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cricket

Histoire naturelle

Elle fait sortir ces vers de terre. Elle aime tresser les mots par leur racine, exploiter leur ramification, apprivoiser la nature de la phrase. Son savoir-faire, s'exprimant sur cette feuille, transpire de tout son hêtre, elle est bien armée. Les pensées, lierre enroulé jusqu'à la cime de son ennui ne résistent pas au cisaillement d'une plume bien aiguisée. Les lignes s'accumulant, de plus en plus serrées, témoignent du temps qu'elle passe, penchée sur elle même, recroquevillement intellectuel. Seule, elle peut enfin écorcher son écorce. Elle lie ces maux par des chaines centenaires, par une vieille formule de druide ou bien de sorcière, maitrisant l'art de la catharsis. La sève bleue s'écoule lentement de sa mine, l'écriture est fluide. Les points ne se suspendent plus. Les lettres virevoltent, emportant avec elles leur signification. Elles ne s'engluent pas dans cette résine faite d'hésitation, préambule du chant du cygne. Les mots tombent en tous sens, c'est la saison, et comme pour le feuillage ils ne renaitront qu'à la prochaine page.

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...

Morphée aime à jouer avec mes nerfs

Il ne se laisse pas saisir, l'éphémère

Plein de fourberie, peut être de rancoeur

Il s'amuse, peu importe l'heure

Sa meilleure ruse est la diversion

Cela peut être sous la forme d'un plaisir

Formidable accélarateur temporel

Ou bien un souci, une question existencielle

Mais bien souvent je dois en convenir

C'est cette incéssante obsession

Fier de m'abandonner

Il me nargue en laissant ses traces

Et je devrais implorer pitié

Pour qu'en une nuit il les efface

Suis moi je te fuis

Jusqu'à la mort de la nuit

Fuis moi je te suis

Jusqu'au fond de ce puits

cricket

Mascarade

Il camoufle ses chutes par des cascades, détourne la conversation par des pirouettes. Il rit de ses échecs et de ses blessures. Il ne s' est pas encore rendu compte que son silence l'emmure. Comme si sa douleur allait disparaître, s 'il ne la montre pas. Il joue de ce déguisement, son numéro parait bien rodé. Le maquillage, ne laisse rien paraître même pas les cernes. Ce masque est l'illusion parfaite avec lequel il les berne. Il abuse de sa capacité à faire semblant, tel le prestidigitateur alcoolique sortant des bouteilles de son chapeau, possédant un pouvoir auto-destructeur. Dans le public, tout le monde rit, et personne ne cherche à savoir qui se cache derrière ce costume. Ils sont venus ici pour se divertir, le clown leur donne simplement ce qu'ils désirent.

Mais au troisième rang cette petite fille au regard magique voit clair dans son jeu, touchée par l'âme qui transcende son personnage. Elle se demande pourquoi les autres participent à cette mascarade, si c'est parce qu'ils sont sots au point de croire à cette image ou bien trop égoïstes et lâches pour avoir le courage de révéler le carnage, préférant la version enrubannée.

Le clown n'enlèvera son costume qu'une fois entré aux loges. Là, à l'abri des spectateurs, ces voyeurs, il n' osera pourtant pas regarder son vrai visage dans le miroir.

La petite fille reviendra demain. Un jour peut être, le clown apercevra qu'elle sait.

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La routine

Il est trop tôt.

Déjà ce cri strident retentit, toujours ponctuel mais n'arrivant jamais au bon moment. Elle reste là, étendue, n'osant ouvrir les yeux, de peur de réaliser qu'un nouveau jour commence, qu'elle doit abandonner ce doux rêve teinté de rose orangé, et revenir à la réalité. Enroulée dans la chaleur maternelle de sa couette moelleuse, elle s'éveille lentement, voulant à tout prix savourer cet instant, cet état de conscience, perdue entre deux mondes. Le son se fait de plus en plus insistant, presque cruel, devinant peut être son hésitation, il la harcèle, se répétant encore et encore. Elle décide enfin de se lever et d'éteindre son réveil. La lumière lui brûle les yeux.

Juste une minute, le temps d'ingurgiter un café tiède. Elle jette un oeil à la pendule du salon, l'aiguille poursuivait son chemin, imperturbable. Elle se prépare en hâte puis sort.

Aujourd'hui est un jour comme les autres, elle déambule dans les rues qu'elle connait par coeur, la démarche mécanique et le regard dans le vague, elle se dirige vers son lieu de travail. Là où elle passera la journée à rêvasser ou à regarder du haut de la fenêtre les allers et venues des passants, ces fourmis toujours pressées. C'est drôle comme le temps parait suspendu, dans ces moments, les autres continuent leur route, et elle est là, assise.

