Aller au contenu

Il y a 80 ans... la tragédie de juin 1940 (6).


Gouderien

Messages recommandés

Membre, Obsédé textuel, 73ans Posté(e)
Gouderien Membre 38 572 messages
73ans‚ Obsédé textuel,
Posté(e)

Familles disloquées, dispersées, sans ressources, enfants perdus... Il faudra plusieurs mois après l'armistice pour que s'atténuent les conséquences de cette migration sans précédent dans l'histoire de la France contemporaine. Encore de nombreux réfugiés ne rentreront-ils pas dans leurs foyers : soit qu'ils ne le puissent pas, comme les expulsés d'Alsace-Lorraine, soit qu'ils préfèrent rester en "zone libre", pour des raisons professionnelles, politiques ou raciales.

Toujours le 18 juin, à Paris, deux militantes du Parti communiste, Mmes Ginollin et Schrodt, entrent en contact avec les autorités allemandes, afin d'obtenir l'autorisation de faire reparaître le journal "L'Humanité", interdit depuis fin août 1939. Les Allemands acceptent aussitôt.

 Durant toute la journée, le gouvernement Pétain reste sans nouvelles sur l'effet des démarches qu'il a fait entreprendre en vue de l'armistice.

 Bordeaux : devant l'avance rapide des forces allemandes, des discussions se déroulent au sein du gouvernement et des assemblées, à propos d'un éventuel départ en Afrique du Nord. Un entretien a lieu entre Pétain, Lebrun, Herriot et Jeanneney : ces trois derniers sont partisans du départ. Le Maréchal accepterait qu'à la rigueur une partie du gouvernement, avec le vice-président du Conseil Camille Chautemps, se replie en AFN. Dès qu'il apprend cet accord, Laval se rend auprès de Pétain, pour protester et le faire revenir sur sa décision.

 Un Conseil de cabinet décide à l'unanimité de ne livrer en aucun cas la flotte française à l'ennemi. Les navires de guerre et de commerce français doivent gagner les ports africains ou se saborder.

Dans la matinée, l'amiral Darlan reçoit un message personnel du président Roosevelt qui, justement, s'inquiète du sort de la flotte française. Darlan rassure le président américain, mais ajoute : "le chef de la Marine française n'a pas besoin d'avis extérieurs pour prendre les décisions qui s'imposent et pour défendre l'honneur d'un pavillon dont il a seul la garde".

Dans l'après-midi, c'est au tour des Anglais de s'enquérir des intentions françaises : Alexander, Premier lord de l'Amirauté, sir Dudley Pound, Premier lord de la mer, et lord Lloyd, ministre des Colonies se rendent à Bordeaux. Ils obtiennent de Pétain, de l'amiral Darlan et de Paul Baudouin l'engagement solennel que la flotte française ne sera jamais livrée aux Allemands. Si tant de gens se font du souci à propos de la marine française, c'est qu'elle est pratiquement intacte et que si elle s'ajoutait aux flottes allemande et italienne, elle conférerait la supériorité navale aux puissances de l'Axe. Or cela la Grande-Bretagne, dont l'armée a perdu tout son matériel sur les plages de Dunkerque, ne peut pas l'envisager une seule seconde.

Au même moment, comme une illustration pratique que la promesse faite aux Anglais sera tenue, le cuirassé "Richelieu", qui vient de terminer ses essais, quitte Brest, emportant avec lui les élèves de l'École Navale et une partie de l'or de la Banque de France (le reste étant chargé sur plusieurs croiseurs auxiliaires). De son côté, son « sister-ship » le "Jean- Bart", à peine achevé, s'apprête à quitter Saint-Nazaire. Ce même jour, le croiseur "Émile Bertin", qui a déjà chargé une partie de l'or français, atteint le Canada. Il n'y restera pas longtemps, car il recevra bientôt l'ordre de gagner les Antilles.

