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Annalevine

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Tout ce qui a été posté par Annalevine

  1. Annalevine

    Les symboles

    J’en reviens à votre ami éthologue . Il m’est arrivé un moment dans ma vie où je fis le choix de transmettre ( à mon enfant). Et je me suis dit : mais bon dieu que vais- je lui transmettre ? Car je me rendais compte que ce que j’avais à transmettre ne passait pas par les mots. Je n’avais pas de parole, de verbe, de mots, à lui transmettre. Et je me sentais pourtant habité par « une histoire muette séculaire » à transmettre. Ce que j’avais à transmettre était muet. Alors je me suis dit je transmettrai par mon comportement. Il verra mon comportement, mon action sociale et privée, et il saura en hériter les déterminants muets. La pensée muette, l’inconscient. Je ne parle pas comme votre ami ethologue , pourtant j’ai l’impression d’en être proche.
  2. Annalevine

    Les symboles

    Quand j’ai commencé à lire Heidegger, à propos de son étude du néant, je me suis rendu compte qu’il était absolument impossible de le comprendre en employant les facultés usuelles mobilisées dans la lecture d’un précis philosophique ( post-socratique) : intelligence, logique, raisonnement etc. Ça m’a vraiment stupéfié. Avec Heidegger impossible d’utiliser l’intelligence. Il fallait pour le comprendre que je me mette vraiment en état d’angoisse par exemple. Un état d’angoisse total ce qui me forçait à susciter les souvenirs les plus violents de ma vie pour être submergé par l’angoisse. Lui, Heidegger, parle alors de sentiment-tonalité. Qui en effet n’est pas le sentiment dont vous parlez. Vous parlez d’un sentiment dont vous identifiez la cause, ou l’origine, ou le stimuli. Heidegger parle d’un sentiment sans cause. Comme il dit l’angoisse vous tombe dessus par inadvertance. Cette notion de sentiment est à mon avis impossible à comprendre dans la culture française. La culture française croit que l’esprit est piloté par la causalité. Heidegger sort de la causalité. Bien sûr je suis de culture française et accéder à la notion de sentiment-tonalité de Heidegger est difficile pour moi. Mais Heidegger a stimulé ma curiosité. De quoi parle t il ? Du coup j’ai fait mes recherches et je suis tombé sur les travaux de Sperry et son identification de deux pensées. La pensée dotée du verbe, et la pensée muette. Je pense que ce que vous appelez moi- conscient est la pensée dotée du verbe. Et que la pensée muette est ce que vous appelez inconscient et ce que Heidegger appelle sentiment. Mais avec Sperry nous voyons l’évolution de la pensée. La pensée muette n’est plus définie par rapport au conscient ( inconscient), définition qui donne un rôle dominant au conscient, mais elle est définie parallèlement à la pensée verbale. L’inconscient est hissé au même niveau que le conscient. Il n’est plus une instance définie par rapport au conscient il accède à la « notoriété » à la « dignité » d’une pensée. Deux pensées. Et comme vous l’écrivez : certaines conclusions mentales élaborées par la pensée-verbe ( moi conscient) doivent être validées par la pensée muette ( l’inconscient) pour devenir efficientes. De même que certaines dispositions élaborées par la pensée muette, les émotions par exemple, doivent être validées par la pensée- verbe. La différence culturelle entre vous et moi ( différence qui n’est pas opposition) est que vous définissez deux instances, conscient et inconscient, l’une, l’inconscient étant défini comme négatif de l’autre, le conscient ( in-conscient, non-conscient). Moi je définis deux pensées, aussi fière l’une que l’autre dont aucune ne se définit par rapport à l’autre. Les deux chevaux de l’attelage grec. Je sors de la hiérarchie que vous faites et je réhabilite l’inconscient. Terminée la domination de la raison. Manifestement Ryad ne connaît pas les travaux de Sperry.
