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Histoire de la Russie

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sagaidatch

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sagaidatch Membre 224 messages
Baby Forumeur‚ 50ans‚
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Russie, lettre 1

 

Le 10 mai 2019

 

Samuel,

 

Tu vas bientôt aller vivre à Moscou et y poursuivre tes études. La Russie est ton pays de cœur, le pays de ton âme. Aussi vais-je t’en décrire l’histoire tout en continuant de te décrire l’histoire des Hébreux.

D’abord un petit résumé de la géographie de la Russie, avant d’en commencer l’histoire.

 

La Russie, peuplée de 145 millions d’habitants, est le pays le plus étendu de la planète : 17 098 250 km², loin devant le Canada, 9 984 670 km², la Chine, 9 634 057 km² et les États-Unis 9 630 709 km².

«Même en chevauchant pendant trois ans, vous ne passerez pas dans un autre pays». Ainsi Nicolas Gogol (1809-1852) fait-il parler l’un de ses personnages dans la pièce le Revizor (1826).

La Russie est une immense plaine qui fut jadis le fond d’une mer. L’Oural est une chaîne de montagnes qui sépare l’Europe de l’Asie, les deux continents que la Russie enjambe. Mais l’Oural, ancienne montagne érodée qui culmine à 1 895 mètres, ne forme pas une barrière : la steppe s’ouvre en une large voie de passage entre l’extrémité sud de l’Oural et les mers d’Aral et de Caspienne.

Au-delà de l’Oural s’étend la Sibérie qui représente les deux-tiers du pays. Jusqu’à l’Ienisseï, fleuve long de 4 090 km qui coupe la Russie en son milieu du sud au nord, s’étend une vaste plaine, puis au-delà, la plaine fait place à un plateau qui culmine entre 300 et 1200 mètres d’altitude. Enfin, au-delà de la Léna, 4 400 km, s’étendent les massifs montagneux de l’Extrême-Orient.

Les montagnes, à l’exception de l’Oural, occupent les marches du pays : les chaînes du Caucase (région située entre la mer Noire et la mer Caspienne, où culmine le mont Elbrouz, le plus élevé d’Europe avec 5 642 mètres) puis les chaînes de l’Altaï (point culminant : le mont Béloukha 4 506 mètres) et de Saïan qui bordent le pays au sud de la partie asiatique et enfin les montagnes de la péninsule du Kamtchatka (qui culminent à 4 750 mètres avec le mont Klioutchevskoï, le plus haut sommet de la partie asiatique russe ; il s’agit d’un volcan en activité).

La Russie est parcourue par de longs fleuves qui s’écoulent du sud vers le nord à l’exception de la Volga (3 700 km) fleuve le plus long d’Europe et de l’Amour (2 874 km), fleuve qui sert de frontière entre la Russie et la Chine. Avec l’Ienisseï et la Volga que nous avons cités plus haut nous pouvons aussi citer l’Ob, 3 680 km.

La Russie du nord et centrale est située à la même latitude que celle de l’Alaska. Les vents glacés de l’océan arctique balaient tout le territoire de la Russie d’Europe jusqu’à la mer Noire. Le climat sibérien, à l’exception de l’extrême sud-est est encore plus brutal. Seule une partie du littoral de la Crimée et du sud du Caucase, autour de la mer Noire, connaît un climat subtropical.

Mais quand l’été arrive les températures s’envolent. Les vagues de chaleur sont communes en Russie, terre de contrastes. Contraste aussi dans la durée des jours et des nuits pour les parties les plus septentrionales. Ainsi à Saint-Pétersbourg, autour du solstice d’été, de fin mai à début juillet la nuit ne tombe pratiquement pas : ce sont les fameuses nuits blanches de Saint-Pétersbourg. En revanche, dans cette ville, en hiver, le soleil ne se lève que vers 8-9 h et se couche vers 16 h.

Le climat détermine la végétation. A l’extrême nord, la toundra, désert gelé de marais, de mousses et de broussailles, vide ou presque d’habitants couvre quinze pour cent du territoire. Y vivent les ours blancs, les phoques, les morses, les renards polaires, les rennes, les lièvres des neiges et les mythiques loups blancs.

Au sud de la toundra s’étendent la taïga, forêt de conifères, et une forêt mixte de conifères et de feuillus. Ces deux immenses forêts courent à travers toute la Russie et occupent la moité du territoire. Y vivent les élans, les ours, les rennes, les lynx, les zibelines, les renards argentés, les cerfs, les loups communs, les renards, les visons, les tigres et les léopards.

Puis vient la steppe ou prairie qui revêt tout le sud de la Russie d’Europe et atteint en Asie le pied de l’Altaï. Enfin tout au sud se trouve une zone semi-désertique de l’Asie centrale.

 

 

Je pense à toi,

Bon courage pour les exo de maths !

Je t’aime,

 

carte russie.png

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Invité Barbara lebol
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Invité Barbara lebol
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On apprend beaucoup par Webcam.

J'ai classé dans mes favoris une webcam située à Yamburg, ville située au delà du cercle polaire et qui abrite un des plus grands gisements de gaz naturel.

En ce moment il est 21 h 37 et le jour illumine la localité. Il fait +1 degré Celcius, si la boue a envahi un peu la chaussée, mais fort heureusement le permafrost ne fond pas. Les immeubles sont bâtis sur pilotis.

La caméra peut être orientée par n'importe quel utilisateur.

http://zummer.su/webcams/yamburg

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Invité narcejo
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Invité narcejo
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Champions du monde pour la deuxième fois.

C'est ce que cela m'inspire et c'est parfait.

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sagaidatch Membre 224 messages
Baby Forumeur‚ 50ans‚
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Russie, lettre 2

11 mai 2019

Samuel,

Les premiers peuples connus de Russie occupaient le sud du territoire au nord de la mer Noire. C’est Hérodote, historien grec (480-425 avant l’E.C.) qui nous en relate l’histoire. Il existait en effet, en ce temps-là, à l’embouchure du Boug, une colonie grecque Olbia qui commerçait avec ces peuples, colonie dans laquelle Hérodote séjourna. Sur la carte jointe Olbia se trouvait près d’Odessa, à l’embouchure du Dniepr dans laquelle se jetait le Boug.

Ainsi nous savons que les peuples de la steppe ont participé à la civilisation classique par le truchement de relations commerciales avec les colonies grecques de la mer Noire. Les fouilles entreprises en Russie du sud attestent l’existence d’une population autochtone d’agriculteurs dès le quatrième millénaire avent l’E.C. Mais nous ne savons pratiquement rien de ces occupants qui laissèrent peu de traces. Tout indique une lutte récurrente entre ces autochtones et les envahisseurs nomades qui se succédèrent par vagues dans la région, lutte qui conduisit sans doute à des intégrations ethniques par le jeu des mariages.

Une première vague d’envahisseurs apparut entre 1000 et 700 ans avant l’E.C. : les Cimmériens. Il laissèrent peu de vestiges qui eurent permis de bien les connaître. Ils furent remplacés par une autre vague de migrants : les Scythes.

Ces derniers venaient d’Asie centrale et parlaient une langue iranienne (perse). Ils dominèrent la Russie du sud du VII siècle à la fin du III siècle avant l’E.C. L’Empire des Scythes s’étendit d’abord du Don au Danube et des rives septentrionales de la mer Noire jusque loin, au nord, à l’intérieur des terres. Puis les Scythes franchirent le Danube vers le sud et passèrent en Asie mineure (Turquie). Ils se dirigèrent vers la Syrie et Israël où ils firent une brève apparition. Ce sont eux que les rédacteurs de la Thorah appellent du nom de leur ascendant : Achkenaz.

 

Ainsi est-il écrit, chapitre 10, versets 1 à 3 :

1- Voici la descendance des fils de Noé, Sem, Cham et Japhet, à qui des enfants naquirent après le Déluge.

2- Enfants de Japhet : Gourer, Magog, Madaï, Yavan, Toubal, Méchec et Tiras.

3- Enfants de Gourer : Achkenaz, Rifath et Togarma.

Rappelons que selon la tradition hébraïque Noé est le père de l’humanité, sa famille seule ayant été sauvée du Déluge, Sem étant le père des peuples d’Asie, Cham celui des peuples d’Afrique et Japhet celui des peuples d’Europe.

 

Les Scythes atteignirent les frontières de l’Égypte puis ils refluèrent devant la contre-attaque de Darius 1er, roi de Perse.

Au III siècle avant l’E.C. un autre groupe de nomades apparut : les Sarmates, peuple parlant également une langue perse, venu d’Asie centrale. Les Scythes disparurent en tant qu’identité sans doute absorbés par les Sarmates et la population autochtone de la région. La domination sarmate en Russie du sud dura du III siècle avant l’E.C. au début du III siècle après l’E.C.

C’est ainsi que la culture gréco-perse se développa sur tout le littoral de la mer Noire et dans la steppe russe attenante, les peuples scythe et sarmate vivant en bonne intelligence avec le peuple grec.

Aujourd’hui nous pouvons prendre la mesure de l’antique culture Grecs/ Scythes/ Sarmates en visitant les salles de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg ou celles du Musée historique de Moscou qui leur sont consacrées.

 

Les Scythes ont puissamment marqué l’imaginaire russe.

Ainsi Michel Heller (1922-1997), historien français d’origine russe, écrit dans Histoire de la Russie et de son Empire, Champs Histoire, page 18 :

« L’image du Scythe, cavalier sans entraves, que ne domine aucune autorité, enflamma l’imagination de la génération qui verra la prise du pouvoir par les bolchéviks en Russie et qui tentera d’apparenter les Russes aux antiques guerriers des steppes »

Alexandre Blok (1880-1921) poète russe né et mort à Saint-Pétersbourg écrivit :

« Oui nous sommes des Scythes. Oui nous sommes des Asiates. Yeux avides et farouches, yeux bridés » (Il semble que les Scythes avaient aussi des origines mongoles).

 

Je t’embrasse,

 

Je t’aime,

 

 

mernoire.jpg

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satinvelours Membre 2 262 messages
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Russie, lettre 3

18 mai 2019

Samuel,

 

Après les Sarmates, venus de la Baltique, arrivèrent les Goths, tribu germanique. Ils dispersèrent les Sarmates parmi lesquels les Alains apparentés aux Sarmates. Les descendants des Alains sont les Ossètes, habitants de l’Ossétie du nord et de l’Ossétie du sud, deux provinces du sud-Caucase de la Russie actuelle.

La période gothique dura de 200 à 370. Puis les Goths furent repoussés par les Huns, peuple venu des steppes d’Asie centrale, composé de Turcs et de Mongols. Attila leur chef mourut en 451. A sa mort son empire se disloqua. Parmi les vagues successives de nomades qui arrivèrent ensuite notons les Bulgares peuple turcophone. En 558 arrivèrent les Avars, asiates composés de Turcs et de Mongols qui établirent jusqu’en 800 un Empire en Russie et en Europe. Vaincus notamment par les troupes de Charlemagne ils disparurent, exterminés ou fondus dans les populations locales.

Au VI / VII siècles arrivèrent en Russie du sud un peuple turcophone encore venu d’Asie : les Khazars. Il s’établirent dans le bassin de la basse Volga, au nord du Caucase. Le choc khazar scinda les Bulgares, restés dans la région, en deux parties. Les uns se réfugièrent dans les Balkans, à l’ouest de la mer Noire : c’est l’actuelle Bulgarie. Ces Bulgares furent absorbés progressivement par les Slaves méridionaux. Les autres se dirigèrent vers le nord-est de la Russie, ils fondèrent la ville de Bolgar au confluent de la Volga et de la Kama.

