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Un breton en Californie et au Mexique.


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pila Membre 18571 messages
Forumeur alchimiste‚ 60ans
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Article du Télégramme de Brest - 19/1/2020.

La folle destinée d'un breton aventurier.

Originaire du Morbihan, Joseph-Yves Limantour aurait pu être l’un des hommes les plus riches du monde au XIXe siècle, si le gouvernement des États-Unis ne l’avait pas dépossédé de ses terres !

Né le 10 avril 1812 à Ploemeur, Joseph-Yves Limantour est le fils aîné d’un gardien du port de Lorient et d’une fille de paysan breton. Comme de nombreux habitants de la région, le jeune homme s’engage dans la marine marchande et quitte la France pour le Mexique dès ses 19 ans. « Il navigua ainsi jusqu’en 1836 entre la France et Veracruz, puis se risqua à passer le Cap Horn et vint faire du cabotage sur la côte pacifique du Mexique, raconte Bernard Le Nail dans l’ouvrage qu’il consacre aux Bretons du Mexique. Il fit bientôt l’acquisition d’un navire à son propre compte ».

Des liens étroits avec les autorités mexicaines

À l’époque, le Mexique est indépendant depuis une quinzaine d’années et s’étend alors jusqu’en Californie, vaste territoire quasi-vierge. Depuis peu, les premiers colons américains commencent à s’y installer, ce qui crée des tensions. Malgré tout, l’économie se développe entre les différentes villes côtières du Pacifique, et Joseph-Yves Limantour en profite pour transporter et vendre ses marchandises, en particulier de l’alcool et des soieries. C’est lors de l’un de ces convoyages que, le 26 octobre 1841, sa goélette s’échoue sur une plage à l’entrée de la baie de San Francisco, qui n’est alors qu’un village. Coincé là pendant quatorze mois, Limantour arrive à sauver une partie de sa cargaison qu’il revend à prix d’or. Cela lui permet de racheter un bateau et poursuivre son cabotage entre les ports d’Acapulco, La Paz, San Diego et San Francisco.

En 1846, la guerre qui éclate entre les États-Unis et le Mexique va bénéficier au commerce du Breton, qui devient un personnage incontournable pour le camp mexicain. Après les produits de luxe, il fournit clandestinement de l’argent, des vivres et des armes aux troupes mexicaines du général Manuel Micheltorena, gouverneur militaire de Haute-Californie, en échange de vastes surfaces de terres situées autour de la baie de San Francisco.

Une cinquantaine d’habitants en 1844

Un business risqué puisque le capitaine breton est arraisonné par un navire de combat américain. Celui-ci et son équipage ont le temps de balancer leur cargaison par-dessus bord. S’il repart vers le Mexique sans être inquiété, Joseph-Yves Limantour se fait discret. Pendant un moment, il évite de remettre les pieds en Californie, passée sous pavillon américain en 1848, après la victoire des États-Unis. C’est à ce moment que les milliers d’hectares de terres de Limantour, considérées comme de piètre valeur par l’État mexicain, vont prendre une valeur phénoménale. En effet, la découverte de gisements d’or va attirer des milliers de prospecteurs rêvant de faire fortune. San Francisco, qui ne comptait qu’une cinquantaine d’habitants en 1844, voit déferler 70 000 personnes en quatre ans.

