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Les histoires, c'est pratique pour dormir

Jedino

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Je me demande ce que serait une vie sans boire, manger, et dormir. Une vie loin de ces besoins essentiels à notre survie. J'essaie, oui, d'imaginer simplement une vie qui passerait de seize heures à vingt quatre. Une vie sans la moindre pause pour se calmer, s'arrêter, avant de recommencer. Souvent nous aimerions vivre plus longtemps, plus intensément. Mais, sommes-nous vraiment capables de tenir un tel rythme sans jamais sombrer dans l'ennui le plus profond?

Forcément, je n'en suis pas resté là. Si déjà on fait une bêtise, autant la faire complètement. Parce qu'effectivement, à quoi ressembleraient nos petites existences lorsqu'on supprime les émotions? Pas de joie, pas de tristesse, pas de colère ou de peur, de dégoût ou de surprise. Donc pas d'amour, de haine, de sourires qui font du bien ou qui font du mal, de regrets, de déceptions. Tout ne serait que vide. Un vide libérateur et nostalgique à la fois. Bien que quelqu'un qui n'ait jamais goûté à ces idioties ne viendra pas se plaindre de ne pas les avoir connues. On s'ennuierait donc davantage. Ou plus du tout. L'ennui, ce n'est rien faire, et c'est en souffrir. C'est prendre conscience de son inaction, de son inexistence. Et, je ne vois pas comment nous pourrions être torturé par ce qui nous est impossible de ressentir.

Ce serait l'idéal. N'avoir qu'à perdre son temps. A connaître, à observer, à rien. Que feriez-vous si vous n'aviez nullement besoin de faire quelque chose? Difficile de concevoir passer sa vie couché sur le sol à regarder miroiter le ciel au gré des saisons. Au fond, nous n'aimons pas nous occuper, nous y sommes contraints. Faibles que nous sommes.

Alors permettez-moi de bien rire quand on vient me dire qu'on apprécierait avoir plus de temps, voir être immortel. Parce que l'immortalité, en plus d'être long, très long, c'est chiant. Nul ne pourrait la supporter sans perdre ce qui fait son humanité. La vie est plaisante que parce qu'elle se termine rapidement. Le plaisir est le courage de celui qui sait que son heure est comptée. Enlevez-le, et vous verrez le visage de la mort.

Mais je crois que l'immortalité, si elle n'est pas viable, existe belle et bien. Il suffit pour cela de transporter son coeur et son âme dans une oeuvre qui ne connaît ni la faim, ni la soif. Voilà la fonction de l'art : rendre immortel ce qui ne l'est pas. Pas pour les autres. Pour soi. Nous ne faisons rien pour quelqu'un que nous n'ayons déjà fait pour nous. Ceci est cependant un autre sujet. Ou pas. Qui sait, ce que nous hachons pour mieux l'ingérer est peut-être une unité qu'on ne devrait diviser? Comme un homme et sa liberté.


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12 Commentaires


vivre plutôt que survivre ; dans l'idée je suis d'accord.

l'ennui semble en revanche traité ici de façon pascalienne : loisirs -divertissements.

Or je pense que ces-derniers sont pourtant nécessaires;

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Oh, je ne sais pas si ça va si loin, mais je te remercie d'y voir un semblant de raison!

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moins un semblant de raison qu'une dérive du raisonnement. Dans un texte, rien n'est gratuit, en ce sens que l'auteur est sensé maîtriser tous les effets de ses écrits, sans quoi ce sont alors des défauts.:)

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En effet, mais j'ai pour principe de ne pas me focaliser sur le sujet que je me donne initialement, et de suivre le fil de mes idées.

Ce qui peut paraître déroutant, je le pense bien.

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Le dernier paragraphe est bien :bo:

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"L'éternité, c'est long... surtout vers la fin," comme dirait Woody Allen.

Je suis assez d'accord avec cette idée d'ennui comme résultat inéluctable de l'éternité - à l'époque où je croyais au paradis, ça ne m'intéressait déjà pas pour cette raison - ou simplement d'une vie plus longue. Quoique je crains que cette adhésion à ce principe qui me semble évident aujourd'hui alors que je suis jeune et malheureux ne s'effrite avec l'âge, s'il m'arrive un jour d'être vieux et heureux et par conséquent de craindre la faucheuse.

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On est d'accord sur le fait que la peur de la mort est puissante. Plus peut-être que l'ennui. Mais, c'est plus par lâcheté que par envie. Je le crains.

Et, énorme, ce Woody, comme souvent :D

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C'est assez juste je trouve.

Courir après le temps est aussi une fuite en avant.

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