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Guerre en Afghanistan: le général Desportes ne mâche pas ses mots


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(je remets ceci en nouveau sujet )

http://sylvielasserre.blog.lemonde.fr/

19 juillet 2011

Guerre en Afghanistan. Le général Desportes ne mâche pas ses mots

IMG_0138-225x300.jpg25 mai 2011

La mâchoire carrée, la parole concise et le verbe percutant, le Général Vincent Desportes n’a pas mâché ses mots, lors de la conférence "Afghanistan, 10 ans de conflits" organisée par l'IRIS à Paris le 11 mai, pour dénoncer l'incapacité des Américains à mener à bien leur guerre afghane.

Fait suffisamment rare pour être souligné : son intervention, retranscrite ici en intégralité, fut littéralement acclamée :

"Je vais traiter de manière plus théorique le sujet qui a été donné : « Les enseignements stratégiques et militaires du conflit afghan ». Pour constater qu’en fait ce conflit valide à nouveau des concepts stratégiques persistants, qui affirment en chaque occasion leur pertinence, quel que soit le mépris qu’on puisse leur porter.

Quelques idées :

Première idée, c’est celle de la vie propre de la guerre. L’idée de Clausewitz, on le sait. Dès que vous avez créé la guerre, la guerre devient un sujet et non pas un objet. Clausewitz évoque la volonté indépendante de la guerre, les événements finissant par avoir leur dynamique propre. La guerre a sa vie propre qui vous conduit, pour de nombreuses raisons, là où vous n’aviez pas prévu d’aller.

Reproduction interdite sans autorisation.

L’exemple de l’Afghanistan est particulièrement frappant. La guerre commence le 7 octobre, avec un objectif clair : faire tomber le pouvoir taliban à Kaboul et détruire le réseau d’al-Qaïda en Afghanistan. En gros, l’objectif est atteint fin novembre 2001. Il y a alors moins de 2000 militaires occidentaux au sol.

Dix ans après : les objectifs de guerre ont totalement changé, il y a presque 150 000 soldats déployés en Afghanistan. C’est ce qu’un général résume d’une autre manière en parlant du niveau instable des décisions politiques, ce qui amène les stratèges militaires à adopter des modes de guerre successifs, qui s’avèrent contre-productifs par la suite.

Cette évolution afghane éclaire donc deux réalités éternelles de la guerre. La première : toute guerre est marquée par une dérive de ses buts et le plus souvent une escalade des moyens, deuxièmement, les fins dans la guerre influent toujours sur les fins de la guerre.

Deuxième idée : on doit concevoir la guerre et sa conduite non pas en fonction de l’effet tactique immédiat, mais en fonction de l’effet final recherché, c’est-à-dire le but stratégique. Autrement dit la forme que l’on donne initialement à la guerre a de lourdes conséquences ultérieures, ce qui est perdu d’entrée est très difficile à rattraper. Prenons les deux premières phases de la guerre en Afghanistan :

IMG_0153-300x225.jpg

- première phase, celle du modèle afghan. 2001, où selon les mots de Joe Biden, la stratégie minimaliste américaine. Lancée le 7 octobre 2001 cette phase associe la puissance aérienne américaine, les milices afghanes et un faible contingent de forces spéciales américaines. Résultat : on constate que le modèle a fonctionné pour faire tomber le régime des talibans, mais beaucoup moins pour débusquer les membres d’al-Qaïda et détruire les militants qui doivent se réfugier dans leurs zones sanctuaires. Conséquence : cette stratégie a contribué à renforcer les chefs de guerre locaux, en particulier ceux dont le comportement avec la population était honni et qui étaient hostiles au gouvernement central de Kaboul. Cela a renforcé la puissance tadjike et donc aliéné d’autant la population pachtoune. Tout cela a affaibli ce qui allait être essentiel ultérieurement, les deux piliers centraux de la reconstruction : l’Etat central et la bonne gouvernance.

