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Michael Westen

Un talent fou associé à un look improbable, une mentalité rafraichissante, des interviews surréalistes, et l'envie de faire sourire en permanence : Peter Sagan a cassé tous les codes du cyclisme moderne et gagné les plus belles courses, pour devenir l'égérie d'un sport qui avait perdu de sa superbe et se cherchait une nouvelle étoile. Elle est slovaque.

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D'abord champion du monde de VTT, il rejoint ensuite le cyclisme sur route et se fait immédiatement remarquer, sur le vélo comme en dehors. Vainqueur de nombreux sprints majeurs (Paris-Nice, Tour de France...) il développe déjà son goût pour le show, avec son fameux wheeling, sa roue avant à l'arrivée de certaines courses, ou encore lorsqu'il déclenche malgré lui une polémique après avoir pincé les fesses d'une hôtesse sur un podium.

Depuis, il s'est assagi. Enfin, un peu. Juste assez pour ne plus être dans l'oeil du cyclone, mais en gardant sa folie.

Et surtout, il a gagné un bon paquet de courses chaque année, même si celle des ses rêves lui échappe encore : la classique Milan San Remo.

Mais c'est en devenant champion du monde fin 2015 que tout a changé. Parti seul à quelques kilomètres de l'arrivée, lui qui avait la réputation de collectionner les places d'honneur à défaut des grandes victoires a su résister au peloton et aux sprinteurs pour pouvoir célébrer avant même le passage de la ligne. Célébrer, à sa manière, évidemment.

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Depuis, 13 victoires, dont le Tour des Flandes ou 3 étapes du Tour de France (+ 3 jours avec le maillot jaune et un quatrième classement du maillot vert remporté)

Lui qui déclare prendre le cyclisme comme un jeu, un sport au sens premier du terme, et non comme un métier, a continué de le prouver avec le maillot arc-en-ciel sur les épaules.

Ses cheveux longs, son bouc, ses tatouages, ses t-shirts à son effigie, ses pitreries permanentes en interview ou encore ses vidéos délirantes sur les réseaux sociaux... tout ajoute à la légende du personnage dans un monde où tous les cyclistes se ressemblent, avec leur bronzage qui s'arrête aux bras et leur morphotype commun. Mais surtout, dans un monde où les cyclistes ne procurent plus que suspicion, au détriment de la passion et du plaisir.

Sagan s'amuse, sur un vélo comme en dehors. Même sa photo de mariage est, comme lui, perchée.

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Un style qui ne peut que plaire. Parce qu'il ne fait rien comme les autres, parce qu'il ne ressemble à personne, mais aussi parce qu'il gagne des dizaines de courses chaque année avec un panache qui force l'admiration, Sagan est devenu le chouchou des passionnés, le modèle des autres coureurs, et l'idole du grand public.

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Dans quelques jours, il perdra peut-être son maillot de champion du monde, à Doha. (Pour annoncer son départ au Qatar, il a posté une vidéo de lui disparaissant sur le tapis roulant des valises à l'aéroport...)

Mais s'il y a bien un coureur capable de gagner à nouveau les championnats du monde, c'est lui. Et puis de toute façon, même s'il ne gagne pas, il sera toujours facilement identifiable la saison prochaine : il vient de remporter le premier championnat d'Europe organisé à Plumelec, en Bretagne.

Une étoile avec un maillot étoilé (ou arc-en-ciel) et qui est presque toujours à l'avant : en 2017, il sera encore difficile de rater Peter Sagan.

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Michael Westen

"Cleveland, this is for you !"

Ces matchs de finale tournent rapidement à l'avantage de Golden State, qui, bien que favori, ne semble plus aussi impressionnant que l'année précédente. Et pourtant, malgré un Stephen Curry assez moyen, grâce à leur excellent collectif, ils mènent 3 victoires à 1 et ne sont donc plus qu'à une victoire du titre. (En basket, comme au baseball ou au hockey, les matchs éliminatoires se disputent au meilleur des 7 matchs, la première équipe à en remporter quatre est donc désignée vainqueur)

Une nouvelle fois, on pense Cleveland mal embarqué pour briser la malédiction.

D'ailleurs, dans l'histoire de la NBA, jamais une équipe menée 3-1 en finale n'a réussi à renverser la situation et remporter le titre. Si aucune équipe ne l'a jamais réussi, comment Cleveland la maudite pourrait-elle le faire...

C'est pourtant ce qui va arriver. Comme s'il fallait réaliser l'impensable pour venir à bout d'une malédiction vieille de 50 ans.

Et, évidemment, c'est LeBron qui va mener Cleveland vers son destin. Deux matchs de suite où il score 41 points, mais pas seulement : rebonds, passes décisives, interceptions, contres. Il se charge de tout, mais cette fois-ci, il n'est plus seul : assisté de ses lieutenants, Irving, Smith, Love ou Thompson, il ramène les Cavaliers à 3-3.

