-
Compteur de contenus
523 -
Inscription
-
Dernière visite
Type de contenu
Profils
Forums
Blogs
Calendrier
Vidéos
Quiz
Movies
Tout ce qui a été posté par Arkadis
-
La conscience se résume-t-elle à des produits du cerveau ?
Arkadis a répondu à un(e) sujet de Black3011 dans Philosophie
- Grandpa j'ai cherché la conscience partout et je ne l'ai pas trouvée. - Tu as cherché dans la cave ? Va voir en bas si elle n' y est pas. - Grandpa j'ai cherché partout et je ne l'ai pas trouvée. - Peut être qu'elle n'existe pas. - Mon copain philosophe me dit qu'elle existe, parce que, si elle n'existait pas je ne pourrais pas être conscient. - Dis moi si je te demande de trouver la marche, penses-tu que tu vas la trouver ? Non, n'est ce pas ? Nous pourrions dire alors que la marche n'existe pas. Est ce que la marche existe ou est ce qu'elle n'existe pas ? As tu besoin d'elle pour pouvoir marcher ? -Elle existe et pourtant elle n'existe pas. - Ce sont les pièges du langage. Nous avons la faculté de créer des mots qui ne correspondent pas à un objet observé mais ces mots ont pourtant une fonction interne au langage. Il faut savoir distinguer les mots qui correspondent à une observation de ceux qui correspondent à une fonction interne au langage. Si je te parle de la raison tu pourrais me dire que tu n'as pas trouvé la raison, tu pourrais dire : la raison n'existe pas, mais si je te dis : la raison c'est l'action de raisonner, c'est raisonner, alors tu auras quelque chose de concret, de réel à laquelle penser. La conscience est l'un de ces mots, créés au sein du langage, la conscience ne désigne pas un acte mais ce mot désigne une qualité, c'est une façon de passer d'une qualité à un substantif dans le cadre d'une simplification du langage. La conscience c'est la qualité d'un être d'être conscient. Comme par exemple le jaune est la qualité d'un objet, d'un être d'être jaune, et pourtant le jaune, employé comme un substantif, ne désigne rien qui soit observable. Le jaune ne se balade pas, tout seul, quelque part. - Qu'est ce qu'être conscient ? -C'est la grande question. Nombreux sont ceux qui se cassent les dents sur ce qualificatif. C'est tellement obscur que beaucoup finissent par dire que la conscience soit n'existe pas soit qu'elle est inutile. Pourtant si nous n'étions pas conscients nous ne pourrions même pas parler ensemble comme nous le faisons, nous ne pourrions même pas commencer à parler de nos observations, nous ne pourrions même pas fonder une science, une philosophie, une religion, une politique puisque pour les fonder il faut au moins disposer d'un langage conscient. Nous sommes sans cesse conscients, sans cesse dès lors que nous sommes en veille, attentionnés à ce que nous faisons, alors dire que la conscience ne sert à rien c'est tout bonnement une aberration c'est dire : être conscient ça ne sert à rien, c'est dire par exemple en parlant de la vie, en tant que substantif, la vie n'existe pas et dire donc : être vivant ça ne sert à rien... -
J.B.S. Haldane n'est pas un nul dans le domaine de la biologie. Jacques Monod lui-même, que je ne considère pas non plus comme un nul le cite dans son livre "Le hasard et la nécessité" pour asseoir son discours. Le sujet du fil nous invite à faire une distinction entre observations brutes et la causalité, entre autres, prise par les scientifiques "techniciens" comme une observation brute. La causalité, selon eux, nous est exposée par la Nature, elle est indépendante de l'esprit humain. Concernant la théorie de l'évolution nous ne sommes pourtant plus dans le cadre strict de la physique et de la chimie, mais dans une utilisation de celles-ci pour établir des enchainements, une causalité que je trouve discutables. Les tenants de cette théorie parlent de sélection, de compétition universelle, de performance, comme si ces concepts étaient des données objectives. Alors que ce sont des constructions idéologiques à l'intérieur desquelles le raisonnement et sa causalité vont se déployer. Quand Lynn Margulis introduit l'idée non plus de compétition mais de symbiose entre micro-organismes pour expliquer la présence et la fonction des mitochondries au sein de la cellule elle est aussitôt attaquée, ridiculisée par les mandarins de la théorie brute de l'évolution qui sont d'ailleurs tous des mâles. Elle est renvoyée à sa féminité qui, pour les mâles dominants, introduit une notion "affective "qui les fait gondoler de rires. L'affectivité, la sensibilité, la solidarité suggérée par Margulis sont pour eux sont des qualités secondaires de l'esprit humain, ce n'est pas sérieux, en