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La dimension monothéiste voire animiste dans la Grêce Antique


Mercure.09

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Mercure.09 Membre 372 messages
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La dimension monothéiste voire animiste dans la Grêce Antique

Contrairement à la mythologie grecque qui prône un panthéon polythéiste, la sagesse et la philosophie helléniste envisage l'existence d'un principe fondateur et organisateur du cosmos, qui relie et unifie toutes choses.

I) Les pré-socratiques

La croyance en principe unique est déjà présente chez des penseurs pré-socratiques, avant l’avènement des trois principaux monothéismes que sont le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam, même si le concept d'un Dieu unique existait auparavant avec le vedanta en Inde.

Deux idées majeures ressortent de cette pensée pré-socratique :

1) L'unicité de l'univers : L'univers, et tout ce qui le compose ( donc les êtres humains également), est considéré comme une unité. Thalès, l'un des Sept Sages de la Grêce antique, l'affirma dans son école de Milet. Pour connaître l'univers, l'homme doit donc se connaître lui-même. « Connais toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux. » est-il écrit sur le Temple de Delphes. Héraclite dit par ailleurs : « Il faut s'étudier soi-même et tout apprendre par soi-même. »

Anaxagore, lui, affirme que l'univers est ordonné par une intelligence organisatrice et directrice qui met tout en ordre et qu'il appelle le « Noûs », et qu'on retrouve dans des Evangiles apocryphes comme l'Evangile de Marie.

2) Le logos ( la « pensée », la « parole » ) est créateur de sens voire créateur de réalité. Cela fait écho à d'autres religions qui considèrent que le monde a été créé par la parole ou la pensée de Dieu, comme le Christianisme, le Judaïsme, l'Islam, le vedanta... :

Christianisme : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. »(Jean 1:1) La Parole de Dieu et son Souffle sont à l'origine de la vie de toute créature (Gn 1. 2 ; Gn 2. 7 ; Ps 33. 6 ; Ps 104. 30 ; Qo 3. 20-21 ; Ez 37. 10)2.Genèse 1.3 Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.

Genèse 1.6 Dieu dit: Qu'il y ait une étendue entre les eaux, et qu'elle sépare les eaux d'avec les eaux.

Genèse 1.7 Et Dieu fit l'étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l'étendue d'avec les eaux qui sont au-dessus de l'étendue. Et cela fut ainsi.

Genèse 1.9 Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi.

etc..

Selon la tradition chrétienne héritée de l'évangile de Jean, le Verbe s'est doté d'une matérialité en se faisant chair, c'est-à-dire en s'incarnant dans la personne de Jésus-Christ, fils de Dieu.

Dans l'Islam : 82. Quand Il veut une chose, Son commandement consiste à dire : “Sois”, et c'est.

Voir Max Müller : http://rhr.revues.org/7227 , qui a trouvé les points communs entre néo-platoniciens, stoïciens, chrétiens et vedantistes, et particulièrement en ce qui concerne la parole divine comme source de la création. Dans le vedanta, Brahman est considéré comme la parole créatrice. Toujours en Inde on peut aussi parler des mantras, à l'instar des prières qui ont un pouvoir créateur dans les autres religions.

Et d'autres mythes comme …« Selon un mythe des Indiens Winnebago, le Père créa le monde par la pensée. Il pensa et désira la lumière et la Terre – et la lumière et la Terre apparurent. Les Omaha estiment que « au commencement, toutes les choses étaient dans la pensée de Wakonda. Toutes les créatures, l'homme inclus, étaient des esprits. » Finalement Wakonda créa la Terre, et alors « les esprits descendirent et devinrent chair et sang ». Les Uitoto de la Colombie ont élaboré une cosmogonie encore plus audacieuse : au commencement, tout était « apparence, phantasme, illusion ». Le Père lui-même rêvait, mais par le truchement de ses rêves il réussit à capturer ces phantasmes et les transforma en réalités palpables. Ainsi le monde vint à l'existence.

