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Philippe Tesson est mort


menon

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Membre, 128ans Posté(e)
menon Membre 11 354 messages
Maitre des forums‚ 128ans‚
Posté(e)
Le célèbre journaliste, fondateur du "Quotidien de Paris" et chroniqueur sur le théatre, est décédé à l'âge de 94 ans.
 
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Le monde du journalisme est en deuil. Ce jeudi, "Le Figaro" annonce le décès du journaliste Philippe Tesson à l'âge de 94 ans. Homme de lettres, la plume a trempé son encre dans de nombreux titres de presse français et marqué toute une génération de journalistes.

 

Philippe, reviens !

Ohé, Philippe, qu'as-tu fait ? Comme tu nous manques déjà ! À 94 ans, tu étais le plus jeune, et de loin, d'entre nous. Toujours à gambader, rigoler, t'emporter. La retraite, on savait qu'il n'y avait que la mort qui pourrait t'obliger, un jour, à la prendre. Et encore, on n'en était pas bien sûr, tant tu semblais immortel.

Avec la disparition de Philippe Tesson, notre profession est, soudain, dépeuplée. Les vrais journalistes – rassurez-vous, il en reste encore – sont tous en deuil aujourd'hui, effondrés, quand ils ne pleurent pas : Philippe était un modèle, sinon « le » modèle. C'est que, pendant plus de soixante ans, il a symbolisé la liberté d'esprit à son paroxysme.

Patron de Combat, du Quotidien de Paris ou des Nouvelles littéraires, Philippe Tesson a fait passer dans tous ces journaux un souffle d'air frais parce qu'il n'avait peur de rien, surtout pas des polémiques ou des opinions contradictoires. Il n'appartenait pas à la « moutonnaille » qui sévit tant dans notre métier, celle des militants ou des pontifiants. Il n'était pas du genre à suivre le courant. Il préférait ramer contre.

Si quelqu'un incarnait l'esprit français, c'était bien Philippe Tesson, puits de culture, qui pensait souvent mal. Il y avait en lui du Montaigne, du Voltaire et du Jean d'Ormesson. Tout le théâtre mondial aussi, son autre passion, avec le journalisme. Jusqu'à la fin, il assura la chronique théâtrale du Figaro Magazine. Directeur de L'Avant-Scène, il dirigeait aussi le théâtre de Poche-Montparnasse avec une superbe programmation. Il collaborait enfin, encore tout récemment, au site du Point.

Non, Philippe, il ne fallait pas partir. Surtout dans cette époque qui n'est pas très belle, où se confondent souvent, dans nos journaux, l'information et la désinformation, sur fond de bobards et de fadaises, comme on peut le voir dans l'affaire des retraites : ton ironie ravageuse nous aurait fait du bien. Au secours, Philippe, reviens !

(À ses trois enfants, Stéphanie, Daphné et Sylvain, nous faisons part de nos vives condoléances, avec notre chagrin et notre affection.)

 

Franz-Olivier Giesbert

https://www.lepoint.fr/culture/fog-philippe-reviens-02-02-2023-2507208_3.php

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Membre, 128ans Posté(e)
menon Membre 11 354 messages
Maitre des forums‚ 128ans‚
Posté(e)

" On avait fini par le croire immortel. À plus de 90 ans, il courait les salles de théâtre, les plateaux de télévision, les studios de radio ; animait les colonnes du Figaro Magazine de ses critiques enjouées. Virevoltant, charmeur, le sourire aux lèvres et les yeux bleus pétillants d'intelligence, il incarnait la grâce, la fantaisie, la jeunesse d'esprit. La pièce est finie. Philippe Tesson ne jouera plus ce soir. Le feu follet s'est éteint. Il n'y aura plus personne pour nous inviter à «rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer ».

Grand connaisseur de Shakespeare, Philippe Tesson n'ignorait pas que l'histoire est fondée sur la tragédie. Mais il refusait de baisser les bras. Se résigner n'était pas son genre. Il zigzaguait comme un soldat sur le front : pour éviter les balles. Il rêvait d'écraser la bêtise, l'arrogance, de donner de l'audace aux tièdes et du courage aux mous. Mission impossible. Ce paradoxe l'enchantait. Il n'était dupe de personne et surtout pas de lui-même.