Elle est en retard.

Elle ne s'inquiète pourtant pas, elle a l'habitude. Il fait déjà beau et chaud, pour une fois les matinaux sourient, cela lui aurait probablement remonté le moral, si seulement elle avait pris la peine de sortir de sa bulle, mais elle ne l'a même pas remarqué. Elle traverse la rue sans même vérifier qu'aucune voiture n'arrive.

Elle aurait dû....

Le crissement suraigu des pneus sur l'asphalte la réveille enfin, les passants se retournent. La violence du choc la fait valser comme une vulgaire poupée de chiffon, cette douleur lanscinante qui l'envahit, commes des centaines de lames la lacérant de l'interieur.

Elle ne trouve pas la force de crier. Un attroupement se forme, profitant du macabre spectacle. Ce voile brumeux revient se poser sur ses yeux, la plongeant dans cette inconscience qu'elle trouve si apaisante. Elle reste là allongée, ne luttant même pas pour ouvrir les yeux, pendant que les passants s'activent enfin. La trotteuse de sa montre brisée, d'abord hésitante repart de plus belle. Elle a froid. Le bruit ambiant s'atténue, la lumière se fait plus faible. Elle s'enfonce à jamais dans ce sommeil sans rêves.

Il est trop tard.

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Immersion

J'entends ton murmure magique,

Douce sirène à la fin si tragique.

Victime de la violence de ton père,

qui t'a éclaboussée de sa colère.

Extirpée de ce rocher là-haut,

Tu reposes à présent parmi les flots.

Ensorceleuse, au regard captivant

Semant le feu sans artifice,

dans le coeur des hommes, naviguant,

Exacerbant leur faible vice.

Obnubilés par ton chant, et ta beauté

Il venaient s'échouer sur les rochers.

Tu as compris, lorsque tu les as rejoints

La douleur de ces nombreux marins.

Cette brûlure dans les poumons, puissante

que l'eau alentour ne pouvait éteindre

Les bulles d'air remontant, insolentes,

A la surface qu'ils ne sauraient atteindre.

Quelle amusante ironie du sort,

Lorelei, je me réjouis de ta mort.

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A nos amantes

Dans la pénombre, il s'approchait à pas de loup,

Les sens en éveil, sa vue se faisant perçante,

il domptait l'obscurité. Son regard glissa sur le cou

de sa future victime, sublimé par une lueur enlaçante.

La lune, pleine comme son désir, dessinait,

en s'introduisant furtivement entre les rideaux

un trait fin sur sa proie toujours évanouie,

comme pour lui indiquer le chemin précis.

Il le guiderait jusqu'à la cambrure de son dos.

Il pouvait enfin mener l'offensive, il était assez près.

Baisers et morsures, griffures et caresses.

Elle se débattait déja, d'abord ondulante,

elle l'enserrait maintenant, serpent constrictor.

La lutte acharnée désignerait cette fois encore

deux vainqueurs, le prédateur et son amante.

Ils s'endormirent, tous deux, dans la tendresse.

En amour tous les coups sont permis

Surtout les meilleurs

Si vous entendez un bruit dans la nuit

N'ayez pas peur.

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Voyage

Assis, las, il se sentait pesant,

Cette impression de tomber, sans pouvoir s'arrêter.

Ne pouvant définir si sa chute était incroyablement lente

ou si l'illusion était dûe à la profondeur de la descente.

Mollement, il se laissait transporter

Etrangement, il ne croisa ni horloge ni lapin blanc.

Son esprit ayant vogué, emporté par la brise,

S'enfonçait en tourbillonant dans le sofa, comme digéré.

Ce monstre marin aux accoudoirs tentaculaires

l'engloutissait vingt milles lieues sous les mers

Il allait sûrement rejoindre quelques épaves échouées

dans ces profondeurs à jamais incomprises.

En levant les yeux, il pouvait voir la surface, lointaine,

Lumineuse, qui ondulait sous ce doux scintillement,

Il aurait tellement voulu passer de l'autre coté du miroir,

Là où cette crevasse deviendrait montagne, une échappatoire,

Là où son fatal désespoir, se muerait en émerveillement,

Cette contrée magique, loin des tensions humaines.

Mais il était perdu d'avance, peu importe ce souhait,

Ni génie, ni fée pour l'exaucer, il était bel et bien seul,

Sa chute n'en finissait pas, un voyage au centre de la Terre

Croisera t'il quelques créatures préhistoriques ou légendaires

Les dents affutées, luisantes, débordant de leur gueules

Qui enfin feraient cesser cette déchéance de camé qu'il haïssait ?