tison2feu
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Tout ce qui a été posté par tison2feu
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A cet égard, Déjà, tu es parfaitement en phase avec la conception de la philosophie antique qui ne s'arrête pas à la réflexion théorique, mais qui aboutit dans tous les cas à faire un choix existentielle de vie et à adopter une certaine manière déontique de se comporter. Une fois ce choix effectué, c'est d'ailleurs lui qui va nourrir le discours philosophique. La seule différence que je note entre toi et les Anciens, c'est que ceux-ci ne firent jamais ce choix dans la solitude. Il n'y a jamais de philosophes ou de philosophies en dehors du groupe, ou d'une "école", celle-ci correspondant à une certaine vision du monde et, avant tout, au choix d'une manière de vivre selon une éthique particulière.
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Le Pouvoir , la Violence et le sacré
tison2feu a répondu à un(e) sujet de DroitDeRéponse dans Philosophie
Les facteurs de guerre peuvent être multiples. Mais le donné universel, c'est l'existence de la guerre dans toutes les sociétés primitives étudiées par les anthropologues. Maintenant, libre à toi de prendre tes désirs pour des réalités. -
Le Pouvoir , la Violence et le sacré
tison2feu a répondu à un(e) sujet de DroitDeRéponse dans Philosophie
Bonjour, Je tente une objection à ce post, telle que la formulerait Clastres, tout en saisissant l'occasion de répondre à la question que tu m'as adressée plus haut. Pour que l'enfant ou l'adulte désirent le bien d'autrui, il faut que cet objet désiré fasse défaut. Mais qu'en est-il véritablement dans les sociétés primitives ? Cette convoitise terminée en violence/guerre s'expliquerait par le fait que les sociétés primitives seraient soi-disant réduites à une économie de subsistance et de pénurie (préjugé économiste marxiste). Or tout semble indiquer que le Sauvage ne manque de rien et qu'il vit au contraire plutôt dans l'abondance, sans se soucier par conséquent de cumuler ou convoiter des biens qui se trouvent à portée de main. De plus, ce Sauvage est un être polyvalent : les hommes savent tous faire tout ce que les hommes doivent savoir faire. Si j'ai besoin d'une arme, je la fabrique, et je n'ai pas besoin de voler celle de mon voisin. Et même l'enfant du Sauvage a appris à être polyvalent, c'est-à-dire à fabriquer son propre jouet. Donc pas de place pour la convoitise. Pour ce qui est de la différence entre cette société primitive, telle que décrite par Clastres, et les royautés africaines de Girard, c'est que dans le premier cas il n'existe pas de pouvoir coercitif venant à diviser le groupe. Néanmoins, le point commun est la violence guerrière. Et c'est la quasi-universalité du phénomène guerrier (sauf chez les Eskimos, peuple très pacifiques) qui sert de point de départ à la réflexion de Clastres : la logique guerrière de l'homme primitif est une logique de la différence, le Sauvage refusant de s'identifier à l'autre/le groupe voisin, sauf en cas d'alliance avec cet autre groupe mais toujours en vue de faire la guerre à d'autres groupes. Cette violence n'est dirigée contre aucun membre du groupe, mais contre les membres extérieurs au groupe, l'ennemi étant l'étranger. L'échange de tous avec tous est inconcevable puisque le Sauvage aurait l'impression de perdre son identité. La guerre est donc une structure de la société primitive (contrairement à la fiction philosophique du bon sauvage à l'état de nature, de Rousseau repris par Kant). Dans le cas des sociétés avec roi se pose la question de savoir si les pouvoirs royaux sont coercitifs ou simplement symboliques. En cas de présence de pouvoir coercitif, ce type de société serait déjà plus avancé dans l'évolution vers la rapacité et la cupidité, avec davantage de place pour "l'apprenti-exploiteur", comme dirait Clastres, et donc dans un rapport politique dominant-dominé. Cette approche ne remet pas en cause, me semble-t-il, le bien-fondé des réflexions de Girard sur le mimétisme, le bouc-émissaire ou le pouvoir sacrificiel, pouvant s'appliquer à des sociétés déjà plus divisées. Ce topic est un peu déroutant compte tenu de sa forme multiconceptuelle (de type questions à choix multiples). Les données anthropologiques ne doivent pas être négligées, bien sûr, même s'il ne serait pas interdit d'aborder le sujet sous un angle purement philosophique, en fonction de notre propre vécu personnel dans la société postmoderne qui est la notre, en faisant l'effort de penser dans leur relation complexe le pouvoir, la violence et le sacré (Je parlais pour moi, ne l'ayant pas encore fait !) En tout cas, merci d'avoir pris le temps de répondre à chaque intervenant et de faire vivre ce topic. -