 

Le général de Gaulle prononce son appel fameux à la BBC.

Le texte a été tapé par Elisabeth de Miribel, embauchée la veille par le lieutenant Geoffroy de Courcel pour faire des travaux de secrétariat. Elle le raconte dans son autobiographie (« La liberté souffre violence ») :

« Je me suis retrouvée devant une machine à écrire, alors que je tapais fort mal, et devant des feuilles manuscrites très difficiles à déchiffrer. J'étais installée dans une chambre, à côté de la salle à manger. Le Général s'est absenté une partie de la matinée. Il est sorti pour déjeuner. Mon vrai travail a commencé vers trois heures. Je m'applique laborieusement à lire un texte finement écrit et surchargé de ratures. Je dois le recopier, au propre, à la machine […]. Ces mots vont constituer une page d'histoire. Je ne le sais pas encore. Pourtant j'ai l'obscur pressentiment de participer à un événement exceptionnel […]. Je n'ai pas entendu l'appel ce soir-là ! ». Elle restera ensuite au service de la France libre, comme secrétaire du Général.

L'émission a été improvisée au dernier moment. La BBC ne connaissait même pas le nom du général français qui allait parler. Informé de son intervention, le Cabinet de guerre britannique, qui ne voulait pas rompre avec Bordeaux, avait décidé, dans un premier temps, de ne pas le laisser s'exprimer sur les ondes. L'autorisation de lancer son appel a finalement été accordée à de Gaulle juste à temps pour qu'il puisse se rendre au studio à l'heure de l'émission destinée aux Français.

"...Un peu avant 18 heures, Miss Elisabeth Parker, qui travaille depuis le début de la guerre aux services européens de la BBC, le voit arriver "grand homme immense avec de grandes bottes brillantes, qui marchait en faisant d'immenses enjambées et parlait d'une voix très grave". Elisabeth Parker, qui doit songer à quelque Mussolini français, ajoute à l'intention de ceux qui lui demandent ses souvenirs : "J'attendais qu'il eût le menton en avant et fus surprise de voir qu'il ne l'avait pas."

Installé dans le studio B 2, seul en compagnie d'un technicien britannique, le général de Gaulle commence à parler : "A mesure que s'envolaient les mots irrévocables, je sentais en moi-même se terminer une vie, celle que j'avais menée dans le cadre d'une France solide et d'une indivisible armée. A quarante-neuf ans, j'entrais dans l'aventure comme un homme que le destin jetait hors de toutes les séries."

Sir Stephen Tallance, directeur général de la BBC, et le lieutenant Geoffroy de Courcel, assis dans une pièce voisine, où leur parvient par un haut-parleur, directement relié au studio, la voix du général, écoutent les mots irrévocables.

Mots courageux, cri poussé du fond de l'abîme, paroles prophétiques ? Certes. Mais, plus que la défaite présente et que la certitude de la victoire future, ce qui inspire et fait parler de Gaulle c'est que tout, aujourd'hui, correspond à l'idée qu'il se fait depuis longtemps du monde, des hommes et de lui-même.

Le discours du 18 juin est dans la logique de son personnage. Ce qu'il dit, il l'a déjà dit. Il n'a pas dû lui falloir longtemps pour ramasser en quelques phrases l'essentiel de sa pensée militaire, de ses livres, de ses interventions passionnées des jours passés.

Solitaire, c'est-à-dire privé de subordonnés, mais également de supérieurs, il règle un très vieux compte dès les premiers mots de ce discours qui deviendra l'acte de naissance de sa légitimité : celui de tous ses détracteurs."

(Extrait de "Le 18 juin 1940", par Henri Amouroux, Librairie Arthème Fayard, 1964.)

Tirant les leçons de la défaite et prévoyant avec une lumineuse prescience qu'elle ne sera que provisoire, de Gaulle invite les officiers et les soldats français à se joindre à lui pour poursuivre la lutte. Voici le texte intégral de ce célèbre discours :

"Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres."