Vedette joyeuse d'une pièce dont il aurait voulu le scénario imprévisible, il passa sa vie à jouer à être lui-même. Il aimait se donner le premier rôle. Drôle, lumineux, cultivé, il appréciait autant de plaire que déplaire. Ses tirades enflammées allumaient des étincelles, sa curiosité des êtres et des choses ouvrait la vie comme une fenêtre. Avec lui, rien n'était jamais banal. Sa légèreté, miraculeuse, cachait une réelle profondeur de vue et d'analyse. La liberté fut son moteur. Il avait conscience de le faire tourner bien trop vite pour les radars de l'époque.

Né aux confins de la Belgique, en Thiérache, à Wassigny, le 1er mars 1928, c'était un homme du nord ; il ne le perdit jamais : « J'ai eu la chance d'entrer dans la vie par une filiation, des racines, une terre ». Il l'évoquait souvent : « J'aime aussi beaucoup le sud », précisait-il. Avant d'ajouter : « Comme tous les cons ». C'était le genre de formule qu'il affectionnait. Il disait aussi : « On est un con » pour signifier que de ne pas avoir d'opinion personnelle faisait de vous un être sans intérêt.

Son père était notaire, il avait reçu une éducation bourgeoise, pétrie de valeurs classiques. Il feignait de l'être, lui qui, par son insolente liberté et son indépendance, ne se comporta jamais qu'en aristocrate.

À 12 ans, la guerre traversa son adolescence comme un train fou : « cette débâcle de l'esprit, ce spectacle de l'horreur » lui laissèrent à jamais une « écorchure et une lucidité, le scepticisme et le doute ». Son père prisonnier, les occupants envahirent sa maison. Il croisa des officiers allemands qui n'étaient pas tous des barbares. Il en garda la certitude qu'il faut se garder des conclusions définitives. Au lendemain de la guerre, après des études à Sciences Po, une thèse sur le romantisme allemand- ce goût du paradoxe- il fut reçu au concours de secrétaire des débats parlementaires. Il y côtoiera Roger Stéphane, Pierre Boutang, Maurice Clavel, tous trois chroniqueurs au journal Combat dont le patron, Henri Smadja, cherchait un rédacteur en chef.

https://www.lefigaro.fr/culture/le-journaliste-et-critique-dramatique-philippe-tesson-est-mort-20230202

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Membre, Voyageur, 70ans Posté(e)
Plouj Membre 111 054 messages
70ans‚ Voyageur,
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Le rêve de tout un chacun vivre et profiter pour s'en aller sans trop de bobos physiques..

Ce jeudi 2 février, le Figaro a annoncé que Philippe Tesson, journaliste et critique dramatique, avait rendu son dernier souffle la veille, paisiblement et entouré des siens, à l'âge de 94 ans

 

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Membre, 106ans Posté(e)
LAKLAS Membre 14 857 messages
Maitre des forums‚ 106ans‚
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Son nom ne me disait rien mais son visage oui... On le voyait souvent à la télé. 94 ans et pas en trop mauvaise santé, il a eu de la chance et une belle vie par rapport à beaucoup d'autre !

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Membre, 68ans Posté(e)
Amanto Membre 1 307 messages
Mentor‚ 68ans‚
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il y a 4 minutes, Mein Schicksal a dit :

trop internet me donne des migraines .

Coupe et prends un bouquin :) ou repose toi.

Franz-Olivier Giesbert

LOL

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Membre, 77ans Posté(e)
Ximène Membre 10 930 messages
Maitre des forums‚ 77ans‚
Posté(e)

une pointure comme il y en a peu ! RIP !

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  • 3 mois après...
Membre, 128ans Posté(e)
menon Membre 11 354 messages
Maitre des forums‚ 128ans‚
Posté(e)

L'écrivain Philippe Sollers est mort

Derrière son inaltérable sourire narquois, son fume-cigarette et ses fameuses bagues, se cachait un Philippe Sollers aux mille masques, dont le plus durable fut celui de la contradiction. L'auteur du «Parc» avait 86 ans.

