son petit chat qui ne rentrait pas alors qu'il était dehors depuis ce matin et qu'il commençait à faire nuit. Demain, s'il ne revenait pas pendant son sommeil, il partirait le retrouver. Mais A. ne trouva pas le sommeil. Son inquiétude le tenait que trop éveillé. Ses questions, bien réelles, elles, emplissaient son encéphale. Et s'il lui était arrivé quelque chose? Et s'il souffrait en cet instant même, espérant une aide qui ne venait pas? Décidé, il se leva, sachant très bien qu'il ne parviendrait à rien tant qu'il ne savait pas. Habillé et muni de sa lampe torche, il sortit et débuta ses recherches. Après une heure, il le retrouva sur la route, plus loin dans le village, couché à même le sol, le ventre écrasé. Une roue lui était passé dessus. Le coeur de A. fut, à ce moment-là, brisé. Il s'approcha, le prit entre ses doigts, et retourna chez lui pour l'enterrer. Vous remarquerez que la voiture qui aurait dû débouler précisément quand il était au milieu de la chaussée, en pleine nuit quand personne ne conduit, n'a pas déboulé et ne l'a pas écrasé. De même que la situation absurde qui consiste à lui faire comprendre qu'il a fait erreur parce que ce chat n'est pas son chat, et donc qu'il se fait renverser quand son chat est en réalité bien au chaud chez lui, dans un coin, n'a pas davantage lieu. Que de choses quotidiennes, bien que tristes, qui arrivent chaque jour! Un homme seul, mélancolique, avec son être fidèle, qui un jour disparaît, mais jamais très loin. Nous ne sommes pas dans le cas où l'homme se lance dans des aventures rocambolesques pour délivrer son chat des forces du mal ou d'un enlèvement pour faire pression par son attachement afin d'extorquer les millions qu'il aurait planqué soigneusement dans le fond de son jardin perdu. Que voulez-vous, nos vies n'y ressemblent pas, et il est bien inutile de les rêver ainsi. Imaginons donc un monde fait d'aventuriers. Ne songeraient-ils pas, en ce cas, à être des hommes posés et calmes, et écriraient à ce propos de la prose et des vers? A quoi bon se préoccuper de réalisme? Aucun personnage n'est jamais apparu devant nous, sauf dans les romans. Voilà le bon lecteur : celui qui lit, et non pas celui qui lit pour quelque chose. Chaque objectif empoisonne la pureté de la lecture. Et qu'avons-nous à faire de l'originalité? Nul ne l'est, tous le pensent. Parce que dans le cas échéant, l'oeuvre la plus originale serait celle-là même qui existe mais n'est lue par personne. Mieux, elle n'aurait été écrite par personne. Oui, c'est cela : je rêve d'écrire quelque chose que je n'aurais pas écrit et qu'aucun ne lirait. J'aurais atteint, en ce cas, le degré d'originalité suprême. Une oeuvre qui cherche à être originale en son essence est mauvaise. L'essentiel, c'est qu'elle soit. En cela, elle ressemble aux hommes. Elle ressemble à l'homme.1 point
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