Très occupés ce soir-là par les préparatifs de la diffusion d'un grand discours de Churchill, les techniciens de la BBC n'ont pas archivé la déclaration de de Gaulle. Ce qui fait qu'il n'existe aucun enregistrement de l'appel du 18 juin.

 

Le général Noguès, résident général au Maroc, envoie un message au maréchal Pétain, lui demandant la poursuite de la lutte en AFN. Peyrouton, résident général en Tunisie, Puaux, haut-commissaire en Syrie, et Boisson, gouverneur général de l'A-EF, proclament également leur souhait de continuer la lutte dans l'Empire.

Londres : discours de Churchill à la Chambre des communes. Le Premier ministre britannique déclare :

"...Si la victoire finale couronne nos efforts, [le peuple français] partagera les gains..." Il dit aussi : "La Bataille de France vient de s'achever. Je pense que la Bataille d'Angleterre ne va pas tarder à s'engager. De cette bataille dépend le sort de la civilisation chrétienne (...) Faisons en sorte que, si l'Empire et la Communauté britanniques subsistent encore pendant mille ans, les hommes puissent dire : ils vécurent là leur heure la plus belle."

En Allemagne, Hitler rencontre Mussolini à Munich. Le Duce voudrait occuper les territoires français situés à l'est du Rhône, la Corse et la Tunisie ; en outre, il réclame la livraison de la flotte française. Toujours soucieux de ménager la France, le Führer modère les exigences italiennes. Finalement, les deux dictateurs se mettent d'accord sur une politique commune à l'égard des demandes d'armistice.

 

Le 19 juin la Wehrmacht poursuit méthodiquement l'occupation du territoire français. Rommel s'empare de Cherbourg. A l'ouest, toute la Bretagne est envahie. Brest tombe. 150.000 Anglais, 25.000 Polonais et 18.000 Français ont réussi à s'embarquer avant l'arrivée des troupes nazies. Plus au centre, à Saumur, les cadets de l'École de Cavalerie, se battant à un contre dix, arrêtent les Allemands jusqu'au lendemain (voir plus loin). Néanmoins, les forces allemandes franchissent la Loire entre Saumur et Tours, au sud de Briare et à Nevers. Enfin, vers le soir, von Kleist atteint Lyon.

Saint-Nazaire : le capitaine de vaisseau Ronarch réussit à faire sortir du bassin de carénage le cuirassé "Jean-Bart", qui était en cours d'armement. Il met le cap sur Casablanca.

Les cadets de Saumur :

Après la chute de Paris, le reste des divisions françaises en état de combattre se replia sur la Loire pour tenter une fois de plus d'arrêter l'ennemi. La route de l'invasion passait par Saumur. Cette ville était déjà célèbre pour son école de cavalerie et ses écuyers du Cadre Noir. Elle le fut davantage après le comportement héroïque de ses cadets et aspirants, durant les journées des 19 et 20 juin 1940.

Depuis le 3 septembre 1939, la vocation première de l'École avait évolué. Chargée en temps de paix de former les cadres des régiments de cavalerie, elle poursuivit jusqu'en juin 1940 une mission plus appropriée à la situation. Des officiers de réserve de la cavalerie éduquèrent les Élèves Aspirants de Réserve (EAR). Le cycle d'instruction durait trois mois. Au moment de la décision du général Weygand de préparer la défense sur la Loire, le colonel Michon, directeur de l'École, reçut l'ordre de tenir, avec ses élèves et leurs instructeurs, un front de plusieurs dizaines de kilomètres de large, de Montsereau à Thoureil. Dans l'enthousiasme, les jeunes recrues quittèrent les salles de cours pour rejoindre leurs unités de combat. Cette bataille allait être le baptême du feu pour beaucoup d'entre eux.

