Aller au contenu

Article de dignité humaine : Les heures coloniales


Invité Hind.

Messages recommandés

Invité Hind.
Invités, Posté(e)
Invité Hind.
Invité Hind. Invités 0 message
Posté(e)

Bonjour, voici un article assez intéressant que je voulais vous partager et qui soulève des moments de l'histoire de France, pouvant nous faire réfléchir sur notre ethnocentrisme actuel; en voyant le mépris de certain à l'égard d'autres cultures, je me propose de leur montrer une insigne partie de leur histoire, bien oubliée. Mais voulant pas tomber dans la généralité, je montre la force et le courage d'un Camus qui la critique consciencieusement. Ainsi dans chaque nation, peuple & époque il y a des hommes bien tous différents par leurs qualités comme par leurs défauts.

KABYLIE - En novembre 2013, sera célébré le centenaire de la naissance d'Albert Camus. Soixante-quatorze ans en arrière, soit en 1939, pendant une période de dix jours, du 5 au 15 juin, le quotidien algérois, Alger Républicain fondé en 1938 par Pascal Pia, publie un reportage réalisé par Albert Camus: "Misère de la Kabylie". Tout au long de ce texte publié par épisodes, le jeune reporter met en évidence "l'effroyable misère" dans laquelle vivait la population indigène kabyle. La situation est dramatique. Le constat est accablant! Cet "itinéraire de la famine", écrit dans un style direct et incisif laisse transparaître l'image d'un reporter, fin observateur, admiratif, respectueux des Kabyles et profondément affecté par le dénuement matériel de cette région délaissée par les autorités coloniales locales. Sa démarche in situ lui permet d'avoir une vision réaliste de son terrain d'investigation qu'il se propose de faire découvrir à l'opinion publique au nom de la vérité, de la justice, du bon sens, du devoir et de la dignité humaine.

"La Kabylie est un pays surpeuplé qui consomme plus que ce qu'il produit", écrit d'emblée Albert Camus. Dans cette région rude et impitoyable en période de grand froid notamment, des êtres humains aux paupières malades, aux yeux pleins de pus, laissés sans soins meurent de faim. Des enfants sont sous-alimentés, pour se nourrir, des villages entiers consomment des racines, des graines de pin, des herbes, des orties et la tige de chardon qui est l'une des bases de l'alimentation kabyle. Dans un douar, cinq garnements sont morts empoisonnés par des plantes vénéneuses. La situation sanitaire est alarmante. Des populations entières sont décimées par des épidémies. 40% des familles vivent avec moins de 1000 francs par an soit moins de 100 francs par mois.

Plus de la moitié de la population est au chômage. Ceux qui travaillent sont exploités, soumis à un régime d'esclavage, contraints à une double journée de travail. Les ouvriers travaillent de 10 à 12 heures par jour pour un salaire de 6 à 10 francs. Les femmes sont moins payées que les hommes. Le prélèvement d'arriérés d'impôts sur les paies diminue sensiblement les salaires.

"Quels remèdes a-t-on apporté à une pareille détresse?", interroge Albert Camus qui répond d'emblée: "un seul et c'est la charité". Celle-ci prend deux formes. La distribution des grains qui a lieu tous les deux ou trois mois mais qui s'avère très insuffisante et qui pose deux problèmes. Les grains distribués sont très souvent de très mauvaise qualité. Puis dans beaucoup de villages, la distribution se fait sur la base du clientèlisme, en fonction des intérêts des caïds et des conseillers municipaux. La seconde forme de charité administrative concerne les chantiers de charité qui emploient des indigents qui exécutent des travaux d'utilité publique en contrepartie d'un salaire qui varie entre 8 et 10 francs par jour, payé moitié en argent, moitié en grains. Cette forme de charité est discriminatoire puisqu'elle exclut les malades et les infirmes.

