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F et F comme fatiguée ou folle


Naluue

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Membre, 23ans Posté(e)
Naluue Membre 1 154 messages
Mentor‚ 23ans‚
Posté(e)

Il y a un mois et demi, j'arrivais à 34 kg. Je remplaçais mes repas par de l'alcool. C'était un endroit gelé, je marchais morte, tout me semblait éteint, je ne faisais plus partie du monde. Mon corps en veille, me plongeait dans une dépression volontaire et terrible, cherchant désespérément à préserver son énergie. Je ne me lavais plus qu'une fois par semaine, incapable de me déshabiller à cause du froid, et mon corps ne transpirait même pas. J'avais enfin réussi à faire ce que je cherchais à faire depuis plus d'un an. Eteindre mes émotions.

J'avais bu, torturé mes hanches à coup de verre cassé, fumé, tapé, crié, sur-mangé. J'avais tout essayé, mais rien n'a semblé aussi délicieux et juste que de devenir minuscule, si minuscule, si infime. Enfin, je me ressemblais, enfin, j'étais moi. Affamée, détruite, mais surtout, je n'avais plus à m'inquiéter de comment mourir sans trop de brutalité, ni à m'inquiéter de mon avenir, "je ne serai probablement plus là pour le voir". Je marchais sur le fil de la mort et rien n'avait réussi à apaiser mes tourments si bien. J'allais mourir. Dans cet endroit gelé de l'intérieur. Je mangeais mon cerveau et mon cœur, et enfin ils se taisaient. 

Mais voilà, nutritionniste, diététicien, psychiatre, psychologue, infirmières en décidèrent autrement. On aurait dit que personne ne voulait me voir mourir. Et en effet, ils m'ont sauvé la vie. En remangeant j'ai compris ce que c'était d'être affamée, mon ventre était si petit que je vomissais après m'être bourrée, de peur que la nourriture manque. Mon ventre me faisait si mal et je pleurais de fatigue, des milliers de larmes restées enfouies derrière un corps éteint. Je pleurais aussi vivement qu'un bébé éreinté, avant de m'endormir. Je pleurais de joie, je promis très vite de ne plus me faire mal, je pleurais de nouveau, j'eu un premier fou-rire... Le premier depuis si longtemps. Je cuisinais, j'essayais d'apaiser mes angoisses, j'essayais. Tous les jours jusqu'à cette heure, j'essaye. J'essaye d'accepter que ce n'est pas linéaire, d'accepter que ça me prendra sûrement toute une vie, d'accepter que c'est dur, d'accepter... que c'est la bonne décision que j'ai prise.

Parfois, je dois résister à l'envie de me couper la peau, de boire, souvent, je craque pour une cigarette, et je mange, pour oublier, sûrement, et parce que j'ai faim, mortellement faim. Mes cheveux tombent encore, je me réveille en sueur tous les matins, mon corps cherche encore son équilibre. Dans ma tête, je suis reconnaissante d'enfin accepter que je suis malade, que je ne suis pas un monstre, ni une horreur ni un parasite. Reconnaissante envers tous ceux qui m'ont sauvé la vie. Jamais je n'aurais cru être si bien entourée, pas une tâche d'ombre, et je ne veux plus perdre mon temps avec les personnes qui m'ont bouffé, et poussé vers des personnes toujours plus mauvaises et dangereuses. Je ne suis pas qu'un corps, je ne veux plus, je suis maligne je crois, je vaux mieux que de m'y réduire, je suis plus qu'un potentiel objet de désir.

Hier, j'ai enfin pleuré devant la psychologue, et elle m'a demandé spontanément ce que je ressentais. " [un soupir humide] Je suis fatiguée". Voilà, c'était si simple mais je n'ai jamais eu l'impression de dire quelque chose d'aussi pur et sincère. Je suis épuisée. J'ai l'impression que ma vie a été un éternel combat. Que j'ai vécu sous l'eau, que je n'ai jamais cessé de me débattre, et quand enfin, il y a un an j'ai abandonné : j'ai sombré. J'étais incapable de ressentir ce que j'avais à ressentir. 

Aujourd'hui, maintenant que mon corps s'est réveillé, que j'ai repris du poids, toutes ces émotions que j'ai refoulé jusqu'à presque en mourir, reviennent. Mon trouble anxieux généralisé a causé ma dépression et mes troubles alimentaires. Cette peur viscérale qui me ronge me bouffe de l'intérieur, me paralyse. Aujourd'hui, se fut étrange. Suis-je folle ? 