  3. Annalevine

    Les symboles

    Je me sens en accord avec ce que vous écrivez. Mais je bute contre un mot qui ne me va pas : l’inconscient. Si je tente de faire une correspondance entre votre pensée et la mienne, alors, dans ma pensée, je n’emploie pas le mot inconscient mais le mot sentiment. Le problème c’est que je me rends compte que je risque de n’être pas compris, car à force d’employer ce mot dans mes réflexions je m’aperçois que j’emploie le même mot, sentiment, pour désigner à la fois la faculté d’avoir des sentiments et les sentiments particuliers eux-mêmes. Un peu comme si j’employais le mot raison pour désigner à la fois la faculté de raisonner et tel ou tel type de raisonnement. Si je remplace votre mot, inconscient, par le mot sentiment, tel que je l’identifie, alors je m’aperçois, que, dans ma pensée, je suis en accord total avec l’esprit de votre texte.
  4. "L'angoisse révèle le néant", page 50, Qu'est-ce que la métaphysique (collection les intégrales de philo/Nathan). Cette phrase m'a tout d'abord étonné. Mais pourquoi cet étonnement ? Parce que Heidegger, par cette phrase, indique qu'il est possible d’atteindre la connaissance par le sentiment et non par le langage (les mots). Heidegger casse avec toute une tradition philosophique, depuis Socrate, qui avance que la connaissance ne peut être atteinte que par le langage, les mots (cerveau gauche). Seuls les philosophes dit présocratiques pratiquent encore un art complexe de la connaissance en combinant langage et sentiment. Remarquons qu'en cela cette tradition philosophique rationnelle rejoint la science. La science et la philosophie se font la guerre (parfois) uniquement parce qu'elles occupent le même territoire. Ni la philosophie européenne ni la science pensent que le sentiment puisse être une voie de connaissance, puisque les uns comme les autres méprisent le sentiment. Heidegger emprunte cette voie de connaissance parce qu'il est impossible d'accéder à la connaissance du néant par la logique, par le langage (les mots). La logique rencontre une contradiction qu'elle ne peut pas dépasser. La logique ne peut pas dire ce que le néant "est" car pour elle le néant ne peut pas "être". Or Heidegger recherche l’Être, c'est pourquoi il s’attaque d’abord au problème du néant. Comment dire ce que le néant "est" puisque sous le regard de la raison, du cerveau droit, il est contradictoire de parler du néant, en ce qu'il est, puisqu’il n’est pas. Ainsi dans sa recherche du néant Heidegger montre la limite du cerveau gauche, rationnel et logique. Pour accéder au néant il va falloir emprunter une autre voie : le sentiment. Ce que Heidegger révèle c’est que la connaissance par le seul cerveau gauche, celui que font fonctionner les scientifiques et les philosophes occidentaux, est tronquée, incomplète.
  5. C’est une illusion de penser que, si nous en venions à trouver une théorie scientifique qui rende compte de l’univers dans sa totalité cela nous apporterait quelque chose. Cela nous apporterait rien hormis peut-être quant aux implications techniques. Après tout Stéphan Hawking nous a déjà donné sa version de la théorie du Tout, qui selon lui, rend compte de tout, bien sûr, y compris de la cause première, qui, toujours selon lui, serait cause d’elle-même. Sa découverte n’a aucune implication technique donc tout le monde s’en fout. La science n’existe que pour ses implications techniques de même que la philosophie n’existe que pour ses implications sociales. Discuter de science ou de philosophie sans ouvrir sur aucune implication sociale ce n’est que bavarder pour tromper son ennui. « L’être humain est un être psychosocial » écrivit récemment une écrivaine brésilienne dont je n’ai pas noté le nom. Notre univers, celui dans lequel nous respirons et vivons, est l’univers social, l’univers de la communauté des femmes et des hommes. Une femme ou un homme qui obtiendrait la vie éternelle et tous les pouvoirs imaginables et non imaginables, s’il devait vivre seul(e) en tant qu’humain(e) dans l’univers finirait par choisir de se tuer plutôt que de souffrir le martyre de sa perfection solitaire. C’est pour cela que les croyants ne peuvent imaginer que leur Dieu n’ait pas pu créer l’homme. Ils savent que leur Dieu dans sa perfection solitaire n’aurait pas pu survivre. Pour se sauver de la souffrance éternelle de sa solitude solaire Dieu trouva comme ultime subterfuge : créer l’homme, à son image. C’est ainsi que l’homme sauva Dieu.