Le Pouvoir , la Violence et le sacré
tison2feu a répondu à un(e) sujet de DroitDeRéponse dans Philosophie
Cette conclusion est en parfaite contradiction avec les travaux de Pierre Clastres (cité plus haut), basés sur la réalité sociologique des peuples dits primitifs : ces peuples exorcisent toutes formes de pouvoir/respect du pouvoir parce qu'ils savent que ce pouvoir conduirait à la mort de la communauté. Loin d'être sacralisé, le pouvoir est exorcisé, chassé du corps social. La société primitive est une société contre l'Etat (Archéologie de la violence - La guerre dans les sociétés primitives). -
La misanthropie est-elle un genre de pathologie mentale ?
tison2feu a répondu à un(e) sujet de Savonarol dans Philosophie
Je m'empresse de te répondre... avec beaucoup de retard involontaire (difficultés à me connecter et à accéder au forum). Je reconnais m'être beaucoup avancé sur cette question du perfectionnisme, mes "soupçons" ayant l'inconvénient de faire dire à autrui ce qu'il peut très bien ne pas penser. D'autant que je partage avec toi la conviction que l'humanité a commencé à couper la branche sur laquelle elle est assise. L'état des lieux est accablant. Finalement, tu donnes toi-même une clé venant s'ajouter à l'analyse très claire de Dompteur, lorsque tu prônes la maîtrise de soi. Tout semble donc dépendre de la capacité du misanthrope à maîtriser ou non sa "haine" du genre humain. Cela est explicite dans cette phrase où l'auteur de La Nausée déclare : "Le misanthrope est homme: il faut donc bien que l'humaniste soit misanthrope en quelque mesure. Mais c'est un misanthrope scientifique, qui a su doser sa haine, qui ne hait d'abord les hommes que pour mieux pouvoir ensuite les aimer". Il est bien question de "doser" sa haine, c'est-à-dire de faire un usage intelligent de cette haine, comme le suggérait d'ailleurs Aristote en désaccord avec les Stoïciens sur ce point. -
La pensée de Diogène ayant la singularité de prétendre dire la vérité sans passer par les mots, à la différence de 1/ la ruse dialecticienne de Socrate ou des Sophistes, et 2/ du discours philosophique qui suivra durant 2500 ans jusqu'à nos jours. Ce mode de pensée et d'action, ainsi que tout autre mode de pensée philosophique, me semble très utile, ne serait-ce que sur le plan de l'histoire des idées et de la réflexion personnelle. Quant à l'impact sur le sens commun, il a en effet toutes les chances d'être nul (d'autant que la pensée de chaque philosophe sera systématiquement déformée par le sens commun). Notre société technicienne et utilitariste ne fait qu'accélérer cet effet de nullité de la philosophie dans la vie de tous les jours, et certaines universités commencent à envisager sérieusement de supprimer carrément l' enseignement des sciences humaines et la philosophie (en France et au Japon), en raison de son "inutilité". A noter que : plus la volonté de changer l'homme est devenue impérieuse aux XIXe et XXe siècles, plus les philosophes ont donné dans l'hyperbolisme lexical, avec l'enrichissement du vocabulaire de la verticalité, ce que Sloterdijk appelle le recours à des sur-mots : "Marx parle de superstructure et de surproduction, son beau-fils Lafarge de surconsommation, Darwin de survie, Nietzsche de surhomme, Freud de Surmoi, Adler de surcompensation, Aurobindo de suresprit ou de supramental." (Peter Sloterdijk, Tu dois changer ta vie, p. 188) Nietzsche n'échappe pas donc pas à quelque illusion d'optique, d'autant étonnante que, selon Sloterdijk, "l'ère du surhomme réside non pas dans l'avenir, mais dans le passé" puisqu'elle s'est déjà accomplie avec les premiers penseurs chrétiens qui ont usé des moyens les plus extrêmes pour se hisser au-dessus de leur statut physique et psychique.