Golden State, en position ultra-favorable, doit pourtant recevoir Cleveland pour un 7ème match : le match décisif. Le reste est connu. LeBron James marque 27 points, distribue 11 passes décisives, intercepte, contre... et offre un titre. Le plus dur. Le plus beau.

Après ses larmes couché sur le parquet, puis les embrassades avec ses coéquipiers, LeBron reçoit le trophée de meilleur joueur de la finale, et le micro. Bien que le match ait eu lieu sur le parquet de Golden State, il sait que tout Cleveland le regarde, et que tout l'Ohio le célèbre. Ses premiers mots leur sont dédiés.

"J'ai donné tout ce que j'avais. J'ai mis mon coeur, mon sang, ma sueur et mes larmes dans ce match." Puis il conclut : "Cleveland, c'est pour toi !"

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La prophétie est accomplie. La malédiction rompue. 52 ans après le titre des Cleveland Browns, les habitants peuvent enfin répondre à toutes les moqueries, et vivre une journée sans être rappelés à leur condition de loser.

On ne peut pas imaginer le bonheur ressenti par ces millions de gens après un seul match. La sensation offerte par une équipe de sport, basket en l'occurence, et l'impact d'une victoire sur le bien-être collectif d'une ville, d'un Etat.

Beaucoup n'aimaient pas spécialement LeBron James. Moi y compris. Pour son style de jeu, pour ses choix de carrière, pour une renommée qui ne collait pas forcément avec son palmarès, pour des tas de raisons, aussi parce qu'il était objectivement supérieur aux autres joueurs, et que le "meilleur joueur" divise souvent. Sans forcément le détester, beaucoup n'avaient pas l'affection, l'admiration pour LeBron James à la hauteur de son talent.

Ce 19 juin 2016, il a réduit beaucoup de ses haters au silence, et gagné le respect, l'admiration, de pas mal d'entre eux.

On dit souvent qu'on reconnaît un grand sportif à sa capacité de ne laisser personne indifférent. Soit on l'aime, soit on le déteste. Mais on a forcément un avis, un ressenti sur lui.

En cela, et avec ses statistiques, LeBron James a fait partie des plus grands dès sa première année.

Avec cet exploit en finale et le titre des Cavaliers, lui qui était déjà dans la légende du basket-ball est définitivement entré dans celle du sport, ainsi que celle d'une région entière.

Car pour tout Cleveland, et tout l'Ohio, il n'est plus l'élu, ni le traître, le pleurnichard... il est "The Promise Keeper" : celui qui a tenu parole.

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Michael Westen

"I'm coming home."

"Je reviens à la maison."

A la surprise générale, c'est par ces simples mots que LeBron James annonce, au début de l'été 2014, son départ de Miami pour Cleveland.

"Mon histoire avec l'Ohio, c'est plus que du basket. Je ne l'avais pas réalisé il y a 4 ans. Maintenant si. Ce qui m'importe le plus, c'est de ramener un titre à l'Ohio."

Les Clevelanders explosent de joie. Les mêmes qui brûlaient leur maillot 4 ans auparavant et insultaient LeBron de lâche, de traître, se précipitent à la boutique pour reprendre un maillot, un bandeau, du King. Le roi est de retour, la prophétie, que tout le monde avait jeté aux oubliettes, pourrait finalement s'avérer juste. "The Decision number 2" comme elle est appelée, ravit tout le monde, sauf peut-être Miami. L'histoire d'un joueur qui quitte sa région pour gagner des titres ailleurs est banale, celle du champion qui y revient pour l'emmener au sommet, beaucoup moins.

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LeBron sait qu'il ne pourra toutefois pas remporter un titre seul. A Miami, il formait un trio de choc, "Los tres amigos", avec deux superstars Dwayne Wade et Chris Bosh, amis proches de James. A Cleveland, ne reste que quelques joueurs prometteurs. Une bonne équipe. Pas une équipe taillée pour le titre. Mais l'arrivée du King bouleverse tout, et après quelques transferts bien sentis, les Cleveland Cavaliers passent en quelques semaines d'éventuel outsider, à favori logique de la conférence Est.

Et dès la première saison, Cleveland gagne des matchs. Beaucoup de matchs. Mais semble limitée collectivement, tant l'équipe repose sur James. D'autant qu'à l'Ouest des Etats-Unis, les Golden State Warriors de Stephen Curry écrasent tout sur leur passage, et c'est logiquement que la finale NBA oppose ces deux équipes.

Le suspense ne durera que peu de temps, les Warriors sont trop forts, trop bien organisés collectivement face à une équipe emmenée par une superstar mais entouré de jeunes encore inexpérimentés à ce niveau.

Les Cavaliers perdent la finale NBA 2015, et le spectre de la malédiction surgit à nouveau. A Cleveland, la défaite est d'autant plus douloureuse qu'elle fut précédée d'espoir. Autant ces dernières années, ils n'attendaient rien, autant en 2015, grâce au retour du Roi, et au parcours de l'équipe, ils s'étaient pris à rêver. Avant de chuter à nouveau.