  6. Le sujet lancé par @Groenlandm'alerte sur les pesanteurs qui oeuvrent sur mon esprit de culture française. Moi-même j'en reviens sans cesse au langage, à la rationalité, comme fonction mentale supérieure. Je ne parviens pas à équilibrer la raison et le sentiment, et encore moins à faire du sentiment la "pensée" dominante. Mais peut-être qu'il ne s'agit pas de faire d'une pensée la maitresse de l'autre. Donner au sentiment la part qui lui revient c'est penser autrement. C'est laisser venir en soi une inspiration qui ne parait pas être issue de ma volonté. C'est renoncer, au moins temporairement au vouloir. Or toute l’éducation française est fixée sur le primat de la raison et de la volonté. Renoncer à la saisie rationnelle des perceptions, renoncer au vouloir, ce n'est pas évident dans une société française restée profondément patriarcale, avec domination des valeurs masculines sur les valeurs féminines. Même certaines féministes nous égarent. En dévaluant le sentiment elles ne rendent pas compte qu'elles œuvrent contre une pensée qui est pourtant essentielle. Elles ne parviennent pas à valoriser le sentiment comme source de connaissance. Or l'objectif n'est pas de dévaluer le sentiment, au contraire c'est de le porter haut, que l’être humain qui le porte soit un homme ou une femme.
  7. Sans doute avez vous fait une connexion ( normale) entre votre douleur et cette impossibilité d’écrire ici. J’ai eu moi même pas mal de difficultés à écrire ici avant de me rendre compte que @Caezfaisait des mises à jour et que, selon mon navigateur, je pouvais, ou pas, continuer de me connecter. Il est évidemment possible que vous ne vous retrouviez plus dans ce forum mais ne pensez pas qu’il y a eu une sorte d’indifférence contre vous. Je vous exprime ma sympathie.
  8. Et le pire c’est qu’il y a des gens qui s’acharnent sur cette petite infirmière en écrivant à partir de leur lieu de travail. C’est à dire qu’ils sont payés par la communauté pour exprimer leur ressentiment. Les classes moyennes, vraiment, ont une mentalité qui me restera toujours étrangère.
  9. Ces classes moyennes me surprendront toujours. Elles recèlent en elles tellement de frustrations.
  10. C’est toujours un peu inquiétant ces phénomènes de masse, où, soudain, un bouc émissaire étant déniché, la masse s’éveille et part à la chasse. Ici la masse est un curieux conglomérat, @January, @Léna-Postrof, @Loufiat, @Morfou, @PINOCCHIO, @marine10, etc. Ce qu’il y a d’agréable pour cette meute, c’est que la personne choisie, il est légitime de la haïr car elle a mal fait. C’est jouissif pour la meute de haïr un bouc émissaire qui, en plus, est coupable. Déchirer l’autre en jouissant cela permet de renouer avec les instincts de hyene qui nous habitent toujours. Et @Maroudijiqui croit encore que l’homme est différent de l’animal. Il est naïf cet homme là.
  11. Les conséquences non intentionnelles de nos actes sociaux sont massives. Dixit je ne sais plus quel ethnologue. Je me rappelle d’anciennes lectures de livres de Leroy-Gourhan où j’avais été marqué par ce fait que, lorsque l’un de nos ascendants se fut levé pour initier la bipédie, cet acte aurait provoqué la libération des mains et le développement du cerveau. Peut-être peut-on rendre à cet ascendant ce qui lui appartient : la décision de marcher sur deux seuls membres. Mais les conséquences de sa décision il ne les avait pas même imaginées. Ainsi se mettent en place des transformations ( mot que je préfère à évolution) dont on ne sait pas qui ou quoi a pu en décider. Plus récemment c’est l’émergence de l’écriture qui m’a surpris. C’est à partir d’un rapport social ( contrôle de la production des agriculteurs) que naît un système de signes comptables. Ce système plus tard enfantera l’écriture. Le fonctionnaire qui décida de contrôler le paysan n’avait aucunement le projet d’inventer l’écriture. Conséquence non intentionnelle mais aussi inimaginable ( au moment où il est conçu) d’un acte social. Bien sûr il y a déjà longtemps que j’ai pris conscience que là où se retrouvent les hommes à un moment donné n’est pas là où ils avaient projeté d’aller. Mais je ne suis pas sûr d’en avoir tiré les conséquences ( de cette prise de conscience ) sur mes propres décisions ou tentatives de décision d’action sociale. Le fait que les transformations sociales qui finissent par se mettre en place soient inimaginables, autrement dit prendre conscience que notre futur est inimaginable malgré tous nos efforts pour l’imaginer est troublant. Enfin il y a ce réflexe propre à notre pensée linéaire ( la pensée rationnelle, celle qui respecte la causalité) : y a t il un Vouloir qui détermine ces transformations ? Je me casse les dents sur cette question, s’il y a un vouloir c’est le vouloir de qui, de quoi ? Impossible de répondre. Aucune réponse ne correspond à ce que je sens. Ni Dieu, ni la science, ni le hasard, rien. Aucune réponse.