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J'ai déjà eu l'occasion de défendre, en vain, cette idée d'absence de recherche quelconque de confort ou de réconfort (ni dans le présent, ni dans l'avenir qui conjecturerait des paradis ou enfers imaginaires, etc.) propre à cette façon de "croire/ne pas croire" que je revendique également, anruadebobdny, et qui sort des canons habituels des religions personnelles et révélées. Cela déstabilise complètement certains athées qui veulent chercher à tout prix (opinion arrêtée ?!) une explication rationnelle à toute "croyance". Dans ta longue liste de tout ce qui déforme notre perception du réel, tu peux ajouter notre langue maternelle et toute forme de discours, dont la philosophie. Quand je parle, je ne perçois pas, et quand je perçois, je ne parle pas. Qu'entends-tu par "blessure originelle", stp ? La coupure du cordon ombilical ? Cela me semble anecdotique dans toute approche de l'absence de soi.
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(erreur manip)<BR>
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La misanthropie est-elle un genre de pathologie mentale ?
tison2feu a répondu à un(e) sujet de Savonarol dans Philosophie
Oui. De plus, les intervenants qui, ici, se considèrent comme misanthropes ne me donnent pas l'impression d'éprouver une réelle "haine" (grec mysos) pour l'humanité et pour eux-mêmes. Haïr, c'est faire une fixation sur un objet, vouloir son mal jusqu'à sa complète destruction. Aucun des intervenants n'a manifesté jusqu'à présent une telle haine pour l'objet "humanité", à l'instar d'un Cioran qui, à la seule vue d'une femme enceinte, avait envie de vomir. D'ailleurs, et je me tourne vers Théia, car je trouve très significatif que tu dises "Je n'aime pas l'humanité" et non pas "Je hais l'humanité". Une fois encore, tout est question de vocabulaire. Il y a de la marge entre "ne pas aimer" et "haïr". C'est donc que leur conception de la misanthropie est plus ou moins soft, séduisante parce qu'assimilée à une vie loin de la foule et des mouvements grégaires, et une exigence de vie telle que le solitaire apprenne d'abord à compter sur ses propres forces avant de compter sur l'aide d'autrui. Moi aussi, j'évite la foule, préférant cultiver mon jardin, au propre et au figuré. Mais ce qui m'éloigne de toute tentation misanthropique, c'est que je ne me sens aucun droit de reprocher à l'humain d'être imparfait. Derrièrecette haine misanthropique, je soupçonne un désir fantasmatique de perfection, d'absolu, comme si l'humain pouvait atteindre à la perfection ! Ou mieux encore, comme si l'humain était coupable de ne pas être parfait ! Par surcroît, haïr l'humanité a l'inconvénient de mettre tout le monde dans même sac, alors qu'à mes yeux, certains humains me semblent moins imparfaits que d'autres. -
La misanthropie est-elle un genre de pathologie mentale ?
