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Petite histoire des temps modernes.


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Membre, nyctalope, 41ans Posté(e)
Criterium Membre 2 874 messages
41ans‚ nyctalope,
Posté(e)

...“QUOI!”

“Mais qu'est-ce que tu crois faire, espèce de salope!”.

Ces mots, hurlés, résonnèrent dans toute la cage d'escalier de l'immeuble sis au 48, avenue des F***, Paris. Pourtant, Frank n'était même plus sur le seuil, mais déjà dans la chambre — jouxtant le minuscule d'hall d'entrée de l'appartement —, y allant de quelques autres invectives crues : c'est dire s'il criait. Celles-là étaient manifestement à l'adresse des deux personnes, un homme et une femme, deux silhouettes entrelacées, n'en faisant qu'une à vrai-dire ; formes nues sur lesquelles se détachaient des perles de sueur çà et là, corps aimants qui se trouvaient sur le grand lit de ladite chambre. — Un instant plus tôt, alors qu'il avait ouvert la porte, un cri d'une toute autre nature venait de remplir les lieux d'une ambiance autrement plus érotique, un roucoulant et long gémissement sonore.

Certains disent que l'instant après l'amour est le plus beau, le plus propice à une longue embrassade silencieuse ; le Câlin. D'autres, au contraire, sont d'avis que cet instant de dégrisement est celui où revient la raison — et le dégoût, avec la chute du désir. (Je crois pour ma part que la façon dont l'on perçoit cet instant est un bon indicateur de l'amour qui existe entre les deux amants). En l'occurrence, pour Mélanie et Florent-Placide, l'irruption vociférante de cet homme au visage-rouge-de-colère-posé-à-deux-mètres-de-hauteur-sur-une-carrure-de-bloc-de-pierre-servant-à-la-construction-des-pyramides ne put qu'entraîner une certaine descente de leurs ascensions enthousiastes. Une descente au ras du sol. Un écrasement. Un crash.

*boum*

Le crash se matérialisa en le poing de Frank dans le visage de l'autre homme, se relevant à peine de sa partenaire. L'esprit encore embrumé, le coup fit son effet, et l'envoya dans un coin de la pièce. Sa nudité prenait un tour misérable, recroquevillé sur le sol, une large traînée de sang sur le visage — son nez probablement. Ou l'oreille éraflée par une boucle. Il ne bougeait plus qu'à peine, hors de combat en un coup. Ippon.

La rage de Frank se déversa alors, tout d'abord verbalement, sur la jeune fille qui s'était accroupie dans ses couvertures, contre le mur, se protégeant même à cette distance en tenant les mains dans le vide ; elle tremblait, sans doute la brutalité de cette entrée littéralement fracassante. Ses lèvres bougeaient rapidement ; l'on sentait que Mélanie voulait dire quelque chose, invectiver l'invité peut-être, ou marchander quelque chose, demander grâce — mais les tremblements et déjà quelques larmes nerveuses transformaient chaque mot en un court borborygme.

“Tu le regretteras! Tu le regretteras! ... Putain!”.

L'athlète frappa le mur, petite cloison qui trembla sous le choc : le bruit semblait s'être répandu dans tout l'immeuble. Tous ses muscles étaient crispés ; son visage s'empourprait de plus en plus ; il ne prêtait maintenant plus attention à l'autre homme toujours recroquevillé, K.O., mais ne s'adressait plus qu'à Mélanie. Quoique cela n'était pas toujours évident à discerner : de mouvements vifs et nerveux, trop vifs et trop nerveux, il tournait seconde après seconde rapidement la tête à gauche, à droite, de côté, et puis encore à gauche, et puis vers elle braquait un regard fixe et terrifiant. Ses insultes se mélangèrent tant qu'au bout d'un moment, lui aussi n'émit plus que des borborygmes sonores, et en bavait presque. — Mélanie était épouvantée.