Dans la partie consacrée à l'enseignement, Albert Camus adopte un ton révolté dénonçant le manque d'écoles et l'absence d'une politique d'enseignement. C'est pourquoi, il préconise la construction d'écoles "saines et modestes" en remplacement des "écoles palais". "Les Kabyles réclament des écoles comme ils réclament du pain", écrit-il. Puis il poursuit, "Si l'on veut vraiment d'une assimilation, et que ce peuple digne soit français, il ne faut pas commencer par le séparer des Français"...

Offusqué et révolté par ce qu'il découvre dans "les petits villages groupés autour de points naturels -et habités par des- hommes drapés de laine blanche", Albert Camus propose un plan de développement économique, social et politique pour cette région. À la lumière de cette démarche, celui qui se positionne comme le porte-voix de ces "populations silencieuses, miséreuses et dominées" se veut un lien entre les Kabyles et le pouvoir colonial local.

"Misère de la Kabylie" est un précieux témoignage de la période coloniale. Il s'inscrit dans le cadre d'une "investigation dénonciatrice" de l'exploitation coloniale à l'égard de la population indigène. C'est un plaidoyer en faveur de la dignité de la population indigène. Cette démarche fait apparaître Albert Camus comme "un homme moral dans un contexte immoral", volontaire qui agit au nom du devoir, du bon sens, "au service de la vérité" et de la justice sociale. Cette posture met en perspective un journalisme généreux, engagé, solidaire qui met l'accent sur la personne humaine. Le centre d'intérêt -du jeune reporter- c'est l'individu dans un cadre social. Car tout au long de l'enquête in situ, il s'insurge contre les préjugés, l'inculture, la pauvreté et l'exploitation de la main d'oeuvre indigène. Il recommande une démarche participative qui consiste à impliquer les Kabyles dans l'administration du système communal local.

Ce partisan de "la main tendue" aux Kabyles qui vise à valoriser des êtres humains, à éveiller les consciences préconise une "politique généreuse et clairvoyante" dans une perspective d'assimilation. Car "si l'on veut vraiment d'une assimilation, et que ce peuple si digne soit français, il ne faut pas commencer à le séparer des Français", affirme-t-il.

Cependant, à aucun moment, Albert Camus ne remet en cause l'ordre colonial. L'emploi du "nous" lorsqu'il parle de la France, dénote un fort sentiment d'appartenance à l'ordre colonial qu'il se propose de réformer pour rendre justice à la Kabylie et à ses habitants. Dans ce reportage, Albert Camus est avant tout "une conscience française" qui voue une "sympathie instinctive" à des indigènes qu'il défend tout en se situant du côté des "conquérants". Et c'est justement cette position qui lui permet d'agir en intermédiaire entre le pouvoir colonial dominant qui ignore et exploite, et ce "peuple" kabyle qui meure de faim, de froid, de maladie et d'humiliation.

Ainsi, l'un des objectifs de l'auteur à travers cette série d'articles qui suscite de l'indignation et de la colère est de plaider en faveur du droit de la population indigène kabyle à l'éducation, à une vie digne et décente et d'inciter les autorités coloniales locales à agir pour "rendre au travail kabyle tout son prix; pour éduquer techniquement un peuple dont l'adresse et l'esprit d'assimilation sont devenus proverbiaux; pour que sur les bancs d'une même école, deux peuples faits pour se comprendre commenceront à se connaître". Le but de Albert Camus était de renforcer "une connaissance mutuelle", pour réussir l'entreprise de l'assimilation envisagée par la France et que Albert Camus appelait de tous ses voeux.

http://www.huffingtonpost.fr/nadia-agsous/misere-de-la-kabylie-camus_b_3163534.html?utm_hp_ref=france

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant
Invité nietzsche.junior
Invités, Posté(e)
Invité nietzsche.junior
Invité nietzsche.junior Invités 0 message
Posté(e)

pour réussir l'entreprise de l'assimilation envisagée par la France et que Albert Camus appelait de tous ses voeux.

dommage qu'a aucun moment camus n est remis en cause le Fait colonial lui même ...