  12. A propos des quakers. Extrait d'une leçon d'histoire. En 1607, une nouvelle flottille anglaise envoyée cette fois par le roi d'Angleterre Jacques 1er, commandée par Christopher Newport, pénétra à son tour dans la baie de Chesapeake [Cette baie sépare la Virginie du Maryland sur la carte jointe]. Newport réussit à établir une colonie permanente nommée Jamestown qui prospéra notamment grâce à la culture du tabac. Ainsi naquit la première colonie britannique sur le sol nord-américain. En 1620 le vaisseau Mayflower parti de Plymouth en Angleterre cingla vers l’Amérique avec à son bord, les Pilgrim fathers ou « Pères pèlerins », qui suivaient des principes puritains. Ils fuyaient les persécutions religieuses et espéraient trouver une terre vierge où créer une « nouvelle Jérusalem ». Le 21 novembre 1620, quelques jours avant de débarquer, l'ensemble des passagers, au nombre d'une centaine, signèrent un pacte le « Mayflower Compact » qui édictait les règles de leur future vie en commun. Ce pacte demeure l'une des sources de la pratique démocratique américaine. Ils accostèrent le 26 novembre 1620 près d'un lieu sauvage, Cape Cod, dans le futur État du Massachusetts. Le 21 décembre, ils fondèrent la ville de Plymouth. La première année fut très difficile. De nombreux colons succombèrent à la faim et à la maladie. Les autres ne durent leur survie qu'aux dindes sauvages et au maïs fourni par les Indiens. En novembre 1621, la communauté organisa une journée d'action de grâce : le « Thanksgiving Day ». Le président Lincoln érigea ce jour en fête nationale en 1863. Ainsi chaque 4e jeudi de novembre, les familles des États-Unis mangent de la dinde avec des patates douces et de la tarte au potiron au dessert. Ainsi naquit la deuxième colonie anglaise, le Massachusetts, nom d'origine indienne. Les colons anglais vinrent nombreux en Amérique en raison des bouleversements propres à leur patrie d’origine : bouleversements religieux avec conflits permanents entre les différentes banches du christianisme, bouleversements sociaux avec le début de la pratique des enclosures. [...] Pendant tout le XVII siècle s’établirent sur la côte est de l’Amérique du nord treize colonies britanniques formant un seul tenant : la Géorgie, la Caroline du sud, la Caroline du nord, la Virginie, le Maryland, le Delaware, le New Jersey, la Pennsylvanie, le Connecticut, l’État de New York, Rhode Island, le New Hampshire et le Massachusetts (la Nouvelle-Amsterdam, New-York, fut prise aux Hollandais en 1664, voir lettre 60-42). Les quatre États du nord, Massachusetts, New Hampshire, Rhode Island et Connecticut formèrent la Nouvelle-Angleterre qui compta ensuite six États après la division du Massachusetts en deux États : le Massachusetts et le Maine créé en 1820 , et l’annexion du Vermont, région française, annexée en 1763 (située à l’ouest du New Hampshire). L’enracinement de la population fut rural et agricole. Les sols et le climat se rapprochaient de ceux de L’Europe. Aux cultures vivrières les colons ajoutèrent de nouvelles cultures : le tabac, le coton, la canne à sucre. La traite des esclaves se développa surtout dans les États du sud, les convictions religieuses des États du nord, notamment celles des quakers, les rendant hostiles à l’esclavage. Ces treize territoires étaient soumis à la Grande Bretagne qui contrôlait la totalité des échanges. La volonté de faire des colonies des asiles de tolérance religieuse eut pour résultat une extrême diversité de confessions. Chaque communauté religieuse prit l’habitude de s’administrer elle-même ce qui impliqua un certain conformisme moral : celui qui s’écartait des règles communautaires en était exclu. Cette auto-organisation engendra un souci éducatif. Chaque communauté développa l’instruction [...] [Les Quakers ou Trembleurs, réunis en Société chrétienne des Amis, fondée en Angleterre en 1647 par George Fox, cordonnier de Leicester, sont des chrétiens qui ne reconnaissent aucune hiérarchie ecclésiastique. Selon eux, tout homme peut être inspiré par l'Esprit