Les Khazars étaient un peuple semi-nomade qui s’opposa militairement, avec succès, au sud à la progression des Arabes, au nord aux attaques des Vikings. Ensuite ils pratiquèrent, via l’Empire byzantin, un commerce actif entre les Omeyyades puis les Abbassides, et les peuples du nord de l’Europe. Les Radhanites notamment commercèrent avec eux. Sans doute est-ce à leur contact que les élites dirigeantes des Khazars se convertirent au judaïsme. Vers la fin du Xème siècle ils disparurent progressivement de l’histoire sans doute absorbés par les populations locales, notamment par le premier État russe de Kiev dont je te parlerai dans la prochaine lettre.

La question qui se pose est la suivante : malgré ces immigrations successives y avait-il un peuple sédentaire qui résidait en permanence en Russie du sud-est sans pour autant avoir été délogé par les migrants ? Oui selon les historiens qui pensent que la patrie ancestrale des Slaves était une région qui s’étendait des Carpates au Dniepr. (Les Carpates sont une chaîne de montagnes qui forme un arc allant de l'ouest vers l'est, de la République tchèque à la Roumanie).

Sous la pression des envahisseurs successifs les Slaves se déplacèrent et se divisèrent en trois groupes : les Slaves de l’est, ceux de l’ouest et ceux du sud. Les Slaves du sud et de l’ouest penchèrent culturellement vers l’Europe (nom donné à leurs régnants : roi), ceux de l’est penchèrent plutôt vers l’orient (nom donné à leurs régnants : Khagan). Les Slaves de l’est sont les ascendants des Russes et des Ukrainiens actuels. Les ascendants des Polonais en revanche sont les Slaves de l’ouest.

De la fin du VI siècle au début du IX siècle les Slaves de l’est s’établirent sur un territoire allant du lac Ilmen, en bordure sud de Novgorod, à la côte nord-ouest de la mer Noire,

soit un axe nord-sud, qui suit la vallée du Dniepr, vallée très fertile selon l’historien Hérodote, axe également au potentiel commercial important puisqu’il relie les pays méditerranéens aux pays du nord de l’Europe. C’est le long de cet axe que naquit le premier état russe, celui de Kiev.

La langue slave est une langue de la famille indo-européene, famille qui comprend la presque totalité des langues européennes.

En étudiant les langues actuelles, les linguistes repérèrent des structures communes à plusieurs langues ce qui leur permit de distinguer plusieurs familles de langues dont :

Les langues indo-européennes qui comprennent les langues indo-iraniennes, romanes (Europe latine actuelle), germaniques (Europe germanique actuelle), celtiques, baltes et slaves.

Les langues sino-tibétaines.

Les langues altaïques (turc, mongol).

Les langues chamito-sémitiques (arabe, hébreu, berbère, etc.).

Et bien d’autres familles dont tu peux t’informer en consultant l’internet (taper : « familles de langues » pour la recherche)

L’idée générale est que chaque famille procède d’une langue originelle commune, donc que les peuples de chaque famille doivent avoir une origine ethnique commune. Les historiens et les archéologues (ainsi que les linguistes, les généticiens, etc.) estiment qu’il a existé un peuple originel indo-européen il y a plusieurs millénaires avant notre ère, peuple qu’ils localisent dans une zone allant des Carpates jusqu’au nord-est de la mer Caspienne. Cette idée n’est toutefois pas encore confirmée. Il reste acquis que les hommes qui parlaient jadis cette langue originelle devaient vivre à proximité les uns des autres, mais rien ne dit qu’ils formaient un seul peuple. Cette question reste ouverte.

Sur la carte jointe tu trouveras tous les noms indiqués dans le texte ci-dessus : Novgorod, au nord (pour te repérer : Saint-Pétersbourg se trouve en bordure sud-ouest du lac Ladoga, situé au dessus de Novgorod, et Moscou se trouve à mi-chemin d’une ligne qui rejoint Tver à Riazan), la mer Baltique au même niveau que Novgorod, sur le bord de la carte, les Carpates vers le bas de la carte, sur le côté gauche, le territoire des Khazars à droite de la carte vers le bas, Bolgar à droite et au milieu de la carte, pour le Dniepr il faut repérer le trait rouge qui part de Crimée, monte vers Kiev puis va jusqu’à Novgorod, etc.

 

Je t’embrasse, bon courage pour la préparation de ta future conférence sur les Hébreux,

 

Je t’aime

 

 

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satinvelours Membre 2 262 messages
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Russie, lettre 4

19 mai 2019

Samuel,

 

Les Slaves de l’est qui assimilèrent au cours du temps les descendants des vagues successives de migrants, s’établirent progressivement entre la mer Baltique et la mer Noire, du VI au IX siècle. Ils formèrent de petites communautés villageoises pratiquant la chasse, la pêche et l’agriculture.

Au début du IX siècle ils durent faire face à une nouvelle vague d’invasion en provenance du nord : les Varègues, Vikings venus de Suède. D’autres Vikings venus du Danemark et de Norvège attaquèrent à la même époque l’Europe occidentale (en 845 et en 885 les Danois assiégèrent Paris puis en 1016 ils fondèrent un royaume en Angleterre ; en 839 le norvégien Torgsil devint roi d’Irlande).

Les Varègues pratiquèrent d’abord pillages et parfois massacres avant de s’établir durablement sur le territoire. Excellents marins ils ne cessèrent de sillonner la Russie du nord au sud en empruntant la voie fluviale, prélevant un tribut sur les populations sédentaires et faisant la jonction entre les peuples du nord de l’Europe et l’Empire byzantin. Ils finirent par unifier le peuple slave et ouvrirent celui-ci sur le monde extérieur.

Une branche des Varègues fut particulièrement active : les Rhôs, ou Rus, ce qui donna le mot : Russe.

Un chef varègue s’établit à Novgorod avec ses troupes en 862 : Rurik ; il en devint le prince. Puis le successeur de Rurik, Oleg, s’empara de Kiev en 882 fondant ainsi le premier État russe.

Ces faits sont relatés dans la première histoire de la Russie « La chronique du temps jadis » écrite au XII siècle par le moine Nestor. L’historien explique comment les voies commerciales de l’époque parmi lesquelles l’axe qui « mène des Varègues aux Grecs » (de la Scandinavie à l’Empire byzantin) a réuni la plaine russe en un seul système, ouvrant l’accès au nord-est vers la Baltique, au sud-ouest vers les bassins de la Volga et du Don, la Caspienne, la mer d’Azov et la mer Noire. Le long de la voie « des Varègues aux Grecs » les haltes des caravanes se transformèrent en comptoirs fortifiés puis en villes. Le nombre élevé de ces villes témoigne de la vitalité de la région.

Capitale du premier État russe, Kiev va occuper une place de choix sur cette route commerciale.

Certains Russes contestent l’origine du mot « Rus » sans doute mis mal à l’aise de devoir reconnaître une importance décisive aux Scandinaves dans la formation de leur nation. Mais il apparaît bien que ce mot vient des Varègues. Quant à l’importance des Varègues dans la formation du peuple russe elle paraît indéniable. Mais il n y a pas là matière à prendre ombrage : les Varègues finirent par être absorbés par les Slaves pour former un même peuple dans lequel la culture séculaire des Slaves prit la part la plus importante.

 

Je t’embrasse,

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satinvelours Membre 2 262 messages
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Russie, lettre 4

25 mai 2019

Samuel,

 

En 882, trois ans après la mort de Rurik, prince de Novgorod, le varègue Oleg, son successeur, partit en campagne. Sa droujina comprenait des Varègues, des Slaves et des Finnois [Tribus du Nord de l’Europe]. [La droujina ou la truste : l’escorte du seigneur]. La même année il prit Kiev. Il entreprit de régner sur la ville, il en fit la mère des villes russes. Ce premier régime russe entra dans l’histoire sous le nom de : « la Rus’ de Kiev ».

Avec sa droujina Oleg étendit son pouvoir sur les Slaves de la région, les soumettant au paiement d’un tribut. Puis à la tête de son armée il s’attaqua à Constantinople. Ses victoires amenèrent les Byzantins à signer en 911 un traité commercial très favorable aux Russes. Il mourut en 913 laissant le pouvoir à Igor, le fils de Rurik.

Ce dernier poursuivit la politique d’Oleg, consolidant son pouvoir sur les tribus slaves, menant diverses guerres contre Byzance et contre des populations transcaspiennes (au-delà de la mer Caspienne). Ses opérations connurent des dénouements mitigés et conduisirent à la signature, en 911, d’un nouveau traité commercial avec Byzance moins favorable que le précédent. Il fut tué au combat en 945.

Olga sa femme lui succéda. Elle gouverna avec autorité le royaume de 945 à 962 cherchant à l’administrer efficacement plutôt que de continuer à l’agrandir par des conquêtes territoriales. Elle devint la première femme célèbre de l’histoire russe et une sainte de l’Église orthodoxe. En effet en 954 ou 955 elle se convertit au christianisme mais son peuple n’embrassa cette nouvelle religion qu’une cinquantaine d’années plus tard.

Olga laissa ensuite le pouvoir à son fils Sviatoslav, le premier prince russe à porter un nom slave bien qu’il fut lui aussi un Varègue. Ce glissement du nom vers une identité slave marque le début de la fusion entre eux des Varègues et des Slaves.

Il fut un homme de guerre. En 964 il entreprit une grande campagne vers l’est. Là était implanté l’empire Khazar (voir lettre 3) qui dominait les routes commerciales passant par le nord du Caucase et par la Volga. Cet empire tenait sous sa domination des tribus slaves et finnoises qui lui payaient un tribut. Sviatoslav fit passer sous sa domination ces tribus, puis il attaqua les Bulgares de la Volga et pilla leur capitale Bolgar (voir lettre 3). En 965 il descendit vers le territoire des Khazars et il écrasa leur armée : l’empire khazar ne se releva pas de ces défaites. Ces victoires unifièrent le peuple kiévain lui permettant en outre de contrôler la grande route commerciale de la Volga à la Caspienne.

En 968 à la demande de Byzance qui ne voulait plus payer de tribut aux Bulgares des Balkans (ceux de l’ouest) comme il était alors convenu, Sviatoslav partit leur faire la guerre. Il vainquit les Bulgares et entreprit d’occuper le pays. Mais pendant ce temps, l’affaiblissement de l’empire khazar avait permis à des tribus asiates, parlant une langue turque, les Petchénègues, de s’imposer dans la région du Caucase. En 969 ils assiégèrent Kiev. Sviatoslav dut revenir défendre la ville. Il repoussa les Petchénègues. Puis il repartit dans les Balkans où il se plaisait.

L’empereur byzantin Jean Tzimiscès constatant que Sviatoslav tendait à rester dans les Balkans, zone d’influence de son empire, le prit mal. Il décida de bouter Sviatoslav hors de cette région. Après des victoires et des revers, Sviatoslav dut faire la paix avec Byzance et évacuer les Balkans. Il revint à Kiev mais il fut tué sur le chemin du retour par les Petchénègues en 972. A sa mort ses trois fils, Iaropolk, Oleg et Vladimir déclenchèrent une guerre de succession. Oleg et Iaropolk furent tués, Vladimir s’imposa. En 980 il devint le seul maître du royaume de Kiev.

Vladimir Sviatoslavitch ou encore Vladimir Ier, nommé poétiquement « le Soleil rouge » est entré dans l’histoire sous l’appellation de Vladimir le Grand. Il réaffirma l’autorité de Kiev sérieusement ébranlée par la guerre civile de succession, en soumettant, au nord, de nouvelles tribus guerrières qui appartenaient au groupe lituanien, en affrontant aussi pour la première fois les Liakhs c’est-à-dire les Polonais et en bâtissant des villes-forteresses dans les régions frontalières afin de contenir les Petchénègues.