- deuxième phase : celle du modèle américain 2002-2006

Compte tenu de l’impossibilité pour les milices afghanes de venir à bout des talibans, les troupes américaines prennent la tête des opérations de ratissage. Il s’agissait d’opérations de bouclage avec pour but d’éliminer les caches des terroristes. Résultat : très limité. Conséquences : l’efficacité du modèle américain est limitée par un très grand défaut de sensibilisation culturelle et politique, voire par la supériorité technologique elle-même. Les bombardements aériens soulèvent des questions sensibles. On se rappelle le bombardement d’une fête de mariage en Uruzgan en juillet 2002 avec des coûts politiques considérables. Les forces américaines suscitent crainte et hostilité dans la population, ils sont perçus comme des infidèles, commencent à être véritablement perçus comme une force d’occupation. La population initialement neutre, voire favorable, est ennemie. On passera en 2006 d’une guerre « enemy-centric » à une guerre « population-centric » mais le premier mode de guerre aura commis des dommages qui semblent irréparables.

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Quatrième idée : si le centre de gravité de l’adversaire se situe au-delà des limites politiques que l’on s’est fixé, il est inutile de faire la guerre car il ne sera pas possible de la gagner. Au sens Clausewitzien, le centre de gravité des talibans se situe dans les zones tribales pakistanaises puisque c’est de cette zone refuge qu’ils tirent leur capacité de résistance. Il est impossible pour les Américains d’y mettre militairement de l’ordre, celle-ci se situe au-delà des limites politiques qu’ils se sont fixées, ne serait-ce d’ailleurs que pour de simples raisons logistique militaire, en raison de la vulnérabilité de leurs convois militaires lorsqu’ils traversent le Pakistan.

Cinquième idée : c’est avec son adversaire que l’on fait la paix. Selon le bon esprit de la guerre froide qui n’a pas fini de nous faire du mal, la conférence de Bonn en décembre 2001 a été non pas la conférence d’une réconciliation, mais la conférence des vainqueurs. Elle a de fait projeté les talibans, donc les Pachtounes, dans l’insurrection. Dix ans après, nous n’en sommes pas sortis.

Sixième idée : ce qui est important, c’est le stratégique et non pas le tactique. Nous sommes aujourd’hui plongés au cœur d’une véritable quadrature du cercle tactique, entre protection de la population d’une part, protection de nos propres troupes d’autre part, et destruction de l’adversaire taliban par ailleurs. Nous sommes engagés dans un travail de Sisyphe du micro management du camp de bataille. C’est une impasse. Nous ne trouverons pas de martingale tactique en Afghanistan, la solution est d’ordre stratégique et politique. Une accumulation de bonnes tactiques ne fera jamais une bonne stratégie. Un problème politique au premier chef ne peut être résolu que par une solution politique. Citant des officiers américains, le NYT regrettait récemment, je cite : « la déconnexion entre les efforts intenses des petites unités - et c’est tout aussi vrai des unités françaises – et les évolutions stratégiques. »

Je voudrais maintenant évoquer une idée de … le niveau tactique. Elle est simple : le nombre compte, mass matters comme disent nos amis anglo-saxons. Les coupes budgétaires progressives et l’exponentiel coût des armements ont conduit à des réductions de formats incompatibles avec l’efficacité militaire et de nouvelles conditions de guerre au sein des populations.

Contre l’insurrection, on connaît les ratios : en-dessous du ratio de 20 personnels de sécurité pour 1000 locaux il est tout à fait improbable de l’emporter. Irlande du Nord : pour une population d’un million d’habitants, les Britanniques ont maintenu une force de sécurité globale de 50 000, ils sont restés vingt ans, le ratio est de 1 pour 20. En Irak, la population est de la trentaine de millions. Il a fallu mettre sur pied avec les Irakiens une force de 600 000 hommes pour que la manœuvre de contre-insurrection commence à produire ses effets. En Algérie, à la fin des années 50, les effectifs français étaient de 450 000 pour une population de 8 millions d’Algériens d’origine musulmane comme on les appelait alors. En Afghanistan, nous sommes extrêmement loin de ces ratios alors que le théâtre est infiniment plus complexe, physiquement et humainement, nous agissons en coalition, le ratio est de deux fois 140 000 pour 30 millions, c’est la moitié de ce qui est nécessaire pour avoir un espoir de gagner. Le ratio actuel forces de sécurité / population nous permet de conquérir – on le sait bien parce qu’on le fait tous les jours – mais pas de tenir. Or gagner la guerre c’est contrôler l’espace, or nous ne savons plus, nous ne pouvons plus, nous Occidentaux, contrôler l’espace.