Un mythe cosmogonique polynésien décrit un commencement où n'existaient que les Eaux et les Ténèbres. Io, le Dieu suprême, sépara les Eaux par la puissance de la pensée et de ses paroles, et créa le Ciel et la Terre. Il dit : « Que les Eaux se séparent, que les Cieux se forment, que la terre soit ! » – et aussitôt apparut la lumière. Une cosmogonie similaire se rencontre en Égypte, élaborée surtout dans la théologie memphite : le dieu Ptah créa l'Univers par son cœur (c'est-à-dire son esprit et sa volonté) et par sa langue (son Verbe). » http://www.universalis.fr/encyclopedie/creation-les-mythes-de-la-creation/2-creation-par-la-pensee-la-parole-et-l-echauffement-d-un-dieu/

http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_conferences_2010/a.c_100206_boyer.html

Par extension, le logos peut aussi désigner le souffle divin, presque une énergie, et là on peut citer beaucoup plus de religions comme le qi en chine, taoisme, hindouisme : shakti, le prana etc

Il est interressant de noter à propos du logos le glissement de sens que ce mot a subi. Héraclite disait que ce mot n'était pas compris. Les philosophes qui lui ont succédé lui ont en effet donné le sens de « raison », de « discours raisonné », qu'ils appelleront le principe suprême. Le philosophe Juif Philon d'Alexandrie au 1 er siècle redonna un sens plus proche de l'original en en faisant la parole ou la pensée de Dieu, qui est un souffle vital constituant toutes choses : le « pneuma ».

Le Dieu presque impersonnel des pré-socratiques est donc assez loin d'un Zeus vengeur et soumis à ses passions, bien qu'ils partagent tous deux le même rôle d'organisateur du cosmos, même si Zeus a un rôle plus limité.

II) Socrate et ses disciples

Socrate : Bien que Socrate soit connu pour sa méthode de tout remettre en cause, notamment l'existence des dieux, il adhère à l'idée d'un bien suprême. Il souscrit au « Noûs » d'Anaxagore, auquel il ajoute une valeur de bonté. C'est donc dans un Dieu bon que croit Socrate.

Platon : Quand Socrate, le maître de Platon, meurt, celui-ci entreprend un voyage en Egypte et auprès des Pythagoriciens. De retours à Athènes, il y fonde l'Académie. On peut noter deux choses sur la pensée de Platon qui vont dans le sens d'un Dieu absolu :

1) Pour lui, il existe deux mondes : le monde phénoménal ou sensible ( le monde de la matière ) et le monde Nouménal ( de « Noûs » ), c'est à dire le monde de l'essence toute chose ( Dieu, l'âme ) , que Platon appelle le monde des Idées. C'est dans ce monde des idées que Platon pense trouver la vérité et donc l'origine de toute chose, par delà l'agitation du monde sensible. Là où certains recherchent l'absolu dans les temples et dans la prière, Platon le recherche dans la réflexion et la contemplation des Idées.

Pour lui, la vérité apparaît au sage par l'Intuition, à force d'avoir longtemps exercer sa raison. C'est la méthode dialectique, qui fonctionne sur 4 étapes : 1.Amour d’un beau corps : Impression sensible (images, apparences) 2.

Amour des beaux corps : Opinion droite (Opinions vraies, mais non justifiées) 3.Amour des belles âmes : Pensée discursive (Raisonnements et définitions) 4.Amour du Beau en soi : Intuition intellectuelle des essences (Idées) ( http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/auteurs/platon.htm ). Entre parenthèses, Einstein, lui, disait que l'intuition précède la réflexion, et que l'intuition lui est supérieure : « Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don. »

Platon qualifie ce principe originel comme d'autres religions qualifient Dieu : l'essence, l'immuable, éternel, la pureté. Il décrit ce principe créateur comme : le bien, le vrai, le beau.

Platon atteint et comprend Dieu et la vérité donc par l'intuition provenant de la contemplation des Idées et de la réflexion qui les organise, là où des personnes « plus » religieuses y parviennent par l'intuition provenant de la prière et de la méditation, qui sont aussi des formes de contemplation.

On ne peut pas comprendre Dieu tant qu'on a pas perçue l'idée du Bien comme étant à la base de toute chose. Ce Bien suprême, Platon l'appelle l'Agathon.