tout cas JAMAIS l'affectivité, la sensibilité ou la solidarité pourraient avoir RAISON contre la raison scientifique. Il n' y a pour eux que de raison...scientifique. La science est un medium froid dirait Mac Luhan. A propos des classifications du vivant il est intéressant d'écouter la vidéo sur YouTube d'une conférence donnée par Jean Jacques Hublin : "spéciation et extinction chez les Hominines" qui estime que le concept par exemple d'espèce semble se tenir d'une manière objective mais que les autres classifications sont peut être arbitraires et concèdent aux nécessités de fonctionnement de notre raison humaine. La raison humaine n'est plus alors conçue comme un mécanisme de connaissance objective mais comme une faculté déterminée par notre humanité, déterminé par des intentions. Bien sûr les "techniciens" vont nous dire que les conditions d'exercice de notre raison ont ceci de merveilleux qu'elles nous permettent de nous saisir du réel , de le transformer à notre profit ( ce qui justifie la science). C'est vrai. Mais la transformation efficace du réel, à notre profit, suppose tout de même que nous ayons une idée de ce que peut bien être "notre profit", et de faire de "notre profit" un absolu, pourtant discutable à mon sens. La contestation introduite par Dattier déplait aux "techniciens" mais plait aux chercheurs. Les chercheurs ont besoin de s'autoriser tous les imaginaires possibles pour trouver, alors qu'au contraire les techniciens doivent élaguer tout imaginaire qui pourrait affecter leur efficacité. Les jeunes chercheurs tentent de trouver en quoi Einstein se trompe (ouh les iconoclastes !) mais les jeunes ingénieurs appliquent le plus strictement possible les savoirs que leurs employeurs leur demandent d'utiliser, ce qui fait d'ailleurs que les techniciens vont être progressivement remplacés par des IA, certaines d'entre elles déjà codent mieux que nos programmeurs. La contestation introduite par Dattier nous renvoie à de vieux débats, notamment entre empiristes et rationalistes. Quand Hume estime que la causalité n'est pas autre chose qu'une systématisation des observations brutes récurrentes il alerte Kant qui pense que suivre Hume ôte tout fondement à la science : il n'y a plus de science possible. Kant va phosphorer et produire sa monumentale CRP. Dattier donne du souffle quand il réhabilite Hume. C'est certes malvenu dans le monde des "techniciens" mais c'est bienvenu dans le monde des chercheurs, des créateurs qui ont besoin de s'autoriser à tout casser pour trouver.
-
La psychanalyse : une boite de Pandore à garder fermée?
Arkadis a répondu à un(e) sujet de L'illuminée dans Philosophie
L'inconscient n'existe pas encore, comme mot, du temps de Platon ou encore de Leibniz. Nous pouvons interpréter les œuvres de Platon ou de Leibniz à partir de notre compréhension actuelle de l'inconscient, mais il toujours délicat d'expliquer le passé des Idées par le présent de nos Idées. Nous risquons alors de récrire l'histoire, quoique.. ce soit là une inclination irréfragable de l'esprit humain. Nous pouvons aussi concernant les Grecs estimer que, lorsqu'ils parlent de la manière dont les dieux inspirent les humains dans leurs passions, les rendant au passage aveugles alors ces dieux sont, en fait, l'inconscient. Freud va récrire Sophocle avec son concept d'inconscient là où Sophocle fait intervenir les dieux, mais je considère qu'il n' y a pas identité entre les dieux grecs et l'inconscient. C'est surtout dans le bouillonnement des Idées, en Allemagne , dès la fin du 18 siècle qu'apparait l'idée moderne d'inconscient. Il y a d'abord Kant avec son curieux concept de "chose en soi" qui décoiffe : il y aurait quelque chose d'essentiel dont ne pourrions pas avoir conscience. Puis il y a Schopenhauer avec son concept de Volonté aveugle, là aussi indomptable. Et bien sûr Nietzsche dont il semble qu'il est carrément animé par la puissance d'un inconscient, appelé là aussi : volonté. Un philosophe allemand va tenter de synthétiser les idées des uns et des autres dans son ouvrage "Philosophie de l'Inconscient", Eduard von Hartmann, en 1869. Dans cette étude fondatrice "l'inconscient est l'essence active de tous les processus naturels et psychiques. C'est lui qui permet le développement téléologique dans la vie organique et il est le fondement de tout ce qui existe. La vie consciente entière est sous l'influence dominatrice du psychisme inconscient" (extrait de wiki). Freud va s'emparer de cette notion d'inconscient pour en faire ce qu'il a décidé d'en faire : le lieu des tous les refoulements, notamment sexuels. Si je compare Hartmann à Freud, en pensant à l'auteure de ce fil qui oppose philo et psychanalyse, je dirai que Hartmann se situe dans la philosophie tandis que Freud se situe dans le champ qu'il va créer, celui de la psychanalyse. Il n'y a pas besoin d'aller plus loin, dans l'exposition, pour voir à quel point la psychanalyse est une caricature de la philosophie. Et que la philosophie dans son exposition de l'inconscient, embrasse un champ beaucoup plus vaste que celui qu'embrasse la psychanalyse dans sa propre exposition de l'inconscient. -
