Aller au contenu

Cultes solaires et primat de la Raison.


Invité Karbomine

Messages recommandés

Invité Karbomine
Invités, Posté(e)
Invité Karbomine
Invité Karbomine Invités 0 message
Posté(e)

Bonjour.

J'ouvre ce topic pour éviter de trop faire dévier une autre topic (Qu'est-ce que le Royaume de Dieu ?).

La question est celle ci : existe-t-il un lien historique entre la mise en avant de la pensée rationnelle et et l'instauration d'un culte solaire ?

Une pensée de type rationnel est une pensée basée sur la logique et la recherche des chaînes de causalités. En mettant en valeur les faits et les preuves, elle vise une objectivité et une conceptualisation de la pensée. C'est par conséquent le mode de pensée le plus à même de favoriser le développement des sciences (sciences dures et sciences humaines... sciences inhumaines et sciences molles si vous préférez...).

Une pensée de type symbolique manipule au contraire des images et des affects. Elle favorise de son côté les arts, la religion et son mode de fonctionnement privilégié est celui de l'analogie et de la métaphore.

Chacun de ces modes de pensée est reflété dans la pensée symbolique par les archétypes du jour et de la nuit, le jour se rapportant à la raison et la nuit à l'imagination. Ainsi, on peut reformuler ainsi la question... A-t-il existé des sociétés valorisant la pensée rationnelle sans toutefois mettre en avant l'image du soleil dans ses représentations religieuses ? Ou à l'inverse des sociétés ayant établi des cultes solaires sans mettre en avant la raison ?

Voici la conversation qui a donné lieu à ce topic :

La science s'est développée plus rapidement dans les sociétés qui ont mis en avant un culte solaire puis un monothéïsme. Ce n'est pas un hasard, c'est parce que les autres négligeaient la raison, fondement de la science. Or c'est par l'évangélisation que s'est propagé le primat de la raison sur l'imagination et donc de la pensée scientifique, non l'inverse.
Je voulais juste une précision sur ton affirmation concernant le fait que la science s' est développée plus rapidement dans les civilisations qui ont adopté un culte solaire ou une forme de monothéisme.

L' origine de la pensée rationnelle est à faire remonter à la civilisation grecque, dans une époque bien antérieure au christianisme. Grecs et romains étaient, pourtant, des civilisations connotées par le polythéisme.

D' autre part, il est vrai que le christianisme a contribué à la diffusion d' une approche rationnelle à la religion; toutefois, la théologie chrétienne s' est structurée en fonction de la pensée philosphique grecque. La théologie islamique s' est enrichie, aussi, de concepts et de formes de raisonnement propre à la philosophie grecque. Le primat de la raison ne serait-il, plutôt, lié à l' héritage de la civilisation gréco-romaine? Par conséquent, je ne vois pas vraiment le lien entre monothéisme et développement de la pensée rationnelle, puis de la science.

é y regarder de plus près, on voit dans le paganisme grec une évolution assez similaire, quoiqu'"inachevée". Les divinités les plus archaïques sont des divinités liées à la fertilité, dont la survivance est Aphrodite ou Démeter, et au sol : les divinités dites chtoniennes.

Certains mythes décrivent même cette transition du sol au ciel en illustrant la victoire d'un agent du ciel ou de la raison sur ces divinités reptiliennes :

- Persée terrasse Méduse à l'aide d'Athéna et d'Hermès. Sa mort donne naissance à Chrysaor (khrysós : l'or), le sanglier ailé et Pégase, le cheval ailé. Le sac dans lequel Persée emporte la tête de Méduse porte de l'or. Autant de références au soleil, à la raison et au ciel.

- Cadmos terrasse le dragon à l'aide d'Athéna.

- Le plus frappant à mes yeux : celui d'Apollon et de Python, tué par le dieu du soleil qui s'approprie ainsi son pouvoir et fonde en ces lieux le temple de Delphes. La "Pythie" porte dans son nom la mémoire de la divinité reptilienne et on retrouve encore cette marque dans deux emblèmes du savoir : la caducée d'Hermès (arts divinatoires) et le caducée d'Asclépios (arts médicaux). é noter quand dans les deux disciplines, la matière première n'est autre que du vivant. ^^

Par ailleurs, il ne faut pas oublier la circulation des sagesses entre les diverses contrées... Les sagesses égyptiennes se sont transmises à la Grèce, comme en atteste l'histoire de l'alchimie. Rien qu'à lire les fragments d'Héraclite, on retrouve des échos avec la civilisation égyptienne.

En l'occurrence, je ne pourrais pas affirmer que la religion a été le moteur de la mise en valeur de la raison sur l'imagination - puisque la religion s'est visiblement adaptée, il serait plus probable que les progrès techniques et les mutations des pratiques religieuses soient des effets simultanés d'une évolution où l'un nourrit l'autre - mais par contre pour ce qui est de la promotion et la défense de ce type de pensée, les institutions religieuses ont été efficaces - y compris au prix de Croisades, de procès d'Inquisition et de d'évangélisations arme au poing, c'est-à-dire de bains de sang.

