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Peur enfantine


g_pu_rien

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Membre, 47ans Posté(e)
g_pu_rien Membre 5 344 messages
Baby Forumeur‚ 47ans‚
Posté(e)

Si la peur n’a pas de nom, elle a une couleur : le noir. Et c’est quand le soir tombe que cette froide couleur s’insinue partout transformant nos territoires de jeux en de redoutables coupe-gorge. Pourtant, c’est pour beaucoup le moment que choisi le marchant de sable pour négocier cette lourdeur des paupières qui vous plonge irrémédiablement dans la nuit d’un sommeil désinvolte et négligeant. Mais pour ceux qui n’ont pas les moyens de coquiner avec ce vendeur éphémère d’insouciance et de rêveries, ce noir annonce le début d’un cauchemar récurant.

En l’absence de lumière claire, les moindres parcelles d’ombre se font alors menaçantes. Sans même les voir, on sait qu’elles recèlent des créatures chimériques qui n’attendent qu’une chose pour surgir: que l’on baisse la garde juste un instant. Du fond de leur tanière sans lumière, elles semblent nous murmurer doucement :

Allez fermez les yeux ! Dormez ! Oubliez nous ! Nous n’existons pas ! Nous ne sommes pas là … encore !

Souvent les objets les plus simples et inoffensifs deviennent des machines à s’effrayer. Le doute s’installe devant la masse sombre de son pull dont on s’est débarrassé à la va vite pour vite se faufiler sous les couvertures pendant que la lumière du jour nous protégeait encore. Il a bougé. On jurerait qu’il est plus prêt du lit à présent. Il a dû avancer subrepticement. Mais est bien ce pull ? N’est pas ce soir où on la plier sur la chaise avant d’aller dormir ? La mémoire s’en mêle, s’emmêle et semble finalement vouloir nous jouer des tours. Le faux côtoie le vrai sans qu’il y ait de moyens de les séparer.

Il nous reste plus qu’à se blottir dans cette carapace salvatrice d’étoffe qui nous sert d’abri pour la nuit. Cette dérisoire armure de coton synthétique est notre seul rempart face au monde grouillant de danger que le marchant de noir distille en soldant ses invendus après le passage de son concurrent bienveillant.

On s’y réfugie, on s’y confine, on s’y retranche. Le moindre morceau de peau non recouvert par cette friperie reviendrait à le céder à l’ennemi, avec des risques de griffures, morsures ou même de démembrements. Le plus petit courant d’air, trahissant une petite brèche, reviendrait à les attirer en leur montrant le chemin et nous exposerait à une invasion mortelle. Dans ce donjon de draperie, on se roule en boule tel une tortue à l’abri dans sa carapace. Toute ouverture du corps pourrait nous exposer aux risques d’éventration et exposerait le cœur et sa tiédeur rythmique et vitale.

Le sentiment de n’être qu’une proie au milieu de prédateurs nocturnes nous tétanise et nous paralyse. De toutes les manières, aucun mouvement ne doit venir troubler le passage des ombres. Chaque geste, aussi minime soit il, ferait certainement se retourner les rôdeurs à la recherche de parcelles de vie dérobé qu’ils traquent inlassablement chaque nuit. Dieu seul sait quel funeste destin ses ogres nous réserveraient alors.

Mais ne pas savoir est souvent une torture bien plus insidieuse. Il nous faut alors tenter une reconnaissance et tenter un coup d’oeil de sous ce sanctuaire de chaleur et de réconfort. Tel un périscope au milieu des eaux froides et dangereuses de l’Arctique, notre regard scrute l’horizon et veille sur notre enceinte soyeuse, guettant la moindre menace.

Mais bien souvent, dans la pénombre, nos yeux nous trahissent et des silhouettes improbables faite de familier et d’imaginaire se forment à notre insu. Des visages insensés se matérialisent dans les recoins les plus sombres de ce nouveau continent nocturne qui, tel une marée d’équinoxe, vient remplacer celui plus enjôleur du jour. Devant ses défaillances oculaires il faut alors confier notre raison à d’autres sens.

Nos oreilles volent alors à notre secours dans cette lutte perpétuel pour ne pas crier ni s’abandonner à la panique. Dans ses conditions, elles deviennent même primordiales et salvatrices. Pourtant, la nuit, les bruits deviennent plus confus comme étouffés par le noir. Mais certains surgissent trahissant la lente reptation de l’ennemi. Les murs craquent sous l’assaut de leurs longues griffes acérées. Le sol tremble sous les bruits de leurs sabots. Le plafond se déforme et se boursoufle sous le passage de leurs corps visqueux. Les escaliers hurlent sous le poids de leurs pattes gigantesques. Les placards et les armoires deviennent de véritables antres d’où les rumeurs d’anciens massacres se font encore entendre. D’autres murmures bien plus lointaines et anciennes deviennent alors audibles, emportant l'âcre puanteur de la terreur dans leurs sillages. Il faut alors faire silence et se terrer dans notre refuge.

