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Caligula

Circeenne

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J'ai trimé au boulot toute la journée à faire et à refaire ce que je faisais hier. J'en ai la tête lourde. L'ennui m'a tellement gagné que j'en ai aujourd'hui encore les paupières tombantes et les cernes aussi grasses qu'un sac de suif. Certains pensent que je travaille dur. Disons que je suis assez consciencieuse dans mon travail, mais d'aucuns ne s'est jamais dit qu'elle a une vie trop basique pour être épanouie. Et ca, je pense que ce serait déjà un début de vérité. J'avoue. Surtout lorsqu'en fin de journée, partie pour faire mes courses, car c'est le jour habituel, j'ai encore oublié la lessive. C'est pas embêtant dans la mesure où il m'en reste mais va falloir que j'y retourne. Faut décidément que je le note quelque part. C'est à croire que je me fais vieille. A regarder de plus près, j'ai effectivement la trentaine. C'est le début de la sénilité, alors qu'il y a quelques heures encore je jouais dans une cour avec d'autres enfants. Pleine de vie, turbulente, qui ne tient pas en place, "c'est une bavarde, elle fera de la politique cette gamine !". Tu parles, j'ai fini aux archives nationales dans un bureau que l'on envierait pas trop si ce n'est pour le salaire, et encore ! comme dirait ma mère.

A mon âge les copines ont déjà deux enfants, certaines ont même un troisième en projet. Mais à les entendre, elles ont toutes un mari aimant, une vie animée de voyages, et de tant de péripéties qui occultent le temps et vous forgent à une organisation très méticuleuse, entre les moments où il faut manger et l'heure de la télé. Le genre de truc qui fait dire : "c'est une belle routine, on ne voit pas le temps qui passe et les cheveux qui tombent, blanchis".

Ouais, j'ai récemment divorcée. Ca fait de moi une fille qui a réussi à moitié non ? Je ne sais pas, mais le regard des autres a véritablement changé. Je passe pour celle qui fait pitié. Et il ne me faut pas un long discours pour le comprendre, juste à lire les yeux de ceux qui me regardent quand je le leur dis. On y lirait " la pauvre, elle a du souffrir"; "Quoi déjà !?"; "ah ! Je le savais, ca m'étonne même pas, vu la femme que c'est...". Et des comme ca, je pourrais en faire un livre... Ma foi, je ne sais pas pourquoi j'ai divorcé mais je l'ai fait dans un esprit de justice, du moins c'est ce que je me suis dit. Je crois que le seigneur a créé des gens qui ne peuvent vivre avec les autres qu'accessoirement, juste un laps de temps trop court pour vivre longtemps mais assez pour être sociable. D'ailleurs, la solitude faut qu'on en parle. J'écoutais la radio dans les bouchons il y a peu :"10 millions de célibataires en France et la solitude tuerait autant que le tabac, voire même plus". C'est ahurissant. Et ce chiffre, c'est autant que le chômage ! Une âme scientifique, ici ? Parce qu'il pourrait y avoir un prix Nobel à gratter. Bizarrement ce sont les couples actifs qui divorcent de plus en plus, parce qu'un jour on se rend compte qu'on a réussi à vivre ensemble grâce à la différence de nos emplois du temps. Quelle drôle de société... Le mariage est devenu une sorte de Kodak. C'est jetable. Et le couple n'a plus de sens. Poussés par notre individualité, on est tous addictes à notre solitude. Des générations toxiques.

Et ce matin je me suis levée dans un soupir avec une question existentielle : quel est donc le sens de la vie ? On naît, on apprend, on cotise, on rencontre, on s'aime puis on se sépare. Entre temps ca oscille un peu avant d'aller fertiliser la terre... Pour ma part, j'aimerais nourrir des tulipes pivoines, ne me demandez pas pourquoi. L'autre a dit le cœur a ses raisons... je dirais plutôt il n'y a de raison que dans l'absurdité de notre ennui. C'est elle qui fait que l'on se pose des questions, qu'on se cherche un sens. Parce que le ventre repu, on tombe malade de la tête et du coeur. On a tout et on pleure. Ca c'est de ma mère. Mais c'est pas faux. Il faut vivre avec ce qu'on a, se contenter de la routine, être résigné à cette réalité. C'est la condition du bonheur, n'est-ce pas ? Je vois mes copines. Elle sont rythmées par le travail, la maison, les enfants et le sommeil. Que demande le peuple ? Par contre, moi ce genre de vie, ca ne me suffira pas. Il me faut un leitmotiv qui m'arrache du silence de mon quotidien pour me mettre dans un monde où tout aurait un sens. L'amour. Le vrai. C'est aussi pour ca que Caligula a fini à l'histoire. Une question d'amour perdu et le voilà qui a fait des finances publiques, cette logique implacable des hommes, une vérité dont le sang en a payé le prix mais en vain. Il est mort floué.

