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Des zoos humains aux expositions coloniales


January

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 440 messages
108ans‚ ©,
Posté(e)

En 1933, le ministre portugais des Colonies, Armindo Monteiro, prie tous les gouverneurs des colonies d'envoyer des « indigènes » à Porto pour l'Exposition coloniale de 1934. Trois cent vingt-quatre femmes, hommes et enfants provenant du Cap-Vert, de Guinée, d'Angola, du Mozambique, d'Inde, de Macao et du Timor sont ainsi « hébergés dans des villages ou habitations typiques » et observés par plus d'un million de visiteurs. L' « objet » le plus décrit et le plus photographié fut une femme noire et nue, une Balante de Guinée.

A lire dans Books, mars 2014 - Source L'Histoire (article payant)

Ancien article paru dans le Monde Diplomatique :

Comment cela a-t-il été possible ? Les Européens sont-ils capables de prendre la mesure de ce que révèlent les « zoos humains » de leur culture, de leurs mentalités, de leur inconscient et de leur psychisme collectif ?

Les zoos humains, expositions ethnologiques ou villages nègres restent des sujets complexes à aborder pour des pays qui mettent en exergue l’égalité de tous les êtres humains. De fait, ces zoos, où des individus « exotiques » mêlés à des bêtes sauvages étaient montrés en spectacle derrière des grilles ou des enclos à un public avide de distraction, constituent la preuve la plus évidente du décalage existant entre discours et pratique au temps de l’édification des empires coloniaux.

« Cannibales australiens mâles et femelles. La seule et unique colonie de cette race sauvage, étrange, défigurée et la plus brutale jamais attirée de l’intérieur des contrées sauvages. Le plus bas ordre de l’humanité. »

L’idée de promouvoir un spectacle zoologique mettant en scène des populations exotiques apparaît en parallèle dans plusieurs pays européens au cours des années 1870. En Allemagne, tout d’abord, où, dès 1874, Karl Hagenbeck, revendeur d’animaux sauvages et futur promoteur des principaux zoos européens, décide d’exhiber des Samoa et des Lapons comme populations « purement naturelles » auprès des visiteurs avides de « sensations ». Le succès de ces premières exhibitions le conduit, dès 1876, à envoyer un de ses collaborateurs au Soudan égyptien dans le but de ramener des animaux ainsi que des Nubiens pour renouveler l’« attraction ». Ces derniers connurent un succès immédiat dans toute l’Europe, puisqu’ils furent présentés successivement dans diverses capitales comme Paris, Londres ou Berlin.

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Un million d’entrées payantes

Une telle réussite a, sans aucun doute, influencé Geoffroy de Saint-Hilaire, directeur du Jardin d’acclimatation, qui cherchait des attractions à même de redresser la situation financière délicate de l’établissement. Il décide d’organiser, en 1877, deux « spectacles ethnologiques », en présentant des Nubiens et des Esquimaux aux Parisiens. Le succès est foudroyant. La fréquentation du Jardin double et atteint, cette année-là, le million d’entrées payantes... Les Parisiens accourent pour découvrir ce que la grande presse qualifie alors de « bande d’animaux exotiques, accompagnés par des individus non moins singuliers ». Entre 1877 et 1912, une trentaine d’« exhibitions ethnologiques » de ce type seront ainsi produites au Jardin zoologique d’acclimatation, à Paris, avec un constant succès.

De nombreux autres lieux vont rapidement présenter de tels « spectacles » ou les adapter à des fins plus « politiques », à l’image des Expositions universelles parisiennes de 1878, de 1889 (dont le « clou » était la tour Eiffel) - un « village nègre » et 400 figurants « indigènes » en constituaient l’une des attractions majeures - et celle de 1900, avec ses 50 millions de visiteurs et le célèbre Diorama « vivant » sur Madagascar, ou, plus tard, les Expositions coloniales, à Marseille en 1906 et 1922, mais aussi à Paris en 1907 et 1931.