Cette contemplation du Bien suprême est possible par l'ataraxia, c'est à dire le calme intérieur, la contemplation intérieure. C'est en allant à l'intérieur de soi qu'on découvre la vérité, notre essence divine, appelée âme par les chrétiens, nature de bouddha par les bouddhistes, atman par les hindoues, Wahdat al-wujud pour les soufistes...

Mais pour le philosophe, cette perception de la vérité ( on pourrait dire « union avec » ou « fusion dans » le divin ) ne peut se faire parfaitement qu'après la mort du corps physique. C'est semblable au paranirvana des bouddhistes qui parachève le nirvana.

2) Platon a de plus souscrit à la théorie de la réincarnation des hindoues et en l'a appeler « métempsychose ». Cela veut dire le souvenir de vies passées ou d'un séjour dans un monde supérieur. Il affirme que c'est en se remémorant ces souvenirs oubliés que l'homme accède au divin. C'est en se rappelant sa connexion avec Dieu que l'homme retourne à sa nature divine. ( Dans « Conversations avec Dieu » de Neale Donald Walsch, cette idée est très bien explicitée)

Aristote : Fondateur du lycée, Aristote reconnaît lui aussi une part de divin en chaque être humain. Pour lui, Dieu existe, car toutes choses ayant une cause, il faut qu'il y ait une cause première à l'univers. Il affirme aussi que tous les êtres sont attirés vers ce principe premier en mouvement d'amour. Ce principe premier est donc également une « cause » finale » vers laquelle il nous faut retourner. C'est l'alpha et l'oméga du christianisme.

III) Epicuriens et Stoïciens :

L'épicurisme : Contrairement à son sens moderne de quête du plaisir, l'épicurisme originel prône une vie sobre, sans excès. Epicure a fondé son école dans un jardin qu'il cultivait lui même. L'autosuffisance, la satisfaction des désirs nécessaires ( par opposition aux désirs superflus ), la tranquilité et l'amitié sont des valeurs importantes dans cette philosophie. Tout comme le Bouddha en son temps, Epicure conseillait l'éloignement des passions, source de souffrance.

Les Stoïciens : Le fondateur du Stoïcisme, Zénon, envisage l'univers comme reposant sur une harmonie , une « sympathie »( on peut mettre en parallèle « l'harmonie des sphères » de Pythagore, le nombre phi - « la divine proportion » - , le nombre pi, les constantes de l'univers : constante de Planck... voir le film « The Signs : les signes de l'existence de Dieu »). Cette harmonie est rendue possible par un Dieu omnipotent et bon. Pour les Stoïciens, Dieu est un souffle invisible, le « Pneuma » qui traverse toute chose ( comme le Ki des chinois et des japonais et du prana hindoue ). Ce Dieu assigne à chaque personne un rôle ( une persona ) qu'elle se doit de jouer du mieux qu'elle peut. Cette « persona » peut être comparée à l'ego dont parle l'Orient : l'ensemble corps-mental qui constitue notre enveloppe temporaire et qui recouvre notre Soi divin ( voir les Koshas, les revêtements du Soi dans le vedanta). En acceptant de se conformer à la volonté divine, l'homme atteint la sérénité et le bonheur.

Ce concept d'un Dieu régissant tout a certainement inspiré en partie le Judaïsme et le Christianisme. Cette pratique de la contemplation a peut être été également influencée par l'Hésychasme, pratique reprise par le Christianisme primitif qui consiste à trouver Dieu dans la contemplation, dans le calme de l'esprit, et qui remonte aux pères Egyptiens.

IV) Les Néoplatoniciens :

Héritier de Platon, Plotin, adhère à l'idée d'un principe supérieur vers lequel on doit s'élever. Plotin croyait aussi à la réincarnation, dont le but est la dissolution de l'âme purifiée dans Dieu, laissant l'agitation pour retourner à l'Immobile.

Jamblique, disciple de Plotin, considère qu'il existe des êtres intermédiaires entre Dieu et l'homme : des esprits et des demi-dieux ( comme les anges et archanges du christianisme).

V) L'Orphisme :

Apparu au V ème siècle av J-C, ce courant de pensée grec estime que l'homme a une part divine et il lui faut se souvenir de cette part divine en lui pour « revenir » vers Dieu.

