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Marioons blog

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Le souffle du rêveur


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Ne court-on pas tous d’une façon ou d’une autre après l’immortalité ?

Par la possession : l’argent illimité nous donne l’illusion de tout pouvoir posséder donc de tout pouvoir contrôler, avec pour fantasme sous-jacent de contrôler le temps donc notre propre mort.

Le pouvoir, sans parler d’argent, est aussi une forme de contrôle sur les autres, les choses, qui rassure, évite de voir que le temps file. Tels des cailloux au creux de nos mains nous empêchant de voir l'eau filer entre nos doigts crispés.

Le fait de vouloir transmettre à tout prix, ces profs qui ne peuvent plus s’arrêter de parler, tant et si bien qu’ils ne savent plus écouter, eux aussi tentent désespérément de remplir un vase de terreau qui, ils l’espèrent, fera pousser de nouvelles fleurs après leur mort, comme pour survivre à travers leurs idées.

Le plaisir, n’est-il pas aussi une forme d’expansion de la vie, non dans le temps, mais dans l’espace, via l’intensité de la sensation, le renforcement du sentiment d’être vivant ? Certains courent après les plaisirs, les collectionnent, comme pour se souvenir, comme pour revivre encore et toujours ce sentiment d’éternité, d’absolu, de complétude de l'instant.

Même l'ascète, semblant à l'inverse renoncer à tout, cultive en fait le sublime, l'art du devoir et de l'abnégation, comme pour en faire un bouquet qu'il pourra brandir face au regard intransigeant de la grande faucheuse.

Ces gens qui veulent redonner le sourire aux autres, ces clowns qui vont dans les hôpitaux faire rire les enfants, ces poètes, ces musiciens qui redonnent de l’espoir, eux aussi espèrent faire germer cette petite graine qui transmettra et fera croitre la vie au-delà et après eux.

La vie est une maladie sexuellement transmissible, mais pas que. Elle se transmet d’une infinité de façons, toutes les fois où il y a de la beauté, de la passion, et c’est comme si vivre et perpétuer la vie était une seule et même chose. On ne peut être pleinement vivant sans contaminer les autres de cette envie de vivre, cette rage même parfois. C’est plus fort que soi.

Et quand on s’endort, quand on laisse tomber, elle nous rappelle toujours à l’ordre, elle trouve toujours le moyen de se faire entendre, quitte à en passer par de la souffrance ou de la violence (malchance, maladies, drames). Et même, parfois, paradoxalement, par la mort : comme dans « Le cercle des poètes disparus », cet enfant incompris par son père qui préfèrera se donner la mort plutôt que de tuer son rêve de devenir comédien.

La vie fait tout pour nous réveiller, nous faire rêver-éveillé, nous pousser à faire vivre et grandir le rêve. S’éveiller, aider les autres à s’éveiller, n’est-ce pas se rappeler et leur rappeler sans cesse et par tous les moyens imaginables que la vie est passion, beauté, folie ? Que c’est un crime que de ne pas tuer l’ennui ? Que c’est une folie que de vivre sagement ? Que ne pas jouir, c’est mourir un peu ?

Le symbole de la vie, c’est le souffle. "Rendre son dernier souffle". Le souffle, c’est ce qui maintient en vie, mais c’est aussi le vent : ce qui transmet, ce qui dissémine les graines. La vie a pour essence même la transmission. Pas de vie sans mouvement. La vie ne peut que s’étendre, se propager, se partager. L’univers est en expansion parait-il…

La vie, c’est le souffle du rêveur qui tente de prolonger et d’étendre son rêve à l’infini. "The show must go on"... !

5 Commentaires


Commentaires recommandés

La fin, c'est la recherche du libre-arbitre, vouloir être "comme" Dieu, éternel et tout-puissant (tout puissant car éternel, et vice versa)

Mais l'immortalité associée à notre conscience inférieure et limitée signifierait un ennui sidéral, et une volonté de disparaître pour abréger la souffrance de ce pouvoir qu'un seul humain ne pourrait supporter. En bref - et pour conclure sur une idée simplette - l'Homme vit le bon nombre d'années, et c'est tant mieux.

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Je ne suis pas sur que profondément, le concept de mort et d'immortalité ait du sens pour nous. Il me semble que nous cherchons la sécurité, que cela a du sens pour nos neurones, par exemple notre amygdale. Sinon, j'ai l'impression que notre esprit fondamentalement ne comprend pas la mort de soi-meme. On comprend la mort d'autrui par son absence. On peut en souffrir. Mais la mort de soi, comment pourrait-on en souffrir, puisqu'une fois qu'on est mort, on ne peut pas en faire l'experience ? J'imagine volontier que par défaut, notre esprit pense que nous sommes d'une facon ou d'un autre immortel, parce que cela a un avantage d'un point de vue de la sélection naturelle. Notre esprit n'est utile que s'il s'occupe de notre vie, de préparer pour le futur. Il n'est pas utile sinon. Et meme si l'on contribue aux autres, de facon legere ou tragique, cela n'est possible que si nous sommes vivants.

Alors je ne sais pas, est-ce que nous avons peur de nous rendre compte que la réalité est différente que notre instinct ? Peut-etre. Alors on ne rechercherait pas l'immortalité, mais a refouler ce qui nous montre que notre instinct n'est pas conforme au réel.