divin. Réunis dans des salles dépouillées de tout ornement, ils attendent avec recueillement l'arrivée de l'Esprit-Saint. Si l'un d'eux sent l'inspiration qui s'annonce par un tremblement (d’où le nom de trembleurs), il se lève, prend la parole et tous l'écoutent en silence. Les Quakers se refusent à prendre part à la guerre, condamnent le spectacle, le chant, les jeux de hasard, la chasse. Ils se distinguent par la pureté de leurs mœurs, leur probité et leur philanthropie. Ils se dispensent de toutes les formes de la politesse, tutoient tout le monde et ne se découvrent jamais la tête. Ces singularités leur valurent des persécutions. Longtemps en Angleterre ils furent emprisonnés ou enfermés comme fous; l'acte de tolérance de 1689 leur permit enfin de vivre libres. La plupart partirent en Amérique pour vivre selon leur foi. Ils occupèrent l’État de Pennsylvanie. Ils furent les plus ardents adversaires de la traite des Noirs et donnèrent l'impulsion à leur affranchissement. Ils respectèrent toujours l’égalité hommes-femmes]. On pourra lire le roman "Chesapeake" de James A. Michener, qui relate les premiers moments de la colonisation. Les quakers y sont très présents.
  13. Bonjour Nora, Je ne pense pas que la majorité des intervenants du forum soit de faire avancer la société. Ces intervenants sont tous ancrés dans des habitudes de pensée, des habitudes de vie. Ils veulent en revenir à un mode de vie passé. Pour eux les événements actuels sont circonstanciels. Ces événements sont pour eux des forces malvenues qui tirent sur un élastique dont ils espèrent qu’il reviendra à l’état de repos antique. Pour en revenir à vos questions, telles que je les ai comprises, vous protestez contre la façon qu’ont les autochtones fixés en France depuis des siècles de juger les autres en fonction de leur « étrangeté » qui les rendrait illégitimes en tout. Je pense que les conflits actuels, présentés comme raciaux, sont en fait des conflits engendrés par des communautés dont les histoires ne sont pas les mêmes. Je ne pense pas que nous soyons en train de nous opposer parce que un tel est noir et un autre blanc, mais parce qu’il se trouve que l’histoire de personnes qui se trouvent être noires n’est pas la même que celle de personnes qui se trouvent être blanches. Votre histoire, Nora, n’est dans doute pas la mienne. Cette différence dans nos histoires ne doit pas nous mener vers la dérive raciale qui n’est, à mon avis, qu’une expression d’une incapacité à considérer les problèmes avec l’intention de les résoudre. Il est possible que nous soyons opposés, voire ennemis, mais cet antagonismes ne peut être qu’historique, il n’est pas racial. Il est nécessaire de dépasser les antagonismes mais ce sera toujours au prix de pas mal de rages !
  14. Le déterminisme est toujours en regard avec le passé. La contemplation du passé engendre le déterminisme. C’est la pensée du cerveau « gauche » qui s’impose. La pesanteur propre au « gauche » c’est de penser que, ce qui a eu lieu, ne pouvait n’avoir que lieu. Autrement dit : ce qui s’est passé ne pouvait être autre que ce qui s’est passé. Nous sommes tous affrontés à cette pesanteur dès lors que nous pensons « logique » c’est à dire « temporel ». Le déterminisme est sans cesse en modification. Au fur et à mesure que le temps passe, de nouvelles connaissances s’accumulent, qui nous font revoir notre récit sur le passé. Même le récit dit scientifique est sans cesse remodifié. Le récit sur le passé se veut déterministe au moment t0. Puis nous prenons connaissances de nouveaux faits et nous reconstruisons un nouveau discours déterministe au moment t1. Ainsi le déterminisme est une attitude mentale qui ne vaut qu’à un certain moment. Le mouvement linéaire mais progressif du temps provoque la réécriture permanente du déroulé des événements temporels. Le déterminisme est donc indéterminé dès lors que nous le datons pas. Mais il précipite dans le déterminisme à un moment donné. Ainsi le déterminisme des années 1940 par exemple n’est pas celui des années 1970.