Pourtant , passé les premières heures, les menaces semblent vouloir s’estomper. Notre vision est alors en phase avec la nuit et les relents de fantômes se font plus rares. Les bruits si menaçant se perdent dans les vapeurs de fatigue qui nous embrouillent l’esprit. Seule la peur et son cortège de tortures nous tiennent encore éveillés.

Une alliée pleine de traîtrise fait alors son apparition. La lune dans son amère bienveillance diffuse sa lumière spectrale qui semble chasser visages et silhouettes des premières ombres. Mais ce n’est que pour mieux en reformer d’autres bien plus réels et inquiétantes. Les contours de cette nouvelle faune monstrueuse se mettent ainsi à danser sur les murs éclaboussés d’une blafarde cacophonie macabre. Tandis qu’à l’extérieure la nature se déchaîne, ses mouvements frénétiques s’invitent alors sans vergogne à l’intérieur avec violence, se faufilant par les petites meurtrières formées par les volets entrouverts. Mais certaines de ces silhouettes semblent étrangement fixes malgré le chaos qui les entourent. Parfois même, elles semblent regarder dans notre direction. Elles se mettent à enfler trahissant leurs approches et finissent par envahir le mur tout entier alors qu’elles collent leur œil malveillant dans le filet de lumière.

Il devient alors primordial de respecter les règles de survie de la nuit. Devant ses nouveaux ennemis opportunistes, il faut fermer les yeux et feindre le sommeil le plus profond car ils recherchent tout ceux qui sont éveillé et qui pourraient les voir. Ils sont là, guettant les prunelles des yeux entrouverts. Il serait inutile de chercher à les confondre car tout le monde sait que les rayons de lunes les rendent invisibles. De plus, malheur à celui qui croiserait leurs regards. Nul ne peut affirmer si ce qui vous ferait mourir de peur serait la simple contemplation de leur ignominie ou l’effrayante extrapolation des choses qu’ils pourraient nous faire subir.

Et quand enfin, n’y tenant plus, la fatigue nous fait capituler, ce n’est que pour se réveiller en sursaut quelques instants plus tard, en sueur, après avoir contempler ses monstres cauchemardesques dans toutes leur splendeur et leur bassesses à travers les vapeurs torturés de nos rêves semi éveillés. Et le cycle immuable de la peur recommence, nous enserrant le ventre et la vessie décidément bien trop étroite pour toute une nuit.

Alors quand le soir s’installe, je prie le marchant de sable d’être mon allié. Qu’il me plonge dans un sommeil rapide. Car j’ai vu ce que cache les ténèbres et nous n’y sommes pas en sécurité. Je crois que nous ne sommes pas adapté à la nuit. Trop fragile, trop craintif. Je préfère ne pas voir, ne pas entendre pour ne pas crier, seule au milieu de l’obscurité familière de ma chambre d’enfant.

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Membre, Jedi pas oui, jedi pas no, 32ans Posté(e)
Jedino Membre 48 064 messages
32ans‚ Jedi pas oui, jedi pas no,
Posté(e)

En effet, enfant, nous avons souvent peurs du noir.

Curieusement, cela s'en va par après, en général.

Au point de s'y adapter, si nous le souhaitons, car nous voyons, la nuit.

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Invité le-petit-toto
Invités, Posté(e)
Invité le-petit-toto
Invité le-petit-toto Invités 0 message
Posté(e)

Nous n'avons peur que de l'inconnu. Cette peur engendre de manière naturelle celle du noir, l'absence de lumière nous enlève le connu. L'appréhension de l'inconnu prend alors place, et l'on sait que l'homme a une imagination débordante...

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Membre, Posté(e)
Elais Membre 807 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

J'ai adoré l'incipit! Gâché malheureusement par la lourdeur de la deuxième phrase.Allège la en virant le "s'insinue partout transformant..." un simple " transforme"suffit et ne nuit pas au rythme lancé par ton topissime incipit! L' histoire m'atouché car elle décrit assez fidèlement la peur du petit enfant face à l'obscurité.

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Membre, Posté(e)
le merle Membre 21 605 messages
Maitre des forums‚
Posté(e)

bonjour

je me demande si cette peur,dans l'enfance , n'est pas un vestige de notre passé de mammifère ?

quand l'enfant à beaucoups d'imagination ,et qu'il ne peut la controler .

on dit que la nuit porte conseil mais elle est aussi chargée de dangers et de mystères .

dort mon enfants ,les bonnes fées veillent sur toi .

bonne journée

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