tison2feu a répondu à un(e) sujet de Savonarol dans Philosophie
Le misanthrope est un être excessif à double titre : son excès de confiance initial l'a conduit à un excès de méfiance final. Ce n'est pas parce que certaines personnes sont incapables de tenir leur parole que tous les hommes en sont incapables. Le misanthrope est un être désillusionné qui a pris ses désirs pour des réalités et qui continue de le faire en ne faisant plus confiance à personne, c'est-à-dire en mettant sur le même pied d'égalité l'homme de parole et l'homme irresponsable. Comment sortir de la misanthropie ? Peut-être en recherchant la compagnie d'êtres capables de tenir leur parole, et qui donc ont appris à se connaître. -
Comparer l'arrivée ici d'anciens forumeurs d'Orange avec l'actuelle vague de migrants en Europe est d'une indécence sans nom. Même exagération rhétorique dans le fait de crier à la dictature et à la privation de la liberté d'expression. Ton problème, Lumineux, c'est sans doute de ne pas être passé par la case départ, à savoir la section "bienvenue", où tu aurais pu commencer par te présenter et recevoir en retour des messages amicaux de bienvenue. Certains migrants étrangers, ceux qui ne sont pas installés confortablement devant leur ordinateur, n'ont qu'une idée en tête : apprendre quelques mots nouveaux dans leur nouvelle terre d'accueil, à commencer par savoir dire "bonjour". Personne n'a été vulgaire avec toi, alors peux-tu svp nous épargner ton langage de sous-officier ("école de cons", les détronchés de chez Orange") ? Je comprends ton attachement à ce topic, sa vertu thérapeutique pour toi, compte tenu des drames passés de ta vie. Tu reproches à "certains" de rester dans leurs vieux "shems". Toi-même, Lumineux, n'est-ce pas l'occasion de te remettre philosophiquement en question et de changer de niche (et de topic) ? Puisque tu sembles ne pas te satisfaire des règles du forum, je t'invite à méditer sur cette pensée d'une philosophe contemporaine : "La discipline ce n'est pas de la soumission qui nous transforme en mouton, en chaînon, en suiveur : c'est un savoir faire, un geste technique, une manière d'être, qui nous rend plus libre."
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Patiente un peu avant de t'insurger contre ce que tu interprètes comme des censures. Peut-être s'agit-il simplement d'erreurs de manip de ta part, vu que tu es inscrit depuis seulement hier.
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"parler de tout et surtout de rien en particulier" : Sans oublier que vous intervenez malgré tout en section "philosophie", n'est-il pas ?
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Faut-il rappeler que cet "homme à l'état sauvage" n'est qu'une fiction philosophique jaillie dans le seul esprit de JJR, et qui n'engage que lui et ses suiveurs n'ayant aucune notion d'ethnologie et d'anthropologie. Quant à l'homme des sociétés dites primitives, sa pensée immédiate est entièrement tournée vers autrui; il ne pense et n'agit que dans l'intérêt du groupe (d'environ 100 à 150 individus). Et ce, depuis 200 000 ans, jusqu'à l'apparition très récente de la vie urbaine puis des Etats. Au sujet de la notion d'"égoïsme positif", abordé par Nolibar, j'ajouterai que cela pourrait nous permettre de mieux appréhender la notion inverse d'"altruisme négatif". Méditons cette phrase d'Ayn Rand, qui a fait de l'égoïsme rationnel le concept-clé de sa philosophie : "Je jure sur ma vie et l'amour que j'ai pour elle, de ne jamais vivre pour les autres ni demander aux autres de vivre pour moi". La fin de cette citation ne laisse-t-elle pas entrevoir le point faible d'un altruisme excessif conduisant à "demander aux autres de vivre pour moi" ?
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Je te remercie de ce nouveau développement, Petitpépin. En fait, je cherchais un terme permettant de décrire la tendance à privilégier la technique dans tous les domaines. Un mot m'est venu à l'esprit hier : technicisme. Je croyais avoir créé un néologisme, mais ce terme figure dans le Petit Robert, après vérification ! Ce terme, à la différence de "scientisme", a l'avantage de concerner la technique et non pas la science (puisqu'il n'est pas question pour moi de critiquer la science). Je prendrai le temps de te relire en détail. Il faudra que je mette la main sur l'ouvrage de Georges Friedmann (merci pour la référence).