Les fans des Cavaliers ne le savent pas encore, mais cet ascenseur émotionnel et cette défaite, sévère bien que logique, constitue les germes d'une victoire future. Un travail qui portera ses fruits l'année suivante, lors d'une nouvelle quête du titre.

La saison 2015-2016 part sur les mêmes bases que la précédente : à l'Est, Cleveland écrase la concurrence et fait figure de favori. A l'Ouest, Golden State fait face à des équipes bien plus fortes (Spurs de San Antonio, le Thunder d'Oklahoma City...) mais domine quand même très largement, au point de démarrer la saison par 24 victoires de suite, un record en NBA.

L'on se prend alors à rêver d'un remake de la finale précédente, d'un nouveau duel entre LeBron James et Stephen Curry.

Les Warriors bouclent la saison avec 73 victoires en 82 matchs, et établissent à nouveau un record en NBA. Stephen Curry est désigné meilleur joueur de l'année. (MVP) Et malgré un parcours compliqué en phase finale, ils parviennent à se débarrasser des Blazers de Portland, puis du Thunder d'Oklahoma City. Mais certains points faibles ont été révélés, et à l'Est, Cleveland, qui a atteint la finale sans aucune difficulté, compte bien prendre sa revanche sur son rival, et sur le destin...

Michael Westen

"The Decision" : La trahison de King James

Depuis 2003, LeBron James a effectivement régné sur la NBA, enchaînant les records, les titres de meilleur joueur, les actions exceptionnelles et les matchs mémorables, devenant King James. Mais tout roi qu'il est, il n'a pas réussi à offrir le titre à Cleveland. Il est un champion, mais n'est toujours pas le champion. Ce qui permet à tous ses "haters" (anti-LeBron) de pouvoir se moquer, et nuancer son poids dans l'histoire du basket américain.

Leur argument massue ? Comparer James aux plus grands n'a aucun sens, car James n'a pas le moindre titre. Contrairement à Kobe Bryant, à Tim Duncan. Alors comment oser en faire le descendant de Michael Jordan...

Agacé, frustré, lassé de toutes ces railleries, et de voir que le temps passe mais que son palmarès reste vierge, LeBron prend à l'été 2010 ce qui sera appelé "The Decision" (La Décision) : il annonce qu'il quitte Cleveland, et rejoint le Miami Heat.

La raison principale de son départ finira d'achever des fans déjà effondrés : il veut jouer dans une équipe qui a une réelle chance d'être champion. Et Cleveland passe à nouveau pour une ville de loser.

Une trahison. Un abandon. Voilà comment les habitants de l'Ohio vivent ce départ. Un peu comme Obi-Wan dans la saga Star Wars quand il fait face à son disciple, Anakin Skywalker, basculé dans le côté obscur, et hurle "You were the chosen one" ("Tu étais l'élu !")

Exactement comme dans la saga mythique, celui qui devait réaliser la prophétie, celui qui devait apporter un titre à Cleveland (et le seul qui en était réellement capable...) passe chez un rival, et anéantit les espoirs de toute une ville, de tout l'Ohio.

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La réaction des Clevelanders est forcément violente, viscérale. Des milliers d'entre eux se réunissent à l'extérieur pour brûler leur maillot du King, et ne veulent plus entendre parler de celui qui les abandonne à leur triste sort.

Sa cote de popularité dégringole (sauf en Floride...) et chaque match de Miami dans la salle de Cleveland se dispute dans un climat des plus tendus, et incroyablement virulent envers le traître, LeBron.

Miami ira en finale dès cette saison, mais sera battu. LeBron est toujours frustré, ses anciens fans jubilent. Mais Miami retournera en finale les trois années suivantes, et remportera deux titres d'affilée. 2 victoires, 2 défaites, en 4 finales à la suite. Le pari est malgré tout plus que gagnant pour James. Il est champion. Sans Cleveland.

Mais contrairement à ce que beaucoup pensaient, le King n'a pas totalement renoncé à être "The Chosen One"...

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Michael Westen

20 juin 2016, à 4h45 du matin heure française, aux alentours de 22h pour les habitants de Cleveland, en Ohio, une malédiction vieille de plus de 50 ans s'est rompue. Une promesse a été tenue. Et une prophétie annoncée près de 15 ans plus tôt s'est accomplie. Tout cela en un seul match de basketball. Mais quel match.

Dans cette finale, remake de l'année précédente, les Cleveland Cavaliers ont fini par venir à bout des champions en titre, les Golden State Warriors de Stephen Curry, qui venaient pourtant de boucler la saison avec 73 victoires en 82 matchs, établissant un nouveau record en NBA, et logiques favoris au titre.

Quand le septième et dernier match de cette finale se termine et couronne Cleveland, le "King" LeBron James s'effondre sur le parquet, et laisse l'émotion l'envahir. Il a déjà été deux fois champion NBA, avec le Miami Heat quelques années auparavant, mais la sensation est forcément incomparable en cette nuit du 19 juin. Il offre un premier titre NBA à sa ville, et à un Etat tout entier. A son Etat.