La mythologie grecque s' est enrichie de plusieurs éléments appartenants aux cultes solaires des civilisations égyptiennes et orientales; c' est vrai. L' influence de ces dernières sur la civilisation grecque a été, en effet, considérable. Toutefois, le paganisme grec s' est connoté par l' existence d' un corpus de mythes finalisé à exprimer de façon allégorique un ensemble de valeurs, de concepts et de croyances. En général, la diffusion des cultes solaires dans les civilisations européennes n' a acquis vraiment importance qu' à partir de Marc-Aurèle.

Je renouvelle, donc, ma question: le monothéisme et les cultes solaires ont-t-ils été nécessaires pour le développement des sciences et de la pensée rationnelle? Personnellement, je crois qu' il y a différents exemples qui réfutent cette thèse.

Un premier exemple est à rechercher dans l' activité des pontifes romains - institués par Numa Pompilio - qui, à travers l' interpretatio pontificum, ont développé les premières formes d' interprétation analytique du droit romain, marquant ainsi le début de la science juridique romaine. A cette époque, la religion romaine se fondait essentiellement sur le culte des Anciens (Pénates, Lares...), des gentes, et de la cité; d' autre part, le contact avec la civilisation hellenistique était encore très limité.

Un autre exemple significatif est mis en évidence par les cultes solaires des populations celtes, notamment en Irlande ou au Pays de Galles. Bien qu' il y ait eu plusieurs tentatives de leur attribuer la connaissance de différentes sciences, personne n' a encore réussi à le prouver.

Je suis d' accord sur le fait que les Institutions religieuses ont contribué à la promotion de la pensée rationnelle: il suffit de penser au rôle qu' ont joué les moines copistes dans la recherche, la conservation et la diffusion des textes anciens.

Merci pour vos réponses.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant
Invité château
Invités, Posté(e)
Invité château
Invité château Invités 0 message
Posté(e)

Sinon le monde de Dieu, un jour nous irons, j'espère, à moins que je n'aille en Enfer, mais bon....

Le soleil, moi ça m'évoque surtout Icare, pis aussi.... avouons le tout de même : sans le Soleil on serait bien aveugles au royaume des borgnes

je crois bien qu'il faut remonter au mythe de l'Atlantide, ils avaient plusieurs dieux, apparemment, enfin je sais pas trop mais Edgar Cayce en a parlé pas mal au cours d'une de ses lectures de vie ; ils étaient également très évolués, au niveau des connaissances, jcrois bien qu'ils maîtrisaient aussi bien la "magie" (au sens ; télékinésie, télépathie, etc) que l'invention de la roue...... m'enfin faudrait confirmation, j'en sais pas plus que ça et je réponds même pas à la question -juste histoire de montrer que je connais bien le Royaume de Dieu et me vanter de quelques très vagues connaissances sur les Atlantes.....

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, Posté(e)
existence Membre 5 823 messages
Forumeur activiste‚
Posté(e)

Je ne sais pas si cela a un lien avec le soleil, mais il me semble que le rationalité a été développée notamment suite à trois événements entre -600 et -400 avant Jésus-Christ que sont :

- la "démocratie" athénienne, où Solon joua un rôle décisif, et ensuite Socrate, qui avait des disciples, et qui ironiquement fut condamné de façon démocratique (c'est pourquoi Platon critiquera sévèrement la démocratie)

- le République romaine

- la naissance du bouddhisme, avec l'analyse de la vie et de la souffrance et de ses causes

Ces trois mouvements, privilégiant la discussion, le débat, la réflexion et la logique, ont amorcé le mouvement de la rationalité à travers le monde. L'égalité entre les citoyens n'est pas apparue tout de suite, même si elle a été considérée théoriquement par les romains et le bouddhisme. De nos jours encore, des relations hautement hiérarchiques subsistent.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, 39ans Posté(e)
Sun-Tzu86 Membre 244 messages
Baby Forumeur‚ 39ans‚
Posté(e)

Bon; j' en profite pour renouveler mes remerciements à Karbomine pour avoir ouvert ce sujet.

Je ne sais pas très bien par où commencer; par conséquent, je vais repartir de mes affirmations précédentes.

La civilisation grecque s' est développée autour d' un corpus mythologique assez épais, qui a constitué l' ensemble des croyances, des valeurs et des traditions de cette société. Mythologie vient de mythos, qui signifie "discours". Un discours présuppose nécessairement une forme narration qui, dans ce cas, aboutit à une représentation symbolique d' un enseignement. Un mythe a, donc, pour but de répondre aux questions existentielles de l' homme: les thèmes plus traités sont l' origine et la fin du monde; l' origine et la fin de l' homme; le rapport de l' homme avec les divinités; la naissance même du mythe. La mythologie, bien que de façon allégorique, embrasse l' existence de l' homme en lui offrant une place et un rôle dans la nature: Plotin, par exemple, affirme que la mythologie sert à transmettre des enseignements moraux et réfute l' idée d' un fondement historique de cette dernière.