Pour conclure, deux dernières idées :

Un : le conflit afghan est bien une guerre américaine. On se rappelle de ce télégramme diplomatique révélé dans le Monde par Wikileaks, où l’ambassadeur des Etats-Unis à Paris demandait, sur instance de l’Elysée, que Washington trouve des façons de faire croire que la France comptait dans les options stratégiques. On se rappellera aussi que de McKiernan à Petraeus en passant par McChrystal, le commander in chief américain relève et remplace le chef de la coalition sans en référer aux autres membres. On se souviendra que les calendriers et les stratégies sont dictés davantage par les préoccupations de politique intérieure américaine que par le dialogue avec les coalisés, bien obligés de s’aligner – ceux qui ont lu « Les guerres d’Obama » de Woodward ne me contrediront sûrement sur aucun de ces points.

Dernière idée. L’Afghanistan est une nouvelle preuve de l’échec de l’Europe. Je constate qu’il y a ou qu’il y a eu 15 pays de l’Union ayant engagé des forces militaires en Afghanistan : Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Hongrie, Italie, Lituanie, Lettonie, Pays- Bas, Pologne, Roumanie, Suède, République Tchèque, Portugal. Avec des effectifs non négligeables puisqu’ils représentent environ 40 000 combattants, soit un tiers de la force engagée. Or il n’y a presque pas d’Europe ou en tout cas de défense européenne en Afghanistan. On pourra toujours m’expliquer qu’historiquement l’Europe a eu du mal à s’imposer en tant que telle dans cette guerre. Certes. Mais le constat est là : l’Europe mène sa guerre la plus longue « ever », elle le fait avec des effectifs extrêmement importants et elle n’existe pas. Cela donne une résonnance nouvelle aux propos du Ministre de la Défense Hervé Morin, qui affirmait fin octobre dernier : « L’Europe est devenue un protectorat des Etats-Unis. » Il est temps que l’Europe se reprenne en main. Merci. "

Crédit photos : Sylvie Lasserre

Publié dans Actualité, Afghanistan | Marqué avec 10 ans de conflit, Afghanistan, Afpak, Général Desportes, guerre afghane, guerre Afghanistan, IRIS, Vincent Desportes | 58 commentaires

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Membre, Con de Sysiphe, 50ans Posté(e)
Aaltar Membre 11 523 messages
50ans‚ Con de Sysiphe,
Posté(e)

Quelqu'un a t il en mémoire une seule guerre contre insurrectionnelle qui a été gagné par une armée régulière ? (le carnage façon Varsovie.1939 en Tchétchènie est évidement hors concours)

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Membre, Posté(e)
Conscient55 Membre 1 128 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Je commence enfin à comprendre la boutade "la guerre est une chose trop importante pour la laisser aux militaires".

J'ai lu deux lignes, ça m'a suffi, je croyais qu'il allait parler des dégâts humains et matériels faites à un pays qui n'a rien demandé, de la souffrance des populations depuis vingt ans,..

Mais non, encore les mêmes fadaises sur les talibans batteurs de femmes, c'est vrai que ce grand esprit est également un grand humaniste et que le sort injuste des femmes afghanes l'empêche de dormir, comme tous les Etats-Majors occidentaux, moins maintenant qu'elles sont presque toutes veuves grâce aux yankees.

Oserais-je suggérer qu'il y a des souffrances plus urgentissimes : la famine qui menacent 2 millions de personnes en Somalie et ailleurs?

Encore l'épouvantail d'un réseau terroriste asthmatique qui ne branle rien depuis des années, pas le moindre petit pétard mouillé.

Il faut dire aussi, que sans l'Afghanistan, les petits soldats n'auront plus de jouets, ils vont s’emmerder comme des rats dans un tunnel en cul de sac.

En conclusion, si comme le dit l'article, "la mâchoire est carrée", j'ajouterais que c'est bien la seule partie qui le soit, car le cerveau est plutôt bancal.

Quand est-ce qu'ils vont foutre la paix à ce pays, 20 ans de guerre ça suffit, des centaines de milliers de civils abattus, c'est bon, ils sont assez sauvés, ils ne demandent plus d'aide, ils l'ont dit "US go home", sur tous les tons..Le plus triste, c'est que les généraux étoilés au crâne luisant ne savent même pas pourquoi ils sont là, mis à part la paranoïa terroristique simulée des yankees pour faire mumuse avec leurs nouvelles armes sur des cobayes vivants.

Le résultat, c'est que tous ces pays, dès qu'ils vont voir le dernier bibendum sur-équipé prendre le large, vont se jeter dans les bras de la Chine pour être sûrs que leurs sauveurs providentiels ne reviendront plus jamais. Le Pakistan l'a déjà fait. L'Afghanistan va suivre. Et l'Irak ensuite.

