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sagaidatch

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  1. Lettre 57 - Chapitre 3 15 mai 2019 Samuel, En Égypte les Mamelouks durcirent leur mode de gouvernance. Aristocrates militaires d’origine servile, pour la plupart Turcs mais aussi chrétiens enlevés jeunes à leur famille dans les Balkans, ils se voulaient musulmans d’autant plus fervents qu’ils étaient étrangers et islamisés de fraîche date. Ils créèrent un État centralisé dont les cadres furent formés dans des madrassa (écoles religieuses islamiques). Ils se rapprochèrent des autorités religieuses musulmanes ce qui marginalisa les coptes (les chrétiens d’Égypte) et les Juifs. En 1301 les Mamelouks décidèrent de distinguer les chrétiens par le port d’un turban bleu et les Juifs par le port d’un turban jaune. Puis les fonctionnaires dhimmi furent progressivement révoqués. L’activité marchande des Juifs fut étroitement surveillée par des fonctionnaires interventionnistes. A partir de 1321 il fut interdit aux dhimmi d’entrer dans un bain public sans porter une sonnette au cou. En 1354 ces bains furent interdits aux femmes dhimmi. Des églises et des synagogues furent détruites. Toutes ces mesures vexatoires avaient pour but d’inciter les chrétiens et les Juifs à se convertir.(Dhimma, dhimmi : voir lettre 47-2) Dans l’État mamelouk le chef de la communauté juive était le naghid (gouverneur) qui avait autorité sur les communautés de Syrie, Palestine et Égypte, territoires sous dépendance mamelouk. Un sous-gouverneur représentait le naghid à Jérusalem. Malgré cette structure hiérarchique les communautés de Palestine s’autogéraient. L’immigration en provenance d’Occident s’accéléra du fait des persécutions et des expulsions. Les nouveaux venus prirent l’habitude de se débrouiller par eux-mêmes en créant de petites unités économiques communautaires. Dans la deuxième moitié du XIV siècle Jérusalem devint le point de rencontre entre les trois foyers de la culture juive de l’époque : ashkénaze, séfarade et oriental. Des érudits venus de Rhénanie fondèrent à Jérusalem une yeshiva. Les dizaines de manuscrits conservés de cette époque témoignent de l’intensité de la vie culturelle de Jérusalem où toute une variété de thèmes était abordée : halakha, kabbale espagnole, mystique ashkenaze, philosophie. En Asie mineure, nous avons vu, lettre 56, que Michel Paléologue, un prince grec, réussit à reprendre Constantinople aux Croisés en 1261. Il devint empereur sous le nom de Michel VIII, créant une dynastie qui régna pendant deux siècles. Mais son territoire était désormais réduit : outre Constantinople, en Asie, l’Empire était limité à la seule façade de l’Anatolie sur la mer Egée, et en Europe aux territoires qui s’étendaient entre la Grèce et la Serbie. En outre les guerres avait ruiné l’Empire. C’est à ce moment-là, que, fuyant devant les Mongols, des tribus turques quittèrent l’Asie centrale et arrivèrent en Anatolie créant de petites principautés autonomes : les beylicats. L’un des chefs de clan se distingua par sa bravoure : Osman, ou Othman. En 1299 il déclara l’indépendance de son petit royaume et fonda la dynastie des « Osmanlis » ce qui par déformation donna dans les langues européennes : Ottomans. Ainsi les Ottomans succédèrent aux Seldjoukides. Les Byzantins auraient dû réagir mais l’Empire connut alors une grave crise politique et spirituelle. Lorsque Michel VIII mourut une guerre de succession éclata (en 1320) provoquant une guerre civile. Les belligérants passèrent des alliances avec des pays riverains et même avec les Ottomans. Ceux-ci en profitèrent pour agrandir leur territoire en Anatolie puis pour passer le détroit des Dardanelles en 1354 et prendre ainsi pied en Europe où ils dévastèrent la Thrace. (La Turquie est séparée de l’Europe par la mer de Marmara qui s’étrécit au nord dans le détroit du Bosphore et au sud dans le détroit des Dardanelles. Constantinople borde le détroit du Bosphore, Gallipoli borde le détroit des Dardanelles). Quand enfin Jean V Paléologue s’imposa comme Empereur l’Empire était exsangue. Cette faiblesse du pouvoir temporel permit à l’Église orthodoxe d’imposer son autorité. Le Patriarche (celui qui dirige l’Église