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité Hind.
Invités, Posté(e)
Invité Hind.
Invité Hind. Invités 0 message
Posté(e)

Pourquoi aurait t'il dû le faire ? est ce mal de coloniser ? car alors il faudrait remettre en question cette colonisation post seconde guerre mondiale à forte dominante américaine et j'en passe d'autres; la France n'a plus d'identité propre, enfin je pense; mais en ce qui le concerne, il a contesté l'injustice de la colonisation, là est la force d'un tel individu.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité nietzsche.junior
Invités, Posté(e)
Invité nietzsche.junior
Invité nietzsche.junior Invités 0 message
Posté(e)

oui il aurais du comme il a su denoncer le nazisme ou le stalinisme .. non ? tu ne crois pas .. il aurait pu aussi se souvenir de ce que fut setif ou guelma par exemple

..

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité Hind.
Invités, Posté(e)
Invité Hind.
Invité Hind. Invités 0 message
Posté(e)

Bonjour,

Si vous pensez que Camus n'a pas dénoncé les dérives totalitaires de son époque; permettez moi de dire qu'en premier lieu, il n'y a pas de recule historique tel que vous l'avez aujourd'hui et qu'en suite je m'autoriserai à vous faire lire cet extrait d'un article de Jacqueline Lévi-Valensi :

"Représentation de la guerre, de l'occupation, du nazisme, mais aussi de toutes les formes d'oppression et de mal, le roman, il est vrai, a une visée éthique ; mais on ne saurait l'y réduire. Rieux, combattant opiniâtre et sans illusion, « historien des coeurs déchirés » Tarrou et son désir désespéré de ne pas propager le mal, Paneloux et son appel à une foi inconditionnelle, Rambert et son goût du bonheur, Grand, le véritable « héros », dans son innocence et son honnêteté totale, Cottard, qui pactise avec la peste, tous ces personnages, inscrits dans l'épaisseur du temps, la réalité de l'espace et des situations concrètes, dessinent une fresque des attitudes humaines face à la souffrance de la séparation, à la maladie, à la mort ; pour exalter la fraternité du combat collectif, pour montrer que « l'homme n'est pas une idée », et qu'il y a en lui « plus de choses à admirer » qu'à « mépriser », pour protester contre la violence qui lui est faite, Camus use de tous les pouvoirs de la création romanesque. Si cette « chronique » n'est pas « celle de la victoire définitive », c'est tout autant comme oeuvre d'art que par son prédicat moral qu'elle témoigne de la révolte de l'homme et de sa lutte contre la terreur. Reprenant le mythe de la peste, L'État de siège (1948), spectacle baroque, fait éclater les structures traditionnelles du théâtre et incarne aussi une réalité historique et politique ; en situant la pièce à Cadix, Camus entend rappeler que sous Franco l'Espagne – sa « seconde patrie » – n'est pas un pays libre, et, à travers cette localisation symbolique, rendre hommage à tous ceux qui s'élèvent contre la dictature. Pour dire leur combat, et s'opposer sans ambiguïté à toute légitimation du meurtre, et au terrorisme aveugle, Les Justes (1950) vont retrouver la rigueur de la tragédie classique."

Il s'est engagé vivement dans la lutte intellectuelle dès les premières heures contre tout dogmatisme politque; Mais savait on ce qu'on sait ou ce qu'on croit savoir au sujet du nazisme et de cette période, j'en doute.

Bien à vous

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité nietzsche.junior
Invités, Posté(e)
Invité nietzsche.junior
Invité nietzsche.junior Invités 0 message
Posté(e)

je doute pas qu il c est engagé je t ai moi même dit juste avant . qu il a dénoncé le nazisme et le stalinisme .. et toi tu me répond comme si j avais dit le contraire ... tu veux pas t engager toi un peu dans la réflexion plutôt que la réplique stérile en citant un article qui justement occulte tout l épisode de ces prise de position pendant la guerre d Algérie ...

douter de quoi ? qu il a refuser de signer la lettre de soutient a un prisonnier politique français( henri alleg) qui a soutenu le fln .. qu il a déclaré devant le presse qu a choisir entre sa mère et la justice il choisirai sa mère .. a propos de l Algérie ..

que justement c est le paradoxe d un homme qui a su dénoncer le totalitarisme , sauf quand il s agissait de la France colonial .. et justement tu ne fait que reproduire un mythe un citant un article qui participe a cette occultation d une part d ombre , propre a chaque etre . ca ne sert a rien de nier une réalité , contextualise là si tu veux ...

c est quoi le prochain post que tu prépare .. l apologie du juif chez Céline ..