Incapable de sortir de mon lit, terrifiée par la lumière du jour, je suis restée cachée sous la couette. Mais pourquoi j'ai si peur ? Ce matin, je crois que quelque chose s'est enfin réveillé. Quelque chose qui ne montrait que le bout de son nez, depuis bien longtemps, et qui aujourd'hui m'a frappé plus violemment. J'étouffe, il faut que ça sorte mais je ne vois rien.

D'habitude j'ai les yeux écarquillés et je suis paralysée quand cette sensation arrive, mon cœur accélère, je ressens comme une présence qui glisse sur mes seins, je me sens vulnérable, nue, ça frissonne en bas et se contracte. Ma gorge est serrée et je regarde, terrifiée, le vide. J'attends que ça passe, la sensation. Parfois, la sensation dans ma gorge me donne envie de vomir et j'ai des spasmes en bas de l'abdomen. Ce matin, "arrête !", "laisse-moi ! laisse-moi !". J'agite les jambes comme pour repousser, je suis terrorisée, je ne sais pas pourquoi, je laisse juste les choses se faire et je perds le contrôle, c'est comme si je pédalais un vélo dans le vide. Et puis en essayant de me sortir de cette sensation, je me tourne dans mon lit et je me mets à pleurer, crier, mon corps entier ne m'appartient plus. Je me suis débattue corps et âme, agitant désespérément les bras et les jambes, étirant ma tête le plus loin possible de mon torse, pleurant, suppliant d'arrêter. C'est tout noir, je me regarde me débattre, je sens mes bras s'agiter mais je ressens à peine mon corps, je me sens prise d'une folie corporelle. C'était si vif.

Mais je ne me battais contre rien d'autre que ma couette. Je me suis redressée, j'ai sauté à genou dans mon lit comme un chien terrorisé, agitée dans tous les sens, continuant à pleurer, respirant tout juste je crois, jusqu'à me cogner contre le mur. Je me suis alors un peu calmée, figée, haletante, le cœur battant, me demandant pourquoi ? Quelques derniers mouvements de jambes et je me calme doucement, sans bouger, sans comprendre ce que je viens de vivre. Suppliant d'enfin obtenir une réponse. Vais-je enfin comprendre d'où vient ce vide ? Ces peurs morbides ? Toutes ces infames souffrances ? Et j'essaye comme ma psychologue me l'a conseillé, d'accepter de ressentir les choses, mais c'est insupportable, et quand je le fais, je ne fais que tourner en rond, incapable de sortir du lit, accablée, vide ou terrifiée, quelque chose m'écrase, mais quoi ? J'ai pourtant tout ce qu'il faut pour aller bien cette fois. Je suis entourée de personnes incroyables, que j'aime, je suis enfin tendre envers moi-même, je suis pleine de bonne volonté et je prends soin de moi et des autres ? Je suis même heureuse quand je suis avec eux, et quand je pars me balader dans la nature. J'aime la vie.

Alors ce soir, après une journée à essayer de confronter mes émotions, après une journée à paniquer, tourner en rond, vouloir boire, bien trop manger, ne rien ressentir, attendre, pleurer, vouloir fumer, je regarde le mur et de nouveau, je me dis que je ne comprends pas pourquoi les gens tiennent temps à ce que je vive ? Pourquoi je m'en persuade ? Ca ne me rend pas triste l'idée de mourir. Je suis épuisée, je voudrais fermer les yeux et que ça s'arrête, avec tous mes proches autour et de gros câlins, je voudrais leur dire merci de m'avoir aidé, maintenant je veux y aller. C'est trop pour moi, je suis fatiguée, tellement fatiguée. J'ai l'impression que j'ai lutté toute ma vie pour survivre, comme une acharnée, pour quelques bouffées d'air. La pauvre enfant que j'étais, une battante, et je suis encore très forte, fière de mon parcours et d'avoir tenu jusque-là. Ou peut-être que je suis trop faible, ou folle, qu'est ce que j'en sais, je m'en fiche. Aujourd'hui, je suis sur une bonne voie, je passe des moments si doux et heureux avec mes amis, mes proches, je ne veux pas à avoir à affronter encore des dizaines d'années de souffrance, encore et encore, en essayant désespérément de respirer entre deux bières et un câlin. Je serais apaisée de me savoir partir. Heureusement pour tous j'ai trop peur pour faire quoi que ce soit, mais je trouve ça égoïste parfois d'empêcher les gens de mourir. En tout cas, l'idée de la mort m'apaise. Mais l'idée qu'un jour je ne verrai plus leur petit sourire magnifique me brise le cœur aussi, j'avoue. Je serai toujours profondément reconnaissante. Que la route est longue et difficile.