orthodoxe) développa un sentiment national anti-latin alors que l’ennemi qui menaçait était turc (le sac de Constantinople par les Croisés ne passait pas dans les esprits). Du coup les Ottomans, non inquiétés, poursuivirent leur conquête. Mourad 1er , sultan des Ottomans de 1361 à 1389, dota son armée de deux cartes maîtresses : les sipahi, cavalerie puissante et mobile et les janissaires, fantassins composés de jeunes chrétiens enlevés à leurs familles. Les Ottomans conquirent d’abord les beylicats situés à l’est, du côté de l'Asie mineure, puis, du côté européen, ils vainquirent les Serbes en 1389 lors de la bataille du Kosovo appelée aussi bataille des Merles. Au cours de cette bataille Mourad mourut. Il fut remplacé par son fils Bayezid, que l’Occident appela Bajazet, guerrier farouche et intrépide, surnommé Yildirim : la foudre. En 1396 l’Occident prit la mesure du danger turc. Une coalition formée de Hongrois, de Croates, d’Allemands et de Français affronta Bajazet sur le Danube, à Nicopolis (aujourd’hui située en Bulgarie). Bajazet fut vainqueur. Il décida de prendre Constantinople désormais isolée. Il l’assiégea en 1397. Mais un autre conquérant va lui faire face : Tamerlan. En 1259 après la mort de Mongke, petit-fils de Gengis Khan, l’Empire mongol éclata en une multitude de petits royaumes dont la Transoxiane (voir lettre 56, deuxième partie). Dans ce pays naquit le 8 avril 1336, à Kech, à 20 kilomètres de Samarcande, Timur (homme de fer) qui fut appelé Timur-i-lang, Timur le boiteux (en raison d’une blessure à la jambe lors d’un combat), puis Tamerlan. En 1361 il gouverna Kech puis il élimina le khan et devint le maître de la Transoxiane. Puis il se maria en 1397 avec une fille du khan renversé ce qui lui permit de se proclamer apparenté aux Mongols. Il se lança à la conquête de l’ouest. Il soumit la Perse, puis la Mésopotamie en s’emparant de Bagdad en 1394, puis la Syrie, puis il fit irruption en Asie mineure sur les terres de Bajazet. Les deux hommes se firent face en 1402 à Ancyse (Ankara aujourd’hui). Tamerlan eut raison de Bajazet.
  2. sagaidatch

    Au fil de l'eau...

    15 mai 2019 Le distinction couramment faite entre monde réel et monde virtuel pour séparer l’activité dans la vie dite réelle et l'activité sur les réseaux sociaux où nous restons anonymes (les uns pour les autres) est fausse. Les deux mondes sont réels. La bonne piste pour établir une séparation entre les deux mondes est le critère des sens externes. Dans le monde anonyme aucun des cinq sens n'intervient. Comme qualifier un monde qui n'existe par l’intermédiaire d'aucun des cinq sens ? Virtuel ? Non, ça ne va pas. Faute de mieux je dirai qu'un tel monde est immatériel. Même si ce mot n'est peut être pas le plus pertinent il se distingue avantageusement du mot virtuel. Je dirai donc que le monde du forum, le monde auquel le medium "forum" nous met en communication est un monde immatériel. Notons que le forum, en soi, reste neutre dans les opérations d'échange qui ont lieu sur son site (neutralité bordée tout de même par une charte). Un medium est neutre de toute façon, même si nous pouvons avec Mac Luhan distinguer le medium froid du medium chaud, par l'inspiration spécifique qu'il inspire. Dans un monde totalement immatériel nous sommes en rapport avec des "êtres de l’intérieur" expression que je dois à ma culture orientale (juive et slave). Pour les Occidentaux, les gens d'ici, leur vocabulaire est autre, ils disent : inconscient. L’intériorité dont je parle est pour eux l'inconscient. Ne serait-ce qu'à travers le choix des mots nous pouvons distinguer l'origine culturelle des individus. Le monde immatériel est lui aussi réel. Mais nous n'y avons pas accès par les sens. Nous y avons accès par le sentiment, la perception intérieure. Mais aussi par l'imaginaire. La différence entre la vie appelée souvent réelle et la vie sur un medium est une question d’engagement. Dans notre quotidien nous sommes en relation avec les autres à la fois par la voie immatérielle et la voie matérielle. Les deux mondes sont constamment synthétisés. Nous sommes engagés. Il fraudait donc opposer non vie réelle contre vie virtuelle, mais opposer vie engagée contre vie désengagée (faute de mieux j'emploie ce mot).