La mythologie, dans sa nature de "discours", a donc contribué au développement du langage, de l' argumentation, à la précision des termes employés.

L' étymologie du mot "culte" (peu importe lequel), par contre, est bien différente: du latin cura (participe passé de colere), qui signifie "cultivation, adoration". L' idée d' adoration renvoie, déjà, à l' ordre de la passion , des sentiments. Un culte se caractérise par un ensemble de pratiques de groupe, qui exclut une forme de communication verbale: rituels, danses, sacrifices, prières, chants... Ces pratiques ne contribuent pas à développer la pensée logico-verbale.

Voilà une première idée... J' espère utile pour des considérations futures ^_^

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité Karbomine
Invités, Posté(e)
Invité Karbomine
Invité Karbomine Invités 0 message
Posté(e)

Hello.

Désolée pour le temps que j'ai mis à répondre, j'ai fait une pause pour y penser.

La civilisation grecque s' est développée autour d' un corpus mythologique assez épais, qui a constitué l' ensemble des croyances, des valeurs et des traditions de cette société. Mythologie vient de mythos, qui signifie "discours". Un discours présuppose nécessairement une forme narration qui, dans ce cas, aboutit à une représentation symbolique d' un enseignement. Un mythe a, donc, pour but de répondre aux questions existentielles de l' homme: les thèmes plus traités sont l' origine et la fin du monde; l' origine et la fin de l' homme; le rapport de l' homme avec les divinités; la naissance même du mythe. La mythologie, bien que de façon allégorique, embrasse l' existence de l' homme en lui offrant une place et un rôle dans la nature: Plotin, par exemple, affirme que la mythologie sert à transmettre des enseignements moraux et réfute l' idée d' un fondement historique de cette dernière.

La mythologie, dans sa nature de "discours", a donc contribué au développement du langage, de l' argumentation, à la précision des termes employés.

Si je suis d'accord avec le début, le dernier paragraphe me chatouille un peu.

En fait, le mythos est un récit, et le discours serait plutôt le logos. Platon oppose ces deux concepts en prenant clairement partie pour le logos, quoiqu'il ait lui-même recours à deux mythes (peut-être trois, je ne sais plus) : le mythe de la Caverne (République) et le mythe d'Er (République aussi). Cette distinction entre mythos et logos recoupe exactement la distinction entre imagination et raison, le logos étant le champ même de la logique, c'est-à-dire ce qui tisse des liens rationnels entre les choses. En conséquence, le mythe ne saurait être désigné comme point de départ d'un discours argumentatif, puisqu'il est régi par l'imagination, où l'impossible est possible et l'incohérent cohérent.

Platon va même jusqu'à prôner une cité sans poètes, ceux-ci maniant selon lui le mythos au détriment du logos.

En fait, je crois que ce topic et la question qu'il pose se résument à cette interrogation :

Peut-on parler d'une phantasia universelle ?

Pour l'affirmer, il faudrait alors se pencher sur le cas de civilisations n'ayant pas été en contact avec le noyau de pensée indo-européen, à moins de postuler une création de ces images antérieure à la dispersion des hommes, voire à la séparation des continents.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre, 39ans Posté(e)
Sun-Tzu86 Membre 244 messages
Baby Forumeur‚ 39ans‚
Posté(e)

@ Karbomine:

Ton observation est correcte et très intéressante, mais, encore une fois, je pense qu' il est nécessaire de contextualiser historiquement cette donnée.

La distinction entre mythos et logos est apparue aux alentours du cinquième siècle, avec les philosophes Platon et Tucidide. Mais, avant cette époque, ces deux termes avaient le même sens: celui de "discours", dans le sens générique du terme. D' autre part, Mythos était aussi employé comme synonime de "conseil", "avertissement" et, parfois, de "ordre", indépendamment de la véracité ou moins du discours. Tous ces termes renvoient à l' idée de "valeur", à une volonté d' ordonner le monde. Et cette mise en ordre se caractérise par le fait d' intervenir à travers un discours symbolique, mais pas purement imaginaire: il ne s' agit pas d' un conte. Le sens même du verbe myo ("être renfermé en soi", si je ne me trompe pas) n' évoque-t-il pas une recherche de quelque chose de caché? Et ce quid ne nécessiterait-il pas d' une analyse cohérente et rigoureuse, qui organise et conceptualise les éléments symbolique, pour être extrapolé? Cela présupposerait une forme d' argumentation.

Malheuresement, je ne connais pas grand-chose des civilisations qui ne sont pas entrées en contact avec celles indoeuropéennes.

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant

Archivé

Ce sujet est désormais archivé et ne peut plus recevoir de nouvelles réponses.

×