Mais si Vladimir est resté célèbre dans l’histoire c’est surtout en raison de ses relations avec Byzance. En 986 ou 987 l’empereur byzantin Basile II dut affronter encore les Bulgares de l’ouest, mais aussi des troupes soulevées contre lui par des familles nobles byzantines. Il demanda l’aide militaire de Vladimir. Ce dernier accepta à condition que l’empereur lui donna la main de sa sœur, Anne. Basile II accepta, Vladimir envoya des troupes sur le front, il mata la révolte des nobles en 988. Basile pourtant tardait à honorer sa promesse. Alors Vladimir attaqua l’empire. Il gagna de nombreuses batailles et finit par menacer Byzance. Alors l’empereur céda et lui donna sa sœur.

En décidant d’épouser Anne, Vladimir décida aussi d’épouser la religion de l’empire : le christianisme. Le 19 mai 989 dans l’église Saint Basile de Cherson en Crimée (alors sous domination byzantine) il devint chrétien en recevant le baptême. Le 15 août suivant plusieurs milliers de guerriers russes furent baptisés à Kiev dans les eaux du Dniepr.

Selon la légende les Russes au moment d’opter pour une religion refusèrent l’Islam parce qu’il interdisait l’alcool alors que « la joie des Russes est dans la boisson » et ils refusèrent le judaïsme parce que c’était la foi d’un peuple vaincu et sans terre. Dans les faits l’époque se caractérisait par la victoire du monothéisme sur le paganisme. Ainsi le christianisme occidental latin venait de conquérir la Pologne, la Hongrie, le Danemark, la Norvège. L’islam était pratiqué par les Bulgares de la Volga et le judaïsme par les Khazars du Caucase. Les Russes préférèrent choisir le christianisme byzantin oriental d’héritage grec dont le rite différait sensiblement du rite occidental latin (bien qu’à l’époque le grand schisme, c’est-à-dire la séparation entre l’Église latine et l’Église chrétienne byzantine n’était pas encore actée ; elle le sera en 1054).

La nouvelle religion permit d’unifier tous les Russes, qu’ils soient Slaves ou Varègues dans une même vision du monde. En outre la construction de nouvelles villes sur les frontières pour défendre le pays contribua à créer de nouvelles identités, les Russes (Slaves et Varègues) s’identifiant progressivement à leurs villes plutôt qu’à leurs tribus.

Vladimir mourut en 1015 laissant à son successeur un pays uni, disposant en outre d’une solide démographie : les historiens estiment que la Rus’ de Kiev était peuplée alors de 4 500 000 âmes, contre 3 500 000 pour l’Allemagne et 1 225 0000 pour la Pologne.

 

Je t’embrasse

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  • 3 semaines après...
Membre, Posté(e)
satinvelours Membre 2 262 messages
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Russie, lettre 6

12 juin 2019

Samuel,

Vladimir laissa derrière lui douze fils. Il s’ensuivit une guerre de succession dont l’aîné , Sviatopolk, aidé par les Polonais, sortit vainqueur, tuant trois de ses frères. Un autre fils de Vladimir, Iaroslav, régnait sur Novgorod. A la tête d’une droujina composée de Novgorodiens et de Varègues il attaqua Sviatopolk. Ce dernier s’allia avec les Pétchénègues pour combattre son frère. Iaroslav remporta la victoire, Sviatopolk se réfugia en Pologne. En 1018 les Polonais décidèrent de restaurer Sviatopolk sur le trône de Kiev en échange de cession de terres. Iaroslav fut vaincu et se réfugia à Novgorod. En 1019 il contre-attaqua et repris Kiev. En 1023 il dut affronter un autre de ses frères, venu de l’est, qui s’allia avec des Khazars. Il repoussa ces troupes et réussit à rester sur le trône jusqu’à sa mort en 1054.

Ainsi Iaroslav sut résister aux intentions hégémoniques de l’Occident et de la chrétienté latine en repoussant les Polonais et aux intentions hégémoniques asiatiques en repoussant Petchénègues et Khazars. Il affermit la puissance de la Rus’ de Kiev qui atteignit son apogée sous son règne. Il étendit son territoire de la Baltique à la mer Noire et du confluent de l’Oka avec la Volga jusqu’aux Carpates.

 

Grâce à une politique habile de mariages, lui-même avec une princesse suédoise, sa sœur, ses filles et ses fils avec des rois de France, de Norvège, de Hongrie, de Pologne et de Byzance, il s’apparenta aux maisons princières d’Europe et de Constantinople. Son nom resta attaché au renouveau du christianisme orthodoxe ainsi qu’au développement du droit, de l’éducation, de l’architecture et de l’art kiéviens.

Il partagea son royaume entre ses cinq fils. Il s’ensuivit de nouveau de violentes guerres de succession. De plus l’État kiévien dut subir à partir de 1055 les attaques d’un nouvel ennemi : les Polovtsy, nomades turcs venus de la steppe orientale. Tour à tour vainqueurs et vaincus, prenant part aux guerres fratricides, ils ne cessèrent de menacer la Russie.

En 1113 Vladimir II Monomaque réussit à prendre le pouvoir et à restaurer l’autorité royale sur tout le pays jusqu’à sa mort en 1125 (il était le fils de Anastasia Monomaque, unique fille de l’empereur byzantin Constantin IX Monomaque). Il eut raison des princes concurrents, parvint à repousser les Polovtsy et à accroître l’étendue du royaume. Son fils Mstislav régna de 1125 à 1132 et parvint lui aussi à maintenir l’unité du pays.

Mais ensuite les guerres civiles reprirent. L’auteur de « La chronique » (voir lettre 4) écrivit : « Alors toute la Terre russe s’effondra ». En effet le siècle qui s’écoula de la mort de Mstislav jusqu’à l’arrivée des Mongols en 1223 fut dominé par des luttes fratricides qui furent à l’origine de l’effondrement de la Russie de Kiev.

Un homme se distingua pendant cette période, le petit-fils de Vladimir II Monomaque ( sa mère était une fille du khan des Polovtsy) : Andréï Bogolioubski. Né en 1111 il devint en 1157 grand prince de Vladimir-Souzdal (ville située à 200 kilomètres à l’est de Moscou). Préférant vivre dans le nord du pays, hostile aux populations du sud, il attaqua Kiev en 1169. Le chroniqueur écrivit : « Les vainqueurs n’épargnèrent ni les temples, ni les femmes, ni les enfants ». Andreï abandonna Kiev à son frère et transféra la capitale du royaume à Vladimir. Il gouverna de manière despotique, humiliant les princes en les traitant tels des valets, dédaignant les aristocrates et s’appuyant sur des serviteurs issus des couches les plus basses et les moins évoluées de la population, serviteurs de qui il exigeait loyauté et soumission totales à sa personne. Ses lointains héritiers, Ivan IV le Terrible et Pierre le Grand reprirent plus tard cette manière d’être tyrannique. Il fit de Vladimir l’une des plus belles villes de Russie, riche en églises, peuplée d’artisans et de marchands. Il fut assassiné en 1174.

A sa mort ses successeurs consolidèrent le rôle central de la nouvelle capitale Vladimir et continuèrent d’affaiblir Kiev qui tentait de renaître de ses cendres. En 1203 ils attaquèrent à nouveau l’ancienne métropole et la ville fut pillée, incendiée, toutes les églises brûlées et les habitants menés en captivité. Puis ils s’attaquèrent à Novgorod, dans le nord, autre ancienne ville influente de la Rus’ de Kiev. Ils ne purent aller au bout de leur entreprise de destruction : en 1223 arriva la horde sauvage des Mongols.

Dans sa chute Kiev laissa à la future Russie son héritage : une religion, une langue, une littérature, une culture. Le concept de « Terre des Russes » forgé à Kiev devint la référence éternelle de tous les Russes. Ce lien d’unité leur permit de survivre en tant que grand peuple et de jouer plus tard un rôle historique majeur sur la scène mondiale.

Après la chute de Kiev le pays connut une période appelée période des apanages, l’apanage étant le territoire attribué à chaque prince. Du fait des partages successoraux les apanages proliférèrent provoquant la division du territoire et l’affaiblissement du pays. Ce morcellement s’accompagna de mouvements de populations vers le sud-ouest, l’ouest, le nord et surtout le nord-est du royaume. De nouvelles régions prirent de l’importance : Galicie et Volynie au sud-ouest, les territoires de Smolensk et de Polotsk à l’ouest, Novgorod au nord, les principautés de Rostov, Vladimir, Souzdal et finalement Moscou au nord-est.

La chute de Kiev provoqua la division des Russes kiéviens en trois peuples distincts : les Grands Russes, ou Russes tout court, les Ukrainiens et les Biélorusses appelés Russes blancs. Tandis que la Lituanie et la Pologne s’emparaient de la partie occidentale de l’État kiévien ce qui restait du royaume devint l’objet de luttes entre princes concurrents, lutte qui se termina par la victoire de Moscou. Le rassemblement des terres russes mené par les maîtres de Moscou marqua la fin des apanages et le début d’une ère nouvelle.

L’unification politique du pays s’accompagna alors d’un renouveau de l’économie et de l’émergence d’une nouvelle Russie moscovite. Les historiens font coïncider la fin de la période des apanages avec l’avènement sur le trône moscovite d’Ivan III en 1462, ou avec celui de Basile II en 1505 ou encore avec celui d’Ivan le Terrible en 1533. Mais pour beaucoup la naissance de la nouvelle Russie fut l’œuvre d’Ivan IV le Terrible. Nous reparlerons de tous ces événements dans les lettres qui vont suivre.

 

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Russie, lettre 7


15 juin 2019


Samuel,

En 1223 la cavalerie de l’armée mongole envoyée en reconnaissance par Gengis Khan, forte de 25 000 guerriers, fit irruption dans le Nord-Caucase. Elle écrasa une armée composée de Russes et de Polovtsy venue à sa rencontre près de la rivière Kalka (rive nord de la mer d’Azov). Puis elle repartit. Les Russes pensaient qu’ils ne reverraient plus ces envahisseurs. Mais dans les profondeurs de l’Asie une nouvelle invasion se préparait.

Les Mongols qui vivaient depuis des siècles sur le territoire de l’actuelle Mongolie et dans les régions limitrophes de Mandchourie et de Sibérie étaient un peuple de nomades qui pratiquait l’élevage de moutons et de chèvres pour la consommation et celui de chevaux, de chameaux et de yaks pour les déplacements. Ils ne connaissaient pas l’écriture. Ils excellaient dans l’art de l’équitation et dans celui du tir à l’arc. D’esprit belliqueux ils se perdaient dans des luttes tribales jusqu’au jour où naquit Temudjïn, né en 1155 ou 1157.

Chef extraordinaire, inspiré, il s’estima porteur d’une mission divine : établir la justice sur Terre. Il unifia les Mongols et prit le nom de Gengis Khan (il fut le premier Khagan, c’est-à-dire le premier empereur de l’empire mongol). Il fit de son peuple un état nomade en marche, organisé pour faire la guerre. Les soldats devaient servir dans l’armée de 14 à 70 ans. Chacun était l’égal de chacun mais tous devaient respecter la loi (le droit coutumier). Quiconque était déloyal ou enfreignait la loi était puni de mort ou banni en Sibérie.

Gengis Khan envahit la Chine puis il terrassa les États musulmans de l’Asie centrale. Il mourut en 1227. Son troisième fils Ögödei devint le deuxième khagan. En 1235 Ögödei déclencha la guerre mondiale. Trois armées partirent dans trois directions. L’une vers la Chine, l’autre vers la Perse, la troisième vers la Russie. Nous avons suivi le parcours de la deuxième armée dans la lettre 56 deuxième partie de l’histoire des Hébreux.