Suite http://www.monde-diplomatique.fr/2000/08/BANCEL/14145

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Membre, Forumeur confit, Posté(e)
Enchantant Membre 18 092 messages
Forumeur confit,
Posté(e)

Bonjour January,

En réaction à l’article…

Toujours cette manie moralisatrice de vouloir juger l’histoire hors de son contexte.

La curiosité, l'étonnement, l'exotisme, le différend, sont aussi des ressorts puissants qui animent les humains. Le marché du spectacle, les expositions en tous genres, les musées, les monuments, offrent également cette distraction, ce dépaysement, ces interrogations sur des périodes d’histoires révolues ou actuelles.

De nos jours, ou des millions de voyageurs se déplacent chaque jour dans des villes qui tendent à s’uniformiser architecturalement sur la planète, ou la télévision nous abreuve et nous submerge en temps réel de ce qui se passe dans l’instant.

Il est facile de comprendre que l’effet de surprise ou le plaisir de la découverte s’émousse un peu et que ce qui attirait les foules hier, ne les attire plus nécessairement aujourd’hui.

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Membre, 118ans Posté(e)
nerelucia Membre 12 886 messages
Baby Forumeur‚ 118ans‚
Posté(e)

C'est un fait, point final.

Un zoo effectivement et les indigènes souffrent encore de cette domination blanche, les blessures sont vives.

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Membre, Forumeur confit, Posté(e)
Enchantant Membre 18 092 messages
Forumeur confit,
Posté(e)

D’ailleurs, ils en souffrent tellement, qu’ils n’ont qu’un désir, celui de vivre parmi leurs tortionnaires d’hier !

Va comprendre Charles ?

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 440 messages
108ans‚ ©,
Posté(e)

Je n'ai pas trouvé particulièrement moralisateur l'article.

Je relève plusieurs choses intéressantes (analyses), dont celle-ci :

Les zoos humains ne nous révèlent évidemment rien sur les « populations exotiques ». En revanche, ils sont un extraordinaire instrument d’analyse des mentalités de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 30. En effet, par essence, zoos, expositions et jardins avaient pour vocation de montrer le rare, le curieux, l’étrange, toutes expressions du non-habituel et du différent, par opposition à une construction rationnelle du monde élaborée selon des standards européens.

Ces mascarades furieuses ne sont-elles pas finalement l’image renversée de la férocité - bien réelle celle-là - de la conquête coloniale elle-même ? N’y a-t-il pas la volonté - délibérée ou inconsciente - de légitimer la brutalité des conquérants en animalisant les conquis ? Dans cette animalisation, la transgression des valeurs et des normes de ce qui constitue, pour l’Europe, la civilisation, est un élément moteur.

[...]

Les zoos humains constituent ainsi un phénomène culturel fondamental - et jusqu’ici totalement occulté - par son ampleur mais aussi parce qu’il permet de comprendre comment se structure le rapport que construit alors la France coloniale, mais aussi l’Europe, à l’autre. De fait, la plupart des archétypes mis en scène par les zoos humains ne dessinent-ils pas la racine d’un inconscient collectif qui prendra au cours du siècle de multiples visages et qu’il est indispensable de déconstruire ?

Pour une lecture "ludique", sur le phénomène, je conseille Didier Daeninckx "Cannibale". La quatrième :

Paris 1931, l'Exposition coloniale. Quelques jours avant l'inauguration officielle, empoisonnés ou victimes d'une nourriture inadaptée, tous les crocodiles du marigot meurent d'un coup. Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Höffner de Francfort-sur-le-Main, qui souhaite renouveler l'intérêt du public allemand, veut bien prêter les siens, mais en échange d'autant de Kanak. Qu'à cela ne tienne ! Les " cannibales " seront expédiés. Inspiré par ce fait authentique, le récit déroule l'intrigue avec, en arrière-plan, le Paris des années trente - ses mentalités, l'univers étrange de l'Exposition - tout en mettant en perspective les révoltes qui devaient avoir lieu un demi-siècle plus tard en Nouvelle-Calédonie.

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Membre, 53ans Posté(e)
babeth23 Membre 880 messages
Baby Forumeur‚ 53ans‚
Posté(e)

ça démontre qu'à l'époque le racisme était généralisé

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