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La "Team Solide" , pour Alexis...

Michael Westen

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Lundi 15 août, à 23h30 heure française, il est monté sur le ring, mais n'était pas seul.

Oui, des dizaines de milliers de français étaient derrière lui pour qu'il se qualifie en finale. Oui, son coach, son staff, ses proches, et peut-être même le public l'accompagnaient vers une finale olympique. Brillant vainqueur de ses deux premiers tours, Souleymane, 25 ans, apporterait quoi qu'il arrive une médaille à la délégation française. Restait à en déterminer le métal. S'il perdait sa demie-finale ce soir, il était en bronze. S'il gagnait, il se serait offert le droit de disputer un dernier combat, pour remporter le titre, et la médaille d'or.

Mais ce soir du 15 août, Souleymane avait quelque chose de plus que son adversaire, le Kazakh Daniyar Yeleussinov. Quelqu'un de plus. Qui n'était pourtant pas dans la salle, mais qui était là, c'est sûr. Il avait juré d'être à Rio, et à en juger par les résultats de l'équipe de France dans ces Jeux, il a tenu parole. Comme il l'avait toujours fait.

Cette personne, c'est Alexis Vastine. Celui qui aurait dû être champion olympique à Pékin. Le beau gosse de la boxe, qui attirait toutes les caméras et donc les jalousies, qui écrasait la compétition pour ses premiers Jeux Olympiques, et qui fut victime d'une décision arbitrale plus que litigieuse. Scandaleuse, sûrement. Injuste, totalement. Finalement médaillé de bronze, grâce à la colère et l'envie de vengeance qui l'envahissaient, il avait juré de revenir plus fort 4 ans plus tard à Londres, pour qu'aucun arbitre ne puisse lui voler son rêve. Et il avait tenu parole.

Il était revenu à Londres, et il dominait encore plus qu'à Pékin. Jusqu'aux quarts de finale, où les arbitres ont estimé qu'il n'avait pas subi assez d'injustices. Il s'effondre sur le ring, non pas sous les coups de son adversaire, mais sous les coups, bien plus douloureux, des arbitres. Et des milliers de français pleurent avec lui. Moi y compris.

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Les anglais sont loin d'être nos plus grands fans, et pourtant, ce jour-là d'août 2012, tout le public de la salle de boxe hue la décision des juges, soutenant Alexis face à cette parodie de sport. Mais ça ne suffira pas à le consoler. Il venait chercher une médaille, et mieux que du bronze. Il ne voulait que l'or. Il ne méritait que l'or. Il repartira bredouille, et dégoûté par ce sport qu'il aimait tant, et qu'il respectait et honorait, lui.

Après une longue dépression, plus que compréhensible, des années d'excès et d'autodestruction, Alexis retrouve le goût de vivre, et de se battre. Lui qui ne voulait plus entendre parler de boxe, de Jeux Olympiques et de médailles, finit par décider de remettre ses gants, de reprendre l'entraînement. Et d'aller à Rio. Pour enfin leur prouver à tous, qu'il méritait mieux que passer de longues minutes en larmes dans un couloir. Il reprend l'entraînement, retourne dans son 121ème régiment, et gagne pour la quatrième fois de sa carrière les championnats du monde militaires. Il est prêt pour Rio. Il promet qu'il est prêt et que rien ne l'arrêtera cette fois-ci. Quitte à gagner tous ses combats par K.O. pour qu'aucun arbitre n'ait son mot à dire.

Mais cette fois-ci, le destin n'avait pas placé des arbitres corrompus sur sa route, mais quelque chose de bien plus cruel. La disparition de sa petite soeur, un an et demi avant le début des J.O. et alors qu'il est en pleine préparation, le touche, forcément, mais ne suffit pas à le couler. Il y voit une motivation supplémentaire pour aller à Rio et tout gagner. C'est ça, Alexis Vastine. C'était ça, Alexis Vastine. Un mental et un courage hors du commun, là où tant d'autres auraient renoncé à leurs rêves et objectifs.