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, Greuh, 44ans Posté(e)
The_Dalek Membre 21 012 messages
44ans‚ Greuh,
Posté(e)

La colonisation est une incroyable outrecuidance vaniteuse, c'est prendre possession d'un territoire et en régenter les aspects au seul bénéfice de l'envahisseur, il n'y a pas d'excuses a ça

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, Posté(e)
williama Membre 3 892 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

La colonisation est une incroyable outrecuidance vaniteuse, c'est prendre possession d'un territoire et en régenter les aspects au seul bénéfice de l'envahisseur, il n'y a pas d'excuses a ça

Si seulement vous pouviez réagir de la sorte envers l'immigrationisme qui n'est rien d'autre que la poursuite du colonialisme !

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, Greuh, 44ans Posté(e)
The_Dalek Membre 21 012 messages
44ans‚ Greuh,
Posté(e)

Si seulement vous pouviez réagir de la sorte envers l'immigrationisme qui n'est rien d'autre que la poursuite du colonialisme !

Ton avis n'a pas une once d'intérêt, je pense trop pour me rabaisser a tes amalgames primitifs

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité Hind.
Invités, Posté(e)
Invité Hind.
Invité Hind. Invités 0 message
Posté(e)

je doute pas qu il c est engagé je t ai moi même dit juste avant . qu il a dénoncé le nazisme et le stalinisme .. et toi tu me répond comme si j avais dit le contraire ... tu veux pas t engager toi un peu dans la réflexion plutôt que la réplique stérile en citant un article qui justement occulte tout l épisode de ces prise de position pendant la guerre d Algérie ...

douter de quoi ? qu il a refuser de signer la lettre de soutient a un prisonnier politique français( henri alleg) qui a soutenu le fln .. qu il a déclaré devant le presse qu a choisir entre sa mère et la justice il choisirai sa mère .. a propos de l Algérie ..

que justement c est le paradoxe d un homme qui a su dénoncer le totalitarisme , sauf quand il s agissait de la France colonial .. et justement tu ne fait que reproduire un mythe un citant un article qui participe a cette occultation d une part d ombre , propre a chaque etre . ca ne sert a rien de nier une réalité , contextualise là si tu veux ...

c est quoi le prochain post que tu prépare .. l apologie du juif chez Céline ..

Bonjour,

Avant de donner son avis on cite les travaux des spécialistes et on vérifie ce qui est dit, cela s'appelle penser objectivement. Sur quoi base tu tes dires ? ensuite on pourra débattre...

C'est une logique de construction, le plan et les matériaux avant de construire...

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité sfc
Invités, Posté(e)
Invité sfc
Invité sfc Invités 0 message
Posté(e)

La colonisation est une incroyable outrecuidance vaniteuse, c'est prendre possession d'un territoire et en régenter les aspects au seul bénéfice de l'envahisseur, il n'y a pas d'excuses a ça

tout comme la savoie nice corse bretagne etc ... ? , ou alors peu être que cette vision que vous en faite ne s’applique pas a tout les peuples , c'eux qui dérange directement on aimerais bien les faire disparaître , quand c'est a l'autres bout de la planète et que sa n’interfère pas la votre de vie , la oui pas de problème ... après suffit de modifier l'histoire et faire croire a une autres .