La troisième armée était commandée par Batou, petit-fils de Gengis Khan. Il disposait de 30 000 guerriers dont 4 000 Mongols et 25 000 Tatars, l’une des tribus turques soumises de la steppe. Il franchit l’Oural en 1236 et s’attaqua aux Bulgares de la Volga détruisant leur capitale Bolgar (voir lettre 3). En 1237 il fondit sur Riazan (200 km au sud-est de Moscou) et prit la ville au bout de cinq jours de combats acharnés. Toute la population fut massacrée. Ensuite au cours de l’hiver 1237-1238 il attaqua la principauté de Vladimir-Souzdal (voir lettre 6). Grâce au gel il franchit les cours d’eau gelés avec rapidité, ainsi vainquit-il le grand prince de la principauté. Il se dirigea vers Novgorod mais en raison de la venue du printemps qui amorça le dégel, rendant impraticables les chemins, il préféra se retirer dans la steppe du sud pour préparer pendant dix-huit mois sa nouvelle offensive.

En 1240 il donna l’assaut à la région de Kiev. La ville résista mais fut finalement vaincue. Batou rasa la ville et extermina sa population. Les Mongols ensuite submergèrent les principautés de Galicie et de Volynie (régions situées actuellement à l’ouest de l’Ukraine), avant de s’attaquer à la Pologne et à la Hongrie. Il poussa jusqu’à Split et Dubrovnik sur l’Adriatique. Il s’apprêta à attaquer Vienne. Épouvantée l’Europe prépara sa résistance.

En 1241 le roi Conrad de Germanie appela à la croisade contre ceux que les Occidentaux appelaient désormais les Tartars par référence à l’Enfer dont ils semblaient sortis (le Tartare, dans la mythologie grecque, est l’endroit le plus profond des Enfers).

C’est alors que Batou apprit la mort d’Ögödaï. L’élection d’un nouveau grand khan (un nouveau Kaghan) requit sa présence à Qaraqoroum, la capitale de l’empire mongol. Il arrêta sa campagne de conquête et, en 1242, il ramena ses armées dans les steppes méridionales. Il se contenta alors de maintenir sa domination sur la Russie. Il installa son quartier général sur la basse Volga dans ce qui devint la ville de Saraï Batou (située près de la ville actuelle de Volgograd) et la capitale du territoire connu sons le nom : la Horde d’Or. C’est de là qu’il exerça son pouvoir. [Volgograd est le nouveau nom de la ville de Stalingrad, ville qui résista aux armées allemandes pendant la deuxième guerre mondiale, initiant ainsi la future défaite du troisième Reich].[La Horde d’Or comprenait un territoire qui couvrait la Russie méridionale, le Kazakhstan, l’ Ouzbékistan et le Turkménistan actuels].

La domination mongole signifiait que c’étaient les Mongols, d’abord le grand khan en Mongolie puis le potentat de la Horde d’Or qui accordaient l’investiture aux grands princes russes. En outre elle impliquait le paiement d’un tribut. Les Mongols réussirent à garder le contrôle effectif du pays de 1240 à 1480. C’est alors qu’Ivan III de Moscou dénonça son allégeance envers le khan et du même coup celle de la Russie. Plus tard l’expansion russe absorba les États qui avaient recueilli l’héritage de la Horde d’Or : le khanat de Kazan en 1552, celui d’Astrakan et 1556 et enfin celui de Crimée en 1783.

L’époque du joug mongol XIII-XV siècles a laissé dans la conscience populaire russe un souvenir douloureux. Le Tatar est l’ennemi, l’infidèle, l’envahisseur étranger. Pourtant l’invasion de Batou révolutionna la Russie. Elle favorisa son unité en stoppant les guerres fratricides auxquelles se livraient les princes. En revanche elle coupa la Russie de l’Occident. Le pays resta ainsi hermétique au nouvel esprit de l’humanisme et de la Renaissance apparu en Italie au XV siècle. Batou maintint les pouvoirs locaux dès lors qu’ils payaient le tribut, ne se livraient plus à la guerre et venaient faire acte d’allégeance à Saraï. Il laissa les populations exercer leur religion.

 

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Russie, lettre 8


28 juillet 2019

 

Samuel,

 

Novgorod, au nord de la Russie échappa d’abord aux menées hostiles ourdies par les princes de Vladimir-Souzdal (voir lettre 6), ensuite à l’armée mongole dirigée par Batou.

(voir lettre 7).

C’est dans cette ville que Rurik le premier chef varègue s’était établi en 862 (voir lettre 4) avant qu’Oleg, son successeur, fasse de Kiev la capitale de la Russie, Novgorod devenant une ville périphérique de ce premier État.

Après l’invasion des Mongols Novgorod devint la capitale de la Russie septentrionale. Elle contrôla d’immenses territoires jusqu’à l’Oural à l’Est et la côte au Nord.

Alexandre Nevski (1219-1263) l’un des fils de Iaroslav (voir lettre 6) devint prince de Novgorod à 16 ans. Il dut faire face aux offensives des peuples limitrophes ainsi qu’à la menace mongole.

Il n’attendit pas que Batou reparte à la conquête de Novgorod. Considérant vaine toute résistance aux Mongols il choisit de faire lui-même allégeance au khan. En 1251 il se rendit dans la Horde de Batou, se lia d’amitié avec lui, fraternisa avec son fils, Sartaq et devint le fils adoptif du khan. Ce dernier défendit Alexandre contre les complots des autres princes russes ce qui permit à Nevski de consolider son pouvoir. En 1252 adoubé par le khan il devint grand-prince de la Russie et le demeura jusqu’à sa mort en 1263.

Avant même d’obtenir le soutien du khan Alexandre vainquit les Suédois qui s’étaient avancés le long de la Néva (Nevski signifie : de la Néva, nom donné en hommage à sa victoire).

Puis il dut affronter les chevaliers teutoniques (Allemands). La bataille décisive eut lieu le 5 avril 1242, sur la glace du lac des Tchoudes (ou Péïpous) en Estonie.

Les chevaliers allemands s’avancèrent lourdement armés et vêtus de pesantes cottes de mailles. Épaulés par leurs alliés finnois ils attaquèrent les lignes russes qui fléchirent. Mais Alexandre réussit une manœuvre d’enveloppement et attaqua le flanc de l’ennemi. Surpris, désorganisés et affolés les chevaliers teutoniques brisèrent imprudemment les glaces et s’abîmèrent dans les eaux du lac. Ainsi furent-ils anéantis.

Cette victoire fut célébrée par des chants, la musique de Prokofiev et la littérature russe. Elle fut mise en scène dans le film éblouissant d’Eisenstein : Alexandre Nevski.

Tout au long de la période des apanages Novgorod resta la principauté russe la plus importante. Mais une autre métropole, dont l’histoire sera relatée dans les lettres suivantes finit par la terrasser : Moscou. En 1471 la ville se rendit à Ivan III de Moscou et en 1478 elle fut incorporée au territoire moscovite.

La culture de Novgorod survécut à son déclin politique. Elle exerça une influence profonde sur Moscou et toute la Russie. On découvrit dans la ville, pendant la période soviétique, 700 documents écrits sur l’écorce de bouleaux. Il en ressort que la ville était largement alphabétisée et qu’elle disposait d’une littérature abondante, relatant des voyages, des pèlerinages et mentionnant des éléments de la tradition orale, notamment des cycles de bylines qui vantent l’esprit audacieux et aventureux des habitants de la ville. Le plus ancien manuscrit russe existant, écrit en slavon d’Église, un Évangile enluminé dit d’Ostromir, date de 1056-1057 et vient de Novgorod.

[Les bylines sont des chansons épiques dont les origines remontent aux X et XI siècles. Les bylines recouvrent toute l'histoire de la Russie, elles racontent les exploits des chevaliers et des guerriers].

 

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Russie, lettre 9

2 août 2019

Samuel,

Le nom de Moscou apparut pour la première fois en 1147, dans une chronique, à l’occasion d’une rencontre entre deux princes de Novgorod et de Souzdal (pour l’emplacement de Souzdal, voir carte lettre 3). C’était un village princier encore sans importance. Daniel le plus jeune fils d’Alexandre Nevski devint le souverain de Moscou au milieu du XIII siècle. Alors le village commença à prendre son envol.

Daniel développa la principauté en s’étendant le long de la Moskova. Il arracha à un prince de Riazan (voir carte jointe) le cours inférieur de la Moskova et hérita d’un apanage qu’il annexa au territoire de Moscou. Son fils aîné Iouri lui succéda en 1303, il attaqua un voisin, il annexa son territoire. Il établit le pouvoir moscovite sur tout le cours de la Moskova. Puis il s’attaqua au grand prince Michel de Tver, ville importante et influente située entre Moscou et Novgorod. Après de nombreux combats où intervinrent les Mongols, où la cruauté le disputa à la fourberie, après le meurtre de Iouri par Dimitri, le fils aîné de Michel, Tver eut le malheur de déplaire aux Mongols qui dévastèrent son territoire en 1327, avant d’introniser le frère cadet de Iouri, Ivan Kalita, dit Ivan1er, grand-prince de Moscou en 1328. Ivan géra son apanage avec intelligence et mesure, prenant sans cesse soin de rester en bons termes avec les Mongols. Il acheta de nombreuses terres et annexa à Moscou la principauté de Vladimir dont les Mongols l’avaient fait grand-prince. Ainsi Ivan 1er doubla le territoire de Moscou.

Sous son règne la ville devint la capitale religieuse de la Russie. En 1326 le métropolite Pierre s’installa à Moscou et prophétisa, en s’adressant à Ivan : « Dieu te bénira et te placera plus haut que tous les princes, il étendra la gloire de cette ville plus que d’aucune autre». Pierre mourut dans la ville en 1326. Rendant hommage au Métropolite, le 4 août 1326, Ivan ordonna d’ériger la cathédrale de l’Assomption première église en pierre de Moscou. Le successeur de Pierre, Théognoste, s’établit définitivement dans la ville en 1328. Ainsi s’accrut considérablement le prestige de Moscou (le Métropolite était le chef de l’Église orthodoxe d’abord installé à Kiev ; il avait le titre de Métropolite de Kiev et de toute la Rus’, titre qu’il conserva une fois installé à Moscou).

[L'Assomption est la croyance religieuse orthodoxe et catholique selon laquelle la mère de Jésus, Marie, n'est pas morte mais est entrée directement dans la gloire de Dieu (on dit qu’elle est montée au ciel)].

Moscou dut alors faire face à un nouvel ennemi : les Lituaniens. Ceux-ci constituaient à l’origine une des trois tribus baltes établies depuis le fond des âges sur les terres allant de la mer Baltique jusqu’à la Vistule et le Boug occidental (voir carte jointe). Ils vivaient de chasse, de pêche et de pillages. Ils étaient païens, ils n’avaient pas d’État.

Ils durent faire face à l’avancée des chevaliers teutoniques (Allemands) qui progressaient à l’est de l’Allemagne. Les Teutons avaient ainsi conquis la terre des Prusses, puis soumis les Lettons, tribus baltes voisines des Lituaniens. Ces derniers résistèrent aux Allemands en créant, sous la conduite de leur chef Mindaugas, un État fort. Guédimine succéda à Mindaugas, il régna de 1315 à 1341. Il agrandit significativement son territoire, repoussant les Allemands, envahissant des terres russes. Il finit par porter le titre de grand-duc des Lituaniens, des Samogitiens (tribu apparentée aux Lituaniens) et des Russes (ceux qui vivaient dans le duché). Le dialecte russe de l’époque fut parlé par la majorité de la population (ce dialecte donna naissance au biélorusse). Les Russes servaient dans l’armée, étaient présents à la cour, remplissaient des missions diplomatiques. Après la mort de Guédimine en 1341 deux de ses fils se partagèrent le pouvoir. Installé à Trakai (ou Troki) Keistutis défendit les frontières occidentales du pays contre les Allemands. Installé à Vilnius, devenu capitale de la Lituanie, Olgerd s’attacha à étendre les possessions de son duché au détriment de principautés russes. Il déclara : « Toute la Rus doit appartenir à la Lituanie ».

