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L’être et le paraître

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L'illuminée

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Membre, Posté(e)
L'illuminée Membre 361 messages
Forumeur accro‚
Posté(e)

Je m’étonnerai toujours de la futilité de certaines personnes attachées aux apparences et qui ne voient pas au‑delà. Un aliment immonde emballé dans un packaging luxueux restera toujours immonde, et un aliment de qualité emballé dans un emballage bas de gamme sera bon. Bien sûr, le marketing essaie d’être en adéquation avec un bon produit dans un emballage luxueux. Nous devons être très cons pour être obnubilés par le paraître, mais pourtant on sait que l’habit ne fait pas le moine. Malgré ça, nos habits, on les achète pour être reconnus de nos pairs, de notre tribu. C’est là le piège dans lequel tombent les fashion‑victims. On prend un survêt Nike parce qu’on aime le rap, on se fait des dreadlocks parce qu’on aime le shit et Bob Marley, et quand on a vieilli on s’achète un SUV dernier cri pour épater la galerie alors qu’une petite citadine aurait été en fait bien plus pratique.

Et c’est exactement là que se trouve le cœur du problème : le paraître écrase l’être. On ne regarde plus ce qu’une chose est, mais ce qu’elle montre. On ne juge plus la valeur réelle, mais l’emballage. On ne cherche plus la substance, mais l’effet. Et ce mécanisme ne s’applique pas qu’aux objets ou aux vêtements : il s’applique aux gens, à la manière dont on les perçoit, à la manière dont on les juge en une fraction de seconde.

Le paraître est devenu une grille de lecture automatique. Une personne qui parle lentement est cataloguée comme lente intellectuellement. Une personne qui s’exprime peu est considérée comme vide. Une personne qui ne réagit pas comme prévu est vue comme étrange. Une personne qui ne maîtrise pas les codes sociaux dominants est immédiatement classée dans la mauvaise catégorie. Le paraître devient un raccourci, un filtre déformant, un piège cognitif. On ne cherche plus à comprendre, on cherche à reconnaître. On ne cherche plus à analyser, on cherche à classer.

Le problème, c’est que le paraître ment. Il ment tout le temps. Il ment sur les objets, il ment sur les gens, il ment sur les intentions. Il ment parce qu’il est construit pour ça : pour séduire, pour impressionner, pour rassurer, pour manipuler. Le paraître est une façade, un décor, un costume. Et pourtant, beaucoup s’y fient comme si c’était la vérité.

On juge quelqu’un sur son débit de parole, sur son style vestimentaire, sur sa posture, sur son regard, sur sa manière de bouger, sur sa façon de répondre. On juge sur des signaux superficiels, parce que c’est plus simple, plus rapide, plus confortable. On préfère une illusion claire à une réalité complexe. On préfère un cliché à un effort de compréhension. On préfère un stéréotype à une nuance.

Le paraître rassure parce qu’il donne l’impression de comprendre le monde. L’être, lui, demande du travail. Il demande de regarder derrière la façade, de remettre en question ses réflexes, de sortir de ses catégories toutes faites. Et beaucoup n’en ont ni l’envie ni la patience.

Le résultat, c’est une société où l’on confond l’apparence d’intelligence avec l’intelligence réelle, l’apparence de confiance avec la compétence, l’apparence de normalité avec la valeur humaine. Une société où l’on admire les signes extérieurs de réussite et où l’on méprise les signes extérieurs de fragilité. Une société où l’on préfère un discours creux mais bien présenté à une pensée profonde exprimée maladroitement. Une société où l’on se laisse hypnotiser par le vernis.

Le paraître est confortable. L’être est exigeant. Le paraître flatte l’ego. L’être demande de l’honnêteté. Le paraître crée des hiérarchies artificielles. L’être les détruit. Le paraître est un masque. L’être est un effort.

Et tant que les gens continueront à confondre les deux, ils continueront à se tromper sur les autres, à se tromper sur eux‑mêmes, et à se tromper sur ce qui a réellement de la valeur. Parce qu’au fond, ce n’est pas le monde qui est superficiel : ce sont les filtres qu’on utilise pour le regarder.