Et pour se changer les idées, il accepte la proposition d'une chaîne de télévision, un jeu d'aventures pour sportifs, principalement retraités. Mais l'hélicoptère dans lequel il embarque ne se posera jamais. Et il ne verra jamais les rings de Rio. Encore une fois, on l'empêche de tenir sa promesse. Car il l'aurait tenu, c'est sûr.

L'ensemble des boxeurs de l'INSEP est effondré. L'ensemble de l'INSEP est effondré, car Alexis y avait passé des années, il connaissait tout le monde, et aimait tout le monde. Puis, tout naturellement, la "Team Solide", surnom de l'équipe française de boxe, décide d'honorer Alexis de la plus belle des manières : en allant à Rio tenir la promesse qu'il n'aura pu honorer, la faute au destin, et non plus aux arbitres.

Dans cette équipe aurait même pu figurer Adriani, le grand frère d'Alexis, qui avait décidé d'aller lui-même à Rio pour venger son frère. Champion de France dans la catégorie supérieure à celle de son champion de petit frère, il pouvait être aligné dans un tournoi de qualification olympique et faire ses preuves.

Mais, parce que la famille Vastine est maudite, la fédération française de boxe choisit d'y envoyer un autre boxeur, parce que plus jeune, et aussi parce qu'il serait probablement moins chargé d'émotions qu'Adriani à l'idée d'aller à Rio. Ce dernier, éliminé en quarts de finale sans démériter, n'aidera pas la famille Vastine à tourner la page.

Pour les boxeurs présents, peu importe, Alexis est avec eux. Ils l'ont tous dit en interview, spontanément, sans même qu'un journaliste ne leur demande si Alexis les accompagnait.

Et c'est le capitaine de l'équipe, Souleymane Cissokho, qui boxe "dans la catégorie d'Alexis", celle des - de 69 kilos, qui l'expliquait, après son huitième de finale remporté face au 3ème mondial.

"J'ai parlé avec sa famille, et ils me soutiennent tous. Vous savez, Alexis, j'étais son sparring partner pendant la préparation olympique pour Londres en 2012. Il a déjà été médaille de bronze, j'espère ramener une meilleure médaille, et la présenter à sa famille, pour leur montrer qu'on pense à lui, qu'il est avec nous tous les jours. Le coach a son t-shirt, il est dans le vestiaire, il est partout avec nous et j'espère qu'avec l'équipe on ramènera un maximum de médailles pour lui et pour la France"

Mission d'ores et déjà accomplie pour la Team Solide, qui repartira des Jeux avec, au minimum 5 médailles. Jamais la boxe française n'a fait aussi bien. Et même si je suis d'un naturel cartésien, comment ne pas penser que, d'une manière ou d'une autre, Alexis les a guidé ?

De là où il est, c'est sûr, Alexis les accompagne, et les porte. Mais il voudra sûrement qu'ils fassent mieux que sa médaille de bronze de Pékin, qu’ils ramènent le plus possible de médailles du plus beau métal.

Et si Souleymane Cissokho n'a pas pu présenter de l'or à sa famille, battu aux points par son adversaire, il succède à Alexis dans la liste des médaillés français en -69 kilos. Signe que non, la boxe ne s'est pas arrêtée le 9 mars 2015. Et tous les boxeurs encore en lice pour l'or l'ont promis, ils vont venger ce foutu destin...

Résultats et programme des boxeurs français à Rio :

Souleymane Cissokho, médaille de bronze des -69kilos.

Mathieu Bauderlique, médaille de bronze des -81kilos.

Sofiane Oumiha, médaille d'argent des -60 kilos

Estelle Mossely, en finale des -60kilos.

Tony Yoka, en demie-finale des +91kilos.

Sarah Ourahmoune, en finale des -51kilos.

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