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L'intifada des parisiens


Blaquière

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Blaquière Membre 19 162 messages
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L’intifada des parisiens

 

Des rois, il y en a beaucoup. Des présidents, aussi. Mais des papes, il n’y en a qu’un ! C’est dire l’importance du personnage...

Or le Pape, aujourd’hui s’est déplacé en personne à l’extérieur même de son domaine. En terrain découvert. Et jusqu’au bas de l’avenue pour recevoir le Cardinal. Le Pape est tout en blanc chapeau doré pointu et le second tout en rouge, coiffé d’un berlingot sanglant. Tous deux sont vêtus de longs manteaux amples. Le cardinal est armé d’une grande canne en bambou au sommet spiralique comme une jeune pousse de fougère géante, et le Pape de sa croix habituelle aux branches tristes, fatiguées qui tombent vers le sol...

Quand il est arrivé devant le Pape, le cardinal s’est effondré immédiatement à genoux. Il a saisi la main que lui tendait négligemment le Pape et a baisé l’anneau précieux orné des deux clés croisées… Les clés du Paradis ! Mais le Pape, bon et généreux et modeste, comme il se doit, a fait mine d’un geste large, (les deux bras un peu trop écartés) de le relever. Le cardinal s’est donc relevé tout seul finalement. Puis les deux face à face, se sont tenu les mains un moment en signe d’authentique fraternité...

C’était grâce à leurs couleurs qu’on avait pu les reconnaître de loin. Et à leurs déguisements. Capellan rouge et Pape blanc ! Ils ont commencé de remonter l’allée vers le domaine bien protégé du Pape...

Et voilà que moi, je me retrouve à marcher devant tout le monde !

Comment est-ce possible ? A-t-on jamais le droit de passer avant LE Premier ?

Oui ! Si l’on est du service de sécurité !

C’est donc à ce service que j’appartiens…

Lors tout ce beau monde, la suite du cardinal et les gardes suisses du Pape dont on n’a pas encore parlé et qui se sont subrepticement faufilés à l’arrière du cortège, après le rouge et le blanc, plus moi en tête de cette procession, remontons l’avenue...

 

Je précède le tout de quelques vingt mètres... crapahutant, sur le qui vive et marchant en zigzag, buste fléchi. Saint Père prenez garde à droite ! Et je relève le bras droit, coude plié, paume tournée vers l’extérieur en geste d’auto protection du visage. Saint Père prenez garde à gauche !... À fond dans l’action, je me suis transformé immédiatement en apache éclaireur sur la piste rocailleuse... Et même si je fais un peu trop de simagrées je reste parfaitement crédible dans mon rôle...

C’était quoi ces deux groupes de soldats avec des masques à gaz sur le nez, dans le poulailler en contre haut sur la gauche de l’avenue ?

Ah ! Oui ! Je me souviens : ils sont de la sécurité aussi, comme moi !... Mais est-ce sûr ? En tout cas, ils ont bien fait diversion. Ce qui pourrait-être un indice. Qui ne serait intrigué par une telle mise en scène de soldats masques-à-gazés enfermés dans un poulailler parmi des poules-blanches-caquetantes ?…

L’attaque, si attaque il y a, viendra donc plutôt du côté opposé. Nommément le côté droit où malin, sans me laisser distraire par l’habile diversion, je porte mon regard...

Car l’avenue court de fait au fond d’une gorge profonde… (Façon Gorges d’Ollioules) Et le côté droit tout comme le côté gauche est donc surélevé. Mais voilà qu’à l’instant, dévalent du plus haut de ce contre haut droit sur la colonne papale quelques poignées de menus gravillons...

C’est la première salve !

Abritons nous ! » crié-je !

Ce que nous faisons tous en nous ruant dans quelque demeure plus ou moins désaffectée en bordure de la route. Dont le vieux poulailler où je me retrouve, derrière le grillage en compagnie des poules et des soldats maques-à-gazés, du Pape, du Cardinal ainsi que de deux gardes suisses.

La deuxième salve, composée de pierres comme le poing n’est pas bien terrible puisque nous sommes à couvert.