Guerre en Ukraine - Sujet général
Arkadis a répondu à un(e) sujet de Promethee_Hades dans International
Ces discussions à propos de la guerre Ukraine-Russie me laisse songeur. Les arguments pour condamner la Russie repose sur le sens moral (la Russie est l'agresseur donc condamnable si je me place dans le champ moral) et sur la sensibilité (des civils en Ukraine ont été massacrés, d'autres civils continuent d'être tués). Ces arguments je les prends en considération puisque je privilégie le sens moral et la sensibilité. Du coup je prends de la distance avec mes attaches "sentiments" (ma mère est russe, et nous savons que c'est la mère qui transmet l'essentiel, les émotions notamment, il ne suffit pas de connaitre la langue russe pour devenir russe, il y a quelque chose, dans la transmission, là, dans les entrailles de la mère, qui précède le langage). Ce n'est pas simple de prendre ce genre de distance, mais je considère en effet que cette guerre ne peut pas continuer comme veut la continuer Poutine, qu'il n'est pas possible de continuer de malmener un pays comme il le fait. Ce qui m'étonne c'est que ceux qui s'appuient sur le sens moral et la sensibilité pour condamner la politique de Poutine abandonnent ce même sens moral et cette même sensibilité lorsqu'il s'agit des Palestiniens. Israël a ainsi le droit d'établir des colonies depuis des décennies en Cisjordanie (c'est l'équivalent de l'irruption des Russes en Ukraine) et le droit de tuer des milliers de femmes et d'enfants (c'est l'équivalent des massacres des Russes en Ukraine) sans que ceux-là qui s'indigent de la politique de Poutine s'indignent de la politique des Israéliens. Ils vont alors changer leur argumentation, sens moral et sensibilité, pour avancer cette autre argumentation : il est légitime de se venger. Il est alors légitime aussi de se poser cette question : ceux qui condamnent Poutine utilisent-ils le sens moral et la sensibilité pour rallier l'opinion en vue d'un but qu'ils dissimulent ? Utilisent-ils le ressentiment (la vengeance) pour rallier cette même opinion en vue d'un but qu'ils dissimulent ? Et si oui, quel est ce but ? J'ai longtemps pensé qu'il s'agissait d'hypocrisie, de parti pris (il y a en effet des gens qui méprisent les Russes dans leur identité, leur "être", mais c'est là un problème personnel, qui leur est propre, il y a aussi ceux qui se veulent russes sans qu'ils le soient pourtant, là encore c'est un problème personnel, il y a ceux qui ne peuvent pas encadrer les arabes ou les musulmans, etc. etc.) qu'il s'agissait de mauvaise foi, mais je n'en suis plus si sûr aujourd'hui. Il s'agit d' attitudes beaucoup plus profondes, difficiles à discerner, des attitudes profondément inscrites au fond des "âmes". -
La conscience se résume-t-elle à des produits du cerveau ?
Arkadis a répondu à un(e) sujet de Black3011 dans Philosophie
Je reviens sur cette affaire de neurones vivants utilisés dans la confection d'ordinateurs. Il ne s'agit pas de créer des ordinateurs vivants mais de créer des ordinateurs qui utilisent des cellules vivantes. De plus le but n'est pas de créer une chose vivante mais de concevoir un ordinateur qui consomme peu d'énergie. Lorsqu'un individu travaille dans un tel secteur est-ce qu'il est encore capable d'objectivité sur le sujet de la conscience ? Je considère que non. Sa subjectivité est intéressante bien sûr à considérer mais il est nécessaire de se dire : attention, le gars, là, il est intéressé, donc ce qu'il dit est totalement biaisé. Lorsque, dans ce secteur de recherche (le biocalcul) un scientifique soudain émet l'hypothèse qu'il pourrait bien y avoir un corrélat "ressenti" à un système mécanique intégrant des neurones vivants, il a aussitôt contre lui toute la profession. Pourquoi ? Parce que la profession se dit : si nous émettons une telle hypothèse le grand public va vouloir jeter un œil sur nos recherches, pas question. Nous voulons rester libres de faire ce que nous voulons. -
La conscience se résume-t-elle à des produits du cerveau ?