Mettant à profit les querelles entre les princes russes, Olgerd conquit Polatsk, Vitebsk, Smolensk, Minsk… Il ne rencontra pas d’opposition farouche car il respecta les populations. Les villes conquises gardèrent une certaine indépendance économique, elles gardèrent aussi leurs traditions, notamment leur religion.

La force militaire et la diplomatie lui permirent d’étendre son duché d’une mer à une autre mer, de la mer baltique à la mer Noire : en 1361 il prit Kiev, puis il mit en déroute un détachement tatar, il occupa la Podolie. L’État lituano-russe englobait désormais toute l’ancienne Russie kiévienne. La Horde ne continua pas le combat et préféra s’entendre avec lui. Olgerd décida alors d’attaquer Moscou après s’être allié avec le grand-prince de Tver par le jeu de mariages croisés.

Pendant ce temps, Ivan 1er mort en 1341 fut remplacé par Siméon, son fils, dit le Fier. Ce dernier continua l’œuvre de son père en agrandissant encore le territoire. En 1351 la peste, qui s’était abattue en 1348-1349 sur l’ Europe occidentale, pénétra en Russie par Pskov. En 1353 elle atteignit Moscou, Siméon mourut avec toute sa famille, sauf son frère Ivan le Rouge. Avant de mourir Siméon laissa un testament dans lequel il exhortait ses héritiers à s’appuyer sur le Métropolite Alexis.

Alexis joua un rôle essentiel dans l’histoire de Moscou en assistant d’abord le frère et successeur de Siméon, Ivan le Rouge dit aussi Ivan le débonnaire qui régna jusqu’en 1359, année de sa mort, puis en assistant le successeur et le fils d’ Ivan, le grand-prince Dimitri, qui, en 1359, n’avait alors que 9 ans. Pendant la jeunesse de Dimitri Alexis géra le royaume continuant d’agrandir le territoire, remplaçant les murailles de bois du Kremlin par des remparts de pierre.

[Le Kremlin était une forteresse construite au cœur de Moscou pour défendre la ville]

En 1368 Olgerd attaqua Moscou. Il échoua à la prendre. En 1370 il attaqua à nouveau, puis encore en 1372 mais il échoua encore, il renonça à prendre la ville. Ayant réussi à repousser les Lituaniens Dimitri décida d’affronter les Mongols. Il remporta une victoire contre eux, non décisive, en 1378. Les Mongols réagirent, s’allièrent à la Lituanie pour attaquer Moscou. Ils levèrent une armée de 200 000 hommes commandée par le khan Mamaï. Ils se dirigèrent vers la région du Don supérieur où Mamaï devait faire sa jonction avec les forces du prince Jagellon de Lituanie, le fils d’Olgerd, pour envahir ensemble la Moscovie.

Dimitri n’attendit pas, il franchit le Don avec 150 000 hommes et engagea la bataille contre Mamaï le 8 septembre 1380, au confluent de la Nepriadva avec le Don, bataille dite du champ de Koulikovo ou encore du champ des Bécasses. Les combats furent acharnés, Dimitri assommé pendant la bataille fut retrouvé au milieu d’un monceau de cadavres, mais les Russes repoussèrent les Mongols. D’ultimes bataillons russes surgirent de la forêt, fondirent sur les Mongols épuisés et les écrasèrent. L’armée de Jagellon, arrivée deux jours plus tard sur le champ de bataille renonça à se battre et battit en retraite. Cette grande victoire russe mit fin au mythe de l’ invincibilité des Mongols et fit de Dimitri un héros national qui prit le nom de Dimitri Donskoï, c’est-à-dire Dimitri du Don.

Mais les Mongols se trouvèrent un nouveau khan, Tokhtamysh. A la tête d’une nouvelle armée ce dernier surprit Dimitri en attaquant Moscou pendant que le prince n’était pas là, occupé à lever une armée dans le Nord. Il prit la ville, la pilla, massacra 24 000 personnes et ravagea toutes les terres environnantes. Dimitri accourut mais le khan préféra se retirer avec son butin sans combattre. Obligé de reconstruire son apanage Dimitri fit la paix avec le khan. Il passa les dernières années de son règne à renforcer son autorité sur les autres princes russes, ceux de Tver et de Riazan et à favoriser la reconstruction et le redressement économique de l’État. Il mourut en 1389, à 39 ans. Son fils Vassili, ou Basile, lui succéda.


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Russie, lettre 10

4 août 2019

 

Vassili 1er (Basile en français) devint grand-prince de Moscou et régna de 1389 jusqu’à sa mort en 1425. Il continua avec intelligence et prudence la politique traditionnelle des princes moscovites : agrandir la principauté et veiller à sa prospérité. Il fit l’acquisition de nouveaux apanages dont celui de Nijni-Novgorod, la cité la plus riche de la Volga (Nijni-Novgorod se trouve entre Moscou et Kazan). Il annexa aussi Souzdal.

Il eut à affronter le nouveau grand-prince de Lituanie, Vitovt ( le successeur d’Olgerd) qui était aussi son beau-père (il avait épousé sa fille). Vitovt avait des vues sur les terres moscovites.

Il eut aussi à affronter le khan de Saraï envers lequel il exprima un certaine indépendance en omettant de lui payer le tribut.

Un autre acteur apparut sur la scène : Tamerlan.

Tokhtamysh qui avait conquis son titre de khan au détriment de Mamaï grâce à l’appui de Tamerlan profita de l’éloignement de ce dernier, parti conquérir la Perse, pour envahir ses terres. Tamerlan furieux revint à Saraï et infligea une défaite sanglante aux armées du khan. Mais ce dernier, année après année ne cessait de reconstituer ses troupes et profitait à chaque fois du départ de Tamerlan pour attaquer ses terres (et à chaque fois Tamerlan revenait et lui infligeait une défaite). En 1395, Tamerlan, excédé, décida d’en finir. Il ravagea Saraï, Astrakhan, Tana, villes de la Horde puis il remonta vers le nord pour punir Moscou qui avait commis l’imprudence d’aider le khan dans l’une de ses rebellions. Il ravagea Riazan, s’approcha de Moscou qui déclara la guerre sainte contre l’envahisseur. Mais Tamerlan, attiré par d’autres batailles à mener au Moyen-Orient, se désintéressa de Moscou et s’en alla sans combattre.

Vitovt, voyant Moscou occupé à préparer sa défense contre Tamerlan, attaqua la principauté. En 1395 il s’empara de Smolensk puis de Liouboutsk (situé entre Moscou et Riazan). Puis comme le khan Tokhtamysh avait trouvé refuge chez lui, Vitovt décida de le rétablir comme khan à la place de celui que Tamerlan avait installé, Timour Qoutlough. Vitovt pensait ainsi constituer un front uni avec les Mongols pour attaquer Moscou. Mais l’armée de Vitovt fut écrasée par le nouveau khan. Moscou en profita pour reprendre Smolensk. Vitovt reconstitua son armée et reprit Smolensk quelques années plus tard. Pendant deux siècles et demi la ville devint la frontière pour laquelle Russes et Polonais ne cessèrent de se battre.

Après la reprise de Smolensk Vitovt se convertit au catholicisme et s’engagea dans un processus d’union avec la Pologne (déjà convertie au catholicisme). Son but était de créer une alliance pour repousser les chevaliers de l’Ordre teutonique qui avançaient sur son territoire à l’ouest. En 1410 les forces conjuguées de la Lituanie, de la Pologne et des principautés russes sous domination lituanienne mirent en déroute les Teutons lors de la bataille de Grunwald (Tannenberg en allemand). Cette victoire brisa définitivement l’Ordre. Un siècle plus tard, en 1525, les possessions de l’Ordre furent réunies en un État, appelé Prusse, sous domination de la Pologne. Cet État devait tenir un rôle essentiel dans l’avenir politique de l’Europe. La bataille de Grunwald devint le symbole au cours des siècles de l’affrontement entre Slaves et Allemands.

Après cette victoire la Lituanie et la Pologne signèrent un traité en 1413. Le grand-duché de Lituanie reconnut la souveraineté de la couronne polonaise en échange de quoi la noblesse lituanienne bénéficia de tous les droits et privilèges attachés à la cour polonaise.

En 1425 la mort de Vassili 1er déclencha une guerre de succession. L’héritier désigné était son fils Vassili, âgé de dix ans, qui devint Vassili II. Sa mère, la princesse Sophie, et le Métropolite Photius assumèrent la régence.

L’oncle de Vassili II, le frère de Vassili 1er (et donc aussi le fils de Dimitri Donskoï) Iouri Dimitrievitch, refusa de reconnaître l’autorité du jeune héritier et revendiqua la succession. Photius et les boyards de Moscou (les nobles) demandèrent l’aide de Vitovt. Celui-ci accorda son soutien, Iouri s’inclina.

Vitovt en profita pour annexer Tver et Riazan. La principauté de Moscou paraissait devoir passer sous l’autorité de Vitovt. Mais ce dernier mourut en 1430 ce qui déclencha là encore une guerre de succession. A l’issue de cette guerre le fils de Jagellon (lui-même fils d’Olgerd) Casimir Jagellon, devint grand-duc de Lituanie. En 1445 il devint roi de Pologne. Ainsi la Lituanie passait progressivement dans l’orbite de la Pologne.

Pendant ce temps la guerre de succession avait repris de plus belle à Moscou. Les parties finirent par demander l’arbitrage du khan. Ce dernier arbitra en faveur de Vassili II. Iouri passa outre la décision du khan, il renversa Vassili II. Une longue guerre commença qui se poursuivit après la mort de Iouri en 1434 sous la conduite de ses fils Vassili le Louche et Dimitri Chemiaka. Vassili II parvint à faire prisonnier Vassili, son cousin du même prénom. Il lui creva les yeux. D’où le nom de Vassili le Louche. Puis Dimitri s’empara de Vassili II, à son tour il lui creva les yeux. D’où le nom de Vassili II l’Aveugle. La guerre se termina avec la victoire de Vassili II.

Deux événements importants eurent lieu sous le règne de Vassili II (qui régna de 1425 à 1462) : l’émancipation de l’Église orthodoxe russe de l’autorité du Patriarche de Constantinople (le Métropolite dépendait du Patriarche qui acceptait ou nom sa nomination) et l’émancipation de la Russie de l’emprise mongole (bien que cette émancipation ne fut officiellement actée qu’en 1480).

Je reviendrai sur ces deux évènements dans la prochaine lettre.

 

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Russie, lettre 11

15 août 2019

Samuel,

Je reviens sur les deux événements notables ayant eu lieu sous le règne de Vassili II :


L’émancipation de l’Église orthodoxe russe

En 1438 Vassili décida de nommer, comme Métropolite de Moscou, Jonas, l’évêque de Riazan. Mais le Patriarche de Constantinople refusa d’entériner cette nomination et nomma, à la place de Jonas, un Grec : Isidore.

C’est ce dernier qui, sous l’impulsion de Jean VIII Paléologue (voir lettre 58-4, histoire des Hébreux) en recherche d’alliés occidentaux pour repousser la menace ottomane, négocia en 1438-1439 la réunification de la chrétienté latine et de la chrétienté grecque (la chrétienté orthodoxe) séparées depuis le schisme de 1054 (voir lettre 54-1 sur les Hébreux), réunification attendue en préalable de toute aide militaire occidentale.

Isidore accepta l’Union des deux Églises [Il faut se rappeler que cette Union fut très mal reçue par le peuple de Byzance qui restait dans le souvenir de la quatrième croisade (voir lettre 58-4, précitée)].