Les écoles Orphiques dont une fut créée par Pythagore, cherchaient plus la fusion en Dieu que sa compréhension intellectuelle. Cet aspect plus pratique consistait en l'exercice de la méditation, de la chasteté et d'un régime végétarien. On remarque une influence de l'Inde et du Bouddhisme dans ce mode de vie ascétique centré sur la contemplation.

Un des principaux temples/écoles de l'Orphisme fut le Temple d'Eleusis. Ses initiations sont connues sous le nom de « Mystères ». Ces écoles d'initiation ont comme modèles les écoles des mystères dans l'Egypte antique ( Saqqarah, fondée par Imhotep ( rapproché à Hermès Trismégiste ), Karnac, Abydos, temple de Thôt, temple of man, Kheops … http://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_l%27%C3%89gypte_antique reportages : Magical Egypt - The Invisible Science Part 1 of 8 http://www.youtube.com/watch?v=tshlYmX8OkI , « Egypte ou le mystère d'Horus : L'ecole des mystères 1 »

)

Ces mystères vont se répandre mais prendront fin au IV ème siècle, quand Rome devient chrétienne. Un héritage subsistera néanmoins dans des traditions actuelles comme la franc-maçonnerie ou les rose-croix.

La pensée grecque a eu beaucoup d'influence sur des auteurs comme Albert le grand ou Thomas d'Aquin au Moyen Age, les humanistes de la Renaissance comme Pic de la Mirandole, Erasme, ou Montaigne et plus récemment André Compte-Sponville, Marcel Conche ou Pierre Hadot.

Carrefour des civilisations, la grêce a fortement été influencée par la spiritualité orientale, en particulier en ce qui concerne la croyance en un Dieu unique, présent en toute chose et dans lequel on peut se fondre par la contemplation intérieure et le calme de l'esprit ( inspiré par le yoga et la méditation orientales )

Ces concepts d'un Dieu bon et cause première de l'univers et dans lequel l'âme peut trouver son salut influenceront en partie par la suite les monothéistes principaux que sont le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam.

sources : Frédéric Lenoir, Petit traité de l'histoire des religions.

Platon, La République.

Phédon.

Plotin, Ennéades.

Euripide, Les Bacchantes.

Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres.

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Membre, Posté(e)
Scénon Membre 3 716 messages
Forumeur expérimenté‚
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Contrairement à la mythologie grecque qui prône un panthéon polythéiste, la sagesse et la philosophie helléniste envisage l'existence d'un principe fondateur et organisateur du cosmos, qui relie et unifie toutes choses.

L'opposition monothéisme-polythéisme est une invention chrétienne dont l'intention est de dévaloriser le “paganisme”.

Pour faire bref: les deux noms les plus utilisés dans la Bible pour désigner l'Être suprême sont Elohim et Adonaï, qui sont des pluriels. Le premier signifie vraiment «Dieux», le second «Mes Seigneurs».

En jouant ce petit jeu, on trouve même dans le Nouveau Testament, et jusque dans la bouche de Jésus (qui dit à ces disciples: «Vous êtes des dieux»), de nombreuses traces de “polythéisme”.

L'islam reproche d'ailleurs aux chrétiens d'être polythéistes, avec leur Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit.

Inversement, Homère, le plus ancien mythographe et auteur tout court du monde grec, parle souvent de «Dieu» (theos), au singulier.

L'opposition monothéisme-polythéisme est pour les esprits superficiels. Mais je ne vous range pas parmi ceux-là, Mercure! Vous avez bien raison de rappeler toutes ces sources, qui sont d'ailleurs loin d'être complètes, et qui montrent bien la présence constante, dans la Grèce antique, de ce qu'on serait tenté d'identifier à du “monothéisme”.

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Membre, Obsédé textuel, 73ans Posté(e)
Gouderien Membre 38 561 messages
73ans‚ Obsédé textuel,
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Voilà qu'on veut faire des Grecs des monothéistes, maintenant! Perso le monothéisme m'est toujours apparu comme une décadence, et non pas un progrès, par rapport au polythéisme. Qu'on foute donc la paix aux Grecs de l'Antiquité, au moins eux n'allaient pas massacrer leur prochain au nom d'un dieu d'amour!