Le paradoxe de notre époque est qu’on nous montre des images et du paraître partout, IRL comme à la télévision. Tout est calibré, retouché, scénarisé, marketé. On nous vend des vies parfaites, des corps parfaits, des objets parfaits, des existences parfaitement lisses. Et pendant ce temps, certaines plateformes comme les forums écrits gomment complètement le paraître, l’apparence, le décor. Elles ne laissent passer que l’essentiel : les mots, les idées, les intentions. L’être parfois à nu, sans maquillage social, sans costume, sans posture. C’est presque ironique : dans un monde obsédé par l’image, ce sont les espaces sans image qui révèlent le plus de vérité.

Sur les réseaux, on dit des choses qu’on ne dirait jamais en face. Est‑ce un progrès ou une régression ? Tout dépend du contenu des réponses. Une parole bienveillante peut faire avancer quelqu’un, une parole malveillante peut le détruire. L’anonymat peut libérer ou déchaîner, selon ce que chacun porte en lui. Le même outil peut servir à tendre la main ou à frapper. Ce n’est pas la technologie qui décide, c’est l’usage qu’on en fait.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que la communication reste la clé de tout. Pas la communication superficielle, pas les slogans, pas les images glacées, mais la communication réelle : celle qui cherche à comprendre, à expliquer, à clarifier. Celle qui accepte la nuance, qui reconnaît les malentendus, qui répare les quiproquos. C’est peut‑être naïf, mais je crois que c’est là que se trouve notre seul salut pour une société plus humaine et plus inclusive. Parce que tant qu’on se contente de juger sur le paraître, on se trompe sur les autres et sur nous‑mêmes. Et tant qu’on ne parle pas vraiment, tant qu’on ne s’explique pas, tant qu’on ne prend pas le temps de décoder ce qui se cache derrière les mots, les gestes, les silences, on restera prisonniers de nos illusions.

Les malentendus existeront toujours, les quiproquos aussi. Mais ils ne sont pas une fatalité. Ils ne sont que le résultat d’un manque d’effort, d’un manque d’écoute, d’un manque de curiosité. Le paraître nous enferme, la communication nous libère. Le paraître nous divise, l’être nous rapproche. Et tant qu’on continuera à confondre les deux, on passera à côté de l’essentiel.

 

 

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Membre, 35ans Posté(e)
Placoteur Membre 53 messages
Forumeur inspiré‚ 35ans‚
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Merci Athéna pour ces lumières découverte sur le nez de la providence dans l'armoire de la flatterie...

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Membre, 35ans Posté(e)
Placoteur Membre 53 messages
Forumeur inspiré‚ 35ans‚
Posté(e)

Sinon, selon-moi et les Jedi de Coruscant, la folie, c'est sûrement de vouloir remplacer notre étoile pour devenir l'Étoile de l'Univers... ce qui est un manque complet de sagesse...

La sagesse est compliquées, comme tu l'illustre très bien.

Enfin bref, cela m'a fait beaucoup de bien de te lire.

Merci.

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Membre, 70ans Posté(e)
Don Juan Membre 3 388 messages
Forumeur vétéran‚ 70ans‚
Posté(e)
Il y a 4 heures, L'illuminée a dit :

Je m’étonnerai toujours de la futilité de certaines personnes attachées aux apparences et qui ne voient pas au‑delà. Un aliment immonde emballé dans un packaging luxueux restera toujours immonde, et un aliment de qualité emballé dans un emballage bas de gamme sera bon. Bien sûr, le marketing essaie d’être en adéquation avec un bon produit dans un emballage luxueux. Nous devons être très cons pour être obnubilés par le paraître, mais pourtant on sait que l’habit ne fait pas le moine. Malgré ça, nos habits, on les achète pour être reconnus de nos pairs, de notre tribu. C’est là le piège dans lequel tombent les fashion‑victims. On prend un survêt Nike parce qu’on aime le rap, on se fait des dreadlocks parce qu’on aime le shit et Bob Marley, et quand on a vieilli on s’achète un SUV dernier cri pour épater la galerie alors qu’une petite citadine aurait été en fait bien plus pratique.

Et c’est exactement là que se trouve le cœur du problème : le paraître écrase l’être. On ne regarde plus ce qu’une chose est, mais ce qu’elle montre. On ne juge plus la valeur réelle, mais l’emballage. On ne cherche plus la substance, mais l’effet. Et ce mécanisme ne s’applique pas qu’aux objets ou aux vêtements : il s’applique aux gens, à la manière dont on les perçoit, à la manière dont on les juge en une fraction de seconde.