Pour comprendre, il faut revenir au début des années 2000, quand LeBron James n'est encore qu'un lycéen de l'Ohio presque comme tous les autres. Presque, car du fait son énorme talent pour le basketball lui est prédit un avenir des plus brillants dans la grande ligue, celle de ses idoles.

Et ces performances au lycée attirent les médias, d'abord régionaux, mais très vite, c'est le pays tout entier qui assiste aux matchs d'un lycéen promis à la NBA, et déjà surnommé "The Chosen One" dans tout l'Ohio. L'élu.

Pourquoi ce surnom ? D'abord, parce que son altesse Michael Jordan, déjà revenu d'une seconde retraite, va définitivement quitter les parquets de NBA au printemps 2003, pile quand LeBron James va y entrer. La question de sa succession paraît réglée, avant même que James n'ait joué le moindre match dans la ligue.

Ensuite et surtout, il est l'élu parce qu'une malédiction plane sur sa région, l'Ohio, depuis près de 40 ans. Depuis 1964, et le dernier titre des Browns, aucune équipe de Cleveland n'a remporté de championnat dans un des sports majeurs où elle dispose d'une équipe (basket, baseball et foot US)

Cette période de disette, qui ressemble plus à un désert, a valu à Cleveland la réputation de loser, l'équipe qu'on ne risque pas de voir au sommet de son vivant. Les habitants de Cleveland fans de sport vivent, depuis 40 ans, au rythme des moqueries des autres villes, des autres Etats.

Et pourtant, les Browns de Cleveland, en NFL, ont failli briser la malédiction. Dans les années 80, à trois reprises ils se hissent en finale de conférence (équivalent des demies-finales) , à chaque fois face à Denver. Et à chaque fois, ils ont perdu, souvent dans un scénario cruel, alimentant l'idée que la ville était "cursed", maudite.

Alors, quand un gamin du coin pulvérise tous les records dans ses années de lycée, et tape à la porte de la NBA, forcément, tout Cleveland se prend à rêver. Certains iront jusqu'à penser que Cleveland a volontairement terminé la saison très bas, afin d'avoir les meilleures chances de recruter James lors de la draft.

Or, même en sabotant leur fin de saison, rien ne garantit aux Cavaliers de pouvoir disposer du fameux premier choix (first pick) de draft, permettant de recruter le jeune joueur le plus prometteur. En effet, parmi les 4 ou 5 dernières équipes du dernier championnat, un tirage au sort, the lottery, détermine l'ordre dans lequel les clubs vont choisir.

Et cette fois-ci, la ville maudite va avoir de la chance. Elle remporte la loterie, donc le premier choix, et peut choisir le fameux gamin d'Akron, en Ohio, qui, selon la prophétie, doit les emmener au sommet.

Du moins, c'est ce que tous ses supporters pensent à l'époque...

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Michael Westen

Après un abandon à Pékin en 2008 et une disqualification à Londres en 2012, Yohann Diniz arrivait à Rio avec un seul objectif en tête : remporter le 50km marche et enfin décrocher une médaille d'or. Le destin et son corps en auront encore une fois voulu autrement... Mais il aura une nouvelle fois prouvé tout son courage en venant à bout de l'épreuve, et de lui-même. Peut-être aussi beau qu'une médaille.

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Yohann Diniz, c'est un triple champion d'Europe. Un vice-champion du monde. Un recordman du monde. Et pourtant, toute sa carrière, il aura du subir les moqueries de la plupart des gens, ou au mieux, les bons mots de la part des suiveurs de l'athlétisme, à cause de la discipline qu'il a choisi, et de ses récurrentes mésaventures lors de grands événements.

Deux fois victimes de défaillance aux championnats du monde (2009 et 2013) deux fois disqualifiés (2005 et 2011) son palmarès au niveau mondial n'est constitué "que d'une médaille d'argent" glanée en 2007 à Osaka.

Et si les mondiaux ne lui ont pas souvent réussi, son histoire avec les Jeux Olympiques est encore plus tourmentée. Ce que Diniz considère comme le plus grand échec de sa carrière, le plus gros regret, c'est de n'avoir jamais pu passer la ligne, et terminer l'épreuve, avec ou sans médaille. Cela vous aidera probablement à comprendre ce qui s'est passé cet après-midi, dans les rues de Rio.

Grand favori de l'épreuve depuis l'exclusion des athlètes russes, qui écrasent cette discipline de la marche, Yohann Diniz assume son statut, et vise clairement la victoire. Et il le prouve après seulement quelques minutes de course, enfin, de marche, en partant seul en tête devant le peloton des autres concurrents. C'est osé, c'est même fou, voire suicidaire, comme un cycliste qui partirait seul pour 200km dans une étape de haute montagne. Mais Yohann Diniz l'a déjà fait, des dizaines de fois. Et pas toujours pour le même résultat.

Les consultants, les commentateurs, les fans d'athlétisme, tous ont l'habitude de dire lors des marches de Diniz : "soit il gagne, soit il explose."