— Et pourtant, alors qu'à chaque seconde la pression devenait plus insoutenable — elle croyait voir de multiples points lumineux tournoyer dans son champ visuel, comme dans les moments des pires stress —, sa langue se délia alors ; ce fut quelques insultes très dégradantes, puis des phrases hachées et rapides, dont les derniers mots résonnèrent encore lorsque se ruèrent dans l'appartement deux voisins boxeurs qui rapidement martelèrent et maîtrisèrent le forcené, avant d'appeler la police :

“Mais qu'est-ce que TOI tu crois faire, Frank? Tu n'es pas bien dans ta tête! éa fait un an qu'on est plus ensemble, UN AN! Pourquoi tu ne peux pas te refaire une vie, hein? Pourquoi tu ne peux pas me laisser tranquille? Pourquoi tu ne te casses pas? Pars, mais pars! Qu'avais-tu besoin de me harceler, de me poursuivre, de me surveiller, et là, Lé, qu'est-ce que tu crois que tu fais, TOI? ...”

:yahoo:

———

Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence.

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Membre, 44ans Posté(e)
Farfeloup Membre 26 messages
Baby Forumeur‚ 44ans‚
Posté(e)

Si bien raconté , j'adore!

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Membre, 37ans Posté(e)
Ozmaestro Membre 413 messages
Baby Forumeur‚ 37ans‚
Posté(e)

Le tour de force de ce texte, c'est qu'en une phrase d'accroche on suit comme des moutons le cheminement de l'histoire.

¿Mais qu'est-ce que tu crois faire, espèce de salope!¿ Alors, voyons ce que fait cette salope se dit-on, cette femme qui sans doute trompe son homme...

Enfin, en une réplique (la dernière) on repasse le texte à une allure supersonique dans sa tête et on remodèle nos émotions, nos jugements, nous repositionnant dans ce qui nous semble "juste" dans notre morale de social-pantin.

On passe de la salope aux salop, comme ça, en une fraction de seconde.

Alors je vous le demande amis lecteurs, vous laisserez-vous berner ? En jugeant ce triste homme dont le "pourquoi" nous échappe complètement à défaut du "comment" (en s'incrustant et en faisant montre de colère) ? Tandis que pour cette femme, à présent, nous savons "comment"(elle est dans un lit avec un amant) et "pourquoi" (parce que ça fait un an, bon sang ! elle peut se permettre !) elle agit ainsi...

Lui...on ne sait rien, allez-vous le juger ?

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Membre+, 53ans Posté(e)
Ocytocine Membre+ 17 770 messages
Forumeur Débutant‚ 53ans‚
Posté(e)

Je confesse que j'ai été déçue par la chute. Comment ? une femme harcelée ne fait-elle pas fait changer les serrures ?

En tout cas, c'est très triste, pour les trois personnges. Et c'est malheureusement une aventure qui arrive à beaucoup.

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Membre, nyctalope, 41ans Posté(e)
Criterium Membre 2 874 messages
41ans‚ nyctalope,
Posté(e)

Merci à vous. ^_^

Oz, yippie, c'était l'effet recherché. ¿Bande de salauds.¿ :yahoo:

Lili, je crois que l'on serait étonnées de voir combien de femmes se font harceler, et combien, parce que cela s'installe trop progressivement, lentement, insidieusement, ne prennent pas de mesures particulières pour se protéger... jusqu'à ce qu'il soit trop tard. (D'autant plus qu'un harceleur-massif-comme-un-bulldozer-mésopotamien ne s'arrête pas à de nouveaux frêles verrous).

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Membre, 37ans Posté(e)
Ozmaestro Membre 413 messages
Baby Forumeur‚ 37ans‚
Posté(e)

Les mesures auprès de la police ou des médecins sont parfois si lentes et stressantes que la femme peut craquer et préférer s'enfermer et subir seule, priant que le salaud meure, disparaisse, ou même dépasse la limite qui l'enfermera à jamais en taule...elle peut attendre derrière la porte avec un long couteau même si elle ne l'utilisera pas.

J'ai vraiment horreur de la violence, mais cela fait partie des rares cas où j'aurais envie de couper les couilles de ces mecs.

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