L'armement dont disposaient les cadets n'était pas important. Chacun d'eux possédait un mousqueton et 40 cartouches. Venaient s'ajouter 34 automitrailleuses, une douzaine de chars plus ou moins modernes, et 10 canons antichars de 25 mm.

A l'aube du 17 juin, chacun était à son poste, attendant avec une certaine impatience les premières colonnes ennemies. Le même jour, le nouveau chef du gouvernement, le maréchal Pétain, prononça une première déclaration radiodiffusée, dont le ton eut un effet immédiat sur la plupart des divisions françaises, qui cessèrent le combat.

Le colonel Michon reçut alors des directives pour un repli général vers Montauban. Mais seuls, les chevaux de l'École furent évacués. La tradition fut la plus forte ; le directeur de Saumur déclara : "L'ennemi passera sur mon corps plutôt que je ne recule". Il parvint à communiquer cette détermination à ses troupes, que rien ne démotiva. 1.500 soldats également désireux de sauver l'honneur vinrent même renforcer les effectifs de l'École.

Les 800 cadets de Saumur livrèrent une lutte acharnée, tout en sachant pertinemment que la bataille de France était d'ores et déjà perdue.  Les combats commencèrent le 19 juin à minuit. Après la mort d'un plénipotentiaire ennemi venu transmettre une offre de reddition, les Allemands pilonnèrent la ville sans relâche. Les civils restés sur place se terrèrent dans les sous-sols. Pendant ce temps, les jeunes élèves vendirent chèrement leur vie, en réussissant à stopper l'avance des troupes de la Wehrmacht pendant deux jours.

Lorraine : le compositeur français Maurice Jaubert est tué à l'ennemi au pont d'Azerailles, en Meurthe-et-Moselle.

De Gaulle à la radio.

degradio.jpg

Affiche reproduisant (en partie) le texte de l'appel du 18 juin 1940.

18juin.jpg

Bande dessinée évoquant les combats des cadets de Saumur en juin 1940.

saumur.jpg

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant
Membre, Posté(e)
Garlaban Membre 8 713 messages
Maitre des forums‚
Posté(e)

A l'évocation du désastre de 1940, il est d'usage de tout réduire à Pétain. Ce dernier n'a été en fait que le syndic de faillite du pays une fois la catastrophe arrivée.

Dans les causes de cet immense malheur, la gauche a pris une très large part dans l'effondrement du pays. Les socialistes par leur pacifisme qui confinait à un crédo politique et les communistes par le sabotage, la démoralisation et la collaboration après le pacte germano-soviétique.

Malheureusement aujourd'hui, l'histoire se répète avec la promotion par cette même gauche d'un multiculturalisme mou comme seul horizon républicain indépassable alors que le monde se referme de plus en plus sur des ensembles qui s'arment et affirment leurs propres intérêts à tous les niveaux (USA - Chine - Russie - Turquie etc..)

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, Obsédé textuel, 73ans Posté(e)
Gouderien Membre 38 572 messages
73ans‚ Obsédé textuel,
Posté(e)
il y a 12 minutes, Garlaban a dit :

A l'évocation du désastre de 1940, il est d'usage de tout réduire à Pétain. Ce dernier n'a été en fait que le syndic de faillite du pays une fois la catastrophe arrivée.

Je suis loin de tout réduire à Pétain. De toute façon un seul homme n'aurait pas pu provoquer un tel désastre. Pétain a simplement profité des circonstances pour fonder un État national à sa convenance, ses modèles étant d'ailleurs beaucoup plus Franco et Salazar que Hitler et Mussolini. Après, le grand tort de Pétain est de ne pas avoir compris la nature du nazisme, et aussi d'avoir pensé qu'en jetant du lest vis-à-vis des Allemands (par exemple en édictant une législation antijuive), il allait se concilier les bonnes grâces de Hitler. C'était à la fois odieux et très naïf.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Archivé

Ce sujet est désormais archivé et ne peut plus recevoir de nouvelles réponses.

×