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Doïna Membre+ 11544 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

A l'époque de la Renaissance, les idées de Luther et de Calvin font leur chemin dans toute l'Europe, imposant la question d'une Réforme.

En octobre 1534 éclate en France l'Affaire des Placards : des affiches séditieuses placardées un peu partout, jusque sur la porte de la chambre royale à Amboise, contre la religion catholique, une Eglise jugée dépravée et le pouvoir du pape. Ce fut le point de départ de la radicalisation du roi François I° -plutôt tolérant jusqu'alors- contre les partisans de la Réforme.

Une dizaine d'années après cette affaire, le parlement d'Aix en Provence condamne la mobilisation contre des condamnations pour hérésie de la communauté vaudoise, fidèle aux idéaux d'un certain Pierre Valdo, lequel fonda au XII° siècle la Fraternité des Pauvres de Lyon, et fut pour cela excommunié.

Nulle doute que les sentences de ce parlement eussent été appliquées si l'évêque de Carpentras -Sadolet-, prélat juste et éclairé, n'y avait fait barrage.

Qui étaient les Vaudois :

Les Vaudois, partisans -nous l'avons vu- des idéaux du Lyonnais Pierre Valdo (ou Vaudès) constituent une communauté paisible et laborieuse. Décrits comme très travailleurs, intègres, d'une honnêteté sans faille, de moeurs très purs, leur labeur acharné permet d'accroître les dividendes de leurs seigneurs. Ils mènent une vie pastorale et tranquille, vivent en harmonie avec les catholiques des alentours.

Ils sont pour grande partie d'origine piémontaise : leur installation en Provence remonte au XIV° siècle finissant, à la vente de terres par Louis II de Provence, appauvri par une longue campagne militaire en Italie, à des seigneurs piémontais, qui y feront venir des centaines de familles de paysans du Piémont, de confession vaudoise.

La communauté n'aura eu de cesse de prospérer, et de Mérindol, Vaugines, Cabrières-d'Aigues et leurs abords, s'étend à d'autres villages et bourgs du Lubéron : Gordes, Goult, Lacoste...

Premières menaces :

Or cette communauté vaudoise ne plaît pas à tous, car elle rejette l'autorité du pape.

Le roi François I° malgré tout, interdit à maintes reprises les arrêts contre eux.

Mais son conseiller, le fanatique cardinal de Tournon, également archevêque de Lyon, ne l'entend pas de cette oreille. Il parvient à faire croire au souverain, dont la santé se dégrade, que ces paisibles Réformés -des hérétiques donc- sont de graves fauteurs de troubles, des séditieux qu'il importerait de punir sous prétexte qu'ils fomenteraient contre la couronne. Des rumeurs courent aussi, selon lesquelles ils ourdiraient pour s'emparer de Marseille !

Sans compter que François I°, qui a contracté une alliance avec l'Empire ottoman de Soliman le Magnifique, en a déjà bien assez fait pour scandaliser l'Europe et Rome. Il ne peut donc plus se permettre autant de tolérance au sein de son royaume envers des hérétiques.

Le monarque finit par conséquent par donner son accord verbal de les poursuivre (des historiens prétendront même qu'il aura signé cet ordre sur un parchemin, ce qui est très controversé), sans se douter que cela allait être à l'origine du massacre de milliers d'innocents, ce que ses contemporains nommeront proprement la "ternissure" de ce souverain tolérant, dont la soeur Marguerite de Navarre était favorable à la Réforme.

Les massacres :

C'est le baron Polin de la Garde, capitaine des troupes royales de retour d'Italie, qui prend la tête des opérations. A ses côtés, le baron d'Oppède, infâme et vil personnage, premier président du parlement d'Aix, convoiteux de s'emparer de terres occupées par les Vaudois.

A la tête de 4.000 piétons, d'une centaine de gentilshommes et de troupes pontificales, équipés de surcroît de canons, tous marchent vers le Lubéron.

Le matin du dimanche 20 avril 1545, Cabrières est attaquée. "Tuez les tous ! Tuez les tous jusqu'aux chats !" hurle d'Oppède. Sans pitié aucune, ce sont d'authentiques soudards qui se livrent au massacre.

Des innocents de tous âges sont jetés par les fenêtres, taillés en pièces, torturés de façon effroyable... Les cadavres s'amoncellent dans les rues... Femmes et enfants réfugiés dans l'église sont brûlés vifs...

Les carnages durent des jours et s'étendent à Mérindol et aux villages proches, réduits en cendre.

Ces horreurs font 3.000 victimes. 600 personnes sont faites prisonnières, finissent expédiées aux galères ou vendues comme esclaves.

Les quelques survivants gagneront la vallée d'Aoste et y demeureront, se fondant peu à peu dans le calvinisme.

Les suites :

La nouvelle de l'affreuse tuerie se répand en Europe : Charles Quint, dit-on, en pleura.