  3. Lettre 57 – Chapitre 2 14 mai 2019 Samuel, En Espagne les rumeurs hostiles aux Juifs apparues en Europe continentale commencèrent à diffuser. Des premières accusations de meurtres rituels furent lancées à Saragosse et à Barcelone (voir lettre 56-première partie-premier paragraphe – Europe). L’arrivée des Juifs expulsés de France fut vécue avec méfiance, puis des pastoureaux passés en Espagne s’en prirent aux communautés aragonaises avant d’être arrêtés par Jacques II, roi d’Aragon. Puis surgit le fléau de la lèpre et, avec lui, la rumeur indiquant que les Juifs empoisonnaient les puits. Les autorités catalanes expulsèrent les lépreux, les Juifs venus de France, considérés comme fautifs, ainsi que tous les étrangers. L’irruption de la peste en 1348 aggrava la situation. A l’instigation de moines franciscains, de premiers massacres de Judéens furent perpétrés en Aragon et en Castille sans que les régnants réagissent. Seul Charles II de Navarre offrit sa protection en ouvrant ses frontières. Une guerre civile éclata dans les années 1360 pour la succession au royaume de Castille. Les belligérants, pour la financer, s’en prirent aux Juifs pour faire main basse sur leurs biens. Le vainqueur Henri II de Trastamare accéda à la royauté en 1369. Il promulgua en 1371 une série de règlements contraignant les Judéens à vivre dans des quartiers séparés, à ne plus prendre des noms chrétiens, à arborer un signe distinctif sur la poitrine. La communauté dut alors faire face à un nouveau danger inédit en Europe : la conversion en masse de Juifs au catholicisme. Ce phénomène toucha tous les milieux. Les conversos (les convertis) s’en prirent avec virulence à leurs anciens coreligionnaires exhortant les catholiques à les traiter durement et à les convertir de force. Comme en Europe continentale l’Espagne décimée par la peste et la guerre, éperdue et sans repères, dévorée par l’angoisse de la mort, instruite par des prédicateurs fous et par des conversos fanatisés va se déchaîner contre la communauté. Le 6 juin 1391, menée par l'archidiacre franciscain Ferrant Martinez, une foule incontrôlable se rua sur la juderia (juderia = quartier) sévillane. Aux cris de « Martinez arrive, les Juifs à la mort ou à l’eau bénite » 4000 juifs furent massacrés et les rescapés durent se convertir [L’eau bénite fait référence au rituel chrétien du baptême par lequel le baptisé entre dans la communauté catholique]. De Séville l’émeute gagna Cordoue, Tolède, Madrid, Cuenca, Ecija, Carmona et Burgos avec son lot de massacres et de conversions forcées. Après la Castille les troubles gagnèrent l’Aragon : les grandes communautés de Barcelone, Valence et Gérone furent agressées à leur tour, leurs membres tués ou contraints d’apostasier. Comme en Rhénanie en 1096 on vit alors des Juifs se suicider en groupes. Plusieurs centaines d’autres parvinrent à s’enfuir au Maghreb ou en Sardaigne. Après une légère accalmie la vague antijudaïque reprit de plus belle en 1397 menée par un dominicain Vincent Ferrier. Parcourant la Castille et l’Aragon, enflammant les foules il est convaincu que l’antéchrist est déjà né et qu’il faut convertir les Juifs avant le jugement dernier. Des milliers de juifs abjurèrent spontanément ou de force. Des dizaines de juderias furent rayées de la carte de Castille et d’Aragon en quelques années. En revanche dans le royaume de Grenade tenu par les Nasrides (voir lettre 56-première partie-Espagne) la domination musulmane fut moins dure pour les Juifs. Bien que soumis à des obligations vestimentaires et fiscales ils bénéficièrent de la protection du sultan. Lors du pogrom de 1391 de nombreux Juifs purent se réfugier dans le royaume. Il faut noter, entre 1333 et 1354, la construction de l’Alhambra (la Rouge) monument majeur de l’architecture islamique. C’est, avec la grande mosquée de Cordoue, le plus prestigieux témoin de la présence musulmane en Espagne. Abjurer : renoncer solennellement à sa religion. Apostasier : action de renoncer à ses principes. Franciscain : les franciscains sont les membres de l’Ordre des frères mineurs, ordre religieux catholique créé en Italie en 1210. En 1391, l’Aragon est une région qui longe la Méditerranée à l’est. Elle comprend la Catalogne et les grandes villes de Barcelone, Gérone, Saragosse, Tarragone, Valence, Alicante. La Castille occupe le nord et le centre de l’Espagne ainsi qu’une partie sud. Villes principales : Tolède, Burgos, Léon, Cordoue, Séville, Valladolid, Madrid. Le royaume de Grenade occupe une petite partie du territoire au sud avec façade sur la Méditerranée. L’Andalousie intégrée à la Castille borde le royaume de Grenade, au nord. La Navarre fait suite au pays basque français, au nord. L’antéchrist, pour les chrétiens, est l’ennemi du Christ (Jésus) qui viendra prêcher une religion hostile à celle de ce dernier. Il annonce la fin du monde, laquelle surviendra lorsque tous les Juifs seront convertis. Alors suivra le jugement dernier ou Dieu séparera les damnés des élus.