Arkadis a répondu à un(e) sujet de Black3011 dans Philosophie
La science et le rationalisme ont fait leur preuve, du meilleur, je pense aux progrès de la médecine, au pire avec les chambres à gaz ou la bombe atomique. La science sans conscience n'est que ruine de l'âme , et quand la conscience est réduite par la science à un objet scientifique, alors tout peut arriver : le meilleur comme le pire. Plus rien ne sépare la création de la destruction, la conscience morale est niée. Nous ne pouvons pas faire confiance aux scientifiques, lesquels dans leur travail évacuent toute conscience morale, vécue comme un frein, un obstacle à leur action. C'est pourquoi s'il est néanmoins nécessaire de laisser faire les scientifiques, comme exécutants (nous avons besoin d'exécutants intelligents comme nous avons de leur équivalents, les IA) nous devons néanmoins sans cesse les contrôler et leur retirer la décision quand nous considérons notre obligation, en tant qu'être humain, de tenir compte du sens moral. Les travaux sur l'IA ou sur les neurones vivants sont efficaces lorsque menés par le secteur privé, qui, guidé par l'ambition, la volonté de puissance créatrice ou destructrice, est capable d'étonnantes découvertes, mais dès qu'il s'agit d'appliquer socialement ces découvertes il est nécessaire de reprendre le contrôle politique ou moral. -
Pierre Musso est un philosophe, professeur émérite de sciences de l'information et de la communication. Il a écrit "La religion industrielle" une somme (de connaissances) dont le but est d' exposer une généalogie de l'industriation "considérée comme une vision du monde, une culture ou une philosophie". Le mot "industriation" est un néologisme qu'il a créé pour éviter le mot "industrialisation" qui renvoie de manière trop univoque, selon lui, à la révolution industrielle du 18 siècle. Le sous-titre de son œuvre est : "Monastère, manufacture, usine, une généalogie de l'entreprise". Le livre est sorti en 2022 aux éditions Fayard. C'est une œuvre touffue où abondent des connaissances encyclopédiques qui fusent un peu partout, de manière désordonnée, c'est un peu irritant, mais du coup la réflexion est sans cesse sollicitée sur des sujets épars (éparpillés). Sa thèse est que l'industriation nait au cœur du christianisme, du catholicisme originel, au Moyen Age, dans le cadre du monastère. Thèse osée je trouve mais du coup intéressante. L'emploi du mot "religion" obscurcit le discours, il en a conscience, il finit par limiter le mot religion au rapport de l'être humain avec le Divin, ou Dieu. Nous voici situés dans le monothéisme originel. Ce qui m'intéresse dans cette démarche c'est son focus sur l'entreprise mais aussi sur l'industrie. Au cours de mes expériences vécues, notamment dans l'effort de penser la Révolution (effort qui a traversé toute la réflexion politique en France jusqu'en 1983, date de la fin de cette pensée), effort continué dans des actes politiques, je me suis aperçu qu'il y avait un problème avec l'entreprise et l'industrialisation elles-mêmes. En effet le politique parlait capitalisme contre socialisme (qui devait conduire au communisme) mais je m'étais aperçu, aussi bien dans le cadre du communisme que dans celui du socialisme, qu'il fallait bien retourner chaque matin dans l'entreprise pour la faire marcher, et, donc, le statut d'ouvrier par exemple survivrait aux idéologies, de même que survivrait le management. Comment dépasser la condition de l'ouvrier si sous les idées politiques il restait cette réalité : la nature même de la production industrielle et de l'entreprise, nature qui transcende toutes les positions politiques. La définition du mot "industrie" est diverse dans cet ouvrage, nous ne savons plus où donner de la tête. Il finit par s'arrêter sur l'industrie en tant que production de richesses, en tant que production d'objets "fabriqués" ce qui écarte l'agriculture, mais il faudra bien y revenir à cette agriculture dans le cadre du monastère (les moines cultivent la terre), bref...C'est pas simple. Comme c'est obscur nous voici autorisés à y mettre notre grain de sel. Le mot industrie apparait certes assez tard dans le vocabulaire occidental, mais nous l'employons tout de même pour qualifier par exemple l'industrie des bifaces, là ça remonte à loin. C'est intéressant de voir ce qui se passe avec "l'industrie" des bifaces. Qu'est-ce qui apparait ?