Le paraître est devenu une grille de lecture automatique. Une personne qui parle lentement est cataloguée comme lente intellectuellement. Une personne qui s’exprime peu est considérée comme vide. Une personne qui ne réagit pas comme prévu est vue comme étrange. Une personne qui ne maîtrise pas les codes sociaux dominants est immédiatement classée dans la mauvaise catégorie. Le paraître devient un raccourci, un filtre déformant, un piège cognitif. On ne cherche plus à comprendre, on cherche à reconnaître. On ne cherche plus à analyser, on cherche à classer.

Le problème, c’est que le paraître ment. Il ment tout le temps. Il ment sur les objets, il ment sur les gens, il ment sur les intentions. Il ment parce qu’il est construit pour ça : pour séduire, pour impressionner, pour rassurer, pour manipuler. Le paraître est une façade, un décor, un costume. Et pourtant, beaucoup s’y fient comme si c’était la vérité.

On juge quelqu’un sur son débit de parole, sur son style vestimentaire, sur sa posture, sur son regard, sur sa manière de bouger, sur sa façon de répondre. On juge sur des signaux superficiels, parce que c’est plus simple, plus rapide, plus confortable. On préfère une illusion claire à une réalité complexe. On préfère un cliché à un effort de compréhension. On préfère un stéréotype à une nuance.

Le paraître rassure parce qu’il donne l’impression de comprendre le monde. L’être, lui, demande du travail. Il demande de regarder derrière la façade, de remettre en question ses réflexes, de sortir de ses catégories toutes faites. Et beaucoup n’en ont ni l’envie ni la patience.

Le résultat, c’est une société où l’on confond l’apparence d’intelligence avec l’intelligence réelle, l’apparence de confiance avec la compétence, l’apparence de normalité avec la valeur humaine. Une société où l’on admire les signes extérieurs de réussite et où l’on méprise les signes extérieurs de fragilité. Une société où l’on préfère un discours creux mais bien présenté à une pensée profonde exprimée maladroitement. Une société où l’on se laisse hypnotiser par le vernis.

Le paraître est confortable. L’être est exigeant. Le paraître flatte l’ego. L’être demande de l’honnêteté. Le paraître crée des hiérarchies artificielles. L’être les détruit. Le paraître est un masque. L’être est un effort.

Et tant que les gens continueront à confondre les deux, ils continueront à se tromper sur les autres, à se tromper sur eux‑mêmes, et à se tromper sur ce qui a réellement de la valeur. Parce qu’au fond, ce n’est pas le monde qui est superficiel : ce sont les filtres qu’on utilise pour le regarder.

Le paradoxe de notre époque est qu’on nous montre des images et du paraître partout, IRL comme à la télévision. Tout est calibré, retouché, scénarisé, marketé. On nous vend des vies parfaites, des corps parfaits, des objets parfaits, des existences parfaitement lisses. Et pendant ce temps, certaines plateformes comme les forums écrits gomment complètement le paraître, l’apparence, le décor. Elles ne laissent passer que l’essentiel : les mots, les idées, les intentions. L’être parfois à nu, sans maquillage social, sans costume, sans posture. C’est presque ironique : dans un monde obsédé par l’image, ce sont les espaces sans image qui révèlent le plus de vérité.

Sur les réseaux, on dit des choses qu’on ne dirait jamais en face. Est‑ce un progrès ou une régression ? Tout dépend du contenu des réponses. Une parole bienveillante peut faire avancer quelqu’un, une parole malveillante peut le détruire. L’anonymat peut libérer ou déchaîner, selon ce que chacun porte en lui. Le même outil peut servir à tendre la main ou à frapper. Ce n’est pas la technologie qui décide, c’est l’usage qu’on en fait.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que la communication reste la clé de tout. Pas la communication superficielle, pas les slogans, pas les images glacées, mais la communication réelle : celle qui cherche à comprendre, à expliquer, à clarifier. Celle qui accepte la nuance, qui reconnaît les malentendus, qui répare les quiproquos. C’est peut‑être naïf, mais je crois que c’est là que se trouve notre seul salut pour une société plus humaine et plus inclusive. Parce que tant qu’on se contente de juger sur le paraître, on se trompe sur les autres et sur nous‑mêmes. Et tant qu’on ne parle pas vraiment, tant qu’on ne s’explique pas, tant qu’on ne prend pas le temps de décoder ce qui se cache derrière les mots, les gestes, les silences, on restera prisonniers de nos illusions.