  4. sagaidatch

    Au fil de l'eau...

    13 mai 2019 L'opposition des cultures entre Orient et Occident est radicale. C'est cette opposition qui me conduit souvent à la colère. Pourtant cette colère est vaine dès lors que la culture qui me fait face, celle de l'Occident, possède ceux qui la diffusent, et les possède d'autant mieux que vivant en Occident, ils ne peuvent pas prendre conscience de leurs déterminations. C'est bien dans l’opposition que je prends conscience de moi, tandis qu'eux, noyés dans une population issue d'une même culture, l'absence d'opposition les empêche de prendre conscience de leurs déterminations culturelles. Ou, quand ils se voient opposés à une autre culture que la leur, ils réagissent en colons, ne doutant pas de la vérité de leur attendus culturels. Leur passé de colons qui continue de déterminer leurs comportements culturels, même quand ils s’imaginent en rupture avec cette culture coloniale, les fige dans des certitudes qu'ils sont incapables de dépasser.
  5. Lettre 57 - Chapitre 1 12 mai 2019 Samuel, En Europe les guerres entreprises par les rois engendrèrent d’importants besoins de financement. En 1290 Édouard Ier roi d’Angleterre expulsa les 10 000 Juifs du royaume pour s’emparer de leurs biens. Ils partirent en France mais là Philippe le Bel (1268-1314) les chassa le 21 juin 1306 pour saisir lui aussi leurs biens. Les Juifs s’éparpillèrent un peu partout sur le continent. Cependant les chrétiens qui les avaient remplacés pratiquaient de tels taux d’usure que la population n’en pouvait plus. Du coup, en 1315, Louis X le Hutin, le successeur de Philippe le Bel, les rappela. Ils reprirent leurs activités financières mais la famine jeta sur les routes des paysans et des bergers affamés : commença la révolte des pastoureaux. Ceux-ci convergèrent vers Paris en 1330 pour demander au roi de les conduire en croisade. Dans leurs esprits échauffés par des prédicateurs illuminés, les maux qu’ils enduraient étaient la conséquence de la profanation (à leurs yeux) des lieux saints de Jérusalem par les musulmans, épaulés par les Juifs. Le roi refusa, les pastoureaux se dirigèrent alors vers Aigues-Mortes espérant y embarquer pour la Palestine. Ils progressèrent vers le sud en s’attaquant à toutes les communautés juives. Ils étaient accueillis par des villageois survoltés qui criaient : « A mort, à mort, qu’on tue tous les Juifs ». Le Pape qui avait besoin d'eux pour la gestion de son Église à Rome, excommunia les pastoureaux puis les armées repoussèrent ces derniers ; ils se dispersèrent. Le nouveau roi Philippe V, qui espérait que les Juifs l’aideraient à reconstituer ses finances, les protégea. Mais bientôt un nouveau fléau s’abattit sur le pays : la lèpre. La maladie s’intensifia, elle terrorisa. Les lépreux furent accusés d’empoisonner eux-mêmes les puits et les fontaines sous la direction des Juifs, qui, eux-mêmes, selon des prédicateurs en délire, prenaient leurs ordres près des musulmans de Grenade et de Babylone. Les Juifs furent à nouveau persécutés et Philippe V cessa de les défendre. Il ordonna le 24 juin 1322 leur expulsion. Charles V, nouveau roi de France, les fit revenir en 1359, toujours pour trouver près d’eux une aide à la restauration des finances du pays. A peine furent-ils revenus que la peste noire s’abattit à son tour sur le pays. La population ne tarda pas à incriminer à nouveau les Juifs, les accusant à nouveau d’empoisonner les puits et les fontaines. Des massacres effroyables furent perpétrés, cette fois-ci dans toute l’Europe. Partout des pogroms furent organisés, suscités par des discours enflammés et des processions de flagellants, errant de ville en ville, exhortant la foule à la pénitence et à la mortification. Une ambiance de fin du monde régnait sur un continent exsangue, à l'agonie. Le Pape tenta de calmer les foules en exonérant dans ses prêches les Juifs de toute responsabilité, l’Empereur allemand intervint aussi en leur faveur mais rien n’y fit. La population décimée par la faim, la peste et