  15. Quand nous contemplons le déroulé de l’Histoire nous voyons que, dans les récits, fait souvent défaut la part sentiment-spatialité, au profit du récit causalité-temporalité. Nous savons aujourd’hui grâce aux travaux anglo-saxons qu’il existe deux pensées, et que la pensée muette, la « droite », dès lors qu’elle est dite dans le langage parlé ou écrit, est profondément déformée et mal perçue. Pour beaucoup encore il n’existe qu’une pensée, apparemment dominante parce que bruyante, la pensée causalité-temps. L’autre pensée sentiment-espace n’y est pas pas tenue comme égale mais inférieure. Cette croyance en une hiérarchie mentale pyramidale produit des discours erronés ( croyance en la toute puissance de la causalité) et des obsessions récurrentes ( différencier sans cesse l’homme de l’animal).
  16. Nous avons donc successivement, la sédentarisation puis l’agriculture puis la constitution des États. Entre chaque étape des millénaires. La constitution des États reste un mystère. Il existe quantités d’écoles qui chacune a sa réponse à la question. L’Etat c’est d’abord l’impôt. L’Etat lève l’impôt. Il s’avère possible de lever efficacement l’impôt dans les sociétés agraires spécialisées dans la culture des céréales. Cet impôt est payé d’abord en nature, par livraison de quantités de grains. Il est probable que c’est la levée de l’impôt qui a forcé les agriculteurs à produire au delà de leur consommation. Ce n’est donc pas l’augmentation des rendements qui a permis la levée de l’impôt, c’est le contraire, c’est la levée de l’impôt qui a obligé à augmenter les rendements. C’est la création des États qui a lancé l’ère du productivisme. Les impôts ont servi à nourrir une classe sociale affectée à d’autres travaux que ceux de l’agriculture et de l’élevage. Probablement des travaux d’irrigation, de drainage, de voirie... Il est à noter que le travail de la terre fut sans doute considéré comme aliénant. Plus que l’élevage. Le travail de la laine, cardage, filage, tissage fut lui aussi considéré comme aliénant. Donc affecté aux femmes, aux esclaves, puis à de petits paysans, peut être anciens esclaves. L’agriculture fut probablement ressentie comme une chute, mise en mots dans le mythe biblique de l’expulsion du jardin d’Eden. Pour que le trafic d’esclaves soit possible il faut que les tribus soient organisées selon un modèle patriarcal. C’est le patriarche qui vend les esclaves en les choisissant probablement parmi les moins utiles à la tribu. Ce n’est pas le monothéisme qui crée le patriarcat c’est le patriarcat qui engendre le monothéisme. Du moins au Moyen Orient. Car il ne semble pas que le patriarcat engendre partout le monothéisme. Bon maintenant la question qui se pose est la suivante : dans toute cette évolution à quel moment s’exerce la liberté des hommes ?
  17. Essayons de poser les choses autrement ( j’en suis toujours au neolithique). D’un côté non pas les chasseurs cueilleurs mais les « barbares » de l’autre les États agraires centrés sur la culture d’une ou de deux céréales ( + l’élevage). Les barbares sont des groupes sociaux sans État. Leur caractéristique est de ne pas dépendre d’une seule ou de deux seules sources de subsistance. Ils pratiquent la chasse, la cueillette, mais aussi à l’occasion la culture sur brûlis, et même certaines formes d’élevage. Les États agraires deviennent pour eux des terrains de chasse ( il est plus facile de chasser une vache qu’un cerf), d’où ce qu’on appellera plus tard les razzias. Les recherches archéologiques nous montrent que les barbares étaient plus robustes, mieux nourris, moins soumis aux épidémies que les sujets des États agraires. Pourtant ce sont les États agraires qui ont fini par gagner. Le rôle de l’esclavage dans l’une des causes de la défaite des barbares est probablement crucial. Je ne connais pas d’études sur ce phénomène : comment se fait il que les barbares ont fourni eux mêmes aux sociétés agraires des esclaves issus de leur propres tribus ? Comment se fait il que ce furent par exemple des petits chefs de tribus slaves ou noires ou amérindiennes qui fournirent eux mêmes des esclaves slaves, noirs ou amérindiens aux sociétés États-agraires ? Ces États agraires ont dû trouver une main d’œuvre servile pour faire les travaux des champs que personne ne voulait faire. Les esclaves, les femmes. Mais quand l’Etat se fut affirmé il n’y eut plus besoin d’esclaves, les petits paysans rivés à une terre, n’ayant de possible subsistance qu’à travers la culture de cultivars et l’élevage d’espèces animales sélectionnées n’avaient plus aucune alternative pour vivre autrement. La question est : comment naît l’Etat, sachant qu’il n’y a d’Etat durable que là où il y a culture de céréales ?
