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Yohann Diniz, l'admiration à défaut de la médaille...

Michael Westen

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Après un abandon à Pékin en 2008 et une disqualification à Londres en 2012, Yohann Diniz arrivait à Rio avec un seul objectif en tête : remporter le 50km marche et enfin décrocher une médaille d'or. Le destin et son corps en auront encore une fois voulu autrement... Mais il aura une nouvelle fois prouvé tout son courage en venant à bout de l'épreuve, et de lui-même. Peut-être aussi beau qu'une médaille.

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Yohann Diniz, c'est un triple champion d'Europe. Un vice-champion du monde. Un recordman du monde. Et pourtant, toute sa carrière, il aura du subir les moqueries de la plupart des gens, ou au mieux, les bons mots de la part des suiveurs de l'athlétisme, à cause de la discipline qu'il a choisi, et de ses récurrentes mésaventures lors de grands événements.

Deux fois victimes de défaillance aux championnats du monde (2009 et 2013) deux fois disqualifiés (2005 et 2011) son palmarès au niveau mondial n'est constitué "que d'une médaille d'argent" glanée en 2007 à Osaka.

Et si les mondiaux ne lui ont pas souvent réussi, son histoire avec les Jeux Olympiques est encore plus tourmentée. Ce que Diniz considère comme le plus grand échec de sa carrière, le plus gros regret, c'est de n'avoir jamais pu passer la ligne, et terminer l'épreuve, avec ou sans médaille. Cela vous aidera probablement à comprendre ce qui s'est passé cet après-midi, dans les rues de Rio.

Grand favori de l'épreuve depuis l'exclusion des athlètes russes, qui écrasent cette discipline de la marche, Yohann Diniz assume son statut, et vise clairement la victoire. Et il le prouve après seulement quelques minutes de course, enfin, de marche, en partant seul en tête devant le peloton des autres concurrents. C'est osé, c'est même fou, voire suicidaire, comme un cycliste qui partirait seul pour 200km dans une étape de haute montagne. Mais Yohann Diniz l'a déjà fait, des dizaines de fois. Et pas toujours pour le même résultat.

Les consultants, les commentateurs, les fans d'athlétisme, tous ont l'habitude de dire lors des marches de Diniz : "soit il gagne, soit il explose."

Jamais de juste milieu ou presque. A part à Osaka où il terminait 2ème, je n'ai pas souvenir d'un 50km où Diniz aurait, à un moment, cherché autre chose que la gagne.

En le voyant partir après quelques minutes d'épreuve (un 50km dure environ 3h40...) peu de monde est surpris. On s'y attend presque. Ce qui surprend à la limite, c'est qu'il le fasse aussi tôt et pas après quelques kilomètres comme souvent. Et tout le monde a alors la même pensée "il est parti trop tôt, trop vite, et va encore craquer avant la fin."

Après une vingtaine de kilomètres et une heure et demie de course, il a 1 minute 30 d'avance sur ses poursuivants. Si ce n'est pas déjà gagné, c'est quand même bien engagé. Au moins pour la médaille. Mais à mesure qu'on suit la course, on constate les problèmes physiques de Yohann Diniz. Sans entrer dans des détails peu esthétiques, bien que naturels, il semble gêné par des maux d'estomac, et commence à perdre du temps sur ses poursuivants.

La chaleur étouffante de Rio conjuguée à ces problèmes physiques finissent par avoir raison de ses forces. Il s'arrête, se plie de douleur, avant de voir le second concurrent, le canadien Dunfee, revenir à sa hauteur. Ce dernier lui donne une tape sur le dos, comme pour l'encourager, et Yohann, refusant d'écouter son corps, décide de repartir avec le canadien.

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Mais quelques minutes après seulement, Diniz est décroché, repris par un groupe de poursuivants, avant de brutalement s'effondrer sur le sol brésilien, victime d'un malaise. Probablement dû à une déshydratation (logique et fréquente sur cette épreuve) aggravée par son état de santé du moment, son malaise, visiblement sans perte de connaissance, ne l'empêchera pourtant pas de se relever (difficilement) et de repartir. Encore une fois.

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Au courage, et probablement avec une lucidité bien entamée, le français poursuit la course. Sans plus aucun espoir de titre olympique, ni de médaille, puisqu'il repart 7ème, et trop loin des premiers pour espérer les revoir avant la ligne, cette décision paraît insensée, folle, et surtout, dangereuse. Continuer un tel effort après un premier malaise montre le degré de courage, de volonté, de ces athlètes. Mais pas seulement, il faut probablement autre chose pour refuser à ce point d'écouter son corps, dont tous les signaux sont au rouge et qui supplie le cerveau d'arrêter de lui faire mal. Pour Diniz, le corps ne veut plus supplier, il lui ordonne.

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Mais chez Yohann comme chez un paquet de marcheurs cet après-midi (si plusieurs athlètes ont abandonné ou été disqualifiés, de nombreux participants termineront sévèrement déshydratés, mais termineront) , le cerveau a l'air plus fort que le corps. De nouveau sur la route, il impressionne, mais inquiète aussi. Si à ce moment là, lui n'a peut-être plus conscience du danger de continuer à marcher pendant des kilomètres sous un soleil de plomb avec une déshydratation et après un premier malaise, il n'a pas disparu pour autant. Et le reste de la course paraît interminable, tant on a hâte que Yohann voie enfin la ligne d'arrivée et puisse laisser son corps récupérer.

Après s'être de nouveau arrêté quelques instants, il repart. Encore une fois. Il ne marche plus droit, il zigzague et frôle même un trottoir. Mais il repart. Il est huitième, à plusieurs minutes des futurs médaillés olympiques, qui s'effondrent après avoir passé la ligne. Yohann finit par arriver, 6 minutes après le vainqueur.

Huitième de la course olympique, à 6 minutes du vainqueur. Malgré tous ses malheurs.

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Paradoxalement, l'image la plus marquante de la journée n'est peut-être pas son malaise, mais son sourire en passant la ligne. Après tout ce qu'il a traversé pendant 3h46, Yohann Diniz trouve encore la force d'esquisser un sourire, avant d'être évacué vers une clinique pour être réhydraté. Il n'aura pas décroché l'or, il n'aura pas remporté de médaille.

Mais alors même que sa malédiction olympique l'a frappé de nouveau et que les railleries sur ses échecs répétés reprenaient de plus belle, il a refusé de céder. Il a refusé d'abandonner. Il s'est relevé à chaque fois que son corps l'a arrêté et il a terminé l'épreuve. Quand on passe notre temps à compter les médailles et faire un concours géant entre pays, le pur dépassement de soi, peut-être que c'est ça, le vrai but du sport et des Jeux Olympiques...

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