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A dire vrai, je t'ai répondu un peu trop vite. Je voulais parler de "la machinerie bien huilée de la croyance technicienne et scientiste en la résolution de tous les problèmes." Je peux très bien résoudre beaucoup de problèmes à court terme, mais aucun à long terme. Tel était l'esprit de mon intervention.
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Mais précisément, la position que je défends implique de se plonger dans des examens sérieux, ce qui va à l'encontre de tout raisonnement technicien et scientiste qui n'a de cesse de proclamer, à coup de propagande publicitaire si nécessaire (cf. publicité mensongère de Areva, avant l'incident de Fukushima), qu'il n'y a pas de problèmes réels et que les faiseurs de problèmes sont des réactionnaires. Le jugement technicien et scientiste est là a priori : la technique finira par résoudre tous les problèmes. Encore conviendrait-il de ne pas éluder a priori l'existence de ces problèmes sur le long terme ! Cela ne pourra se faire que lorsque sera amplement démystifiée la machinerie bien huilée de la croyance au progrès technique. Dans mon esprit, il n'est pas du tout question de juger par principe hors de tout examen. C'est tout l'inverse, puisqu'il s'agit de faire prendre conscience qu'il y a des problèmes à examiner, donc des points de vue contraires à envisager (et parfois complémentaires). Avec Jonas, est apparu le concept de "principe de précaution" qui a permis de contrecarrer le principe de "prise de risque" dans toute discussion honnête sur la recherche réaliste de solutions aux grands problèmes de société. Je suis partisan d'une éthique consistant à optimiser au maximum les deux points de vue contraires, en l'occurrence la prise de risque et la prise de précaution, et d'en analyser les avantages et les inconvénients à court terme et à long terme (pour les générations futures). Ce travail est saboté par notre société technicienne davantage axée sur la recherche du profit et l'économisme favorisant la résolution de problèmes seulement sur le court terme plutôt que sur la résolution approfondie des problèmes sur le long terme et qui concerneront davantage les générations futures.
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Nous étions d'accord sur l'analyse de l'état des lieux : évolution vers une civilisation technicienne aveugle, qui ne pense pas, et qui tend à changer le monde sans que soit nécessaire de s'interroger sur la nature de ce monde nouveau. La technique s'en charge, l'homme postmoderne n'a plus à se poser la moindre question ni à répondre d'actes qui ne sont plus de son fait. Or, ta conclusion fataliste me donne l'impression de cautionner, d'une certaine manière, ce type de raisonnement : vivons "philosophiquement" l'instant présent, advienne que pourra !, et conséquemment la technique s'en chargera. Je ne peux m'accommoder d'une telle attitude philosophique, bien trop démissionnaire, puisque faisant tout à fait le jeu de la technique (= ne douter de rien, être déresponsabilisé, etc.). Et comme le contexte n'est plus comparable à celui de l'antiquité, j'en viens à me demander si ce vieux concept de "sagesse" antique ne demanderait pas à être modifié, disons repensé. Je dois t'avouer que cette quête antique d'"absence de troubles" (ataraxie) ne me convient pas. Qu'il y ait un temps pour la quiétude et le repos mérité, soit ! Mais l'in-quiétude ne peut être évacuée, elle me semble vitale. A dire vrai, ce principe de responsabilité pose la question du principe de précaution, et ne recouvre pas seulement le champ de l'écologie. Il s'agit, pour le philosophe, de mettre sous tension prise de risque et prise de précaution. Or, la technique ne pense pas puisqu'elle n'agit que sous l'angle de la prise de risque tous azimuts, en priant le principe de précaution d'aller se faire voir ailleurs. Les biotechnologies ne risquent-elles pas de modifier la vie humaine au point de créer une nouvelle espèce humaine ? Je pense qu'il s'agit d'une des grandes questions auxquelles l'homme sera confronté tôt ou tard. A condition qu'il n'ait perdu toute aptitude à se questionner sur le plan éthique, en l'occurrence à s'interroger sur sa capacité à devenir en pleine conscience des causes et des conséquences le constructeur biologique de lui-même. Jusqu'à présent, l'homme avait la possibilité de "changer sa vie" - et le monde qui serait donc mal fait - en se créant des mondes artificiels ou des arrières-mondes (l'artiste, l'homme religieux, une certaine catégorie de philosophes marchands de bonheur) et en pratiquant des exercices de dépassement de soi. L'homme de la société technicienne n'a même plus à recourir à ce genre d'exercitation éthique (ou esthétique), la technique travaillant désormais pour lui à changer sa vie et le monde. Mais l'effet anesthésiant reste le même. La philosophie demeure, à mes yeux, une mise en garde contre ces formes anesthésiantes d'assurances tous-risques.