Arrivé à Moscou, après cette signature, le Métropolite Isidore officia selon un nouveau rite dans lequel le nom du Pape de Rome fut cité avant celui du Patriarche. Cela mit en fureur Vassili qui destitua Isidore sur le champ et le fit jeter en prison [Isidore réussit à s’évader ; il alla se réfugier en Occident].

En 1443 l’assemblée des évêques orthodoxes russes nomma Jonas comme Métropolite de Moscou. Puis Moscou rejeta l’Union et se déclara désormais seule gardienne de l’orthodoxie, rejetant ainsi l’autorité du Patriarche de Constantinople.

L’Église russe étant ainsi devenue libre et indépendante Moscou se considéra désormais comme l’unique héritière spirituelle de l’ancien Empire romain d’Orient.


L’émancipation de la Russie de l’empire mongol

A partir du début du XV ème siècle la cohésion de la Horde d’Or perdit de sa force. De vastes territoires dépendant du khanat de Saraï firent sécession. Ainsi en fut-il du khanat de Crimée en 1430, puis de celui de Kazan en 1436, puis encore de celui d’Astrakhan en 1466 (sous le règne du successeur de Vassili, Ivan III le Grand).

L’année 1452 vit un événement mémorable avec la fondation de la principauté de Kasimov : un prince mongol, Kasim, appartenant à la dynastie régnante, reconnut la suzeraineté russe. Vassili avait en effet pris à son service des nobles mongols (accompagnés de leurs serviteurs) qui ne s’entendaient plus avec le khan de Saraï. En échange de sa protection l’un des chefs de ces dissidents, Kasim, descendant de Genghis Khan, aida Vassili dans sa lutte contre Dimitri Chemiaka (voir lettre 10). Pour le remercier Vassili lui offrit donc la principauté de Kasimov, située au sud-est de Moscou (voir carte lettre 9).

La création de cette principauté mongole soumise au grand-prince de Moscou est considérée par certains historiens comme la fin officieuse de la domination mongole en Russie, comme la défaite de la steppe (les Mongols et leurs alliés les Tatars) face à la forêt (les Russes).

En fait le khan de Saraï, Ahmed, s’efforça de réduire cette dissidence en attaquant Moscou en 1451, 1455 et 1461 mais il fut à chaque fois repoussé. Il ne put rien faire pour stopper la décomposition de la Horde.

 

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Russie, lettre 12 : la création de l’État russe moscovite

Première partie : l’œuvre d’ Ivan III le Grand (1462-1505)

 

1) Ivan III le « Grand » : les conquêtes de territoires

Quand Ivan Ier Kalita prit le pouvoir à Moscou, en 1326, avant d’être intronisé par les Mongols en 1328, la principauté couvrait une superficie de 20 000 km² (soit l’équivalent de la superficie de la Picardie-Somme/Aisne/Oise). Quand Ivan III le Grand succéda à son père Vassili II l’Aveugle en 1462, elle couvrait 430 000 km². A la fin du règne d’Ivan III, en 1505, elle couvrait 2 000 000 km² (France métropolitaine : 544 000 km²).

Ainsi sous l’action opiniâtre des ses souverains, Ivan Ier Kalita (1326-1340), Siméon le Fier (1340-1353), Ivan le Rouge (1353-1359), assisté par Alexis, Dimitri Donskoï (1359-1389) assisté aussi par Alexis, Vassili Ier (1389-1425), Vassili II l’Aveugle (1425-1462) et enfin Ivan III le Grand (1462-1505) la principauté passa de 20 000 km² à 2 000 000 km² soit un coefficient multiplicateur de 100 entre 1326 et 1505.

En 1462, à la prise de pouvoir d’ Ivan III, la Rus était constituée de deux territoires : l’un au sud-ouest centré sur Kiev était sous la domination de la Pologne-Lituanie, l’autre au nord-est, centré sur Moscou, vivait encore sous l’influence des Mongols-Tatars. A côté de la principauté existaient deux groupes de territoires autonomes : l’ensemble Novgorod-Pskov-Viatka et l’ensemble Riazan-Rostov-Iaroslavl-Tver (voir carte : l’ascension de Moscou, lettre 9).

Usant de la force, de la ruse et des liens matrimoniaux Ivan III s’empara des apanages des seigneurs vassaux : Riazan, Iaroslavl, Rostov (la moitié du territoire de Riazan resta tout de même dans la possession d’un vassal local, mais Moscou fut désignée comme la gardienne de cet apanage).

Puis il partit à la conquête de Novgorod et de Tver .

En 1462 Novgorod couvrait un vaste territoire plus étendu encore que celui de la principauté de Moscou.

Novgorod était désormais affaiblie, minée par des conflits internes entre les boyards et la plèbe (le peuple). Les boyards cherchèrent à consolider leur pouvoir sur le peuple en sollicitant l’aide de la Lituanie. En 1471 ils signèrent un traité d’union avec Casimir IV de Lituanie, également roi de Pologne. Un gouverneur lituano-polonais vint gérer la ville. Alors Moscou intervint. Elle ne pouvait pas laisser Novgorod passer sous une domination étrangère. C’était de Novgorod que jadis Rurik et ses successeurs, les grands conquérants varègues, étaient partis pour fonder la Rus de Kiev.

Ivan envoya en 1471 contre Novgorod son armée commandée par le prestigieux chef de guerre Daniel Kholmski, appuyée par un détachement tatar fourni par le khan de Kasimov (voir lettre 11). L’armée novgorodienne fut mise en pièces. La ville renonça à son union avec la Lituanie et dut payer un énorme tribut à Moscou. Mais elle resta autonome.

Casimir, impuissant devant la puissance moscovite, demanda de l’aide au khan de Saraï, Ahmed. Ce dernier marcha jusqu’à l’Oka, fleuve situé au sud de Moscou, mais Ivan III envoya contre lui les Tatars ayant accepté sa suzeraineté. Ahmed renonça.

Les boyards de Novgorod continuèrent de vouloir s’affranchir de Moscou. Le peuple demanda l’aide d’ Ivan. En 1478 ce dernier repartit à l’assaut. La ville tomba, la répression fut féroce. Toutes les familles qui avaient soutenu la Lituanie furent pourchassées. Moscou annexa Novgorod.

Devenues moscovites les possessions septentrionales de Novgorod permirent d’étendre le territoire de Moscou jusqu’à l’océan Glacial arctique et de constituer une base de départ pour progresser, à travers la Sibérie, vers le Pacifique, à l’est.

Ivan se tourna contre Tver. Le prince Michel qui régnait sur la principauté chercha le soutien de Casimir IV avec lequel il signa un accord en 1483. Ivan marcha contre la ville, aussitôt Michel répudia l’accord et se déclara « frère cadet » obéissant d’ Ivan. Ivan stoppa l’offensive, aussitôt Michel redemanda secours à Casimir. Cette fois Ivan décida de faire le siège de Tver. La ville qui ne pouvait plus souffrir Michel et était devenue pro-moscovite se rendit sans combattre en 1485. Michel s’enfuit en Lituanie sans laisser d’héritier. Moscou incorpora Tver.

En 1480 Ivan rendit public son refus d’allégeance à la Horde d’Or en cessant de payer tout tribut. Cette date marque la libération officielle de Moscou du joug mongol. Ahmed fit alliance avec Casimir IV et s’avança vers Moscou. Les deux armées, celle d’ Ivan et celle d’ Ahmed se firent face sur les bords de l’Ougra, affluent de l’Oka et frontière entre les possessions moscovites et lituaniennes. Ahmed se retira sans combattre quand il vit les troupes du khan de Crimée, Menghi-Ghireï repousser les bataillons lituaniens et se joindre aux troupes moscovites.

En 1502, Menghi-Ghireï, passé sous l’influence des Turcs de Constantinople, mais toujours allié des Russes, prit et détruisit Saraï. Ce fut la fin de la Horde dont le territoire brisé fut réparti entre les khanats de Kazan, d’Astrakhan, de Sibir (ouest de la Sibérie) et de Crimée.

Ivan se considérait comme l’héritier légitime de toute la Rus, y compris la Rus de Kiev. En 1492 à la mort de Casimir IV qui régnait sur la Lituanie et la Pologne, la Lituanie fut dirigée par son fils Alexandre tandis que la Pologne fut dirigée par un autre de ses fils, Jean Albert. L’Union polono-lituanienne réalisée jusqu’alors à travers une même personne était ainsi rompue, affaiblissant les deux pays. Ivan III en profita pour attaquer la Lituanie. La bataille décisive eut lieu sur les rives de la Vedrocha le 14 juillet 1500. Les Russes l’emportèrent. Par le traité de paix de 1503 les Lituaniens cédèrent à Moscou un tiers de leur territoire : une partie des régions de Smolensk et de Polatsk, et une grande partie de celle de Chernigov. Mais Kiev resta en Lituanie (voir carte de la lettre 9).

Ainsi grâce à ses conquêtes et à ses achats d’apanages Ivan III le Grand fit passer la superficie de la principauté moscovite de 430 000 km² à 2 000 000 km².

 

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Le 18 août 2019

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Russie, lettre 12 : la création de l’État russe moscovite

Première partie : l’œuvre d’ Ivan III le Grand (1462-1505)

2) Ivan III le « Grand » : la troisième Rome et l’instauration d’un pouvoir autocratique

La prise de Constantinople en 1453 par le sultan Mehmet II eut un grand impact sur les Russes qui y virent la fin de l’Empire orthodoxe, fin provoquée par la recherche et l’acceptation, même si elle ne fut que temporaire, de l’Union des Églises chrétiennes d’Orient et d’Occident par Jean VIII Paléologue. Pour les Russes une telle Union signifiait la sujétion au Pape, à l’Occident, sujétion inconcevable pour eux, valant trahison de l’identité orthodoxe.

L’idée se répandit que le souverain russe avait désormais pour vocation de remplacer l’Empereur byzantin. Ce furent les moines russes qui diffusèrent cette idée.

Les monastères étaient apparus dans la Rus peu après l’adoption du christianisme. Leur nombre s’accrut considérablement sous le joug tatar. Ils devinrent le lieu de la conservation de la mémoire et du savoir. Ils eurent aussi une action colonisatrice en s’installant dans des terres vierges, en les défrichant et en les exploitant. Aussi leurs possessions foncières s’accumulèrent jusqu’à représenter le tiers du territoire de la Russie à l’aube du XVIème siècle. Ils faisaient également vivre des dizaines de milliers de familles paysannes.

Pendant toute la seconde moitié du XVème siècle des débats passionnés menés par les monastères animèrent toute la société russe. De ces débats naquit l’idée du caractère particulier de l’État moscovite, de l’État russe en général, de la mission de Moscou dans l’histoire de l’humanité.

En 1472 Ivan III, devenu veuf en 1467, prit pour épouse la princesse byzantine Sophie Paléologue, nièce de Constantin XI le dernier empereur orthodoxe. La princesse vint à Moscou entourée d’une innombrable cour composée surtout de grecs byzantins. Ivan III sous son influence adopta pour armoiries l’aigle bicéphale de Byzance. Par sa présence même et son statut d’épouse (elle donna à Ivan III, un fils, Vassili, qui régna à la suite de son père sur l’État moscovite) Sophie légitimait l’ambition de Moscou de succéder à Byzance.

Après la chute de Constantinople l’Église orthodoxe russe se retrouva libre de toute subordination religieuse au Patriarche. Sa puissance désormais faisait face à celle du Grand Prince de Moscou.

Le supérieur du monastère de Volokolamsk qui dépendait de l’évêché de Novgorod, Joseph de Volok (1439-1515) [son nom d’origine : Ivan Sanine] théorisa alors les rapports entre l’État et l’Église.

Fils d’un boyard, originaire de Lituanie, Joseph eut une influence considérable, influence qui perdure encore aujourd’hui. Il formula la conception d’une théocratie orthodoxe russe dans un ouvrage intitulé : « l’Illuminateur ».