Jamais de juste milieu ou presque. A part à Osaka où il terminait 2ème, je n'ai pas souvenir d'un 50km où Diniz aurait, à un moment, cherché autre chose que la gagne.

En le voyant partir après quelques minutes d'épreuve (un 50km dure environ 3h40...) peu de monde est surpris. On s'y attend presque. Ce qui surprend à la limite, c'est qu'il le fasse aussi tôt et pas après quelques kilomètres comme souvent. Et tout le monde a alors la même pensée "il est parti trop tôt, trop vite, et va encore craquer avant la fin."

Après une vingtaine de kilomètres et une heure et demie de course, il a 1 minute 30 d'avance sur ses poursuivants. Si ce n'est pas déjà gagné, c'est quand même bien engagé. Au moins pour la médaille. Mais à mesure qu'on suit la course, on constate les problèmes physiques de Yohann Diniz. Sans entrer dans des détails peu esthétiques, bien que naturels, il semble gêné par des maux d'estomac, et commence à perdre du temps sur ses poursuivants.

La chaleur étouffante de Rio conjuguée à ces problèmes physiques finissent par avoir raison de ses forces. Il s'arrête, se plie de douleur, avant de voir le second concurrent, le canadien Dunfee, revenir à sa hauteur. Ce dernier lui donne une tape sur le dos, comme pour l'encourager, et Yohann, refusant d'écouter son corps, décide de repartir avec le canadien.

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Mais quelques minutes après seulement, Diniz est décroché, repris par un groupe de poursuivants, avant de brutalement s'effondrer sur le sol brésilien, victime d'un malaise. Probablement dû à une déshydratation (logique et fréquente sur cette épreuve) aggravée par son état de santé du moment, son malaise, visiblement sans perte de connaissance, ne l'empêchera pourtant pas de se relever (difficilement) et de repartir. Encore une fois.

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Au courage, et probablement avec une lucidité bien entamée, le français poursuit la course. Sans plus aucun espoir de titre olympique, ni de médaille, puisqu'il repart 7ème, et trop loin des premiers pour espérer les revoir avant la ligne, cette décision paraît insensée, folle, et surtout, dangereuse. Continuer un tel effort après un premier malaise montre le degré de courage, de volonté, de ces athlètes. Mais pas seulement, il faut probablement autre chose pour refuser à ce point d'écouter son corps, dont tous les signaux sont au rouge et qui supplie le cerveau d'arrêter de lui faire mal. Pour Diniz, le corps ne veut plus supplier, il lui ordonne.

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Mais chez Yohann comme chez un paquet de marcheurs cet après-midi (si plusieurs athlètes ont abandonné ou été disqualifiés, de nombreux participants termineront sévèrement déshydratés, mais termineront) , le cerveau a l'air plus fort que le corps. De nouveau sur la route, il impressionne, mais inquiète aussi. Si à ce moment là, lui n'a peut-être plus conscience du danger de continuer à marcher pendant des kilomètres sous un soleil de plomb avec une déshydratation et après un premier malaise, il n'a pas disparu pour autant. Et le reste de la course paraît interminable, tant on a hâte que Yohann voie enfin la ligne d'arrivée et puisse laisser son corps récupérer.

Après s'être de nouveau arrêté quelques instants, il repart. Encore une fois. Il ne marche plus droit, il zigzague et frôle même un trottoir. Mais il repart. Il est huitième, à plusieurs minutes des futurs médaillés olympiques, qui s'effondrent après avoir passé la ligne. Yohann finit par arriver, 6 minutes après le vainqueur.

Huitième de la course olympique, à 6 minutes du vainqueur. Malgré tous ses malheurs.

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Paradoxalement, l'image la plus marquante de la journée n'est peut-être pas son malaise, mais son sourire en passant la ligne. Après tout ce qu'il a traversé pendant 3h46, Yohann Diniz trouve encore la force d'esquisser un sourire, avant d'être évacué vers une clinique pour être réhydraté. Il n'aura pas décroché l'or, il n'aura pas remporté de médaille.

Mais alors même que sa malédiction olympique l'a frappé de nouveau et que les railleries sur ses échecs répétés reprenaient de plus belle, il a refusé de céder. Il a refusé d'abandonner. Il s'est relevé à chaque fois que son corps l'a arrêté et il a terminé l'épreuve. Quand on passe notre temps à compter les médailles et faire un concours géant entre pays, le pur dépassement de soi, peut-être que c'est ça, le vrai but du sport et des Jeux Olympiques...

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Michael Westen

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Lundi 15 août, à 23h30 heure française, il est monté sur le ring, mais n'était pas seul.

Oui, des dizaines de milliers de français étaient derrière lui pour qu'il se qualifie en finale. Oui, son coach, son staff, ses proches, et peut-être même le public l'accompagnaient vers une finale olympique. Brillant vainqueur de ses deux premiers tours, Souleymane, 25 ans, apporterait quoi qu'il arrive une médaille à la délégation française. Restait à en déterminer le métal. S'il perdait sa demie-finale ce soir, il était en bronze. S'il gagnait, il se serait offert le droit de disputer un dernier combat, pour remporter le titre, et la médaille d'or.