Même le Pape derrière son grillage n’a rien senti.

Quant à la troisième, nos attaquants font dévaler depuis la crête d’énormes rochers. Cette fois-ci il est peu probable que les maisons où nous avons trouvé refuge tiennent bon. Pour plus de sécurité, je me fais un casque d’un bébé qui était là dans son berceau.

Cela vous semble horrible ? Suivez plutôt mon raisonnement :

« Si je fais de mon corps un rempart au bébé et qu’un rocher traverse la toiture et me tombe dessus, sans parler du rocher, j’écraserai moi même ce pauvre bébé ! En revanche si je place le bébé sur ma tête, son petit corps mou pourrait m’être une protection efficace au cas où le rocher percuteur, déjà grandement ralenti par les tuiles du toit dans un premier temps et n’étant pas en outre de masse excessive ne m’écraserait que modérément. Un seul de nous deux étant dès lors écrabouillé, dont pas moi, au lieu des deux, ce qui serait d’un avantage considérable en ce qui me concerne. »

Raisonnement imparable.

Mais les maisons résistent à l’avalanche rocheuse. L’attaque a échoué et le bébé a été replacé dans son douillet berceau. Quant au Saint Père indemne ou pas, il n’intéresse plus personne. En tout cas, pas moi !

La surélévation des deux versants, corollaire à l’encaissement de l’avenue étant devenue inutile, les avalanches ayant raté, les deux versants s’affaissent comme s’ouvre un livre saint... L’avenue, les maisons, mes assaillants et moi, une centaine de mètres plus loin nous retrouvons alors en terrain plat et au même niveau.

Ai-je été le jouet d’une hallucination ?

 

« Avec mes cheveux longs et ma queue de cheval, il me prendront certainement pour un des leurs me dis-je en pensant aux ennemis. Et je me dirige sans crainte vers ce groupe de gens grands minces et aux cheveux un peu trop longs tout comme moi.

Ma ruse de cheveux était la bonne ! Je pourrai passer inaperçu parmi ces étrangers jusqu’à l’arrivée de la police. Alors, il sera temps pour moi d’apprendre qui nous a attaqué.

Car je ne crains absolument rien de l’arrivée de la police avec ses gyrophares clignotants dans la nuit pour une meilleure visibilité en pointillés : Eh ? Ne me vites-vous point ce tantôt, ouvrir vaillamment le passage au Saint Pimpon... Pape,  je veux dire ?

...

Plus tard, je redescends l’avenue en expliquant la situation à ce couple de touristes nordiques. Peut-être des danois ?

Nos assaillants, je les ai reconnus, ils parlaient avec un accent étrange, guttural, c’étaient des PARISIENS ! Des Pharisiens sans hache ni épée c’est pour ça, qu’ils nous ont canardés de cailloux ! »

J’ai hésité : je ne me souvenais plus comment dire "canardé" en anglais. J’ai tenté un « ducked » sans conviction...

Vous parlez un anglais déplorable ! » m’ont répondu les danois.

Vous m’avez bien compris, pourtant, non ? »

Sans doute... 

Alors c’est l’essentiel ! Tout ce que je dis est parfaitement sensé !»

Mais nous nous conservons le « h » des Pharisiens ont-ils persiflé !

 

Oui ! Quand je ne marche pas comme un apache, on peut me prendre pour quelqu’un de tout-à-fait normal...

 

En même temps que les véhicules de police, étaient arrivés d’autres véhicules tout blancs. Les ambulances de l’Hôpital Psychiatrique. De grands gaillards en blouses blanches y ont embarqué le Pape, le Cardinal et les gardes suisses…

Et ceux que j’avais pris pour des soldats à masques à gaz étaient aussi des infirmiers...

 

Grâce aux touristes danois et en dépit de mon mauvais anglais, finalement, je m’en suis bien tiré…

À moi la liberté !…

Vous allez voir ce que vous allez voir !

 

 

(Ce texte-là vous ne me direz pas qu'il veut rien dire !... Quoi que...)

 

 

 

 

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