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité Hind.
Invités, Posté(e)
Invité Hind.
Invité Hind. Invités 0 message
Posté(e)

Umm c'est vrai que ce que vous dites est pertinent, la France de 1789 n'est pas la France actuelle, je ne crois pas qu'il s'agissait de colonialisme dans un contexte de réunification et de chute de la monarchie. Si on observe la définition de colonialisme, c'est une "doctrine politique qui prône l'exploitation par la métropole des territoires sous-développés qu'elle a pris en charge à son seul profit ou au profit unique des éléments métropolitains installés sur ces territoires." (CNRTL) dans le cas précèdent il s'agissait d'intégrer, d’annihiler des diversités linguistiques et culturelles (un vrai malheur) pour former un tout appelé la France (cette fameuse métropole) dont la politique d'assimilation, atteignit son paroxysme avec Jule Ferry et l'enseignement du français; il est vrai que c'est un désastre en terme de perte historique que de voir le provençal ou le breton et autres devenir des reliques mais je ne pense pas que c'était une colonisation.

Par contre on parle de colonisation des Amériques avec le génocide qu'on connait... enfait la nuance réside dans le territoire (étranger) mais la France sous la monarchie était cohérente territorialement parlant mais n'avait pas de communauté unique dite française.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité sfc
Invités, Posté(e)
Invité sfc
Invité sfc Invités 0 message
Posté(e)
Par contre on parle de colonisation des Amériques avec le génocide qu'on connait... enfait la nuance réside dans le territoire (étranger) mais la France sous la monarchie était cohérente territorialement parlant mais n'avait pas de communauté unique dite française.

au fond c'est quoi un génocide ? si dans des école savoisienne on apprend a des savoisiens que leur roi étais Napoléon alors qu'en réalité c'étais leur ennemis et que leur roi étais hamédée , ainsi on efface l'histoire que l'on remplace par une autre . c'est un génocide aussi , sauf qu'il est fait en silence par ce que il faut que tout soit pareil , la différence c'est pas bien .

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

  • 1 an après...
Membre, Posté(e)
ziff Membre 74 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Bonjour, voici un article assez intéressant que je voulais vous partager et qui soulève des moments de l'histoire de France, pouvant nous faire réfléchir sur notre ethnocentrisme actuel; en voyant le mépris de certain à l'égard d'autres cultures, je me propose de leur montrer une insigne partie de leur histoire, bien oubliée. Mais voulant pas tomber dans la généralité, je montre la force et le courage d'un Camus qui la critique consciencieusement. Ainsi dans chaque nation, peuple & époque il y a des hommes bien tous différents par leurs qualités comme par leurs défauts.

KABYLIE - En novembre 2013, sera célébré le centenaire de la naissance d'Albert Camus. Soixante-quatorze ans en arrière, soit en 1939, pendant une période de dix jours, du 5 au 15 juin, le quotidien algérois, Alger Républicain fondé en 1938 par Pascal Pia, publie un reportage réalisé par Albert Camus: "Misère de la Kabylie". Tout au long de ce texte publié par épisodes, le jeune reporter met en évidence "l'effroyable misère" dans laquelle vivait la population indigène kabyle. La situation est dramatique. Le constat est accablant! Cet "itinéraire de la famine", écrit dans un style direct et incisif laisse transparaître l'image d'un reporter, fin observateur, admiratif, respectueux des Kabyles et profondément affecté par le dénuement matériel de cette région délaissée par les autorités coloniales locales. Sa démarche in situ lui permet d'avoir une vision réaliste de son terrain d'investigation qu'il se propose de faire découvrir à l'opinion publique au nom de la vérité, de la justice, du bon sens, du devoir et de la dignité humaine.

"La Kabylie est un pays surpeuplé qui consomme plus que ce qu'il produit", écrit d'emblée Albert Camus. Dans cette région rude et impitoyable en période de grand froid notamment, des êtres humains aux paupières malades, aux yeux pleins de pus, laissés sans soins meurent de faim. Des enfants sont sous-alimentés, pour se nourrir, des villages entiers consomment des racines, des graines de pin, des herbes, des orties et la tige de chardon qui est l'une des bases de l'alimentation kabyle. Dans un douar, cinq garnements sont morts empoisonnés par des plantes vénéneuses. La situation sanitaire est alarmante. Des populations entières sont décimées par des épidémies. 40% des familles vivent avec moins de 1000 francs par an soit moins de 100 francs par mois.