Mais les réactions sont diverses : le vice-légat pontifical Agostino Trivulcio félicite l'évêque de Cavaillon pour son service rendu à l'Eglise. A Genève, Calvin jette l'anathème sur le roi François I° (dont la santé s'est encore dégradée et qui n'a plus que deux an à vivre), totalement atterré quant à lui : jamais, dira-t-il, il n'aura souhaité de telles horreurs.

Sa soeur Marguerite de Navarre est aussi bien sûre vivement choquée, qui demandera à voir personnellement le baron d'Oppède pour lui témoigner son dégoût.

Toutefois, ce n'est qu'en 1548 que le conseil royal lancera une information sur la répression, suite à la plainte de Mérite de Trivulce, un possédant local, dénonçant les ravages des terres de son filleul au cours du massacre. D'où le procès parisien.

Le procès des coupables n'eut donc lieu qu'en 1549, alors que le règne d'Henri II avait commencé. Le baron d'Oppède et le baron de la Garde sont enfin jugés. Il est alors prouvé que les lettres royales avancées pour justifier le massacre sont fausses, fabriquées de toutes pièces au Conseil en l'absence du roi François I°.

Ces audiences causent l'émoi parmi les magistrats horrifiés, écoeurés, à tel point qu'ils se bouchent les oreilles pour ne plus entendre, ne pouvant plus supporter les détails épouvantables qu'on leur énumère.

Les deux accusés s'en sortent avec un acquittement néanmoins. Il faut bien un bouc émissaire pourtant : c'est donc l'avocat du roi au parlement d'Aix au moment des faits -Guillaume Guérin- qui est désigné, accusé notamment de faux. Il sera donc exécuté, décapité en place de Grève.

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Constantinople Membre 15736 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

Je ne connais pas dans le détail cette question, mais il convient quand même de remettre un peu les choses dans leur contexte.

Dans toute cette période, hérésie religieuse ne veut pas simplement dire querelle théologique : Bien souvent ces hérésies incarnent des velléité politiques. L'exemple typique est la croisade des albigeois. Au delà des Cathares ce qui était en jeu était l'émancipation de la zone d'oc par rapport au nord, et également par extension, du pouvoir de Rome. Une logique qui finira par le paroxysme des guerres "religieuses" qui ont déchiré l’Europe et particulièrement la France.

En ce qui concerne les Vaudois, certes d'un coté on ne peut déceler au premier abord ce qui peut devenir génant dans des preches pour la charité , un idéal de pauvreté, etc...Mais en réalite la frontiere à cette époque a une volonté de charité ou de vivre simplement (ce qui était le cas de Pierre Valdo et son mouvement) est souvent mélangé, teinté, rejoint par une rébellion très politique contre les riches, la domination, et des rêves très concret d'égalité et de partage des richesses peuvent trés rapidement s'en mêler.

Car au delà de ces mouvements politiques d'"autonomie" on va dire, il y a aussi les remous internes...Les "jacqueries", émeutes sanglantes des pauvres, ne sont pas rares, et les différentes communes se libérant de la tutelle de leur seigneur local par une alliance des classes pauvres et des commerçants et/ou industriels de la ville (avec souvent au passage l’assassinat des curés locaux restant fidèle à Rome) est plus une norme qu'un fait

exceptionnel.

Tout ça aide aussi à comprendre le contexte de cette guerre violente contre ces "hérésies" et cette paranoia vis à vis des velleités de certains de s'éloigner du dogme prôné par l’église catholique romaine. Au fond, le fait que les victimes de ces guerres répressives furent des gens parfaitement "honnêtes", tel les cathares, ne change pas grand chose à la donne pour ne pas dire rien.

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Doïna Membre+ 11544 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

Oui, effectivement, derrière les chasses aux sorcières et les massacres, il y avait toujours cette volonté de garder le contrôle sur le peuple. Dans un livre de Muchembled, j'ai lu des choses à ce sujet, à savoir que, lorsqu'il y avait des famines, des problèmes de champs dévastés par des troubles d'ordre météorologique (tempête, sécheresse...), des épidémies tuant beaucoup de bétail, etc., il fallait un coupable, voire plusieurs, à tout prix, sinon il fallait s'attendre au minimum à des jacqueries. Jacqueries qui pouvaient à la longue s'intensifier et déboucher sur de réelles menaces contre le pouvoir en place. De là, pour faire retomber la pression, on accusait tel ou tel individu (également du peuple) de porter la responsabilité de la misère des autres, en l'accusant de sorcellerie.

Pour en revenir aux Vaudois, il y a eu à la base une question d'intérêt : le baron d'Oppède convoitait depuis longtemps les terres sur lesquelles de ces Vaudois étaient installés. Une question d'intérêt, mais pas que. Je te rejoins sur ce point, constantinople.

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davs Membre 4773 messages
Forumeur alchimiste‚ 106ans
Posté(e)

Merci pour cette instruction historique très intéressante :)

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