  18. Lorsqu’on a face à soi un religieux fondamentaliste ou orthodoxe comme on dit parfois de quelque religion ou secte que ce soit ce n’est pas la peine de discuter. Le fondamentaliste n’est pas doté de l’esprit critique. Donc il est possible de l’écouter mais il est impossible de lui parler. Pourquoi ne restez-vous pas dans votre communauté religieuse Maroudiji? Après tout qu’en avez-vous à faire de nos opinions, l’éternité vous est promise, le bonheur éternel aussi, jouissez par anticipation de ce radieux avenir au lieu de perdre votre temps ici.
  19. Ce qui reste étonnant c’est de constater que l’agriculture a mis énormément de temps à s’imposer comme pratique régulière. Il y a eu une farouche résistance. L’agriculture a fait partie des modes de subsistance certes mais parmi bien d’autres modes chez les anciennes populations. Elle s’impose comme pratique dominante tardivement et surtout elle semble s’imposer par obligation. Ce qui est encore plus étonnant c’est que l’agriculture quand elle est concentrée sur les céréales sauvages donnent naissance à l’Etat. L’Etat apparaît avec la culture du blé, de l’orge, du maïs ( chez les mayas) ou le riz. Et encore mieux : l’esclavage n’apparaît pas avec les États mais avec le développement de l’agriculture. Comme si la pratique de l’agriculture était trop contraire à la manière d’être des chasseurs- cueilleurs. Et encore mieux : les esclaves ne sont pas obtenus par la guerre mais par le commerce. Ce sont les tribus et ethnies elles-mêmes qui vendent les leurs aux sociétés pratiquant l’agriculture. En tout cas l’agriculture s’impose en raison de rapports sociaux devenus si rigides qu’il devient impossible de faire autre chose que de cultiver des céréales. Nous sommes loin de l’agriculture comme signe de la marche royale du Progrès. L’humanité suit un chemin très complexe qui n’est pas ouvert par le Progrès mais par quelque chose qui reste mystérieux.
  20. Cette obsession à vouloir vous différencier de l’animal c’est un truc de musulman ? En tout cas ça doit être religieux.
  21. En effet au moins chez les mammifères il y a transmission par l’exemple. La chasse est enseignée par les parents aux enfants. Ce mode de transmission par l’exemple et par l’imitation est aussi présent chez les humains. Les enfants qui voient travailler leurs parents, qui les voient agir, apprennent leurs gestes sans même que les parents s’en aperçoivent parfois.