la guerre s’en prit partout aux puissants et aux Juifs. Ainsi à Strasbourg les habitants renversèrent le conseil municipal composé de patriciens et se dotèrent d’un nouveau conseil dominé par les bourgeois et des représentants du peuple. A peine réunis les conseillers procédèrent le 13 févier 1349 à l’arrestation des 2000 juifs de la ville ; ils les brûlèrent dans un cimetière. Des dizaines de communautés furent persécutées en Allemagne par une population anéantie par la peste. Pourtant, après les massacres, les Juifs survivants, émigrés, furent encore rappelés, toujours pour reprendre leurs activités de crédit. A Cologne où ils furent massacrés dans la nuit de la Saint-Barthélemy en 1349, ils revinrent en 1372. Ils y restèrent jusqu’en 1424, date à laquelle ils furent définitivement chassés. Tant qu’ils restèrent ils furent obligés d’habiter dans un quartier séparé en plus de porter un vêtement distinctif : ainsi naquit le premier ghetto. En France les Juifs finirent par être définitivement expulsés en 1394. Les Judéens trouvèrent un refuge temporaire en Italie. A partir de la fin du XIII siècle, jusque-là installés à Rome, ils essaimèrent dans les villes du Nord de l’Italie où des Juifs expulsés de France les rejoignirent. A Rome ils s’étaient rendus indispensables aux autorités ecclésiastiques en gérant leurs biens. C’est tout le paradoxe de la condition des Juifs en Italie. Le Pape faisait pression pour qu’ils se convertissent, sans succès, malgré des décisions qui tendaient à les stigmatiser, mais il les protégeait aussi car ils assuraient la prospérité des États pontificaux. Un pays va alors ouvrir grand ses portes aux Juifs : la Pologne. Vaste et peu peuplée elle fut l’ultime refuge. Selon une légende juive le nom de Pologne en hébreu : Polin est dérivé de mots signifiant : « Ici repose-toi » enjoints par Dieu à un groupe de réfugiés venus d’Espagne. En latin la Pologne était appelée paradisus judaeorum : « paradis juif » pour son attitude tolérante et accueillante. La Pologne allait devenir le port d’attache de la plus grande communauté de la diaspora du monde. Les premiers Juifs arrivèrent en Pologne vers l’an mille, puis l’immigration s’accéléra après la première croisade (1096) mais surtout à partir du XIII siècle avec l’arrivée des premiers ashkénazes venus de Rhénanie et de Bohème. En 1264 le duc Boleslav le Pieux accorda aux Juifs une charte leur garantissant liberté et protection contre leur établissement dans des territoires qui avaient été dévastés par les Tatars. Au lendemain de l’invasion mongole puis pendant la peste noire l’immigration juive connut de nouveaux pics, les Judéens fuyant les persécutions de l’ Europe occidentale. Le roi Casimir le Grand (1310-1370) dont on dit que son épouse Esterika était juive confirma la charte de Boleslav et leur confia la ferme de ses mines de sel et de ses monnaies. Puis les Judéens s’investirent dans le développement urbain voulu par Casimir en devenant des agents commerciaux internationaux spécialisés dans le négoce d’épices, de soie, de fourrures, de produits orientaux, de textiles flamands et anglais, de vins hongrois. Ainsi en Pologne les Juifs se dégagèrent de l’activité financière dans laquelle les Occidentaux les avaient cantonnés pour se déployer dans l’affermage des biens nobles, dans le commerce et dans l’artisanat. Les immigrés Juifs originaires d’Allemagne apportèrent avec eux leur idiome, la langue d’Ashkénaze (c’est à dire la langue d’Allemagne) appelée le yiddish. Le yiddish devint le vernaculaire de l’ensemble du judaïsme polonais puis de l’ensemble du judaïsme de l’Europe de l’Est. Le yiddish est une langue germanique dérivée du haut allemand avec un apport de vocabulaire hébreu et slave. Langue vernaculaire ou le vernaculaire désigne une langue parlée seulement à l’intérieur d’une communauté (du latin vernaculus : indigène, du pays, propre au pays). Pogrom : ce mot issu du russe погром signifie détruire, piller ; il désigne des actions de masse violentes exercées contre les Juifs.