Plus de la moitié de la population est au chômage. Ceux qui travaillent sont exploités, soumis à un régime d'esclavage, contraints à une double journée de travail. Les ouvriers travaillent de 10 à 12 heures par jour pour un salaire de 6 à 10 francs. Les femmes sont moins payées que les hommes. Le prélèvement d'arriérés d'impôts sur les paies diminue sensiblement les salaires.

"Quels remèdes a-t-on apporté à une pareille détresse?", interroge Albert Camus qui répond d'emblée: "un seul et c'est la charité". Celle-ci prend deux formes. La distribution des grains qui a lieu tous les deux ou trois mois mais qui s'avère très insuffisante et qui pose deux problèmes. Les grains distribués sont très souvent de très mauvaise qualité. Puis dans beaucoup de villages, la distribution se fait sur la base du clientèlisme, en fonction des intérêts des caïds et des conseillers municipaux. La seconde forme de charité administrative concerne les chantiers de charité qui emploient des indigents qui exécutent des travaux d'utilité publique en contrepartie d'un salaire qui varie entre 8 et 10 francs par jour, payé moitié en argent, moitié en grains. Cette forme de charité est discriminatoire puisqu'elle exclut les malades et les infirmes.

Dans la partie consacrée à l'enseignement, Albert Camus adopte un ton révolté dénonçant le manque d'écoles et l'absence d'une politique d'enseignement. C'est pourquoi, il préconise la construction d'écoles "saines et modestes" en remplacement des "écoles palais". "Les Kabyles réclament des écoles comme ils réclament du pain", écrit-il. Puis il poursuit, "Si l'on veut vraiment d'une assimilation, et que ce peuple digne soit français, il ne faut pas commencer par le séparer des Français"...

Offusqué et révolté par ce qu'il découvre dans "les petits villages groupés autour de points naturels -et habités par des- hommes drapés de laine blanche", Albert Camus propose un plan de développement économique, social et politique pour cette région. À la lumière de cette démarche, celui qui se positionne comme le porte-voix de ces "populations silencieuses, miséreuses et dominées" se veut un lien entre les Kabyles et le pouvoir colonial local.

"Misère de la Kabylie" est un précieux témoignage de la période coloniale. Il s'inscrit dans le cadre d'une "investigation dénonciatrice" de l'exploitation coloniale à l'égard de la population indigène. C'est un plaidoyer en faveur de la dignité de la population indigène. Cette démarche fait apparaître Albert Camus comme "un homme moral dans un contexte immoral", volontaire qui agit au nom du devoir, du bon sens, "au service de la vérité" et de la justice sociale. Cette posture met en perspective un journalisme généreux, engagé, solidaire qui met l'accent sur la personne humaine. Le centre d'intérêt -du jeune reporter- c'est l'individu dans un cadre social. Car tout au long de l'enquête in situ, il s'insurge contre les préjugés, l'inculture, la pauvreté et l'exploitation de la main d'oeuvre indigène. Il recommande une démarche participative qui consiste à impliquer les Kabyles dans l'administration du système communal local.

Ce partisan de "la main tendue" aux Kabyles qui vise à valoriser des êtres humains, à éveiller les consciences préconise une "politique généreuse et clairvoyante" dans une perspective d'assimilation. Car "si l'on veut vraiment d'une assimilation, et que ce peuple si digne soit français, il ne faut pas commencer à le séparer des Français", affirme-t-il.