Ils vont moins se la jouer les yankees, avec leur barda de robots extra-terrestres, quand ils entendront dans les vallées afghanes "Encoor un nem??", ça leur rappellera la dernière guerre où ils ont pris la patté.

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Membre, Posté(e)
Sudiste13 Membre 893 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

Conscient55 a tout dit, je rajouterai simplement que les combattant afghans (il n'y a pas que des talibans parmi eux) ne sont pas des terroristes, mais des résistants qui font honneur à leur pays décimé par le véritable axe du mal qu'est l'axe américano-siniste !

Le fric, le contrôle des populations, le pillage des ressources naturelles, la soumission à leur impérialisme est leur unique but !!

Détrompez vous, les soldats français dans cette guerre sont mort uniquement pour assouvir l'impérialisme et les intérets américano-sionistes, pas pour soit disant libérer les populations arabes !

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Membre, 42ans Posté(e)
cheuwing Membre 17 939 messages
Maitre des forums‚ 42ans‚
Posté(e)

qu'est ce que viennent faire les "sionistes" dans ce bazar afghan ?

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Membre, 38ans Posté(e)
Zephur Membre 424 messages
Baby Forumeur‚ 38ans‚
Posté(e)

Je suis plutôt fasciné par cette "théorie de la guerre". Au delà de tout le bordel en Afghanistan (sur lequel je ne sais presque rien et donc sur lequel je ne donnerais pas d'opinion), je n'imaginais qu'une guerre était quelque chose d'aussi complexe (certes je ne me posais pas vraiment la question), avec ses lois propres, ses schémas classiques, comme si la guerre était au final un domaine scientifique que l'on étudie et théorise.

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Membre, Con de Sysiphe, 50ans Posté(e)
Aaltar Membre 11 523 messages
50ans‚ Con de Sysiphe,
Posté(e)

Et tu croyais que c'était quoi au juste, un mec avec un joli chapeau qui criait à "l'attaque" dés qu'il rencontrait du monde.

Sidérante perspective :gurp:

Bien sur que la guerre s'étudie, se théorise, bien sur que c'est une forme de science, mais aussi de culture, et selon Sun Tzu c'est même un art.

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Membre, 38ans Posté(e)
Zephur Membre 424 messages
Baby Forumeur‚ 38ans‚
Posté(e)

Et tu croyais que c'était quoi au juste, un mec avec un joli chapeau qui criait à "l'attaque" dés qu'il rencontrait du monde.

Bien sur que non :D Mais je ne pensais pas qu'il y avait tant de "règles universelles" de la guerre, comme si finalement toutes les guerres se ressemblaient...

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Membre, 51ans Posté(e)
belzebut Membre 1 585 messages
Baby Forumeur‚ 51ans‚
Posté(e)

bonsoir,

a vrai dire,cela ne m'étonne guerre et je me demande réellement ce qu'on est allé faire là bas.

et ne me parlez surtout pas de liberté ou de démocratie,car c'est le chaos là bas autant qu'en

irak.

dès que les soldats américains et européens partiront,les talibans reprendront le pouvoir,c'est

triste a dire,mais ce sera le cas.

les chefs de guerre,ne nous soutiennent pas,alors a quoi bon,ça se sentait dès le départ que ce

serait un échec.

nos génies militaires ont tendance a oublier les leçons du passé.(indochine,viet nam,algérie,etc,etc)

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Membre, 53ans Posté(e)
Fiphi Membre 913 messages
Baby Forumeur‚ 53ans‚
Posté(e)

Lire

Distinguer la légitimité d'une fin et les vertus des moyens est une des qualités fondamentales d'une démocratie.

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Membre, 51ans Posté(e)
belzebut Membre 1 585 messages
Baby Forumeur‚ 51ans‚
Posté(e)

oui et alors??

là tu parles d'un point de vue militaire,c'est sur qu'un soldat de carriere ne meurt jamais pour rien.

je parle de ceux qui on décidés de continuer ce conflit,a quoi bon,la défaite est là,et aucuns objectifs n'a été atteint.

alors oui,je me demande ce que nos soldats font là bas,cette question fera débat c'est sur,mais je la pose quand meme.

j'ai servit sous les drapeaux et je respecte ces hommes. honneur et patrie,ça un sens dans cette guerre????

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