-
Ce que nous disent certains scientifiques, surtout ceux qui œuvrent dans le recherche, c'est qu'il a fallu tellement d'évènements hasardeux pour que la vie passe de son apparence "inanimée" à son état "animé" qu'il est impossible de retracer le chemin par lequel elle est apparue. Cette constatation vaut aussi dans la vie d'un individu. La rencontre, avec un(e) autre, ou avec un évènement, est nécessaire pour progresser, évoluer, ne pas rester fixé(e) à une situation psychique ou matérielle donnée. C'est assez étonnant car cela démontre que la réflexion, l'intelligence, ne peuvent pas, seules, nous permettre de passer un cap donné. Il est nécessaire qu'advienne, de manière totalement inattendue, la rencontre ou l'évènement. Nous rencontrons alors cette notion de hasard. C'est bien le caractère inopiné, inattendu de la rencontre ou de l'évènement qui permet le franchissement du cap. Dépendre d'un hasard borne notre volonté de tout maitriser. Borne notre volonté même. Le hasard ne prend pas toujours un caractère impératif, il ne s'impose pas. Il peut prendre la forme d'une proposition. Le hasard qui propose est troublant : il semble alors que quelque chose vient, nous sollicite doucement et nous laisse libre d'accepter ou pas la rencontre ou l'évènement. Cela ressemble à cette plante dans le jardin qui apparait. Nous pouvons aussitôt l'arracher, ou bien nous sommes curieux de voir comment elle trouvera sa place, quitte, à la fin, à l'arracher quand même ou bien à l'accepter. Parfois la rencontre provoque une "prise de conscience". Qui bouscule notre organisation mentale construite après de très savantes études et réflexions. C'est étonnant, tout se réorganise et nous devons laisser travailler ce que nous appelons parfois avec dédain l'inconscient, que je nomme le non-conscient. Le travail du non-conscient est intense et doit être respecté, nous ne pouvons pas le remplacer par un travail conscient. Nous sommes invités à partager le pouvoir. A attendre que le non-conscient ait terminé son œuvre. Mais parfois aussi le non-conscient, à moins que ce soit la conscience elle-même, nous enferme dans une boucle dont nous peinons à nous extraire. Dans le rapport ouvert, actif/passif avec l'extérieur, le différent, l'inconnu(e) nous pouvons alors y rencontrer le hasard qui va proposer la voie nouvelle. En psychanalyse nous appelons abréaction le phénomène de libération d'un affect attaché à un événement traumatique. Ce phénomène arrive soudain, au détour d'un travail sur le verbe. La rencontre inattendue, ou l'évènement inattendu, c'est autre chose. L'abréaction déçoit souvent, après le sentiment de libération suit la routine. Dans la cabinet d'un psy, ou dans notre solitude, nous avons le sentiment de maitriser ou au moins de piloter les choses. L'inattendu de la rencontre, non organisée, parfois même intempestive, avec une personne, avec un événement, provoque autre chose, de plus puissant. Nous sommes bousculés, mis en difficulté, il peut y avoir panique, peur, souffrance et mobilisation puissante de notre faculté à nous battre, nous sommes soudain confrontés au réel, le danger est réel. La prise de conscience n'est pas simple ouverture à un refoulement, la prise de conscience inaugure un travail, en soi, étonnant, non dirigé par le verbe, non dirigé par la conscience. Nous découvrons alors que la conscience, l'intelligence ne pilote pas seule notre vie, il y a "autre chose".
-
Je me rends compte que l'existence, par rapport à soi, dans son environnement, d'un champ "hostile" ou contraire stimule la force créatrice. Ce champ contraire il est possible de le rencontrer dans les réseaux sociaux. Je lis cette réflexion d'un collectif d'intello, peu importe qui, qui cite Günther Anders, "Je hais, donc je suis". Freud vient en soutien. "Il accorde à la haine une importance capitale, cette pulsion précède l'amour dès la naissance : elle revêt un caractère anthropologique." Je ne peux pas nier qu'il existe au sein des réseaux sociaux, comme au sein du forum, des rapports agressifs, même haineux parfois. Je n'en déduis pas que cela tient à une pulsion fatale. Nous voici ramenés à Rousseau, l'homme est-il, par nature, méchant ou gentil ? Je pense qu'il est possible de sortir de ce genre de réflexion en recourant à d'autres représentations. Je préfère dire qu'il existe en chacun (être humain) des champs superposés : un champ d'agressivité, un champ de bienveillance, un champ de méfiance, un champ d'empathie, etc. Et je pense que ces champs qui nous sont propres réagissent ou sont mobilisés par les "évènements". Un évènement peut provoquer une perturbation dans tel champ ou tel champ. Il n' y a pas de fatalité anthropologique qui nous permettrait de dire de manière définitive : "Je hais donc je suis". Si les réseaux sociaux portent autant d'agressivité c'est qu'il y est possible d'exercer ou de subir un champ d'agressivité avec la possibilité de le domestiquer. C'est une sorte de terrain d'entrainement avant de retourner au réel pour y tenter de maitriser l'agressivité ambiante qui y règne et qui, en ce moment, se développe rapidement avec les conflits mondiaux en cours, les perspectives moroses à l'intérieur du pays et l'hystérie des media qui excitent les émotions en vue d'augmenter leurs audiences. C'est l'agressivité vécue dans la réalité qui nous fait chercher un champ d'agressivité domestique, plus aisé à maitriser, maitrise qui nous aide ensuite à revenir au réel pour le maitriser à son tour. Cela dit je pense que l'existence d'un champ d'agressivité domestique ou domestiqué a aussi l'avantage de stimuler la créativité. Dans un milieu trop favorable nous nous endormons. Cela me fait penser à cette remarque de mon frère, jadis, dans ses études et ses recherches en biologie qui concluait : là où la vie est trop facile elle s'éteint, là où il y a combat elle s'affermit. Il reste à choisir le champ de créativité dans lequel il nous est possible de vivre et de croitre dans notre vitalité.