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(Il fallait lire Miquela Marzano. Mi scusi, Miquela !)
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A force de prendre du recul, à force d'abstractions discursives, le philosophe ne risque-t-il pas de perdre le sens des réalités pratiques ? La seule façon de coller au plus près du réel, n'est-ce pas en dernière instance d'écouter le langage du corps qui a l'avantage de "plonger ses racines dans la sphère du flair et de l'orientation animale" ? (Sloterdijk). Cela suppose de dire "oui" au corps et à ses perceptions fulgurantes, et non pas de diaboliser le corps comme le font les philosophies dualistes et les religions judéo-chrétiennes. Le secret du corps, c'est l'intimité, le sens brûlant du voisinage et de la convivialité (qui passent par le regard et l'écoute de l'autre), et non pas la mise à distance glaciale du scientifique ou de certains philosophes. Cela peut passer par une philosophie du corps (Cf. Gabriela Marzano). Le philosophe se doit ainsi de faire la part entre distance et proximité, afin de ne pas se retrouver un beau jour au fond d'un puits ou bien à marcher la tête en bas.
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J'abonde dans le sens des deux dernières interventions, en ajoutant ceci. Dans le nouveau contexte de la postmodernité, n'a-t-on pas vu apparaître une nouvelle forme de morale qui, à la différence de la morale judéo-chrétienne, ne dit pas son nom et me semble encore plus pernicieuse. Morale, issue de la nouvelle société technicienne et mondialiste, qui me dicte de plus en plus ce que je dois faire, comment je dois vivre, quel sens je dois donner à ma vie, etc. ? Le philosophe qui se contente d'impératifs moraux hypothétiques (éthiques) ne se fait-il pas le complice de cette nouvelle morale intégriste postmoderne ? Jusqu'à présent, le philosophe anti-dogmatique préférait rejeter tout principe moral universaliste, tels Montaigne ou Spinoza, qui se conformèrent à la morale toute relative de leur propre pays. Mais cette attitude n'est-elle pas plus difficile à soutenir désormais en raison de l'accroissement exponentiel, et non maîtrisé, des applications technologiques de la science ? D'autant que la vie elle-même peut désormais faire l'objet de manipulations génétiques, etc. Si je devais opter entre le dictat de cette nouvelle morale issue de notre société technicienne et le dictat d'un nouveau principe moral universaliste tel que formulé par le philosophe Hans Jonas : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » ou dans une formulation négative « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie », je préfère malgré tout l'impératif catégorique(moral) du philosophe privilégiant le sens des responsabilités humaines. La question morale dépasse amplement le cadre religieux. De nombreux philosophes athées s'y attèlent (Hans Jonas, Yvon Quiniou, André Comte-Sponville...).
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Aïe, petit malentendu de ma part sur ce point ! Cela est l'occasion de préciser que, dans ces conditions, je risque fort d'être d'accord avec toi sur toute la longueur (Je ne l'avais pas fait jusqu'à présent, parce que je suis assez avare en compliments et c'est toujours un peu humiliant d'être un suiveur !). (Ellul figure en bonne position parmi mes philosophes en attente de lecture).