Mais ce soir du 15 août, Souleymane avait quelque chose de plus que son adversaire, le Kazakh Daniyar Yeleussinov. Quelqu'un de plus. Qui n'était pourtant pas dans la salle, mais qui était là, c'est sûr. Il avait juré d'être à Rio, et à en juger par les résultats de l'équipe de France dans ces Jeux, il a tenu parole. Comme il l'avait toujours fait.

Cette personne, c'est Alexis Vastine. Celui qui aurait dû être champion olympique à Pékin. Le beau gosse de la boxe, qui attirait toutes les caméras et donc les jalousies, qui écrasait la compétition pour ses premiers Jeux Olympiques, et qui fut victime d'une décision arbitrale plus que litigieuse. Scandaleuse, sûrement. Injuste, totalement. Finalement médaillé de bronze, grâce à la colère et l'envie de vengeance qui l'envahissaient, il avait juré de revenir plus fort 4 ans plus tard à Londres, pour qu'aucun arbitre ne puisse lui voler son rêve. Et il avait tenu parole.

Il était revenu à Londres, et il dominait encore plus qu'à Pékin. Jusqu'aux quarts de finale, où les arbitres ont estimé qu'il n'avait pas subi assez d'injustices. Il s'effondre sur le ring, non pas sous les coups de son adversaire, mais sous les coups, bien plus douloureux, des arbitres. Et des milliers de français pleurent avec lui. Moi y compris.

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Les anglais sont loin d'être nos plus grands fans, et pourtant, ce jour-là d'août 2012, tout le public de la salle de boxe hue la décision des juges, soutenant Alexis face à cette parodie de sport. Mais ça ne suffira pas à le consoler. Il venait chercher une médaille, et mieux que du bronze. Il ne voulait que l'or. Il ne méritait que l'or. Il repartira bredouille, et dégoûté par ce sport qu'il aimait tant, et qu'il respectait et honorait, lui.

Après une longue dépression, plus que compréhensible, des années d'excès et d'autodestruction, Alexis retrouve le goût de vivre, et de se battre. Lui qui ne voulait plus entendre parler de boxe, de Jeux Olympiques et de médailles, finit par décider de remettre ses gants, de reprendre l'entraînement. Et d'aller à Rio. Pour enfin leur prouver à tous, qu'il méritait mieux que passer de longues minutes en larmes dans un couloir. Il reprend l'entraînement, retourne dans son 121ème régiment, et gagne pour la quatrième fois de sa carrière les championnats du monde militaires. Il est prêt pour Rio. Il promet qu'il est prêt et que rien ne l'arrêtera cette fois-ci. Quitte à gagner tous ses combats par K.O. pour qu'aucun arbitre n'ait son mot à dire.

Mais cette fois-ci, le destin n'avait pas placé des arbitres corrompus sur sa route, mais quelque chose de bien plus cruel. La disparition de sa petite soeur, un an et demi avant le début des J.O. et alors qu'il est en pleine préparation, le touche, forcément, mais ne suffit pas à le couler. Il y voit une motivation supplémentaire pour aller à Rio et tout gagner. C'est ça, Alexis Vastine. C'était ça, Alexis Vastine. Un mental et un courage hors du commun, là où tant d'autres auraient renoncé à leurs rêves et objectifs.

Et pour se changer les idées, il accepte la proposition d'une chaîne de télévision, un jeu d'aventures pour sportifs, principalement retraités. Mais l'hélicoptère dans lequel il embarque ne se posera jamais. Et il ne verra jamais les rings de Rio. Encore une fois, on l'empêche de tenir sa promesse. Car il l'aurait tenu, c'est sûr.

L'ensemble des boxeurs de l'INSEP est effondré. L'ensemble de l'INSEP est effondré, car Alexis y avait passé des années, il connaissait tout le monde, et aimait tout le monde. Puis, tout naturellement, la "Team Solide", surnom de l'équipe française de boxe, décide d'honorer Alexis de la plus belle des manières : en allant à Rio tenir la promesse qu'il n'aura pu honorer, la faute au destin, et non plus aux arbitres.

Dans cette équipe aurait même pu figurer Adriani, le grand frère d'Alexis, qui avait décidé d'aller lui-même à Rio pour venger son frère. Champion de France dans la catégorie supérieure à celle de son champion de petit frère, il pouvait être aligné dans un tournoi de qualification olympique et faire ses preuves.

Mais, parce que la famille Vastine est maudite, la fédération française de boxe choisit d'y envoyer un autre boxeur, parce que plus jeune, et aussi parce qu'il serait probablement moins chargé d'émotions qu'Adriani à l'idée d'aller à Rio. Ce dernier, éliminé en quarts de finale sans démériter, n'aidera pas la famille Vastine à tourner la page.

Pour les boxeurs présents, peu importe, Alexis est avec eux. Ils l'ont tous dit en interview, spontanément, sans même qu'un journaliste ne leur demande si Alexis les accompagnait.