Les malentendus existeront toujours, les quiproquos aussi. Mais ils ne sont pas une fatalité. Ils ne sont que le résultat d’un manque d’effort, d’un manque d’écoute, d’un manque de curiosité. Le paraître nous enferme, la communication nous libère. Le paraître nous divise, l’être nous rapproche. Et tant qu’on continuera à confondre les deux, on passera à côté de l’essentiel.

 

 

Oui...

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Membre, Talon 1, 80ans Posté(e)
Talon 1 Membre 24 671 messages
80ans‚ Talon 1,
Posté(e)

Le vêtement est un signal.

 

"Si vous voyez l'habit d'un homme, vous voyez jusques à son âme." Montesquieu

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Membre, 35ans Posté(e)
Placoteur Membre 53 messages
Forumeur inspiré‚ 35ans‚
Posté(e)

L'abandon de la logique croit être une pirouette de la justice, alors que ce n'est que l'état récalcitrant de la comédie humaine.

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Membre, 53ans Posté(e)
CAL26 Membre 8 239 messages
Maitre des forums‚ 53ans‚
Posté(e)
Il y a 19 heures, L'illuminée a dit :

Je m’étonnerai toujours de la futilité de certaines personnes attachées aux apparences et qui ne voient pas au‑delà. Un aliment immonde emballé dans un packaging luxueux restera toujours immonde, et un aliment de qualité emballé dans un emballage bas de gamme sera bon. Bien sûr, le marketing essaie d’être en adéquation avec un bon produit dans un emballage luxueux. Nous devons être très cons pour être obnubilés par le paraître, mais pourtant on sait que l’habit ne fait pas le moine. Malgré ça, nos habits, on les achète pour être reconnus de nos pairs, de notre tribu. C’est là le piège dans lequel tombent les fashion‑victims. On prend un survêt Nike parce qu’on aime le rap, on se fait des dreadlocks parce qu’on aime le shit et Bob Marley, et quand on a vieilli on s’achète un SUV dernier cri pour épater la galerie alors qu’une petite citadine aurait été en fait bien plus pratique.

Et c’est exactement là que se trouve le cœur du problème : le paraître écrase l’être. On ne regarde plus ce qu’une chose est, mais ce qu’elle montre. On ne juge plus la valeur réelle, mais l’emballage. On ne cherche plus la substance, mais l’effet. Et ce mécanisme ne s’applique pas qu’aux objets ou aux vêtements : il s’applique aux gens, à la manière dont on les perçoit, à la manière dont on les juge en une fraction de seconde.

Le paraître est devenu une grille de lecture automatique. Une personne qui parle lentement est cataloguée comme lente intellectuellement. Une personne qui s’exprime peu est considérée comme vide. Une personne qui ne réagit pas comme prévu est vue comme étrange. Une personne qui ne maîtrise pas les codes sociaux dominants est immédiatement classée dans la mauvaise catégorie. Le paraître devient un raccourci, un filtre déformant, un piège cognitif. On ne cherche plus à comprendre, on cherche à reconnaître. On ne cherche plus à analyser, on cherche à classer.

Le problème, c’est que le paraître ment. Il ment tout le temps. Il ment sur les objets, il ment sur les gens, il ment sur les intentions. Il ment parce qu’il est construit pour ça : pour séduire, pour impressionner, pour rassurer, pour manipuler. Le paraître est une façade, un décor, un costume. Et pourtant, beaucoup s’y fient comme si c’était la vérité.

On juge quelqu’un sur son débit de parole, sur son style vestimentaire, sur sa posture, sur son regard, sur sa manière de bouger, sur sa façon de répondre. On juge sur des signaux superficiels, parce que c’est plus simple, plus rapide, plus confortable. On préfère une illusion claire à une réalité complexe. On préfère un cliché à un effort de compréhension. On préfère un stéréotype à une nuance.