Jeune, il était déjà « vieux », admirateur de Mauriac, qui publia son premier texte avant sa majorité. Vieux, n'était-il pas encore « jeune », à vouloir demeurer le trublion des lettres en dépit de ses cheveux blancs ? Tout le monde connaissait Philippe Sollers sans forcément l'avoir lu, tant il avait été présent sur la scène publique. Il n'aimait rien tant que parler de lui devant un micro, une caméra, tout en se plaignant qu'on s'intéressât davantage à son personnage médiatique et social qu'à son œuvre. Celle qu'il laisse derrière lui est celle d'un demi-siècle d'écriture, aussi riche et protéiforme que l'histoire des quarante dernières années. Elle compte plusieurs dizaines d'ouvrages. Philippe Sollers est mort à l'âge de 86 ans.

 

Sollers le Grand

 

La société littéraire aggrave volontiers les injustices auxquelles un auteur a lui-même contribué. Avec Philippe Sollers disparaît un personnage dont on ne sait si l'esprit du temps saura lui rendre cette justice : il était le plus grand écrivain français vivant. Cette appréciation sera sans doute contestée. Sollers, pour quelques quadragénaires de notre connaissance, c'était le type à fume-cigarette qu'ils voyaient parader dans les années 1990 sur les plateaux des talk-shows. On prenait son ironie pour une forfanterie.

Virtuose du troisième degré, lançant des boules puantes dans les banquets de la bien-pensance, il avait élaboré une défense de revers qui valait ce qu'elle valait : dans la société du spectacle, la surexposition vaut protection du secret. Théoricien des IRM, soit « identités rapprochées multiples », Sollers animait les clones de son autopolymorphie avec une plasticité de marionnettiste bordelais. Être là et ailleurs, l'un puis l'autre, déjouer les pièges du ressentiment, selon sa maxime du « pour vivre cachés, vivons heureux », tels étaient quelques-uns des mantras de ce derviche de grand style.

Écrivain d'éloges

Aggravons le fardeau : pour éviter d'avoir à le lire, on enchaîna les actes d'accusation. Chef d'école usant cyniquement de ses obligés, ludion des reniements, maoïste devenu papiste, expert en entrisme dans les baronnies littéraires – Gallimard ou Le Monde, libertin de l'insolence, surfeur de rodomontades, et l'on en passe. Il en va de Sollers comme il en ira de Polanski : quand l'on ne peut plus mordre les jarrets d'un mort, sonne l'heure où il faut s'en tenir à l'œuvre. Et là…

Romancier prolifique à variations intégrées, du néo-classicisme des premiers romans aux fumées joyciennes des années 1970, du célinisme sexuel de Femmes aux derniers opus en forme de prière nietzschéenne, Sollers aura beaucoup essayé, artiste à périodes comme le fut son adoré Picasso, mais selon un cubisme remis en perspective Watteau-Cézanne, violes baroques des Folies françaises, culte de l'absolue liberté mozartienne. Biographe inspiré et fulgurant de Vivant-Denon ou de Casanova, écrivain d'éloges comme il en fut peu, monstre de culture aux rotations pyrotechniques, shaman du gai savoir, et l'une des plus brillantes conversations, à la française, que l'on aura connues ces dernières décennies.

Les livres, rien que les livres

Sans doute une certaine déhiscence du goût fut-elle sa croix. Loué par le subtil Roland Barthes, proche de Lacan après son baptême sous la libido catholico-communiste de Mauriac et d'Aragon, acrobate de hautes voltes psychiques, Sollers dut affronter l'époque des doloristes qui peinent et des déprimistes qui geignent. Cet anti-Houellebecq, non dénué d'ambitions séculières, vit passer chez Gallimard trois Prix Nobel maison – Le Clézio, Modiano, Annie Ernaux –, tandis que Jean d'Ormesson entrait de son vivant dans la Pléiade. Justice ou injustice quant aux statures ? Philippe Sollers, né Joyaux, restait stoïque, narquois, cardinal d'oraisons pourpres et d'envolées célestes.

« À Philippe Sollers, aimé des fées », avait inscrit André Breton en dédicace de l'un de ses livres. Les fées lui ont fermé les yeux. Sollers était royal, enchanteur, jalousé, cible de nombreux procès en destitution. Et maintenant ? Les livres, rien que les livres, toujours les livres. Le plus grand écrivain français vivant est mort. Il y a deuil ce soir à Brocéliande. Et le bal des vampires n'y pourra rien changer.

https://www.lepoint.fr/culture/sollers-le-grand-07-05-2023-2519189_3.php#11

 

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