Ce que nous pouvons comprendre cependant, c'est que nous ne serons pas toujours la pour les autres. Alors peut-etre que léguer quelque chose est une facon de combler a cela.

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Je pense comprendre ce que tu dis, ça se tient, et tu as peut-être raison. Mais je me dis qu'on peut aussi voir les choses sous un autre angle :

Peut-être est-ce précisément parce que le concept de mort n'a pas de sens (du moins dans notre appréhension actuelle de la réalité), qu'il est "impensable", inimaginable, et que nous nous débattons de toutes nos forces pour lui tourner le dos ou le contourner.

Parce qu'au final, oui, la mort est bien omniprésente et inévitable, et face à cette insaisissable et mystérieuse fatalité, nous optons souvent pour la fuite, parfois pour la mélancolie.

Je pense qu'on peut bel et bien souffrir de sa propre mort : l'idée même est une souffrance, suffisamment grande pour qu'on ne puisse la balayer avec l'argument (d'ailleurs questionnable parce que purement mécaniste) "qu'une fois mort de toute façon on ne ressent plus". Cet argument s'en remet à la raison, or nous sommes loin de n'être que des êtres de raison. La preuve : l'idée même de ne plus rien ressentir, plus jamais (mort telle qu'on la suppose) est intolérable et extrêmement désagréable pour ceux qui la regardent en face et se laissent véritablement pénétrer par cette idée. Elle nous touche en plein coeur, elle parle à nos émotions les plus profondes, pas à notre carapace de raison.

L'esprit se cantonnerait à la vie pure et dure, à l'utilité "concrète" ? Mais comment trouver une utilité à la vie si l'on ne réfléchit au sens de la mort ? Je pense qu'au contraire l'esprit est d'une utilité cruciale en se souciant précisément de la mort. Et que même les morts ont un effet sur les vivants. Parfois très puissant même : il n'y a qu'à voir avec quelle force la mort est capable de resserrer les liens parfois, de rappeler l'essentiel à ceux qui s'étaient égarés, de mettre l'amour en relief, au premier plan, enfin.

Tu crois réellement que nous avons davantage peur de découvrir que notre instinct s'était trompé, indépendamment de ce que ça implique, juste par pur ego qui n'aime pas avoir tort ? Davantage peur de ça que de la mort ? Je pense au contraire que nous sommes bien plus prompts à changer d'avis et à laisser tomber l'ego qu'à accepter l'idée de la mort. Quand elle approche, certains athées dont l'instinct leur dictait qu'il n y avait rien à espérer, s'empressent sans grande résistance d'envisager qu'ils aient pu se tromper, pour peu qu'on leur offre un peu d'espoir en échange.

Pourquoi aurions nous peur de l'écart entre instinct et réalité, si ce n'est par peur d'un écart en défaveur de la réalité ?

Finalement, l'espoir (penser que peut-être la réalité est plus belle que ce que nous dicte notre instinct ou notre "bon" sens), est-il naïveté, déni, ou réalisme ?

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Le concept de mort n'aurait pas de sens ? Chacun se construit du sens et il y a différentes façons de voir la mort. Effectivement, à part si on est dans le déni, on sait que les gens meurent. On sait aussi que les gens naissance. Le cycle de la vie.

Cela dit, on a différents niveaux de compréhension. D'un point de vue théorique, on comprend la mort, le corps cesse de fonctionner et le cerveau ne produit plus de pensées. Cependant, il semble qu'on bloque sur la question de la cessation de l'esprit, et qu'à un niveau plus animal, la mort ne veut pas dire grand chose. Qu'est-ce que cela veut-il dire que "je n'existerais plus" ?

Imaginer qu'on est mort peut etre désagréable, cela dit cela se comprend, puisque nous sommes vivants. Nous essayons de faire semblant d'etre mort dans notre esprit pour imaginer cela, et donc c'est en contradiction, puisque le fait que nous essayons d'imaginer est en soi la manifestation de notre vie. Donc cela provoque des sentiments désagréables et de la confusion.

Je ne pense pas que nous pensons de façon rationnelle, mon argumentation est évolutionniste. Je ne vois pas quel intéret cela puisse avoir que l'esprit puisse imaginer sa propre mort. Cela ne me semble pas évident d'y arriver a priori, et je ne vois pas d'avantage sélectif. Apres, je peux me tromper, peut-etre que cela peut servir à quelque chose.

Bien entendu, la peur provient d'un écart en défaveur de la réalité par rapport a l'instinct, pas que ce soit dans l'autre sens. Avoir tort n'est pas agréable, personne n'aime le reconnaitre. Alors il y a une part d'ego je pense, oui. Cela dit, plus fondamentalement, les façons dont on imagine etre mort sont inquiétantes pour notre esprit primitif. On lui projete des images horribles. Ce sont ces images qui nous font peur, parce qu'elle sont opressantes, dangeureuses, etc. et notre instinct de survie réagit.

Si je comprends, pour toi, notre instinct nous dit qu'on meure et on peut espérer qu'en fait on ne meure pas ? Ma position étant pour le moment (on ne sait jamais, je pourrais changer d'avis) que notre instinct nous dit qu'on est immortel et que la réalité est que la vie personnelle a un début et une fin pour chacun. Cela dit, la vie en tant que principe n'a ni début ni fin. Donc en s'identifiant au principe de la vie plutot qu'à notre vie personnelle, on résout le paradoxe.

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