Le paraître rassure parce qu’il donne l’impression de comprendre le monde. L’être, lui, demande du travail. Il demande de regarder derrière la façade, de remettre en question ses réflexes, de sortir de ses catégories toutes faites. Et beaucoup n’en ont ni l’envie ni la patience.

Le résultat, c’est une société où l’on confond l’apparence d’intelligence avec l’intelligence réelle, l’apparence de confiance avec la compétence, l’apparence de normalité avec la valeur humaine. Une société où l’on admire les signes extérieurs de réussite et où l’on méprise les signes extérieurs de fragilité. Une société où l’on préfère un discours creux mais bien présenté à une pensée profonde exprimée maladroitement. Une société où l’on se laisse hypnotiser par le vernis.

Le paraître est confortable. L’être est exigeant. Le paraître flatte l’ego. L’être demande de l’honnêteté. Le paraître crée des hiérarchies artificielles. L’être les détruit. Le paraître est un masque. L’être est un effort.

Et tant que les gens continueront à confondre les deux, ils continueront à se tromper sur les autres, à se tromper sur eux‑mêmes, et à se tromper sur ce qui a réellement de la valeur. Parce qu’au fond, ce n’est pas le monde qui est superficiel : ce sont les filtres qu’on utilise pour le regarder.

Le paradoxe de notre époque est qu’on nous montre des images et du paraître partout, IRL comme à la télévision. Tout est calibré, retouché, scénarisé, marketé. On nous vend des vies parfaites, des corps parfaits, des objets parfaits, des existences parfaitement lisses. Et pendant ce temps, certaines plateformes comme les forums écrits gomment complètement le paraître, l’apparence, le décor. Elles ne laissent passer que l’essentiel : les mots, les idées, les intentions. L’être parfois à nu, sans maquillage social, sans costume, sans posture. C’est presque ironique : dans un monde obsédé par l’image, ce sont les espaces sans image qui révèlent le plus de vérité.

Sur les réseaux, on dit des choses qu’on ne dirait jamais en face. Est‑ce un progrès ou une régression ? Tout dépend du contenu des réponses. Une parole bienveillante peut faire avancer quelqu’un, une parole malveillante peut le détruire. L’anonymat peut libérer ou déchaîner, selon ce que chacun porte en lui. Le même outil peut servir à tendre la main ou à frapper. Ce n’est pas la technologie qui décide, c’est l’usage qu’on en fait.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que la communication reste la clé de tout. Pas la communication superficielle, pas les slogans, pas les images glacées, mais la communication réelle : celle qui cherche à comprendre, à expliquer, à clarifier. Celle qui accepte la nuance, qui reconnaît les malentendus, qui répare les quiproquos. C’est peut‑être naïf, mais je crois que c’est là que se trouve notre seul salut pour une société plus humaine et plus inclusive. Parce que tant qu’on se contente de juger sur le paraître, on se trompe sur les autres et sur nous‑mêmes. Et tant qu’on ne parle pas vraiment, tant qu’on ne s’explique pas, tant qu’on ne prend pas le temps de décoder ce qui se cache derrière les mots, les gestes, les silences, on restera prisonniers de nos illusions.

Les malentendus existeront toujours, les quiproquos aussi. Mais ils ne sont pas une fatalité. Ils ne sont que le résultat d’un manque d’effort, d’un manque d’écoute, d’un manque de curiosité. Le paraître nous enferme, la communication nous libère. Le paraître nous divise, l’être nous rapproche. Et tant qu’on continuera à confondre les deux, on passera à côté de l’essentiel.

 

 

Si le paraitre semble envahir l'espace public c'est pourtant dans une société où on n'a jamais autant communiqué. Le paradoxe c'est que la quantité de communication a entrainé des replis alors que la communication est originellement une mise en commun. 

La quantité a accéléré tous les mouvements et prendre le temps de l'analyse pour réellement entrer en communication n'a pas beaucoup de place dans notre société de la communication. 

La rapidité qui s'impose pour faire face à la grande quantité d'informations reçues a tendance à mettre de côté l'attention soutenue et c'est pourquoi même dans un forum comme le notre où on devrait avoir beaucoup de temps pour réellement communiquer, tous les biais cognitifs et autres heuristiques ont pris le pouvoir pour généralement obtenir, et c'est dans le meilleur des cas, des conflits d'opinions telles qu'elles apparaissent. 