-
Dans le numéro 583 de mai 2026 du magazine "Pour la science" Philippe Descola (anthropologue, professeur émérite au Collège de France) donne une interview sur le thème des quatre ontologies qu'il définit ainsi : naturalisme, animisme, totémisme et analogisme. Quatre ontologies ou encore quatre façons de faire monde. Nous avions abordé ce sujet, avec @al-flamel dans l'étude du livre de Mohamed Amer Meziane, "Au bord des mondes". Deux ontologies nous avaient intéressés, le naturalisme et l'animisme. Nous avions corrigé le mot "animisme" par le mot : intériorité, ce mot décrivant plus précisément ce dont les auteurs voulaient parler (eux-mêmes emploient ce correctif). En effet le mot "animisme" quand il est repris par les Occidentaux, les naturalistes, est fondé sur leur concept de l'âme qui n'est pas le concept pensé par les animistes. Le mot intériorité évite de tomber dans l'acception reprise par les Occidentaux et permet de mieux comprendre la pensée des animistes. Par exemple si un animiste rentre en communication avec un non-humain, un animal par exemple, il ne part pas de l'idée que cet animal a une âme (distincte donc de son corps) mais il part de l'idée que l'animal est habité par une intériorité étendue à tout son corps. Descola part de cette distinction humain/non humain et il fonde ses quatre ontologies sur la façon dont les humains entrent en relation avec les non-humains. Il décrit son expérience de vie en compagnie des Achuars, une population amérindienne de la haute Amazonie. Il voulait étudier les rapports noués entre les Achuars et la Nature, telle que lui la concevait. Avant de s'apercevoir qu'il ne pouvait pas s'appuyer sur ce mot, Nature, pour continuer d'étudier cette population, les Achuars n'ayant aucun mot dans leur langage qui lui corresponde. Il observa que cette absence venait du fait que les Achuars vivaient en continuité morale et cognitive avec les non-humains. Ils ne pouvaient pas penser le mot Nature car ils ne pouvaient pas se penser extérieurs à la Nature. Cette attitude des Achuars m'a réconcilié avec moi-même. En effet je ne réussis pas à penser ce mot : Nature, ce qui me met en difficulté avec les Occidentaux qui s'y réfèrent sans cesse. Je pense à Spinoza bien sûr mais aussi à Kant et à tant d'autres philosophes occidentaux qui pensent l'homme comme un être distinct des autres êtres grâce à sa capacité à sortir de l'état de nature. Pour moi il y a toujours eu continuité entre non-humains et humains, et je pense en définitive que cette continuité m'empêche de penser la Nature comme les Occidentaux la pensent. L'une des conséquences de l'ontologie fondée sur l'intériorité de tout ce qui existe, humain ou pas, c'est que, dans cette perception là, il n' y a pas de verticalité, les rapports sont "horizontaux", il n' y a pas de hiérarchie de "dignité d'existence" entre humains et non-humains. S'il y a une hiérarchie, cette hiérarchie ce touche pas la dignité d'être, d'exister. Il n' y a pas non plus de Dieu ou de tout ce qui remplace Dieu (les Absolus, dont la Vérité par exemple). Dans un telle ontologie il n' y a pas non plus d'athéisme puisque le mot Dieu lui-même n'a pas de sens comme n' en a pas le mot Nature. Il reste à développer maintenant l'ontologie : naturalisme.