  6. Lettre 57 - Introduction 11 mai 2019 Samuel, XIV siècle. Le quatorzième siècle fut un siècle funeste pour les populations européennes. « De la famine, de la peste et de la guerre, délivre-nous Seigneur » telle est la prière des femmes et des hommes de ce siècle. L’Occident connut une période de développement exceptionnel du X au XIII siècle grâce au défrichement de nouvelles terres et leur mise en exploitation. Grâce aussi au développement du commerce international favorisé par les croisades. Les Républiques italiennes de Gênes et de Venise notamment avaient participé à l’acheminement des hommes en Palestine par la mer et s’étaient ainsi emparé des réseaux de communication maritimes qu’elles utilisaient désormais pour faire commerce avec le Moyen-Orient. La population européenne s’était aussi sensiblement accrue. Mais à la fin du treizième siècle des difficultés de subsistance apparurent. Les nouvelles terres défrichées étaient désormais de faible rendement. Des conditions climatiques défavorables entraînèrent des pénuries alimentaires bientôt suivies par des famines dès 1315. La population commença à décroître. Des maladies mortelles apparurent, véhiculées par les mouvements des envahisseurs asiatiques, des Croisés et des commerciaux internationaux : la lèpre puis la peste. La lèpre était une maladie endémique en Europe mais elle connut un essor considérable suite aux croisades qui la véhiculèrent. Elle atteignit un pic de développement à la fin du treizième siècle. La bactérie responsable de la peste, Yersinia pestis sortit de son antre orientale au début du XIV siècle et se répandit en suivant les routes prises par les Mongols et les routes suivies par les marchands. La maladie toucha Marseille en 1347, l’ensemble du territoire français fut contaminé entre novembre 1347 et novembre 1348. Puis ce fut le tour de l’Angleterre puis celui de l’Europe toute entière. La maladie toucha aussi le Maghreb, l’Égypte et tous les pays du Moyen-Orient. La peste faucha entre un quart et un tiers de la population du continent. En Europe les États-nations que nous connaissons aujourd’hui n’existaient pas encore. Le régime féodal ne reconnaissait que des propriétés royales et familiales. Pourtant lentement le sentiment d’identité nationale apparut et s’affirma progressivement dans la guerre. En France par exemple le roi Philippe le Bel (1268-1314) va affirmer son autorité sur Lyon qui relevait jusque-là du Saint-Empire romain germanique (dont on a vu que ce dernier se disloqua après la mort de Frédéric II, voir lettre 56 première partie). Puis il tenta de reprendre à Édouard 1er roi d’Angleterre le duché d’Aquitaine (Guyenne et Gascogne) sans y parvenir. Il lutta ensuite contre le comte de Flandre à qui il arracha le comté mais il dut sans cesse envoyer des armées pour vaincre des révoltes récurrentes. Philippe le Bel institua ainsi une guerre perpétuelle qui se poursuivit sous un autre roi par la guerre de Cent ans commencée en 1337, achevée en 1453, avec une accalmie en 1380. En 1328, à la mort de Charles IV, roi de France, deux héritiers vont se disputer le royaume : le prince Édouard, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, futur roi d’Angleterre sous le nom d’Édouard III, et Philippe VI de Valois, fils d’un frère de Philippe le Bel. Édouard aurait dû hériter mais il était anglais. Le sentiment naissant d’identité nationale poussa la noblesse à choisir Philippe VI de Valois. D’où une guerre de succession qui ravagea en grande partie la France sur le territoire de laquelle cette guerre se déroula. Ainsi famines, maladies, guerres furent autant de fléaux qui affectèrent l’Europe occidentale. Lisons Eustache Deschamps, poète français né vers 1340 (mort entre 1404 et 1405) : « Temps de douleur et de tentation Age de pleurs, d’envie et de tourment Temps de langueur et de domination Age mineur, près du définement » (Définement : mort, fin, décroissance)
  7. sagaidatch

    Histoire de la Russie