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Membre, Posté(e)
Mercure.09 Membre 372 messages
Baby Forumeur‚
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Qu'on foute donc la paix aux Grecs de l'Antiquité, au moins eux n'allaient pas massacrer leur prochain au nom d'un dieu d'amour!

Il ne faut mélanger religion et déviance religieuse ou intolérance religieuse. Les croisades et l'inquisition par exemple ne peuvent pas être considérées comme appartenant au christianisme car le christianisme dit "Tu ne tueras point ton prochain" donc par définition ces intolérances religieuses sont incompatibles avec l'esprit du christianisme.

Jésus se retournerait dans sa tombe s'il voyait ce qu'on a fait de son message d'amour universel. Ne pas mélanger message originel d'un prophète et la religion qui s'est bâtie autour de lui d'une part et d'autre part le message originel d'une religion et son évolution, ses modifications voire ses déviances.

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Membre, Posté(e)
Mercure.09 Membre 372 messages
Baby Forumeur‚
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Voilà qu'on veut faire des Grecs des monothéistes, maintenant!

Pas tous les Grecs, mais certains d'entre eux, dont les philosophes cités dans le texte.

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Membre, Posté(e)
Mercure.09 Membre 372 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

L'opposition monothéisme-polythéisme est une invention chrétienne dont l'intention est de dévaloriser le “paganisme”.

Pour faire bref: les deux noms les plus utilisés dans la Bible pour désigner l'Être suprême sont Elohim et Adonaï, qui sont des pluriels. Le premier signifie vraiment «Dieux», le second «Mes Seigneurs».

En jouant ce petit jeu, on trouve même dans le Nouveau Testament, et jusque dans la bouche de Jésus (qui dit à ces disciples: «Vous êtes des dieux»), de nombreuses traces de “polythéisme”.

L'islam reproche d'ailleurs aux chrétiens d'être polythéistes, avec leur Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit.

Inversement, Homère, le plus ancien mythographe et auteur tout court du monde grec, parle souvent de «Dieu» (theos), au singulier.

L'opposition monothéisme-polythéisme est pour les esprits superficiels. Mais je ne vous range pas parmi ceux-là, Mercure! Vous avez bien raison de rappeler toutes ces sources, qui sont d'ailleurs loin d'être complètes, et qui montrent bien la présence constante, dans la Grèce antique, de ce qu'on serait tenté d'identifier à du “monothéisme”.

Pour compléter ce que vous dîtes sur le fait que Dieu soit écrit au pluriel dans la bible Hébraïque : cette dénomination au pluriel remonterait aux Sumériens qui parlent de "the gods" en désignant des "êtres descendus du ciel sur terre" ( les annunaki ) et qui selon eux leur auraient appris toutes leurs connaissances en astronomie, mathématiques, agriculture...

Ces "dieux" sont ainsi mentionnés dans le récit de la genèse des Sumériens, extrêmement proche du récit de la genèse biblique ( même histoire du Déluge, adam et Eve ... ) .

Une trace qui est restée de cette dénomination au pluriel dans la bible est " Faisons l'homme à notre image".

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Scénon Membre 3 716 messages
Forumeur expérimenté‚
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Une trace qui est restée de cette dénomination au pluriel dans la bible est “Faisons l'homme à notre image”.

Ou une trace plus nette encore, Genèse 11, 7, où Dieu, observant la construction de la tour de Babel, dit: «Allons! descendons, et confondons leur langage!»

Je dis “plus nette encore”, car la tradition rabbinique rapporte que Moïse, occupé à écrire ce texte sous la dictée de Dieu, interrompit son travail et demanda: «Faut-il réellement écrire ces verbes au pluriel?!», ce à quoi Dieu lui répondit: «Oui, écris un pluriel! Et que ceux qui veulent se tromper, se trompent!»

Ces propos peuvent d'ailleurs être compris dans les deux sens...

Pour en revenir au “monothéisme” des anciens Grecs, je comprends l'étonnement de Gouderien, mais le phénomène est bien plus réel que ce qu'on nous a habitués à croire.