  22. L’intérêt d’étudier la préhistoire en remontant au moins vers 400 000 ou 500 000 ans avant notre ère c’est de parvenir à « voir » les évolutions des conditions de vie des humains. Certes les anthropologues sans cesse affinent leurs analyses à partir de découvertes rendues exploitables par l’évolution de nos techniques. Mais ce qu’il ressort de ces études c’est que les variations climatiques sont déterminantes quant à nos évolutions sociales. Sans parler de la sortie de l’homme d’Afrique, épisode bien connu, ce qui surprend c’est l’étude de la période qui va de 12 000 ans à 6000 ans environ avant notre ère. Nous savons tous qu’un réchauffement climatique rapide a engendré la fonte des glaces, la formation de mers, l’apparition de forêts, l’explosion de la flore et de la faune. Des lieux privilégiés dites « les latitudes bénies » ont conduit les hommes à se rassembler autour de fleuves, de terres où poussaient naturellement des céréales sauvages et où se rassemblaient aussi quantité d’animaux. Cela a engendré la sédentarisation des hommes. Mais ce qui est moins connu c’est qu’il n’y a pas eu passage à l’agriculture, qu’il y a eu même résistance contre l’agriculture. Pourtant l’agriculture a fini par s’imposer mais très difficilement et il arrivait souvent que les hommes abandonnent cette pratique. C’est encore une fois un changement climatique mais aussi les conséquences de la sédentarisation ( augmentation de la fécondité des femmes sédentaires entraînant une augmentation de la population) qui a conduit les hommes à se rabattre sur l’agriculture, et c’est ce même changement climatique qui a favorisé l’apparition des États. Ce qu’il faut retenir de tout cela c’est que c’est sous l’effet de conditions qui s’imposent à l’homme que celui ci évolue socialement. C’est sous l’effet de la contrainte ( climat et démographie à cette époque) qu’il change de mode de vie et non pas sous l’effet d’un projet rationnel collectivement mis au point. Ce que nous appelons la raison apparaît toujours comme un outil mental d’adaptation jamais comme la base et la cause de nos évolutions sociales.
  23. Ça fait probablement plus d’un siècle ou deux que quantité de « cerveaux » cherchent une alternative au capitalisme. En vain. Il semble que la vie fonctionne sur la base de l’inspiration, de la décision sur le mode sentiment plutôt que sur le mode logique. Faire des schémas logiques et rationnels n’emporte pas l’adhésion. De plus tout schéma rationnel semble s’effondrer dans les pires des despotismes quand il est mis en œuvre. L’humanité voyage au jugé, elle pratique l’adaptation aux réalités telles qu’elles viennent. Le capitalisme tout le monde critique mais personne ne sait trop quoi faire d’autre. Alors on corrige, on modifie, jusqu’au jour où la somme des corrections ouvrira sur un autre monde. Ce que nous oublions c’est que l’écrasante majorité des humains fait avec notre société de production/consommation mais au fond d’elle-même elle n’en a rien à foutre, jamais cette majorité s’investira intellectuellement dans la gestion d’un quelconque système économique.
  24. Je me souviens de ce jour où, regardant BFM, soudain les journalistes se mirent à faire du commentaire et à exprimer leurs opinions. C’était quand ? Il y a une dizaine d’années, moins ? Je suis resté stupéfié. Jusque là il y avait encore une retenue, les journalistes tendaient vers l’objectivité, une objectivité introuvable bien entendu mais il y avait un effort pour ne pas sombrer dans la subjectivité. Ce jour là je vis bien que la nouvelle attitude des journalistes de BFM était délibérée. Les journalistes étaient tenus, par leur direction je suppose, leur actionnaire sans doute, de diffuser leurs opinions dont on peut penser qu’elles sont conformes à celles de ceux qui les emploient. Je ne trouve pas cela normal mais je dois bien m’incliner dans le cadre d’un rapport de force dans lequel je suis largement dominé. Dans le cadre de ce rapport de force, le journaliste armé d’un medium puissant ( la télé en l’occurrence), armé d’une infrastructure de guerre que je n’ai pas, l’argent, le pilonnage par des reportages biaisés, par la convocation sur les plateaux d’experts, etc. m’impose son opinion et celle de ses maîtres avec la même puissance de feu qu’un orateur armé d’un mégaphone assourdissant propre à réduire au silence toute parole de tout particulier. Le journaliste qui donne son opinion est à la tête d’une armée qui déboule dans les esprits souvent crédules des auditeurs. Alors qu’il ne se plaigne pas d’être parfois agressé quand il s’avance au milieu de ceux dont il avilit la parole, il est loin d’être innocent. Si je suis gilet jaune face à ça je suis en difficulté. Comment lutter contre l’Armee ? Contre ces journalistes armés qui s’avancent en jouant les agneaux ? J’ai la colère et nul ne me la retirera. Alors oui il reste les réseaux sociaux et c’est encore heureux. Mais il manque des media organisés avec la même puissance de feu que BFM, CNEWS ou LCI. Face à des media qui font la guerre et tendent à asservir les esprits avec toutes les techniques actuelles fondées sur la psychologie des masses il s’en organisera d’autres qui rentreront à leur tour dans la guerre. La guerre est le règne qui vient. Elle est déjà là.
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