Bref. Je vais me coucher, parce que demain rebelote, le travail et les questions... En attendant : 

 


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Bizarrement ce sont les couples actifs qui divorcent de plus en plus, parce qu'un jour on se rend compte qu'on a réussi à vivre ensemble grâce à la différence de nos emplois du temps.

J'aime bien cette punchline. Même si je pense que le problème doit être pire pour les couples actifs où l'un cesse subitement de l'être : avoir soudain une valeur moindre économiquement parlant, et s'apercevoir que notre routine nous structurait, que la routine de l'autre va désormais être la plus structurante, tout en ayant trop de temps pour penser, ça dézingue facile.

J'aime bien le texte dans son ensemble, ça m'a rappelé Fight Club : non pour le style (heureusement pour toi) mais pour la description de l'absurdité des vies occidentales, avec un point de vue situé à l'intérieur de ces mêmes vies, sans chercher à se décaler pour faire l'observateur extérieur. En cherchant cependant un peu de sens pour soi.

PS: fautes à "je jouais dans une courS", "le seigneur a créE". :ninja:

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Merci de tes commentaires instructifs :) et effectivement je corrige tout de suite !

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Deuxième texte que je lis... c'est pas mal, certains passages sont acides et cyniques, j'aime bien... Même remarque que pour le poème précédent, en te lisant, ce qui me vient à l'esprit c'est le besoin qui transparait dans ces deux textes de donner une image "positive" de toi... par exemple, pourquoi préciser que tu gagnes bien ta vie, en quoi est-ce intéressant pour nous, lecteurs? De mon analyse c'est ton égo qui n'arrive pas à lâcher prise... comme si tu avais besoin de donner une image positive de toi tout en souhaitant livrer une partie de l'ombre qui t'habite. Souffle le chaud ou souffle le froid, mais contourne la tiédeur.

Lâche prise et livre-nous ton âme, sans te soucier de l'image que s'en fera le lecteur.

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Mais qui n'aimerait pas être présenté sous plus beau jour ? J'ai beaucoup de tristesse en moi. Beaucoup de caprices, il est vrai, mais je ne peux pas non plus me focaliser sur le négatif qui m'a longtemps habité. Alors je contraste toujours, d'où peut être cet orgueil apparent.

J'aimerais que tu m'expliques davantage ce que tu veux dire par "lâcher prise". Merci  !

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Je comprends ce que tu veux dire, en aucun cas je n'ai pensé que tu puisses être orgueilleuse. Je ne parle que de ton texte, pas de ta personne.

Voici un message que j'avais laissé sur le forum en réponse à une personne qui demandait comment améliorer son écriture :

Citation

"Il ne faut écrire qu'au moment où chaque fois que tu trempes ta plume dans l'encre un morceau de ta chair reste dans l'encrier." (Tolstoï)

Picasso disait, en parlant de ses toiles :  «Le vrai prix de mes tableaux, s'il était connu, personne ne voudrait le payer

Voilà le secret des plus belles œuvres... elles ont le goût de l'âme.

Ce que je veux dire par "lâcher-prise", dans l'écriture, c'est se libérer du "moi", de l'égo, pour ne retranscrire que l'essence de l'âme, sans se soucier du carcan social ou de la représentation que les autres s'en feront. Cela se ressent à la lecture. Certains textes peuvent être bien écrits mais ils resteront fugaces, le plaisir d'une lecture passagère, oubliée sitôt consommée. Bien sur, il peut s'agir du simple plaisir d'écrire, jouer avec les mots c'est déjà respectable. Mais les grandes œuvres sont des coups de poing que l'on prend dans la figure, elles ont une profondeur qui bouleverse. Elles ont le goût de l'âme...

Citation

J'ai beaucoup de tristesse en moi

Magnifie cette tristesse... comme ta colère, tes angoisses, tes peurs, ta rage, ta haine, ta violence, tes désirs enfouis...

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Je vois mais ces conseils sont destinés à ceux qui veulent être de véritables écrivains. La référence à Tolstoï est juste vraie. Et tu as raison mais l'écriture est un parallèle pas ma finalité. Je ne suis qu'une "écrivant" dans la langue de Barthes. 

Je prends note pour le lâcher prise ! Merci 

Au plaisir de recroiser :)

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