-
Nous sommes tous ignorants de quelque chose. Nous tentons de dépasser notre ignorance dans l'étude par exemple, dans l'expérience aussi...Bref. Nous tâtonnons, nous faisons des hypothèses, que nous pouvons nommer croyances. Nous jetons devant nous ces croyances ou hypothèses que nous essayons d'éprouver, de vivre jusqu'à ce que ces croyances ou hypothèses nous paraissent avérées. Nous basculons alors dans les certitudes. Jusqu'à ce que de nouvelles études ou expériences nous démontrent que nos certitudes étaient encore des croyances. Bref nous progressons. Je ne crois pas dans cette assertion : "nous avons besoin de croire". Je pense que cette assertion fait partie du désordre de nos cultures. Si j'essaye de revenir à nos origines je pense que l'être humain est animé par la volonté de maitriser son environnement. A l'origine il n' y a pas un besoin de croire il y a une volonté de maitrise. Cette volonté de maitrise passe par l'emploi de la causalité, et c'est dans cette recherche de la causalité que nous pouvons nous tromper.
-
"Il faut être vivant..." Qu'est ce qui est vivant ? Dans notre culture occidentale nous distinguons le vivant de l'inanimé. Pourtant il existe des philosophies issues aussi du monde occidental qui brisent cette distinction. Pour elles, même au niveau le plus élémentaire nous sommes déjà en présence de "quelque chose" de vivant. Du coup le vivant embrasse tout ce qui est. Concernant ces philosophies il ne s'agit pas d'un retour à l'animisme, il s'agit de quelque chose de beaucoup plus fondamental. Je ne fais pas allusion aux théories d'un Teilhard de Chardin par exemple mais plutôt aux idées d'un matérialiste, je nomme Diderot (le Rêve de d'Alembert et autres écrits). Dire qu'il faut être vivant pour employer des mots comme Etant c'est surtout dire qu'il faut être un être vivant doué de parole. Nous tombons alors dans le monde du Verbe, du Mot, de la Parole dite ou écrite, nous tombons dans le Flou, domaine privilégié de réflexion de tout un pan de la philosophie. Le Verbe, surtout écrit, engendre un champ spécifique qui influe, voire parfois détermine les idées. Nous sommes dans un monde d'artifices qui n'est pas sans intérêt, ni sans utilité, à condition de toujours se souvenir que nous sommes dans l'artifice. Cela me fait penser aux mathématiques qui sont pensées comme modèles du réel, modèles approchées. Elles sont certes des instruments efficaces de saisie du réel, mais être un instrument de saisie adapté ne signifie pas pour autant être un modèle du réel. Le Verbe et la Mathématique artifices efficaces mais artifices quand même, ou, si l'on veut, instruments. Ce qui signifie qu'il est nécessaire d'être toujours sur ses gardes face à l'emploi de ces instruments, nous ne savons pas toujours dans quel but le locuteur les emploie.
-
Albert Einstein ne croit qu'à un Univers statique et, malgré les travaux de Hubble qui décrivent une expansion de l'Univers, il tentera jusqu'à la fin de sa vie de restaurer la possibilité d'un Univers sans histoire , c'est-à-dire sans origine, ni fin, manière de restaurer un Univers éternel sinon statique. Einstein reprenait à son compte la vision de Spinoza dont la philosophie prend place dans un Univers-Nature-Dieu éternel. En 1964 Arno Panzias et Robert Woodrow Wilson découvrent l'existence du fond diffus cosmologique : la vision d'Einstein est erronée, la vision de Lemaitre est confirmée. L'Univers a une origine et une fin, même si cette origine et cette fin peuvent ne pas être absolues (il peut y avoir une autre phase avant cette origine et une autre phase après cette fin, mais il y a bien une tranche d'histoire, un développement que nous pouvons décrire). Mais en Europe continentale, en France en tout cas, nous continuons de vivre dans une vision statique de l'Univers, Spinoza et Einstein continuent de régner en maitres. Nous vivons dans une maison commune, au chaud dans un Univers éternel, il n' y a que le monde sublunaire qui va mal, mais patience nous finirons par trouver l'harmonie ici-bas qui se conjuguera avec l'harmonie d'une Nature-Dieu éternelle. J'ironise mais je suis bien sûr moi aussi immergé dans cette culture pépère de la vieille Europe. C'est pourquoi quand je lus le livre de Brian Greene, "Jusqu'à la fin des temps" dans lequel le physicien américain explore toutes les évolutions possibles de l'Univers, lesquelles, toutes, impliquent la fin de l'humanité comme celle de ce que nous appelons la Vie, je me suis mis en colère. Cet homme ne pouvait qu'être de mauvaise foi. Je me suis aperçu, en faisant des recherches, que la France était désormais marginalisée sur le plan culturel. Bien des ouvrages