Et c'est le capitaine de l'équipe, Souleymane Cissokho, qui boxe "dans la catégorie d'Alexis", celle des - de 69 kilos, qui l'expliquait, après son huitième de finale remporté face au 3ème mondial.

"J'ai parlé avec sa famille, et ils me soutiennent tous. Vous savez, Alexis, j'étais son sparring partner pendant la préparation olympique pour Londres en 2012. Il a déjà été médaille de bronze, j'espère ramener une meilleure médaille, et la présenter à sa famille, pour leur montrer qu'on pense à lui, qu'il est avec nous tous les jours. Le coach a son t-shirt, il est dans le vestiaire, il est partout avec nous et j'espère qu'avec l'équipe on ramènera un maximum de médailles pour lui et pour la France"

Mission d'ores et déjà accomplie pour la Team Solide, qui repartira des Jeux avec, au minimum 5 médailles. Jamais la boxe française n'a fait aussi bien. Et même si je suis d'un naturel cartésien, comment ne pas penser que, d'une manière ou d'une autre, Alexis les a guidé ?

De là où il est, c'est sûr, Alexis les accompagne, et les porte. Mais il voudra sûrement qu'ils fassent mieux que sa médaille de bronze de Pékin, qu’ils ramènent le plus possible de médailles du plus beau métal.

Et si Souleymane Cissokho n'a pas pu présenter de l'or à sa famille, battu aux points par son adversaire, il succède à Alexis dans la liste des médaillés français en -69 kilos. Signe que non, la boxe ne s'est pas arrêtée le 9 mars 2015. Et tous les boxeurs encore en lice pour l'or l'ont promis, ils vont venger ce foutu destin...

Résultats et programme des boxeurs français à Rio :

Souleymane Cissokho, médaille de bronze des -69kilos.

Mathieu Bauderlique, médaille de bronze des -81kilos.

Sofiane Oumiha, médaille d'argent des -60 kilos

Estelle Mossely, en finale des -60kilos.

Tony Yoka, en demie-finale des +91kilos.

Sarah Ourahmoune, en finale des -51kilos.

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Michael Westen

3h25 du matin, heure française. Usain Bolt est le dernier des 8 finalistes à entrer dans le stade. La foule est en délire. Probablement pour la première fois de l'histoire, avant même que la course ne commence, une ovation est faite aux participants de la finale du 100m, un boucan hallucinant, qui s'arrête aussi vite qu'il a commencé.

Tous les fans de sport, et même les autres, qui ont déjà regardé une finale du 100m savent qu'un des meilleurs moments ne se déroule pas pendant la course, mais juste avant. Les 20, les 30 secondes avant le starter. Quand les sprinteurs s'installent dans les starting blocks et que tout le stade, tous les journalistes, tous les téléspectateurs, retiennent leur souffle, et qu'on n'entend plus le moindre bruit dans un stade pourtant plein à craquer. Toujours un moment incroyable, le calme avant la tempête. Ou plutôt le calme avant l'orage. Le calme avant "La Foudre".

Et le silence s'installe donc. Je suis persuadé que la moitié des personnes dans le stade s'est même arrêtée un instant de respirer. Le starter est long, il demande aux coureurs de se tenir prêts, et le coup de feu retentit. Le silence laisse place à des hurlements, aux crépitements des appareils photos, et presque immédiatement, le monde entier voit qu'Usain Bolt, le double champion olympique, le recordman du monde, la star, la légende, le meilleur sprinteur de l'histoire de l'athlétisme, a pris un mauvais départ.

Pour son dernier 100m aux Jeux Olympiques, pour devenir le seul à avoir remporté 3 médailles d'or sur cette distance, il se retrouve avec quelques mètres de retard sur plusieurs de ses adversaires, y compris son plus grand rival, qui ne l'a jamais battu mais s'en rapproche dangereusement, Justin Gatlin.

En demie-finale, une heure avant, il avait déjà pris un mauvais départ, mais simplement pour être sûr de ne pas être disqualifié, puisqu'un des concurrents était parti avant le coup de feu, et s'était donc vu exclu de la course. En demie-finale, Bolt n'a pas besoin de prendre de risques, donc il ne joue pas avec le feu, il attend tranquillement que le coup de feu parte, avant de se décider à s'élancer.

Il a jusqu'à 2 mètres de retard sur certains de ses adversaires, mais il relève la tête, accélère, prend la tête, et, comme il l'a souvent fait, tourne la tête à gauche puis à droite, pour regarder où en sont ses adversaires. Quiconque suit un minimum l'athlétisme a déjà vu Usain Bolt faire ces gestes. Presque à chaque course, tant il domine la concurrence à chaque fois.

Mais pas comme en demie-finale ce soir. Ce soir, alors qu'il est à pleine vitesse, à environ 30 mètres de la ligne, en tournant la tête vers le canadien DeGrasse, Bolt sourit. C'est même pire que ça, on a l'impression qu'il rit. Il tourne la tête à droite, et c'est flagrant, il affiche un large sourire. Alors qu'autour de lui, les meilleurs sprinteurs du monde sont tous en plein effort, en pleine souffrance, lui sourit, tout en continuant à les distancer. Surréaliste. En totale confiance. En total relâchement. Presque insolent.