Deux piliers fondent sa pensée : la nature divine du souverain et la relation entre l’Église et l’État.

Le souverain est selon lui un être certes semblable à tous les autres mais par son pouvoir il s’apparente au Dieu souverain. Cette souveraineté divine fonde la souveraineté du Grand Prince devant lequel tous les sujets doivent exprimer soumission et obéissance.

Quant aux rapports entre l’Église et l’État, chacun des deux pouvoirs doit se mettre au service de l’autre. Autrement dit chaque pouvoir doit défendre les intérêts de l’autre pouvoir. Dit encore autrement l’État doit défendre l’Église dans son droit à posséder et à gérer une large partie du territoire tandis que l’Église doit reconnaître et défendre la souveraineté d’essence divine du Grand Prince.

Joseph élabora ainsi une théorie du pouvoir centralisé et absolutiste destinée à assurer l’unité du pays, à empêcher tout émiettement féodal ou politique et à empêcher aussi toute hérésie religieuse.

Son disciple Philothée (1465-1542) moine de Pskov, donna à cet État un dessein. Évoquant la première Rome rongée par le paganisme et finalement tombée, puis la seconde Rome, Constantinople, tombée sous les coups des infidèles (les Turcs), il émit cette prophétie : « Deux Romes sont tombées, la Troisième Rome, Moscou, est solide et il n’y en aura pas de Quatrième. L’Histoire est accomplie : tous les royaumes orthodoxes sont réunis en un seul ».

Cette prophétie connut un grand succès et jusqu’au règne de Pierre le Grand (1672-1725) elle entra mot pour mot dans le rite de couronnement des tsars moscovites : « Moscou, troisième Rome ».

Ivan III s’appuya sur l’ idéologie du pouvoir absolu conçue par Joseph de Volok pour liquider les pouvoirs féodaux et instaurer le principe d’un État souverain dont il devait être le César (nom des Empereurs de la première Rome), le mot César devenant : Tsar. Dans les faits il finit par se considérer comme l’incarnation même d’un Souverain divin dont tous les sujets étaient en quelque sorte ses esclaves.

Ses successeurs reprirent à leur compte la prophétie de la troisième Rome conçue par Philothée.

 

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Le 15 septembre 2019

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Russie, lettre 12 : la création de l’État russe moscovite

22 septembre 2019

Samuel,

Deuxième partie : l’œuvre de Vassili III (1505-1533)

Le fils d’Ivan III et de Sophie Paléologue, Vassili, prit le pouvoir à la mort de son père, en 1505, il l’exerça jusqu’à sa mort en 1533.

Il annexa l’apanage de Pskov en 1511 puis le reste de la principauté de Riazan en 1517. Il consolida les positions moscovites à Chernigov.

Puis il reprit la guerre contre la Lituanie-Pologne dirigée alors par Sigismond, grand-duc de Lituanie et roi de Pologne. Cette guerre dura dix ans. Elle eut pour cible la ville de Smolensk. Vassili III finit par l’emporter sur son adversaire : en 1522 Smolensk passa sous l’autorité du Grand-Prince.

L’annexion, par Ivan III, de Novgorod et des terres que la principauté contrôlait au Nord : terre de la Dvina, terre de Viatka (voir carte lettre 3) permit à Vassili III de poursuivre une politique de conquête territoriale en poussant jusqu’à Perm, au-delà de la terre de Viatka, et le territoire de Iougra, situé au-delà de la Petchora (carte lettre 3).

Au Sud Vassili III dut faire face aux incursions de Menghi-Ghiréï, le khan de Crimée qui rompit l’ancienne alliance nouée avec Ivan III en raison de la concurrence qui opposa les deux souverains quant à la domination du khanat de Kazan. Cette rivalité dura deux siècles. Vassili III fortifia sa ligne de défense sud en édifiant des forteresses : Zaraïsk, Toula, Kalouga dans la vallée de l’Oka. Ces forteresses servirent plus tard de base arrière pour la conquête du sud par les successeurs de Vassili.

Il continua d’asseoir l’autorité des régnants moscovites. Lisons ce que dit de lui l’ambassadeur du Saint Empire romain germanique à Moscou, Sigismond de Herbestein :

« Par le pouvoir qu’il exerce sur ses sujets il l’emporte aisément sur tous les monarques du monde ; il a en outre achevé ce qu’avait entrepris son père, privant de leurs villes et fiefs tous les princes et autres figures influentes ; tous sont réduits par lui dans le même esclavage...Son pouvoir s’applique autant au clergé qu’aux laïcs, il dispose à son gré et sans le moindre obstacle de la vie et des biens de chacun.»

Vassili portait toujours le simple titre de Grand-Prince de Moscou mais le pouvoir qu’il transmit à son fils, Ivan IV, fut tel que cela permit à ce dernier de passer du titre de Grand Prince à celui de Tsar, le premier César de la Russie.

 

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Russie, lettre 12 : la création de l’État russe moscovite

 

 8 octobre 2019

Samuel,


Troisième partie : l’œuvre d’Ivan IV le Terrible (1533-1584)


1) Introduction

La personnalité d’Ivan IV a marqué l’histoire de la Russie. Il reste dans les mémoires comme un personnage hors du commun, excessif dans l’exercice d’une tyrannie que d’aucuns jugent inspiré par la démence que d’autres jugent inspiré par le génie.

Citons deux historiens :

Bernard Pares, historien anglais ( 1867-1949) :

« Le nouveau système mis en place par Ivan le Terrible était de la démence, mais c’était la démence d’un génie »

Nicholas V. Riasanovsky, historien américain (1923-2011) :

« Après le règne d’Ivan le Terrible la période des apanages est renvoyée définitivement au passé et l’absolutisme moscovite triomphe sans partage. Ivan IV fut le premier souverain moscovite à être couronné Tsar. En se nommant lui-même « autocrate » il souligna qu’il jouissait dans son royaume d’un pouvoir sans limites. Les actes d’Ivan le Terrible fournirent une démonstration stupéfiante du pouvoir arbitraire [dont il disposait]. Ivan le Terrible demeure le prototype du tyran russe ».

Ivan né en 1530, mort en 1584, régna de 1533 à 1584. De 1533 à 1547 il régna en tant que Grand-Prince de Moscou et de Vladimir, puis en 1547 il fut couronné Tsar et il régna en tant que tel jusqu’en 1584.

Il était le fils de Vassili III et de Héléna Glinska. Il faisait partie de la dynastie des Riourikides ou Rurikides qui régna sur la Rus’ de Kiev puis sur la Moscovie de 882 à 1598 (le fondateur de la dynastie fut le Varègue : Rurik, voir lettre 4). Vassili III était le fils d’Ivan III et de Sophie Paléologue. Ivan IV descendait donc par sa grand-mère de la dynastie des Paléologue, d’origine grecque, qui régna sur Constantinople de 1261 jusqu’à la prise de la ville par les Ottomans en 1453.

Fort et fier de ses illustres origines Ivan se pensait en outre descendant de l’Empereur romain Auguste qui régna sur Rome de 27 avant l’E.C. jusqu’à 14 après l’E.C. En effet selon lui le frère d’Auguste, Prus, était l’ancêtre de Rurik. Aussi s’estimait-il au-dessus de tous les régnants d’Europe allant jusqu’à dire « Hormis nous (sous ce mot « nous » il se désignait ) et le sultan de Turquie aucun État n’a de souverain qui régna sans discontinuer depuis plus de deux cents années ».

2) La régence des Sept-Boyards

Quand Vassili mourut en 1533, Ivan, son fils, était âgé de trois ans. Bien qu’il hérita du titre de Grand-Prince de Moscou et de Vladimir, il dut céder, jusqu’à sa majorité (17 ans), la réalité du pouvoir, à sa mère d’abord, Héléna Glinska, puis aux boyards (ou boïards).

Les boyards étaient les descendants des anciens féodaux. Ils composaient la classe sociale supérieure, celle des serviteurs du Grand-Prince appelés encore « gens de service ». Il leur restait comme privilèges, après la perte des apanages, le droit de posséder et d’administrer de vastes domaines ruraux et de participer à la conduite des affaires de l’État. Réunis en assemblée, appelée la Douma, ils étaient consultés par le souverain chaque fois que d’importantes décisions devaient être prises. Néanmoins c’était toujours le souverain, qui, in fine, décidait. Ils remplissaient des fonctions majeures notamment dans l’armée ou dans la représentation de l’État russe à l étranger (ambassades). C’étaient des conservateurs qui défendaient d’abord leurs intérêts particuliers de propriétaires ruraux.

Près des boyards existaient les « gens de taille », ceux qui payaient l’impôt. Dans les villes c’étaient les marchands et les artisans. Dans les campagnes c’étaient les paysans.

Enfin il existait deux dernières catégories de gens, non taillables : les « libres », vagabonds ou mendiants qui vivaient de travaux occasionnels ou de charité, et les esclaves.

Le clergé quant à lui avait ses propres possessions et ses propres règles mais il était aussi soumis au souverain.

L’État moscovite était essentiellement tourné vers la guerre, d’où la nécessité d’un pouvoir fort et autocratique, fortement hiérarchisé, et dirigé par un décideur, un chef. Le service des armes était assuré par les gens de service, c’est-à-dire les boyards et tous les possesseurs de terre.

A partir de 1533, Héléna, la mère du jeune prince, gouverna avec autorité en passant outre les intérêts des boyards. Elle fut ainsi la première femme à diriger la Russie. Mais elle mourut soudain en 1538, sans doute empoisonnée. Nul ne put jamais prouver ce possible empoisonnement mais Ivan fut toujours persuadé que les boyards en étaient les exécuteurs. Il perdit ainsi à 8 ans la présence d’une femme qui l’entoura toujours de son amour. L’épreuve de la mort de sa mère renforça son caractère volontaire et indomptable.

Il dut faire face désormais au mépris des boyards qui le considéraient comme quantité négligeable. C’étaient désormais eux qui exerçaient le pouvoir, le partageant successivement entre deux familles princières : les Chouïski et les Belski.

Humilié, seul, il connut un sentiment d’abandon qui le rendit amer et cruel. Il entretint dans sa solitude un sentiment de revanche et de vengeance aigu contre les boyards. Il passait tout son temps à lire, surtout des ouvrages religieux. Il se prosternait devant les icônes, jusqu’ à, selon la légende, en avoir le front marqué d’une callosité. Un jour exaspéré par l’attitude méprisante à son égard du boyard régnant, Andrei Chouïski, il ordonna à ses serviteurs de s’emparer du prince et de l’étrangler sous ses yeux : il avait 13 ans. De ce jour les boyards le craignirent.

A 16 ans il s’engagea dans l’armée. Lors d’une bataille contre les Tatars cinquante arquebusiers de Novgorod lui remirent une pétition dans laquelle ils se plaignaient des vexations subies par leurs chefs. Ivan les fit exécuter.

Alors que s’approchait sa majorité et le moment de régner, Ivan décida de trouver une femme et de se marier. Les ambassadeurs moscovites parcoururent l’Europe mais aucune femme ne plut au jeune homme. Alors il décida de choisir une Russe. Les hommes de confiance d’Ivan choisirent des jeunes femmes parmi les familles des boyards et les présentèrent à la cour. Ivan eut le coup de foudre pour la belle Anastassia, fille de Roman Iourievitch Zakharine-Kochkine, de vieille noblesse. Ce fut elle qu’il choisit. L’un des neveux d’Anastasia fondera par la suite la dynastie des Romanov qui régna sur la Russie de 1613 jusqu’ en 1918, jusqu’à l’exécution du dernier Tsar, Nicolas II, par les bolchéviks.

Ayant trouvé la femme qu’il cherchait Ivan organisa son propre couronnement. Il décida de prendre le titre de Tsar, il régla tous les détails de la cérémonie pour la rendre la plus majestueuse possible.