Cependant, à aucun moment, Albert Camus ne remet en cause l'ordre colonial. L'emploi du "nous" lorsqu'il parle de la France, dénote un fort sentiment d'appartenance à l'ordre colonial qu'il se propose de réformer pour rendre justice à la Kabylie et à ses habitants. Dans ce reportage, Albert Camus est avant tout "une conscience française" qui voue une "sympathie instinctive" à des indigènes qu'il défend tout en se situant du côté des "conquérants". Et c'est justement cette position qui lui permet d'agir en intermédiaire entre le pouvoir colonial dominant qui ignore et exploite, et ce "peuple" kabyle qui meure de faim, de froid, de maladie et d'humiliation.

Ainsi, l'un des objectifs de l'auteur à travers cette série d'articles qui suscite de l'indignation et de la colère est de plaider en faveur du droit de la population indigène kabyle à l'éducation, à une vie digne et décente et d'inciter les autorités coloniales locales à agir pour "rendre au travail kabyle tout son prix; pour éduquer techniquement un peuple dont l'adresse et l'esprit d'assimilation sont devenus proverbiaux; pour que sur les bancs d'une même école, deux peuples faits pour se comprendre commenceront à se connaître". Le but de Albert Camus était de renforcer "une connaissance mutuelle", pour réussir l'entreprise de l'assimilation envisagée par la France et que Albert Camus appelait de tous ses voeux.

http://www.huffingtonpost.fr/nadia-agsous/misere-de-la-kabylie-camus_b_3163534.html?utm_hp_ref=france

La Kabylie n'est pas un pays, c'est une région de l'Algérie.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, Dégonfleur de baudruches, 68ans Posté(e)
Dinosaure marin Membre 24 125 messages
68ans‚ Dégonfleur de baudruches,
Posté(e)

au fond c'est quoi un génocide ? si dans des école savoisienne on apprend a des savoisiens que leur roi étais Napoléon alors qu'en réalité c'étais leur ennemis et que leur roi étais hamédée , ainsi on efface l'histoire que l'on remplace par une autre . c'est un génocide aussi , sauf qu'il est fait en silence par ce que il faut que tout soit pareil , la différence c'est pas bien .

Même pas foutu d'orthographier le nom du duc (pas roi ! ) de Savoie.

Vous m'avait l'air d'un beau savoyard !

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, 59ans Posté(e)
essayeur Membre 3 422 messages
Baby Forumeur‚ 59ans‚
Posté(e)

La Peste, chacun y voit un peu ce qu'il veut, il s'agit de gens qui se renferment sur eux-mêmes, pour parfois aborder les frontières de la folie et effectivement on pense à une peste brune, du type : contagion d'une orientation extrémiste, car il y a des similitudes.

Cependant il aurait gagné à être plus clair, parce qu'il n'a jamais expliqué son roman (mort trop tôt dans cet accident à Lourmarin), certains y voient aussi les camps de transit au retour des prisonniers après la guerre.

Le fait qu'il n'ait jamais été pour la décolonisation m'a toujours surpris, venant d'un homme aussi intelligent, mais je suppose qu'on ne peut jamais être neutre avec son propre pays. Et il devait l'aimer cette Algérie, le soleil magnifique, je le sais c'est charmeur. Depuis que je vis à Marseille, pour rien au monde je ne remonterais dans le nord.

En fait je le lis justement en ce moment, j'ai remarqué d'ailleurs qu'il y avait une allusion à « l'étranger » dans la peste.

« Grand avait même assisté à une scène curieuse chez la marchande de tabacs. Au milieu d’une conversation animée, celle-ci avait parlé d’une arrestation récente qui avait fait du bruit à Alger. Il s’agissait d’un jeune employé de commerce qui avait tué un Arabe sur une plage. »

Bref un auteur équivoque sur le plan de son positionnement politique, mais très intéressant. Merci pour cet article.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité sfc
Invités, Posté(e)
Invité sfc
Invité sfc Invités 0 message
Posté(e)

Même pas foutu d'orthographier le nom du duc (pas roi ! ) de Savoie.