Parfois savoir qu'on ne pourra que traiter des apparences est une sagesse résignée du temps long, parce que vouloir atteindre l'Etre en-soi est une prétention donc contraire à une réelle communication. Il est par contre possible de faire l'effort d'atteindre cet en-soi tout en sachant qu'il est inaccessible. Toutes ces contradictions devraient au moins nous ralentir. 

Modifié par CAL26
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Membre, Posté(e)
L'illuminée Membre 361 messages
Forumeur accro‚
Posté(e)
il y a une heure, CAL26 a dit :

Si le paraitre semble envahir l'espace public c'est pourtant dans une société où on n'a jamais autant communiqué. Le paradoxe c'est que la quantité de communication a entrainé des replis alors que la communication est originellement une mise en commun. 

La quantité a accéléré tous les mouvements et prendre le temps de l'analyse pour réellement entrer en communication n'a pas beaucoup de place dans notre société de la communication. 

La rapidité qui s'impose pour faire face à la grande quantité d'informations reçues a tendance à mettre de côté l'attention soutenue et c'est pourquoi même dans un forum comme le notre où on devrait avoir beaucoup de temps pour réellement communiquer, tous les biais cognitifs et autres heuristiques ont pris le pouvoir pour généralement obtenir, et c'est dans le meilleur des cas, des conflits d'opinions telles qu'elles apparaissent. 

Parfois savoir qu'on ne pourra que traiter des apparences est une sagesse résignée du temps long, parce que vouloir atteindre l'Etre en-soi est une prétention donc contraire à une réelle communication. Il est par contre possible de faire l'effort d'atteindre cet en-soi tout en sachant qu'il est inaccessible. Toutes ces contradictions devraient au moins nous ralentir. 

c'est vrai on vit dans une époque où la communication déborde de partout, et pourtant on perd souvent de vue l’être. À force d’être noyés sous les messages, les images et les opinions instantanées, on doit trier, filtrer, essayer de distinguer le vrai du faux. Chercher l’authentique n’a rien d’évident : il faut des sources sûres, identifiées, traçables. Le non‑anonymat donne souvent plus de crédibilité, mais paradoxalement, c’est sous anonymat que les gens révèlent le plus facilement ce qu’ils n’oseraient jamais dire en face. L’anonymat libère autant qu’il déforme : il montre le meilleur comme le pire.

Et parfois, on veut croire aux apparences. On se ment à soi‑même parce que le vrai nous dérange. On élit encore des gens sur des promesses, on veut y croire, même si on sait qu’une fois au pouvoir, beaucoup de promesses ne seront pas tenues. Alors pourquoi continue‑t‑on à voter pour des illusions ? Pourquoi ne pas exiger le vrai, l’authentique, en retirant leur légitimité à ceux qui nous ont trahis ? Peut‑être parce que se laisser berner est plus simple que se battre pour le vrai. Chercher l’authentique demande du courage, de la lucidité, une certaine force de caractère. Et surtout l’acceptation d’être éventuellement déçu(e).

Ce paradoxe est encore plus frappant dans un monde où la communication est mondialisée. On pourrait créer des ponts entre les cultures, parler avec quelqu’un à l’autre bout du monde, traduction à l’appui, et se faire sa propre opinion. Rien ne nous en empêche. Pourtant, on reste souvent enfermés dans nos serveurs nationaux, nos plateformes locales, nos habitudes. On pourrait dépasser les préjugés, mais on se contente des “on dit”.

Dans cette saturation d’informations, la communication devrait être une mise en commun, un pont, un lien. Mais la rapidité et la quantité nous poussent à simplifier, à juger vite, à réagir plutôt qu’à comprendre. Les biais cognitifs prennent le dessus, les malentendus se multiplient. Parfois, accepter qu’on ne pourra traiter que les apparences est une forme de sagesse. Vouloir atteindre l’être en soi est une ambition trop grande, mais faire l’effort d’aller au‑delà du premier regard, même en sachant que l’être profond restera toujours partiellement inaccessible, c’est déjà un pas vers quelque chose de plus vrai et en disant cela tu as raison @CAL26.