On n'efface pas facilement des esprits deux mille ans d'endoctrinement chrétien, même parmi ceux qui s'estiment imperméables à tout enseignement d'origine judéo-chrétienne...

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Scénon Membre 3 716 messages
Forumeur expérimenté‚
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Dans l'islam, parmi les vers homériques le plus souvent cités, on trouve Iliade, II, 204-205:

«Qu'Un soit chef et commande! Qu’Un soit roi!»

Les commentateurs à la fois païens, chrétiens et musulmans s'appuient sur ces mots pour insister sur l'unité divine.

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Mercure.09 Membre 372 messages
Baby Forumeur‚
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Intéressant :)

Dieu est il Un ou multiple ?

Selon des religions ( taoisme, vedanta ... ) Dieu est vaste, il est tout et présent en chaque chose. Il est à la fois Un et multiple.

On pourrait même faire un lien entre le monothéisme et l'animisme :

"Dieu est tout" dit le Christianisme. Si Dieu est tout, alors tout est Dieu. Qu'est ce que "Tout" ? tout ce qui existe, chaque chose qui existe. Dieu est par conséquent présent en toute chose, pas que les êtres humains. Tout a par conséquent une âme, c'est à dire une part divine, pas que les êtres humains comme le pense l'anthropomorphisme religieux. Dieu Est. RIen de ce qui existe n'est pas Dieu.

C'est là qu'on peut faire un lien entre Christianisme et vedanta aussi : l'âme universelle est l'âme individuelle, le Brahman est l'atman. Les âmes sont des "morceaux" de Dieu, enfermés dans la matière.

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Scénon Membre 3 716 messages
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Dieu est-il Un ou multiple?

Voici la réponse du judaïsme à cette question:

Lors de l'exil (ou la chute) de l'homme, une partie de Dieu, appelée IH («Iah»), est restée dans le ciel, l'autre, appelée VH (ou «Hou»), est partie avec l'homme en exil.

Quand les deux se réunissent, c'est-à-dire quand IH vient s'unir à VH, on obtient IHVH («Iahveh» ou «Iehovah»).

Ce n'est qu' à ce moment-là, uniquement, que Dieu est Un; et c'est aussi à ce moment-là qu'un juif peut en vérité proclamer l'unité divine: «Écoute, Israël, IHVH ton Dieu, IHVH est Un!»

On voit que cette unité n'a rien à voir avec du “monothéisme” ou du “polythéisme”.

On trouve exactement le même enseignement chez Platon: le nom de Zeus, écrit-il, a été coupé en deux et il convient de réunir les deux moitiés.

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Mercure.09 Membre 372 messages
Baby Forumeur‚
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Dieu est L'unité originelle d'où émerge toute la multiplicité et la fin unique où fusionnent toute cette multiplicité.

Dieu est Un et multiple car il est la source de toute chose et le fluide vital qui constitue toute chose. Il est donc présent dans toutes les choses et est par conséquent aussi la multiplicité.

On voit cette considération dans diverses religions comme le taoisme :

Lao Tseu : [34]

"Le Tao s'étend partout, il peut aller d’un extrême à l’autre."

10 : "Il produit les êtres et les nourrit (Tao)."

"A l'origine est le Tao, le Tao produit le Un, le UN produit le deux, le deux produit le trois, le trois produit des myriades d'êtres."

Tao te king

Dans le vedanta :

Dans la Brihad-aranyaka-Upanishad ( 3,9,1), un sage qu'on interroge sur le nombre de dieux répond : " leur nombre est trois cent trois et trois mille trois." On lui repose la question et il dit : " Les dieux sont six, les dieux sont trois, les dieux sont deux, les dieux sont un et demi, les dieux sont un." On lui demande "Qui est le dieu unique ?" et il dit : " Le souffle vital qu'on appelle l'Immensité (Brahman)."

Je suis d'accord quand vous dîtes que le polythéisme et le monothéisme sont en fait très proches. Les différents dieux sont des dieux mineurs engendrés par un Dieu originel qui n'a rien à voir avec une quelconque entité : il est une pure et vaste conscience, qui se dépose dans divers états de matière et d'énergie pour en faire l'expérience afin de s'en détacher pour se contenter du calme qui est son essence.