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Il commence à ralentir 15 mètres avant la ligne d'arrivée, sûr d'être qualifié pour la finale, et comme pour montrer aux autres que, quoi qu'ils fassent, ils ne pourront pas le battre. C'est ce que tout le monde attendait, et ce que tout le monde voudra revoir en finale, contre Gatlin. Gatlin justement, fait pareil dans sa demie-finale, (sans le sourire) mais l'impression n'est pas la même. C'est moins fluide, c'est moins beau. Evidemment, puisque ce n'est pas Bolt.

Le bon, la piste et le truand

Gatlin, coupable deux fois de dopage, suspendu des années, avant de revenir et de battre ses meilleurs temps, à plus de 30 ans et "sans dopage" d'après lui : c'est le méchant de l'histoire, donc il ne sourit pas. C'est celui que tout le public, que tous les téléspectateurs, veulent toujours voir perdre, contre Usain Bolt, le champion, qui gagne, qui sourit, qui danse, qui est cool.

Et ils ont été servis, car Gatlin n'a jamais battu Bolt, que ce soit aux championnats du monde ou aux Jeux Olympiques de Londres, que ce soit sur 100m ou sur 200m. Ces Jeux de Rio, c'est peut-être sa dernière chance de prouver qu'il peut battre le roi. Mais contrairement à l'an dernier aux championnats du monde de Pékin, peu de monde y croit. Et encore moins de monde le souhaite.

Et ce soir, dans cette finale que tout le monde attendait, Gatlin a pris un bon départ, lui. Il a plusieurs mètres d'avance sur Bolt, et il produit son effort. Plus petit, plus musclé, plus tendu, il est en tête et continue d'accélérer. 40 mètres, 50 mètres, Bolt a relevé la tête, Bolt allonge sa foulée, mais Bolt est toujours derrière Gatlin.

65 mètres de parcourus, et Justin Gatlin voit revenir à sa hauteur le jamaïcain le plus rapide, l'homme le plus rapide du monde. On ne regarde même plus les autres couloirs, les autres concurrents. Et pourtant, un français est en finale, Jimmy Vicaut, et, rarissime, c'est une chance de médaille car il a réalisé le 3ème temps des demies, et qu'il est un des plus rapides derrière les deux favoris.

Mais personne ne le regarde vraiment, comme personne ne regarde vraiment le canadien DeGrasse qui finira 3ème, ou l'autre jamaïcain, Yohan Blake, pourtant champion du monde en 2011, vainqueur lors de la seule finale où Bolt n'avait pu disputer ses chances, coupable du seul faux départ de sa carrière.

Tout va se jouer entre Bolt et Gatlin, comme tout le monde l'espérait, comme à chaque fois, et à part quelques américains (car même dans son pays il ne fait plus l'unanimité...) et probablement ses proches, le monde entier ou presque veut voir Gatlin perdre, autant qu'il veut voir Usain Bolt gagner, pour la dernière fois, un 100 mètres aux Jeux Olympiques, 4 ans après Londres, 8 ans après Pékin. Pour la troisième fois. Pour la dernière fois.

Et Bolt passe Justin Gatlin à 15 mètres de la ligne. Il sait qu'il va gagner, et Gatlin le sait sûrement aussi. Bolt arrive même à creuser un peu l'écart, puis trouve le temps de frapper son torse avec le poing avant de passer la ligne. Le chrono s'arrête sur 9"81. Pour n'importe quel autre athlète, ce serait la meilleure performance de sa saison, voire de sa carrière. Pour Bolt, c'est un "classique". Sans un départ raté, qui sait s'il n'aurait pas pu approcher son surréaliste record du monde de 9 secondes 58 centièmes ? Peu importe, il ne visait que l'or, et il l'a eu. Encore. Et encore raté pour Gatlin, qui finit encore 2ème. Il n'aura donc jamais réussi à le battre dans une grande compétition. A moins que... il reste encore le 200 mètres, et éventuellement des championnats du monde l'an prochain, si Usain décide de continuer. Mais peu importe.

La légende retiendra qu'Usain Bolt est le seul à avoir gagné 3 fois le 100 mètres aux J.O. Qu'il est le seul à avoir écrasé à ce point cette discipline à part dans l'athlétisme, le moment qu'aucun autre sport n'arrive à égaler, à part peut-être une finale de coupe du monde de football, et encore. Contrairement à ce que dit le proverbe, "la foudre" Bolt aura frappé 3 fois au même endroit, et aura frappé 2 fois sur Justin Gatlin.

Mais la légende retiendra surtout ces moments, ceux où des centaines de millions de personnes dans le monde attendent, presque sans respirer, qu'un coup de feu ne retentisse dans un stade et que les étoiles s'élancent. Pour moins de 10 secondes. Et pour l'éternité.

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