    Russie, lettre 2 11 mai 2019 Samuel, Les premiers peuples connus de Russie occupaient le sud du territoire au nord de la mer Noire. C’est Hérodote, historien grec (480-425 avant l’E.C.) qui nous en relate l’histoire. Il existait en effet, en ce temps-là, à l’embouchure du Boug, une colonie grecque Olbia qui commerçait avec ces peuples, colonie dans laquelle Hérodote séjourna. Sur la carte jointe Olbia se trouvait près d’Odessa, à l’embouchure du Dniepr dans laquelle se jetait le Boug. Ainsi nous savons que les peuples de la steppe ont participé à la civilisation classique par le truchement de relations commerciales avec les colonies grecques de la mer Noire. Les fouilles entreprises en Russie du sud attestent l’existence d’une population autochtone d’agriculteurs dès le quatrième millénaire avent l’E.C. Mais nous ne savons pratiquement rien de ces occupants qui laissèrent peu de traces. Tout indique une lutte récurrente entre ces autochtones et les envahisseurs nomades qui se succédèrent par vagues dans la région, lutte qui conduisit sans doute à des intégrations ethniques par le jeu des mariages. Une première vague d’envahisseurs apparut entre 1000 et 700 ans avant l’E.C. : les Cimmériens. Il laissèrent peu de vestiges qui eurent permis de bien les connaître. Ils furent remplacés par une autre vague de migrants : les Scythes. Ces derniers venaient d’Asie centrale et parlaient une langue iranienne (perse). Ils dominèrent la Russie du sud du VII siècle à la fin du III siècle avant l’E.C. L’Empire des Scythes s’étendit d’abord du Don au Danube et des rives septentrionales de la mer Noire jusque loin, au nord, à l’intérieur des terres. Puis les Scythes franchirent le Danube vers le sud et passèrent en Asie mineure (Turquie). Ils se dirigèrent vers la Syrie et Israël où ils firent une brève apparition. Ce sont eux que les rédacteurs de la Thorah appellent du nom de leur ascendant : Achkenaz. Ainsi est-il écrit, chapitre 10, versets 1 à 3 : 1- Voici la descendance des fils de Noé, Sem, Cham et Japhet, à qui des enfants naquirent après le Déluge. 2- Enfants de Japhet : Gourer, Magog, Madaï, Yavan, Toubal, Méchec et Tiras. 3- Enfants de Gourer : Achkenaz, Rifath et Togarma. Rappelons que selon la tradition hébraïque Noé est le père de l’humanité, sa famille seule ayant été sauvée du Déluge, Sem étant le père des peuples d’Asie, Cham celui des peuples d’Afrique et Japhet celui des peuples d’Europe. Les Scythes atteignirent les frontières de l’Égypte puis ils refluèrent devant la contre-attaque de Darius 1er, roi de Perse. Au III siècle avant l’E.C. un autre groupe de nomades apparut : les Sarmates, peuple parlant également une langue perse, venu d’Asie centrale. Les Scythes disparurent en tant qu’identité sans doute absorbés par les Sarmates et la population autochtone de la région. La domination sarmate en Russie du sud dura du III siècle avant l’E.C. au début du III siècle après l’E.C. C’est ainsi que la culture gréco-perse se développa sur tout le littoral de la mer Noire et dans la steppe russe attenante, les peuples scythe et sarmate vivant en bonne intelligence avec le peuple grec. Aujourd’hui nous pouvons prendre la mesure de l’antique culture Grecs/ Scythes/ Sarmates en visitant les salles de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg ou celles du Musée historique de Moscou qui leur sont consacrées. Les Scythes ont puissamment marqué l’imaginaire russe. Ainsi Michel Heller (1922-1997), historien français d’origine russe, écrit dans Histoire de la Russie et de son Empire, Champs Histoire, page 18 : « L’image du Scythe, cavalier sans entraves, que ne domine aucune autorité, enflamma l’imagination de la génération qui verra la prise du pouvoir par les bolchéviks en Russie et qui tentera d’apparenter les Russes aux antiques guerriers des steppes » Alexandre Blok (1880-1921) poète russe né et mort à Saint-Pétersbourg écrivit : « Oui nous sommes des Scythes. Oui nous sommes des Asiates. Yeux avides et farouches, yeux bridés » (Il semble que les Scythes avaient aussi des origines mongoles). Je t’embrasse, Je t’aime,