Le 16 janvier 1547 il fut proclamé Tsar de toutes les Russies en la cathédrale de l’Assomption de Moscou. L’idée de la Troisième Rome avait désormais une base concrète : le Tsarat de Moscou. Le 3 février 1547 il épousa Anastassia.

Alors il commença à exercer le pouvoir réel. Mais enivré par son sacre le jeune homme laissa le pouvoir effectif à la famille de sa mère, les Glinski. Lui-même se livra à mille excentricités. Les Glinski gouvernèrent dans le seul souci des intérêts de leur clan, ils abandonnèrent le peuple à son sort. Jamais la Russie ne fut aussi mal gérée.

Le 21 juin 1547 Moscou brûla. L’incendie détruisit toute la ville construite en bois. Le peuple se souleva. Il accusa les Glinski d’avoir mis le feu à la ville. Le 26 juin la foule entra dans le Kremlin, elle tua l’oncle du Tsar, Iouri Glinski. Puis elle exigea que le Tsar lui livra toute la famille Glinski. Ivan parvint à calmer le peuple. Puis il fut pris d’un remords intense. Il pensa que le Dieu révélé dans les icônes le punissait pour s’être désintéressé du peuple.

Alors seulement la régence des Sept-Boyards cessa. Ivan enfin gouverna. Il avait 17 ans.

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Russie, lettre 12 : la création de l’État russe moscovite


13 octobre 2019,

Samuel,


Troisième partie: l’œuvre d’Ivan IV le Terrible (1533-1584)
 

3) Première époque : époque dite de la rada élue (rada : conseil) de 1547 à 1558

Pour gouverner Ivan s’entoura d’un conseil dirigé par le métropolite Macaire, le pope Sylvestre et un officier d’origine modeste : Alexis Adachev. Il tint ainsi à l’écart la Douma des boyards. Il promulgua un nouveau code de lois, précisa les rapports entre l’Église et l’État, interdisant à l’Église de continuer d’acquérir de nouvelles terres et lui assignant le rôle de s’occuper de l’enseignement. Il institua une autogestion locale permettant aux populations d’élire leurs propres officiers judiciaires et administratifs afin de lutter contre la corruption et l’arbitraire des boyards. Mais aussi il instaura le servage c’est-à-dire la subordination des paysans à une terre. Il y voyait une sécurité d’exploitation mais il brisa ainsi le désir de liberté des paysans qui les faisait aller et travailler où bon leur semblait. Soumis à une terre, privés de leur aspiration nomade, ils travaillèrent sans aucun enthousiasme ; ils devinrent moins productifs.

La réforme la plus importante fut d’ordre militaire. Mille des meilleurs hommes de service, enfants de boyards et des princes formèrent un régiment d’élite moscovite. Les propriétaires terriens durent fournir à l’armée des guerriers équipés d’armures et de chevaux. Près de la cavalerie formée par les nobles, Ivan institua un corps d’arquebusiers recrutés parmi les hommes libres. L’infanterie fit également son apparition. Ivan disposa ainsi d’une armée parmi les plus puissantes de l’époque. Il put réaliser son projet : conquérir les khanats issus de l’effondrement de la Horde d’Or.

Après d’âpres combats il annexa le khanat de Kazan en 1552 puis celui d’Astrakhan en 1556. l’État moscovite sortit largement des limites ethnographiques et religieuses de la Grande Russie en contrôlant désormais tout le cours de la Volga et en repoussant la frontière méridionale de l’ Oka au Terek (voir carte jointe). En 1555 le khan de Sibérie fit acte d’allégeance à Moscou (paiement d’un tribut).

L’élargissement des frontières de la Moscovie apporta de grands avantages : de nouvelles voies commerciales s’ouvrirent et de nouvelles terres fertiles furent mises en exploitation par des Russes qui s’établirent dans les khanats conquis après déplacement de populations musulmanes.

Pour maintenir la domination russe dans ces khanats Ivan convainquit des mercenaires et des aventuriers d’origine slave mais aussi turque, mongole et même juive vivant au nord de la mer Noire : les Cosaques, à passer à son service. (On distingue deux groupes : les Cosaques du Don et les Cosaques du Dniepr dits aussi Zaporogues). Ils devinrent le fer de lance de l’expansion russe en Sibérie et protégèrent les tsars successifs.

Seul restait encore à conquérir le khanat de Crimée passé sous l’autorité politique de la Sublime Porte (autre nom donné aux Ottomans établis à Constantinople). Après de longs combats indécis, Ivan renonça à poursuivre cette guerre pour se retourner, en 1558, contre l’Ordre teutonique, établi en Livonie, afin de s’assurer un accès à la Baltique.

En 1553 un marin anglais, Richard Chancellor qui cherchait un nouvel itinéraire vers l’Orient en passant par l’océan Arctique débarqua sur le littoral russe de la mer Blanche (mer de Barents). Il se rendit à Moscou et signa avec Ivan un accord commercial qui permit aux Russes d’établir des relations suivies avec l’Angleterre. Les Anglais firent d’Arkhangelsk leur port d’entrée en Russie.

4) Deuxième époque : 1558-1584

Contre l’avis de la rada qui voulait continuer de conquérir les terres du sud, Ivan lança son attaque contre la Livonie. Il connut des victoires aisées. Mais Adachev l’un des dirigeants de la rada, soucieux de contrer les Tatars de Crimée dont il craignait une attaque accorda une trêve à l’Ordre. Furieux Ivan négocia la paix avec la Crimée et reprit l’attaque en Livonie. Mais la désobéissance avortée d’Adachev inaugura l’apparition d’une véritable fureur chez lui.

En 1560 sa femme Anastassia mourut subitement. Ivan fut persuadé que les boyards l’avait empoisonnée. La mort de la femme qu’il aimait et qui le stabilisait, plongea Ivan dans un désarroi affectif dont il ressortit plus cruel et autoritaire que jamais. Soupçonnant ses conseillers Adachev et Sylvestre de comploter contre lui il exila le pope et incarcéra Adachev qui mourut en prison. Il fit exécuter leurs familles et amis. Enfin il menaça les boyards dont beaucoup fuirent. Ivan était persuadé qu’eux aussi complotaient contre lui pour l’évincer du pouvoir et poursuivre la défense de leurs intérêts privés.

Le 3 décembre 1564 il quitta Moscou avec sa nouvelle femme, ses enfants, ses familiers. Le convoi formé d’une centaine de traîneaux chargés des trésors du Tsar et d’icônes, erra quelques jours avant de s’arrêter à 90 kilomètres de Moscou dans le faubourg d’Alexandrov. Le 3 janvier 1565 il adressa au gouvernement désemparé, resté à Moscou, une lettre dans laquelle il dénonçait les trahisons des boyards. Les moscovites, abandonnés, prirent peur. Ils craignaient que le peuple resté fidèle au tsar se soulève, ils craignaient que les boyards se livrent à des exactions. Alors une délégation se rendit à Alexandrov et supplia Ivan de revenir à Moscou. Ivan accepta à condition de disposer d’un pouvoir illimité. Ce qui fut accepté. Début février 1565 il rentra triomphalement à Moscou.

Le même mois un oukase divisa l’État moscovite en deux. Une première zone d’abord centrée sur Moscou et sur une vingtaine de villes, puis plus tard établie sur le tiers du territoire, l’Opritchnina, fut créée et placée sous le contrôle direct du souverain.Ce dernier y nomma des conseillers nouveaux et une garde prétorienne, les Opritchniks, chargés de faire respecter l’ordre nouveau. Une deuxième zone, la Zechtchina, fut dédiée aux boyards. Ceux-ci durent quitter les villes principales et leurs terres pour gagner la Zechtchina. De nouveaux fiefs leur furent attribués situés dans des zones de conquête encore mal contrôlées, encore insécurisées. Ivan voulut ainsi remplacer l’ancienne noblesse patrimoniale fondée sur le sang par une noblesse de service choisie pour sa compétence et son service de l’État.

Alors débuta un règne de terreur. Les Opritchniks habillés de noir, montés sur des chevaux noirs, un balai et une tête de chien accrochés à leur selle, évoquant des créatures sataniques sortis des entrailles de la terre, parcouraient la Zechtchina avec pour mission de détruire ceux que le Tsar considérait comme ses ennemis. Ivan ordonna l’exécution de milliers d’opposants, surtout des boyards. Des villes entières dont Novgorod, soupçonnées de protéger des conspirateurs ou de vouloir faire sécession, furent détruites.

Après dix ans de ce régime le pays était exsangue. En définitive Ivan proclama l’abolition de l’Opritchnina en 1572 mais l’État resta divisé en deux jusqu’en 1575. En octobre de cette année-là Ivan dans une théâtralité qui parut démente pour certains confia le pouvoir suprême à un Tatar converti de fraîche date : Siméon Bekboulavitch. Il le fit Tsar. Puis dans une supplique adressée au nouveau maître, il sollicita sa protection en lui demandant l’affectation d’un oudiel c’est-à-dire d’une terre. Il signa sa supplique: « Petit Ivan Vassiliev ». Ainsi Ivan voulut vivre, par l’expérience, le rôle du sujet du souverain. Au bout d’un an il renvoya Siméon et reprit le pouvoir.

La terreur consolida l’autorité de l’État mais elle affaiblit le pays. Les Tatars de Crimée attaquèrent Moscou qu’ils incendièrent en partie avant de se retirer. En Livonie, après les premières victoires, Ivan trouva devant lui une coalition formée par la Pologne et la Lituanie (réunies en 1569 sous le nom de la République des Deux Nations) ainsi que la Suède. Après des revers militaires il dut signer des traités de paix avec la Pologne-Lituanie en 1582 et avec la Suède en 1583 renonçant à tous ses gains de territoire.

Les Russes, entrés jadis en Sibérie par le nord, atteignirent l’embouchure du Ienisseï vers 1550 (voir carte jointe). La famille des Stroganov s’y installa fondant de grandes entreprises (fourrures, mines de sel, pêcheries). Après la conquête de Kazan la famille obtint la concession de vastes territoires dans la région sauvage de la Kama. Affrontés à des indigènes soutenus par le khan de Sibérie les Stroganov s’appuyèrent sur les Cosaques. Ceux-ci, au nombre de 1650 seulement, emmenés par leur ataman (leur chef) Ermak, vainquit le khan Koutchoum et s’empara de la capitale Sibir du khanat en 1582. Ivan annexa les territoires ainsi conquis à l’est et au nord sur l’immense Sibérie. Ainsi commença la colonisation de la Sibérie occidentale. Tioumen une ville fortifiée y fut fondée en 1586 puis Tobolsk en 1587 (voir carte jointe). [Après avoir réorganisé ses forces, Koutchoum parvint à tuer Ermak et réaffirma son autorité sur Sibir en 1584. Jusqu'en 1598 le khanat résista aux assauts des Cosaques mais à la suite d'une défaite sur les bords de l'Ob, le khan s’enfuit et le pays passa définitivement sous la domination russe].

Ivan dans les dernières années de sa vie dramatisa l’exercice de son règne. Le 19 novembre 1581 dans un accès de fureur il assassina son fils aîné puis pleura sur son enfant mort. A partir de ce moment il ne connut plus jamais la paix de l’esprit. Il mourut en mars 1584. Une autopsie pratiquée plus tard par des savants soviétiques décela des traces d’empoisonnement.

Beaucoup encore s’interrogent sur la personnalité de cet homme. Mais incontestablement il sut unir sous son autorité inflexible tous les acteurs de la Russie. Avec lui la Nation russe sortit de la période des apanages dominée par les princes pour donner naissance à un État centralisé. Cet État plus tard sera la fondation sur laquelle Pierre le Grand bâtira l’Empire.


Je t’embrasse,

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