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1/ Sur la question du Kunisme, je t'invite à méditer sur l'un des points abordés supra, et sur lequel tu fais l'impasse. A savoir : le kunique pense avec son corps. La pensée de Sloterdijk est marquée par cette leçon positive du Kunisme, d'où la richesse et l'extrême originalité du cheminement de ses pensées. Tu n'entrevois le Kunisme que sous l'angle du sens commun : expression d'un mécontentement (s'accompagnant du recours recours à l'insolence, à l'insulte, etc.), c'est-à-dire son aspect le plus négatif, et bien réel, il va sans dire . Pour s'en convaincre, il suffit d'imaginer ce qu'il adviendrait d'un forum sans modération. J'en ai fait l'expérience, un tel forum devient plus ou moins impraticable, mais c'est une expérience à faire si l'on est capable de prendre du recul : il m'intéressait de savoir jusqu'où il est possible d'aller, dans la liberté d'expression, étant partisan moi-même d'éviter par tous les moyens de recourir au bannissement ou à la clôture d'un topic. Mais en raison du cynisme moderne ambiant, et chaque fois qu'un topic tourne au règlement de comptes, il faut bien admettre que la fermeture du topic est nécessaire. En revanche, je trouve remarquable le fait que puisse se manifester de façon exceptionnelle la présence d'un authentique kunique sur ce forum, capable de défendre de vraies valeurs dans un premier temps, puis de passer au mode expressif kunique face à un interlocuteur déjanté (Cf. catégorie religion du forum, ces derniers jours). 2/ La question de "penser par soi-même" est un problème que je n'ai jamais réussi à résoudre complètement. Je m'accorde un joker de quelques années de réflexion supplémentaire, si tu le veux bien ! Toute pensée ex nihilo est impossible, donc tributaire de multiples facteurs, de multiples connaissances, de multiples expériences personnelles, de multiples opinions arrêtées... Il m'arrive de penser ma vie, et de vivre mes pensées. Même si je peux faire l'effort souhaitable de penser par moi-même, j'ai parfois l'impression étrange de ne pas être l'auteur de mes propres pensées ! Mais cela va en diminuant, car je pense de plus en plus avec mon corps (Plus jeune, j'ai longtemps vécu comme si je n'avais pas de corps !). Mais pour l'instant, je ne me sens pas assez philosophe, juste artisan de quelque chose sans trop savoir quoi, et un peu trop intello à mon goût...
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Tes deux idées, Déjà, ne sont nullement rejetées, elles méritent seulement d’être débattues. Mon seul petit reproche serait que tu vas trop vite. Par exemple, ta deuxième idée me semble justifiée mais ne dit rien sur les raisons rendant possible – ou impossible - toute présentation d’ouvrage. Si tu tiens compte de nos échanges précédents à propos de la présentation proposée par toi #71 (sans en indiquer la référence) de l’ouvrage de Sloterdijk, il est apparu clairement que cette présentation était l’exemple même du résumé lapidaire partiellement raté, puisque ce résumé ne permettait pas de comprendre quelle est la différence entre un kunique et un cynique moderne : les vertus du Kunisme sont, dans cette présentation, réduites au rire, invectives et attaques (= cliché réducteur conforme à se que pense le sens commun), c’est-à-dire au même expédients que celles du cynique moderne. Dans ces conditions, comment veux-tu que le lecteur potentiel puisse entrevoir une quelconque problématique, et ce faisant, découvrir en quoi cet ouvrage est innovant ? Il se trouve que cette présentation est grosso-modo celle qui figure au dos du livre, probablement rédigée par la maison d’édition (car non accompagnée ici des initiales de l’auteur). Pour être complète, cette présentation aurait dû indiquer en quelques mots en quoi s’oppose le kunisme et le cynisme moderne, à savoir que le Kunisme est une ascèse philosophique (« la voie la plus courte vers la vertu ») qui a la particularité d’être en effet « la