  8. Russie, lettre 1 Le 10 mai 2019 Samuel, Tu vas bientôt aller vivre à Moscou et y poursuivre tes études. La Russie est ton pays de cœur, le pays de ton âme. Aussi vais-je t’en décrire l’histoire tout en continuant de te décrire l’histoire des Hébreux. D’abord un petit résumé de la géographie de la Russie, avant d’en commencer l’histoire. La Russie, peuplée de 145 millions d’habitants, est le pays le plus étendu de la planète : 17 098 250 km², loin devant le Canada, 9 984 670 km², la Chine, 9 634 057 km² et les États-Unis 9 630 709 km². «Même en chevauchant pendant trois ans, vous ne passerez pas dans un autre pays». Ainsi Nicolas Gogol (1809-1852) fait-il parler l’un de ses personnages dans la pièce le Revizor (1826). La Russie est une immense plaine qui fut jadis le fond d’une mer. L’Oural est une chaîne de montagnes qui sépare l’Europe de l’Asie, les deux continents que la Russie enjambe. Mais l’Oural, ancienne montagne érodée qui culmine à 1 895 mètres, ne forme pas une barrière : la steppe s’ouvre en une large voie de passage entre l’extrémité sud de l’Oural et les mers d’Aral et de Caspienne. Au-delà de l’Oural s’étend la Sibérie qui représente les deux-tiers du pays. Jusqu’à l’Ienisseï, fleuve long de 4 090 km qui coupe la Russie en son milieu du sud au nord, s’étend une vaste plaine, puis au-delà, la plaine fait place à un plateau qui culmine entre 300 et 1200 mètres d’altitude. Enfin, au-delà de la Léna, 4 400 km, s’étendent les massifs montagneux de l’Extrême-Orient. Les montagnes, à l’exception de l’Oural, occupent les marches du pays : les chaînes du Caucase (région située entre la mer Noire et la mer Caspienne, où culmine le mont Elbrouz, le plus élevé d’Europe avec 5 642 mètres) puis les chaînes de l’Altaï (point culminant : le mont Béloukha 4 506 mètres) et de Saïan qui bordent le pays au sud de la partie asiatique et enfin les montagnes de la péninsule du Kamtchatka (qui culminent à 4 750 mètres avec le mont Klioutchevskoï, le plus haut sommet de la partie asiatique russe ; il s’agit d’un volcan en activité). La Russie est parcourue par de longs fleuves qui s’écoulent du sud vers le nord à l’exception de la Volga (3 700 km) fleuve le plus long d’Europe et de l’Amour (2 874 km), fleuve qui sert de frontière entre la Russie et la Chine. Avec l’Ienisseï et la Volga que nous avons cités plus haut nous pouvons aussi citer l’Ob, 3 680 km. La Russie du nord et centrale est située à la même latitude que celle de l’Alaska. Les vents glacés de l’océan arctique balaient tout le territoire de la Russie d’Europe jusqu’à la mer Noire. Le climat sibérien, à l’exception de l’extrême sud-est est encore plus brutal. Seule une partie du littoral de la Crimée et du sud du Caucase, autour de la mer Noire, connaît un climat subtropical. Mais quand l’été arrive les températures s’envolent. Les vagues de chaleur sont communes en Russie, terre de contrastes. Contraste aussi dans la durée des jours et des nuits pour les parties les plus septentrionales. Ainsi à Saint-Pétersbourg, autour du solstice d’été, de fin mai à début juillet la nuit ne tombe pratiquement pas : ce sont les fameuses nuits blanches de Saint-Pétersbourg. En revanche, dans cette ville, en hiver, le soleil ne se lève que vers 8-9 h et se couche vers 16 h. Le climat détermine la végétation. A l’extrême nord, la toundra, désert gelé de marais, de mousses et de broussailles, vide ou presque d’habitants couvre quinze pour cent du territoire. Y vivent les ours blancs, les phoques, les morses, les renards polaires, les rennes, les lièvres des neiges et les mythiques loups blancs. Au sud de la toundra s’étendent la taïga, forêt de conifères, et une forêt mixte de conifères et de feuillus. Ces deux immenses forêts courent à travers toute la Russie et occupent la moité du territoire. Y vivent les élans, les ours, les rennes, les lynx, les zibelines, les renards argentés, les cerfs, les loups communs, les renards, les visons, les tigres et les léopards. Puis vient la steppe ou prairie qui revêt tout le sud de la Russie d’Europe et atteint en Asie le pied de l’Altaï. Enfin tout au sud se trouve une zone semi-désertique de l’Asie centrale. Je pense à toi, Bon courage pour les exo de maths ! Je t’aime,
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