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Mercure.09 Membre 372 messages
Baby Forumeur‚
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Voici la réponse du judaïsme à cette question:

Lors de l'exil (ou la chute) de l'homme, une partie de Dieu, appelée IH («Iah»), est restée dans le ciel, l'autre, appelée VH (ou «Hou»), est partie avec l'homme en exil.

Quand les deux se réunissent, c'est-à-dire quand IH vient s'unir à VH, on obtient IHVH («Iahveh» ou «Iehovah»).

Ce n'est qu' à ce moment-là, uniquement, que Dieu est Un; et c'est aussi à ce moment-là qu'un juif peut en vérité proclamer l'unité divine: «Écoute, Israël, IHVH ton Dieu, IHVH est Un!»

On voit que cette unité n'a rien à voir avec du “monothéisme” ou du “polythéisme”.

On trouve exactement le même enseignement chez Platon: le nom de Zeus, écrit-il, a été coupé en deux et il convient de réunir les deux moitiés.

On retrouve souvent cette idée que pour revenir à Dieu il faille réunir les opposés : le ciel et la terre est une image récurrente dans le taoisme. Il y a aussi le yin-yang, la figure de l'Androgyne ( la réunion en chaque être de son côté féminin et masculin pour réalise l'illusion de cette dualité), et les deux serpents enroulés autour du caducée ou les deux canaux de prana dans le yoga, qui entourent les chakras, faisant le fluide sacré dans une spirale ascendante vers mènent le 7 ème chakra qui celui de la connexion avec Dieu.

Et vous parliez de la tour de Babel : y monter mène à Dieu, passer de la confusion et de la multiplicité à l'union nous permet d'y accéder.

En ce qui concerne YHWH, certains l'ont rapproché de part sa sonorité de IOW, le principe suprême dans le druidisme et de AUM / OM, le principe créateur de l'hindouisme et du bouddhisme.

Pour rester dans les sonorités : Zeus et Deus sont très semblables.

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Scénon Membre 3 716 messages
Forumeur expérimenté‚
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On retrouve souvent cette idée que pour revenir à Dieu il faille réunir les opposés.

Certainement! Dans l'hindouisme, Shiva, le principe divin mâle, n'est qu'un cadavre (shava) tant qu'il n'a pas reçu le -i-, représenté par Shakti, le principe divin femelle.

On peut citer aussi l'Osiris égyptien gisant comme un cadavre au plus profond de l'homme, attendant la venue d'Isis, seule capable de le ressusciter.

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Mercure.09 Membre 372 messages
Baby Forumeur‚
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En ce qui concerne le logos, on retrouve aussi la pensée comme origine de toutes choses dans le bouddhisme :

"La pensée précède toutes choses. Elle les gouverne, elle en est la cause."

(Dhammapada, 1 LEs versets jumeaux, 1. )

"Nous sommes ce que nous pensons. Avec nos pensées nous bâtissons notre monde." (Bouddha)

En parlant du bouddhisme et pour rester dans l'esprit syncrétique de l'article, on peut faire le raprochement entre la pensée hindouiste et bouddhiste et les evangiles apocryphes du christianisme :

L'"Evangile de Vérité" aurait des connotations bouddhistes, et selon le chercheur britannique en matière de bouddhisme, Edward Conze, les traditions hindoue et bouddhiste ont pu influencer la pensée de Jésus... et par ricochet, la philosophie gnostique. http://7eevangile.com/page102.htm

"Selon lui, les routes commerciales entre le monde gréco-romain et l'Extrême-Orient s'ouvraient au moment de la venue de Jésus en ce monde. Pendant des générations, des missionnaires bouddhistes ont prêché à Alexandrie. "

"En effet, le Jésus des Gnostiques parle d'illusion et d'illumination, et non de péché et de repentir. " Le Soi est aussi affirmé comme étant égal au divin. ( // Brahman = atman )

Pour la dualité, ces évangiles gnostiques envisagent Dieu comme à la fois féminin et masculin ( yin-yang).

Pour compléter sur le caducée et les deux serpents : Dans le yoga il est dit que l'harmonisation du cerveau gauche et droit par la pratique de la concentration permet d'atteindre Dieu, caractérisé par une plénitude.