plus courte », vu qu’elle fait l’économie du discours théorique (abstrait et souvent mensonger puisque coupé des réalités) et privilégie la vérité du corps. Une seule phrase éclairante suffisait. Cet exemple est précieux puisqu’il donne quelques éléments concrets permettant de comprendre pourquoi il est tout à fait possible de faire une présentation lapidaire sans perdre l’essentiel du propos, ou a contrario en perdant partiellement l’essentiel du propos ! Encore convient-il de s’arrêter sur les raisons pour lesquelles une telle présentation n’aura pas atteint ses objectifs. Dans notre cas de figure, il y a réduction dans l’évocation du kunique, due à une connaissance insuffisante/non actualisée de la réalité kunique. Or, comble de l’ironie !, cette actualisation de la réalité kunique est apportée par Sloterdijk en personne, lequel se fonde sur les derniers travaux consacrés au Kunisme, en procédant comme le ferait n’importe quel scientifique : se baser sur les derniers éléments nouveaux les plus pertinents (bref, en étant au courant de ce qui se fait de mieux en la matière). Il me semble important de relever ces éléments concrets avant de passer à une réflexion abstraite sur l’objectivité/subjectivité, sur le rôle de l’interprétation plus ou moins subjective, etc. C’est du moins mon point de vue, et je dois t’avouer que parfois, dans l’univers abstrait de la philosophie, je me sens perdu, comme impuissant à disserter à l’aide de concepts abstraits puisque j’éprouve continuellement le besoin de partir d’abord d’éléments concrets. En ce qui me concerne, si je me mets à lire de plus en plus les philosophes contemporains ainsi que (dans pas longtemps lorsque j’aurai davantage de temps libre) des auteurs littéraires (romanciers, poètes, etc.) autant que scientifiques, c’est parce que j’aime connaître les angles de vue et convictions philosophiques de chacun. Cela ne signifie pas que je vis dans les livres. Loin s’en faut puisque j’accorde actuellement la priorité au contact avec la nature, sans parler d’autres passions non livresques ! Il est possible que cette culture livresque m’empêche de penser par moi-même. Je sais que je dois m’essayer à refaire tout le parcours moi-même et à apprendre à mieux me connaître. Mais cela me semblerait bien trop irréaliste de m’imaginer pouvoir refaire le même parcours que des milliers d’autres penseurs puisque chacun a une expérience unique de la vie, et donc quelque chose d’unique à m’apprendre. D’où mon plus vif intérêt pour chacun de ces témoignages précieux retraçant des cheminements de pensée tous plus différents les uns que les autres, et en l’absence desquels il me serait impossible de me faire une idée précise, et pas seulement réductrice/égocentrée, passée au crible de mes seules représentations, de ce que peut bien être l’Homme dans son rapport au monde. Tu abordes enfin la question de savoir ne pas s'accrocher, de prendre son envol, etc. Mais toi-même, Déjà, dans ton envol, dans quelle mesure ne te raccroches-tu pas constamment à la pierre du savoir livresque scientifique ? Ce que j'apprécie chez toi, Déjà, c'est lorsque tu parviens précisément à te dégager de toute cette lourde artillerie scientifique, et que tu en viens à te demander quelles sont au final les valeurs auxquelles l'homme peut se rattacher (par exemple, tu cites les valeurs familiales en tant que modèle misrocosmique, et tu n'as pas eu besoin de recourir à la science pour ce faire puisque la science ne se pose pas ce genre de question éthique, disons jusqu'à présent. Cela pourrait permettre de faire le départ à toute une problématique : la famille avec un enfant unique, because surpopulation - même si la question est de moins en moins à l'ordre du jour vu la démission de la Chine sur la question, la Chine ayant joué pourtant un rôle d'avant-garde dans le contrôle de la natalité -, fera éclater le concept de fraternité, etc.).
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Idem. Entendu.