Tous ces petits êtres qui meurent de faim, qui meurent par la cruauté du capitalisme. Vendre mon temps pour manger. Devoir constamment me battre pour que tout ne s'écroule pas. Je ne sais pas si j'ai la force de faire ce que vous faites, c'est surtout que je n'y vois pas l'intérêt. J'essayerai, pour ceux que j'aime.

Merci d'avoir lu,

C'était le petit mot d'une âme très fatiguée.

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Membre, 154ans Posté(e)
Black Dog Membre 5 112 messages
Maitre des forums‚ 154ans‚
Posté(e)

Superbe texte s'il en est.
J'aimerais un jour réussir à faire une réponse qui soit un tant soit peu à la hauteur des textes que tu partages. Mais je pense que c'est peine perdu car je n'ai, contrairement à toi, aucun talent d'écriture.

Bref, tout ça pour dire qu'une fois de plus j'ai beaucoup apprécié ton écrit. Tu as un vrai talent. Merci pour ce partage.

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Membre, 54ans Posté(e)
Natco Membre 443 messages
Forumeur expérimenté‚ 54ans‚
Posté(e)

Je suis d'accord avec Black Dog, tu écris bien. Peut-être pourrais-tu t'en servir pour exorciser tes démons.

Tu es épuisée aujourd'hui, mais la roue tourne. Arrivera un jour où tu te sentiras apaisée. En tout cas je te le souhaite. Sers-toi de l'écriture.

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Membre, Forumeur confit, Posté(e)
Enchantant Membre 17 544 messages
Forumeur confit,
Posté(e)
Il y a 12 heures, Naluue a dit :

Il y a un mois et demi, j'arrivais à 34 kg.

Bonjour Naluue,

Je lisais sur internet, que l'anorexie était une maladie qui survient souvent à l'adolescence et qui disparait au cours du temps.

Donc, tout n'est pas irrémédiablement irréversible pour vous, je vous le souhaite ainsi qu'a vos proches qui doivent souffrir également de votre mal-être. (suite de l'article)

L’anorexie mentale se caractérise par une perte de poids intentionnelle. C'est un trouble des conduites alimentaires dont l'origine est multifactorielle.

 

L'anorexie mentale fait partie avec la boulimie et l’hyperphagie des troubles des conduites alimentaires.

Les troubles des conduites alimentaires (TCA) sont caractérisés par des comportements alimentaires différents de ceux habituellement adoptés par les personnes vivant dans le même environnement. Ces troubles sont importants et durables et ont des répercussions psychologiques et physiques.

L'anorexie mentale se caractérise par une restriction des apports alimentaires durant plusieurs mois, voire plusieurs années, conduisant à une perte importante de poids associée à un certain "plaisir de maigrir" et une peur intense de prendre du poids. La personne souffrant d'anorexie mentale a le sentiment d'être toujours en surpoids et cherche à maigrir par tous les moyens. Cela passe :

  • notamment par le contrôle des calories de tous les aliments consommés,
  • et également par une pratique souvent intense d'activité physique qui génère chez la personne des émotions positives et participe à l'amaigrissement.

La personne a une perception perturbée de l'image de son corps et ne reconnaît pas la gravité de sa maigreur.

L'anorexie mentale peut être associée à des conduites boulimiques.

Cette obsession de la perte de poids sous l’influence de facteurs psycho–comportementaux fait de l'anorexie mentale une maladie relevant d’une prise en charge spécifique.

 

QUELLE EST LA FRÉQUENCE DE L'ANOREXIE ?

L'anorexie mentale est une maladie relativement rare (entre 0,9 et 1,5 % des femmes et 0,2 à 0,3 % des hommes).

Elle touche en majorité les filles (au moins 80 % des cas). Les pics d'apparition de la maladie se situent entre 13–14 ans et 16–17 ans. Toutefois, l'anorexie mentale peut apparaître dans l'enfance ou à l'âge adulte. Des troubles des conduites alimentaires sont parfois observés chez les nourrissons.

L’anorexie affecte toutes les catégories sociales. 

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Membre, 59ans Posté(e)
landbourg Membre 2 511 messages
Mentor‚ 59ans‚
Posté(e)

Regarde plus loin mais ici. Ne laisse pas ta révolte te bouffer toi . S'agit il de toi? Il s'agit de nous.  

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Membre, 53ans Posté(e)
Natouxelle Membre 962 messages
Mentor‚ 53ans‚
Posté(e)
Il y a 17 heures, Naluue a dit :

C'était le petit mot d'une âme très fatiguée.

Beau texte d'une âme déchirée par l'anorexie...Un mal très difficile à comprendre et à soigner...Un combat de tous les jours...

Si c'est un sujet autobiographique, je te souhaite que l'écriture t'aide dans ta démarche de guérison, courage à toi !

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