Et peut‑être que cette quête du vrai, avant de la demander aux autres, devrait commencer par nous. Par une exigence personnelle, un travail intérieur, le développement du libre‑arbitre, l’écoute de tous les sons de cloche. Chercher l’authentique, c’est accepter de ne pas tout maîtriser, d’être parfois déçu(e), mais de continuer malgré tout. Parce que dans un monde où tout s’accélère, c’est peut‑être le seul moyen de retrouver un peu d’être au milieu du paraître.

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Membre, 35ans Posté(e)
Loufiat Membre 2 704 messages
Mentor‚ 35ans‚
Posté(e)

Hello :)

Je suis bien embêté par cette opposition de l'être et du paraître, alors je cherche ce que tu veux exprimer. 

L'être et le paraître sont censés s'articuler, l'un exprimant l'autre. C'est typiquement l'apanage de la noblesse (au sens propre, "noble") que cette discipline qui rentre dans tous les usages et tend à les travailler, à les raffiner. Il s'agit de se domestiquer, de se pousser au-dela de ce qui est pour aller sans cesse chercher une forme encore supérieure d'existence et d'expression de celle-ci. Je veux dire par là que ce que nous appellons le paraître avec un certain dédain résulte d'abord d'efforts incessants pour aller vers des formes de vie supérieures (selon tel ou tel critère). 

En littérature, la rencontre de l'être et du paraître c'est le style où la forme exprime le fond. Un auteur a un style. Et des auteurs qui appartiennent à un même moment, à un même courant montrent aussi une certaine unité de style. Assez comme en architecture on peut distinguer les styles et les époques. Une église reflète son époque (ou ses époques) avec ses matériaux, sa surabondance ou au contraire sa sobriété, etc. L'oeuvre est réalisée, "complète" quand elle témoigne d'une unité de style elle forme un ensemble cohérent, fonctionnel et "supérieur" aux parties. Elle exprime quelque chose de l' "âme" d'un peuple, d'une époque, d'une région. 

Second point pour "racheter" ou en tout cas resituer le paraître, c'est qu'il est une communication. C'est un ensemble de codes qu'on ne peut pas ramener à soi-meme seulement, mais qui ont une fonction sociale aussi. Assez comme la langue que nous employons et qui nous permet de nous situer constamment les uns par rapport aux autres, sans nous assigner non plus à des rôles déterminés d'avance. Cette plasticité des codes, le fait qu'ils soient à la fois nécessaires et en constante transformation, ça me semble important et c'est là encore le témoignage de ce que l'être et le paraître "communiquent", se copénètrent et se cotransforment. 

Alors, qu'en est-il de la situation actuelle ? Je tente un hypothèse , c'est que nous voyons surgir des formes qui ne renvoient à aucun être. Il y a une sorte de decorrélation de l'être et du paraître. Le style si on veut, exprime un être morcelé entre des formes qui ne renvoient à rien que d'autres formes, indéfiniment. Il y a une sorte de renversement difficile à formaliser. Il me semble que c'est ce sur quoi tu mets le doigt. Mais j'avoue n'être pas tout à fait convaincu par ce que j'écris... Faut voir

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Nouveau, 34ans Posté(e)
Novasky Nouveau 1 message
Baby Forumeur‚ 34ans‚
Posté(e)

Outward appearance can be easily manipulated to create a misleading impression of who someone is. A person can dress in expensive clothing, wear a nice watch, and present themselves in a polished way that suggests wealth or success, while in reality they may not have either. Similarly, someone can adopt a certain style or demeanor—such as appearing calm, carefree, or “hippie-like”—without actually embodying those qualities in their daily life. The same applies to character traits: a person may present themselves as loyal, kind, or trustworthy through their words and behavior in specific moments, yet fail to consistently act that way over time. Because of this, appearance alone is not a reliable indicator of who someone truly is. What reveals a person more accurately is their pattern of behavior across time—their everyday actions, especially in situations that require effort, integrity, or consistency. While it is natural to aspire to be a certain kind of person and to express that outwardly, truly becoming that person requires continuous work and alignment between one’s actions and intentions. In that sense, identity is not defined by how one appears in isolated moments, but by what one consistently does.

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