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Scénon Membre 3 716 messages
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Pour en revenir à la dimension monothéiste dans la Grèce antique: le Dieu Créateur du monde s'appelle Héphaïstos chez Homère.

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Membre, l'âme d'un français, l'esprit d'un Bonaparte, Posté(e)
anthony sindicco Membre 5 079 messages
l'âme d'un français, l'esprit d'un Bonaparte,
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Voilà qu'on veut faire des Grecs des monothéistes, maintenant! Perso le monothéisme m'est toujours apparu comme une décadence, et non pas un progrès, par rapport au polythéisme. Qu'on foute donc la paix aux Grecs de l'Antiquité, au moins eux n'allaient pas massacrer leur prochain au nom d'un dieu d'amour!

je te rassures on tuais bien au nom des Dieux,

Sacrifice et autre

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Membre, Posté(e)
Scénon Membre 3 716 messages
Forumeur expérimenté‚
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Dans la Grèce antique, le dieu et le nom Apollon témoignent le plus de cette unité divine:

Pour les uns, il s'explique par le a- privatif et pollon, adjectif exprimant la multiplicité; il est donc «dépourvu de multiplicité».

Pour les autres, il vient de l'adjectif aploos, «simple».

Les Latins ont fait remarquer qu'Apollon est le Soleil, et que le mot Sol est associé à solus, «seul».

Un philosophe français a même expliqué le mot «soleil» comme signifiant «seul œil»!

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Membre, 78ans Posté(e)
Blaquière Membre 19 162 messages
Maitre des forums‚ 78ans‚
Posté(e)

Mon côté pratique, positif et optimiste m'incite souvent (je n'ose pas dire toujours!) à choisir. :

Je lis :

"La pensée précède toutes choses. Elle les gouverne, elle en est la cause."

(Dhammapada, 1 LEs versets jumeaux, 1. )

Je dis : non !

Je lis :

"Nous sommes ce que nous pensons. Avec nos pensées nous bâtissons notre monde." (Bouddha)

et je dis oui !

Vous acceptez tout vous ?

Pour l'étymologie, je pense à "Logos"

"En archè èn o logos" en grec = Au commencement était le verbe (ou la parole).

"Logos" est aussi en gardant pratiquement le sens et par inversion du "l" et du "g" : glossa. La langue.

Parler c'est "remuer la langue dans la bouche".

Chez St Jean à mon avis, il s'agit d'une transposition inconsciente (inspirée) du sexe masculin qui "remue" dans le sexe féminin.

Le sexe masculin, ou "lingam" en sanscrit ( indo-européen ) qui signifie aussi "signe" (proche du langage).

Quand j'ai pensé ça, je me suis dit : "non ! tu exagère !" et puis j'ai lu la suite de l'Evangile de Jean : "Le verbe s'est fait chair"...

Je pense que j'avais donc vu juste. Et je décrypte l'Evangile en question :

"Au commencement (à mon commencement dit Jean, inspiré par son inconscient) était le désir -sexuel- de mon père"...

Ce qui est absolument exact.

(La psychanalyse moderne lie aussi nettement la sexualité au langage.

J'aimerai connaître aussi bien les langues anciennes que Scénon : je vous dis pas ce que j'en tirerais !!!

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Membre, Posté(e)
Scénon Membre 3 716 messages
Forumeur expérimenté‚
Posté(e)
“En archè èn o logos” en grec = Au commencement était le verbe (ou la parole).

Origène, Contre Celse, IV, 48:

Chrysippe de Soles... explique un tableau de Samos où Héra était peinte commettant avec Zeus un acte obscène. Le grave philosophe dit dans son traité que la matière, ayant reçu les raisons/paroles (logous) séminales de Dieu, les garde en elle-même pour l’ordonnance de l’univers. Dans le tableau de Samos, Héra c’est la matière, et Zeus c’est Dieu.

:blush:

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Invité Cléanthe
Invités, Posté(e)
Invité Cléanthe
Invité Cléanthe Invités 0 message
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Socrate accusé d'avoir corrompu la jeunesse avec son Dieu unique...

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