scientifiques actuels ne sont plus traduits en français. Nous nous replions sur nous mêmes. Nous continuons de vivre dans une image d'un Univers surannée. D'autres études essentielles, notamment en neurosciences, les ouvrages d'un Patrick Haggard par exemple, ne sont pas non plus traduits en francais. Nous continuons de vivre dans cette idée que le Moi est le Roi de l'Univers et que la Conscience flotte quelque part dans l'Espace. Nous vivons au chaud dans une maison isolée. Aujourd'hui je ne pense plus que Greene soit un imposteur. J'accepte de faire face à cette réalité telle que décrite par les jeunes chercheurs en cosmologie : l'évolution de l'Univers ne permettra plus ni l'existence de l'être humain ni celle de la Vie, telle que nous nous la représentons. Toutefois cet affrontement avec ce qui apparait dans un premier temps inacceptable ne vaut que pour ceux qui ne croient pas en Dieu. Les croyants s'en sortent mieux puisqu'ils ont déjà intégré, à travers leur idée du Jugement dernier, que l'Univers dériverait vers un destin funeste. Ils voient l'Univers comme une matrice. Cet Univers a donné naissance à l'être humain, l'élu de Dieu, et maintenant l'Univers peut dériver comme une matrice inutile. L'être humain s'échappe de l'Univers grâce à son âme immortelle qui rejoindra le royaume de Dieu (encore qu'il y a un jugement à la fin, savoir qui est sauvé et qui ne l'est pas). Les croyants sont complètement éblouis par cet Univers qui, pour donner naissance à l'être humain, a dû respecter des conditions si extraordinaires que sans conteste Dieu est intervenu. D'autres croyants, plus au fait des découvertes en cosmologie, développent une autre vision. Ceux là se disent qu'il est bizarre que Dieu ait dû créer 2000 milliards de galaxies pour parvenir enfin à créer l'homme dans une seule galaxie. Dieu serait il éminemment maladroit ? Ceux là rendent à Dieu une certaine adresse en imaginant que la vie est partout présente dans l'Univers. Ca tient la route un tel raisonnement. L'être humain n'est plus le seul élu du coup mais, bon, il faut être généreux et savoir partager. Reste ceux qui ne sont pas croyants. Ceux là ne croient pas en l'existence de l'âme, ni au jugement dernier, etc. Il leur faut faire face à un destin pour le moins difficile à affronter : l'extinction du genre humain, l'extinction de la Vie. Cet affrontement est largement décrit dans les cercles des jeunes cosmologistes américains, canadiens, britanniques et sans doute français aussi mais ceux là sont plutôt silencieux. De cet affrontement il devrait se dégager une nouvelle philosophie.
-
Les guerres ont le plus souvent des causes très terre à terre...Comme par exemple, justement, la possession de la terre. Le premier qui a dit : "Cette terre m'appartient" a engendré les futures guerres dixit Rousseau. La possession finit par engendrer des conflits d'intérêts. Il y a aussi la guerre pour l'accès aux ressources naturelles...Bref il y a des causes assez triviales avant qu'il y ait des causes plus sophistiquées. Dire que nous tendons indubitablement vers une fusion sociale peut aussi être considéré comme un biais cognitif : penser que nos souhaits vont forcément se réaliser parce qu'ils sont construits autour de notions que nous croyons objectives, comme la notion d'évolution. Pourtant cette évolution ne tient pas compte de nos souhaits. Chaque jour le démontre. Nous passons de l'universalisme, en ce moment, à des fractures claniques. Le second principe de la thermodynamique heurte notre désir d'éternité à tel point que les soviétiques ont jugé que ce principe (qui prévoit la mort thermique de l'univers) était un principe bourgeois (un principe construit par l'occident bourgeois pour nier la possibilité d'une société communiste). Il est possible, il est vrai, de nier les considérations scientifiques ou anthropologiques ou toutes autres qui ne correspondent pas à nos souhaits, bien sûr. Pourquoi ne pas les nier ? Si cela nous permet de mieux vivre, avec un optimisme solide, dès lors que cette négation ne nuit à personne. C'est plutôt l'adverbe "indubitablement" que je critique finalement dans votre expression de vos souhaits. Les souhaits ne peuvent pas être "indubitables". L'idée d'une convergence vers un gouvernement mondial a été soutenue dans les années 80, surtout par les trotskistes. Trotski et la révolution mondiale avec pour horizon l'avènement du communisme, à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités. C'est un souhait que j'aimerais partager avec vous. Mais ce que je souhaite ne peut pas prétendre être une intuition. C'est cela le biais cognitif : prendre nos souhaits pour des intuitions...vraies.
