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Les bretons à la conquête de Paris


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January Animateur 28 833 messages
©‚ 101ans
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A partir de 1850, les Bretons émigrent en masse vers Paris pour s'assurer un avenir meilleur. La Bretagne, en plein boom démographique, n'a pas assez d'exploitations pour tous, les terres produisent peu, et la misère guette les jeunes. Alors, dès les années 1850, on compte dans la région près de 20 000 départs par an pour environ 2,5 millions d'habitants. Ce sont essentiellement les Bretons de l'intérieur qui tentent l'aventure. Les côtes, plus riches, se vident moins. En 1901, le démographe Louis Chevalier évalue à 115 000 le nombre de Bretons installés dans la capitale, qui totalise alors 2,7 millions d'habitants.

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C'est une mode depuis quelques années, de voyager en Bretagne, raconte l'abbé Cadic en 1901. C'est une mode aussi d'en revenir avec une domestique bretonne. Elles sont si naïves, les jeunes filles de là-bas. Elles s'engagent à si bon compte... On n'a que le choix. Et le meilleur moyen de les recruter reste encore de les cueillir à la sortie de la messe avec l'aide du crieur public. "Madame X vous propose une place de premier ordre dans la capitale aux conditions de 25 francs par mois, nourrie, logée, voyage payé !" Le salaire est une misère, mais l'annonce a de quoi allécher certaines, dont l'assiette reste souvent vide et qui, à cette époque, partagent encore un lit clos avec quatre ou cinq frères et sœurs.

Le phénomène est tel qu'à Paris des membres de l'aristocratie et du haut clergé breton fondent les premiers bureaux de placement. Ainsi, l'abbé Cadic crée en 1897 la Paroisse Bretonne, chargée de trouver des emplois de bonnes. En 1898, l'homme se vante d'avoir placé 600 personnes, 1200 l'année suivante puis 5000 en 1907.

Bécassine

Cet afflux de servantes sans défense participe à la popularisation de l'image de Bécassine, le personnage de bande dessinée créé en 1905 par Pinchon. Si elle amuse beaucoup les enfants parisiens, l'héroïne devient vite la honte des Bretons, le symbole de cette image de ploucs qui leur colle à la peau.

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En vérité Bécassine est picarde, mais à l'époque, la majeure partie des bonnes venant de Bretagne, l'amalgame est vite fait. Alors quand sort en 1913 le premier album de ses aventures, on lui invente un passé breton. Certains retiennent le côté généreux de l'héroïne, quand d'autres s'indignent de sa niaiserie et de l'image négative qu'elle véhicule sur les habitants de la région. En 1939, Bécassine entre au musée Grévin. Pas vraiment une consécration, en tout cas pas pour Patrick Guérin, un breton de paris, et deux de ses amis qui, en visite au musée, font tomber la statue de cire qui se brise en mille morceaux. Un fait divers qui réjouit alors la communauté bretonne.

L'exil difficile

La communauté vit mal son déracinement. Beaucoup de bonnes bretonnes atterrissent à Versailles et ses alentours, sont logées sous les toits des villas cossues, souvent sans chauffage, avec un seul lavabo et de l'eau froide. Avant la deuxième guerre mondiale, presque 30% de la population versaillaise est bretonne ! A Paris intra-muros, les ouvriers déracinés cèdent à la dépression et à l'alcoolisme...

Le métropolitain

L'homme qui a imaginé et conçu le "chemin de fer métropolitain" de la capitale est un breton originaire d'Uzel, Fulgence Bienvenüe.

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Treizième et dernier enfant d'un notaire, ce polytechnicien dirige le colossal chantier pendant trente-cinq ans, de 1898 à 1933. Pour creuser le ventre de Paris, Bienvenüe a besoin d'une importante main-d'œuvre et il le sait, sa Bretagne natale est un gisement d'ouvriers bon marché, dociles et non syndiqués.

Les bretons du métro, eux, sont fiers de participer au projet de l'un des leurs, même pour un salaire de misère. Ces ouvriers-là ne sont pas des révolutionnaires. Sans instruction, ils n'ont qu'une seule ligne politique : l'église catholique. Bercés par les prêches du dimanche, ils votent volontiers pour les candidats alliés du patronat. Idéal pour remplacer au pied levé les grévistes.

La banlieue rouge

S'ils travaillent le jour à Paris, les prolétaires celtes rentrent souvent dormir en banlieue. Saint-Denis, Montreuil, La Courneuve, Choisy-le-Roi et Villeneuve-le-Roi sont des hauts lieux de la diaspora bretonne en Ile-de-France. Ces villes accueillent des hommes jeunes, certains ont à peine quatorze ans, vivant dans des conditions sordides.

"A Saint-Denis, les ouvriers s'entassaient à quatre ou cinq dans des logements humides et attrapaient toutes sortes de maladies, dont la terrible tuberculose" témoigne Pierre Douzenel, photographe de la ville.

A partir de 1920 l'industrie métallurgique et automobile commence à recruter dans la "Bretagne Rouge", des communes du Finistère plus sensibles aux idées communistes. Une fois arrivés à Paris, ces ouvriers militants adhèrent au PCF et au syndicat CGTU, pour y retrouver les copains du village quitté ou se tisser un réseau. En 1935, le journal La Bretagne à Paris estime à près de 40 000 les bretons employés dans les industries de la banlieue parisienne.

Deux frères bretons vont accompagner la montée en puissance de la "Banlieue Rouge". En 1912, Jean Trémel devient maire adjoint de Saint-Denis. Jules Trémel, lui, crée l'Amicale des Bretons en 1932 afin de rendre l'existence de ses compatriotes moins pénible. Cette structure très puissante finit par devenir une composante à part entière de la coalition du Front Populaire de 1936.

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http://www.bretons-s...re/amicale.html

Aujourd'hui, qu'ils soient nés à la capitale ou fraîchement débarqués de leur splendide région, les bretons se fondent dans la masse et affichent leur réussite, fiers de leurs origines celtiques ! On estime à environ 1 million les bretons et leurs descendants en Ile-de-France.

(d'après "Bretons de Paris" - Didier Violain)

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Caravage Membre 5 022 messages
Forumeur alchimiste‚ 64ans
Posté(e)

Et la tour Montparnasse c'est juste un gros menhir!!:smile2:

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Loargan Membre+ 9 187 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

Merci pour cet article très intéressant. Beaucoup d'Auvergnats se sont également installés à Paris, les fameux "Bougnats", mais avec cet avantage qu'ils venaient plutôt y ouvrir leur commerce : magasin de vente de combustibles pour le chauffage, débits de boisson... Ce qui fait qu'ils en ont moins souffert que les petites bonnes Bretonnes, dont bon nombre sont tombées dans de mauvaises mains et se sont retrouvées dans des maisons closes sordides. En fait les premiers immigrants venaient des quatre coins de l'Hexagone : Paris a "accueilli" (entre guillemets parce qu'en général l'accueil n'était pas chaleureux) des Provençaux, des Alsaciens, des Normands, des gens du Nord, etc. avant de voir arriver des Italiens, des Polonais, etc.

Même ce Louis-Vuitton à qui les élégantes de la capitale doivent tant était un fabriquant de bagages originaire de Franche-Comté installé à Paris...

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pila Membre 8 316 messages
Forumeur alchimiste‚ 58ans
Posté(e)

Heureusement que la "pauvre" Bretagne agricole est devenue la seconde région productrice de l'UE !

La Bretagne a donné aussi beaucoup d'hommes aux armées. Beaucoup de morts.

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