Condamné pour faux et parjure

Après la guerre, les États-Unis se sont engagés à reconnaître les droits de propriété existant à l’époque mexicaine et une commission foncière est spécialement créée. Une aubaine pour Joseph-Yves Limantour, qui revient à San Francisco et se présente, le 5 février 1853, devant la Land Commission pour faire valoir ses droits. Il revendique, preuves à l’appui, 75 000 ha : une bonne partie de l’agglomération et toutes les îles de la baie. « Sa demande fut rejetée à l’exception de 6 400 ha […], note Bernard Le Nail. Limantour alla donc réclamer des loyers aux occupants de ses terrains à la grande stupeur (et colère) de ceux-ci. Il devint suffisamment riche pour pouvoir poursuivre activement son action devant les tribunaux américains de 1853 à 1858… » L’enjeu est de taille, les prétentions territoriales du Breton pourraient faire de lui l’un des hommes les plus riches du monde ! Mais les squatteurs, au premier rang desquels l’État américain - qui est en train de faire construire un fort sur l’îlot d’Alcatraz - ne l’entendent pas de cette oreille. Limantour est accusé de falsification de documents et condamné pour faux et parjure. La cour fédérale annule tous ses titres de propriété et l’incarcère avant de le libérer sous caution en 1858. Considérant qu’il a été spolié par l’État américain, Limantour s’enfuit au Mexique et ne reviendra jamais en Californie…

Malgré ses mésaventures californiennes, Joseph-Yves Limantour a amassé une petite fortune au Mexique, où il est propriétaire de terrains et de villas et où il poursuit ses affaires. Installé à Mexico, il se marie avec une Bordelaise en 1852, avec qui il a deux garçons. Considéré comme l’un des hommes les plus riches du pays, il sait se servir habilement des relations qu’il a nouées avec l’élite politique et militaire mexicaine pendant la guerre. Une fois la paix revenue, il finance plusieurs hommes politiques, tous bords confondus, tant que cela profite à ses affaires. Ainsi, lorsque les libéraux remportent les élections de 1856 et que l’État confisque les biens de l’Église, le Breton rachète des immeubles et propriétés à un prix dérisoire. Lors de l’intervention française, qui vise entre 1861 et 1867 à imposer à la tête du Mexique un régime favorable aux intérêts français, il sait ne pas se brouiller avec les nationalistes mexicains, et se lie d’amitié avec le général Porfirio Diaz, qui imposera par la suite un pouvoir autoritaire.

Le Breton s’éteint le 30 avril 1885, à Mexico, à 73 ans. Son fils aîné, José-Yves, deviendra un proche du dictateur mexicain, au point de devenir son ministre des Finances entre 1893 et 1911. Le Mexique lui doit plusieurs réformes monétaires et des tentatives de modernisation de son administration et de ses moyens de transport.


Pour en savoir plus
« Des Bretons au Mexique » de Bernard Le Nail, aux éditions Les Portes du Large, 2009.
 
Une famille qui compte au Mexique
malgre-ses-mesaventures-californiennes-j José -Yves Limantour, fils de Joseph-Yves, a occupé les fonctions de ministre des Finances au Mexique entre 1893 et 1911.
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l'ours 5785 Membre 3378 messages
Ursidé bien léché‚ 69ans
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Comme quoi, en ce temps là, si tu avais des tripes et l'esprit aventureux, tu pouvais avoir une sacrée vie.

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l'ours 5785 Membre 3378 messages
Ursidé bien léché‚ 69ans
Posté(e)
Il y a 4 heures, pila a dit :

Lors de l’intervention française, qui vise entre 1861 et 1867 à imposer à la tête du Mexique un régime favorable aux intérêts français, il sait ne pas se brouiller avec les nationalistes mexicains, et se lie d’amitié avec le général Porfirio Diaz, qui imposera par la suite un pouvoir autoritaire.

 

Il y a 4 heures, pila a dit :

fils de Joseph-Yves, a occupé les fonctions de ministre des Finances au Mexique entre 1893 et 1911.

Comme quoi l'intelligence ne se transmet pas de père en fils. Le père bien que français a su avoir plusieurs fer sur le feu. Tout en étant français il a su rester bien avec les nationalistes, ce qui lui a permis de sauver les meubles.

Le fils a cru bon de s'afficher comme ministre dans un gouvernement, alors qu'a l'époque ou il y avait toute les chances d'y avoir une révolution ou un coup d'état dans ces régions, il se serai vite fait retrouvé devant un peloton d'exécution. Çà ne rigolait pas en ce temps là. :D

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