Vous m'avait l'air d'un beau savoyard !

je suis d'accord pour la faute d'orthographe, mais je vais te préciser un truque de Savoisien . ;)

créé vers l'an 900, le comté de Savoie deviendra le 19 février 1416 un Duché. il prendra a partir de cette date l'appellation réel d'état. possédant sa cour de justice, sa constitution, sa banque et sa monnaie, ce pays vas prospérer en faisant des acquisitions (royaume de Sicile remplacé ensuite par le Royaume de Sardaigne) pour devenir l'état fondateur des états de Savoie (appelé communément états Sardes ou Royaume Piémont Sardaigne par la france) composé entre autre: Duché de Savoie, Comté de Nice, Comté de Piémont, Comté du val d'Aoste, Comté de Gène, Royaume de Sicile,... le Duché de Savoie devint Royaume le 13 juillet 1713 "Traité d'Utrecht"

les Rois

1713-1730 Vic Amédée II

1730-1796 Vic Amédée III

1796-1821 Vic Emmanuel 1er

1821-1860 Charle Albert

c'est toujours marrent de ce faire remarqué une faute d'orthographe 2 ans après sa publication , 2 ans après en 2015 on viens te dire , mon dieu !!! ta fait une faute d’orthographe en 2013 :smile2:

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, 115ans Posté(e)
stvi Membre 20 709 messages
Mentor‚ 115ans‚
Posté(e)

La colonisation est une incroyable outrecuidance vaniteuse, c'est prendre possession d'un territoire et en régenter les aspects au seul bénéfice de l'envahisseur, il n'y a pas d'excuses a ça

ça c'est la vision actuelle ...au 19° siècle c'était juste un moyen de montrer sa puissance ...et puis à cette époque l'Algérie n'avait jamais existé en tant que pays ,c'était juste un territoire colonisé par les Turcs qui servait de base arrière à une bande pilleurs qui écumaient la méditerranée pillant les navires et organisant le plus grand marché d'esclaves du maghreb ...

Il aurait fallu prendre des gants avec ces gens là ????

En Afrique du Nord, le Maroc, Alger, Tripoli et Le Caire étaient les principaux marchés d'esclaves. Ces derniers pouvaient être castrés, y compris les enfants, dont beaucoup mouraient des suites de cette opération. Les ventes avaient lieu sur les places publiques et dans les souks. Les acheteurs potentiels procédaient à un examen attentif de la « marchandise » : ils vérifiaient l'état de santé de la personne, présentée souvent nue et les mains liées57.............

..........

, un tiers de la population en 1840 est assistée par la charité publique. Celle-ci est à la fois un moyen de soulager les pauvres et de les enserrer dans un système de sujétion paternaliste. Le baron de Gérando, grand philanthrope et spécialiste de la charité, écrit en 1820 : pauvre ou enfant, " le faible appartient au fort à titre d’adoption ".

C’est une scène de bienfaisance que Goeneutte, actif dans le dernier quart du XIXe siècle, représente La Soupe du matin. A l’arrière-plan, des pauvres – hommes, femmes en haillons, enfants et vieillards – se pressent dans le froid du matin à une distribution de soupe populaire. Au premier plan de cette cour d’immeuble, occupés à boire le breuvage bien chaud, ils ressemblent à des particules éparses.

non ce n'est pas au Mahgreb ,c'est en France ,facile de faire pleurer dans les chaumières ....

Camus parle de la Kabylie ,c'est un peu normal que cette région soit ignorée ,elle a été le refuge des berbères lors de l'invasion arabe ,et un sanctuaire lors de la colonisation ...c'est une zone géographique difficile d'accès ,dont les habitants connaissent les moindres recoins ce qui leur donne un avantage militaire certain ...Malheureusement pour eux la vie y est tellement dure ,et la terre si peu productive que cet isolement se transforme vite en misère ...

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, 144ans Posté(e)
takamine Membre 800 messages
Baby Forumeur‚ 144ans‚
Posté(e)

la pauvreté n est pas naturel tout comme la richesse ...

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant

Archivé

Ce sujet est désormais archivé et ne peut plus recevoir de nouvelles réponses.

×