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Tout ce qui a été posté par Loufiat
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Ce jeu des forces est traversé aussi par des lignes, des cohérences. Le "troisième niveau", disons "la Matrice" par dérision, en est un. Mais il y a encore autre chose, dont la nature est radicalement différente de ces déterminismes. C'est la providence. Une force de création qui semble totalement indépendante et libre à l'intérieur du jeu des puissances et qui s'amuse à créer au gré des circonstances. C'est le vent qui balaie un jet d'eau au moment où perce une éclaircie : un visage souriant s'illumine devant vous. Cette force agit comme un attracteur, elle réunit en un instant qui les sublime tous, des éléments qui sont a priori étrangers les uns aux autres, mais qui trouvent dans cette rencontre fortuite un sens de l'absolu. On ne connaît des jeux de cette force que leurs traces après coup. Intérieurement lui correspond la réalisation d'avoir été un élément pris dans ce jeu et de se trouver et de s'être trouvé toujours exactement à sa place, dans cet Instant, par cet instant. "Tout est là". Mais ce jeu n'est pas l'histoire dans son entier. Il est comme une aiguille qui brode dans le vêtement de nos vies, des puissances, des actes, etc., un dessin nous échappant à tous, étranger et pourtant tenant aussi aux motifs particuliers de nos actes. Mais pour s'en nourrir. Pour les transformer en autre chose qu'ils ne sont.
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Je réalise ceci lorsque je rencontre des forces contraires, qui ne sont d'ailleurs pas nécessairement systématiquement contraires, mais qui peuvent le devenir. Ainsi j'ai beau vouloir rester éveillé pour x raison, un moment vient où je m'endors malgré moi. Mon pouvoir grandit ou diminue selon les circonstances, selon des rythmes, etc., qui m'échappent largement. Trois champs apparaissent où je rencontre des forces possiblement contraires. Il y a l'infra, disons le psychologique. Je n'ai rien, mais alors rien d'une unité monolithique, sauf conditions exceptionnelles. Je suis pluriel, divisé, contradictoire. Il me semble que c'est le langage et l'histoire qui entraînent cette division, en créant un ordre et donc son complémentaire désordre, constamment l'un dans l'autre. Je n'y reviens pas. C'est ce que je comprends de la question de la vérité. Qui me permet d'identifier la confusion archi-répandue entre vérité et réalité qui sont pourtant comme l'eau et l'huile. Puis il y a l'inter-individuel. Là il s'agit vraiment du jeu des individus, des corps les uns avec et contre les autres. C'est le pouvoir tel que le comprend la sociologie des organisations par exemple. L'autre est un impondérable que je tente de manipuler en mettant la main sur des zones d'incertitudes dont il dépend. L'autre, par lequel je me laisse aussi manipuler, tout en ménageant une marge de liberté même infime, etc. L'image par excellence c'est le jeu d'échecs. Puis il y a un troisième niveau, plus récent dans l'histoire. Ce niveau est celui auquel tous refusent aujourd'hui de s'attaquer, même en pensée, ou alors de façon superficielle et ridicule. Il est innommable. Tous lui sont soumis. La relation des êtres humains à ce champ autonome de nécessités impérieuses est quasiment de l'ordre du mystique et du démoniaque. Il passe inaperçu exactement dans la mesure où il contraint absolument. C'est pourtant un arbitraire, un produit bien entièrement humain. Issu directement des entrailles de l'Occident dans ce qu'il a produit de pire. Ce pire passe pour le bien. La confusion des valeurs est totale et se répercute le long de toute la chaîne, jusque dans l'infra. Il faut trouver le levier et l'axe qui permettront de soulever et de renverser ce troisième niveau. Il n'y aucune issue sans ça.
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Non. Vous refusez d'appeler cette puissance par ses noms. Vous la confondez avec Dieu. Vous me donnez la nausée. Combien de fois ai-je suggéré cette confusion chez vous. Je réalise que c'est bien tout ce qu'il y a dans votre philosophie. Un pur conformisme.
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Dans tout endormissement et dans tout éveil, il y a un mystère qui ne laisse d'étonner. Lorsque j'ouvre les yeux, "qui" "s" 'éveille ? Qui dormait, qui revient au monde, qui restait médian ? Il faut bien que l'impulsion pour le réveil vienne de quelque part, avant que ne s'opère la ré-identification. (Je constate qu'elle part du fond de l'estomac et passe par la colonne.) Plus le réveil est brutal, plus la confusion est grande, plus je suis saisi par le mystère de cette transition. Où étais-je ? Où suis-je ? Et encore une fois : qui, qu'est-"ce" qui a voulu et ordonné ce réveil ? "Je" ne suis donc pas seulement cette conscience éveillée - mais éveillée à quoi ? Par quoi ? "Je" ne suis pas plus celui qui rêvait. Ni celui qui ne rêvait plus mais était totalement absent. Toutes ces transitions s'opèrent au sein d'un même continuum, c'est un seul être qui les produit et les connaît.
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J'ai eu l'occasion d'observer ces dernières années les effets dévastateurs pour le moral des enfants de nos conceptions de la vie et de la mort. Un moment vient où l'enfant est confronté au problème de la mort. Il comprend que des êtres étaient là et ne sont plus. D'abord il ou elle pose des questions en ordre dispersé et ne semble pas prendre la pleine mesure des réponses qui lui sont proposées. Puis peu à peu son attention se concentre, les questions deviennent plus précises, la volonté de comprendre plus déterminée. La réponse apportée non seulement dans le cadre familial mais social, général de nos jours, est qu'après la mort, on cesse d'exister : il n'y a rien, c'est le néant. Les réponses alternatives, religieuses par exemple, me semblent toujours être avancées, en Occident, dans ce cadre "moderne" ou du moins par rapport à lui. Cette idée violente l'enfant et agit comme un poison pour son moral. Un poison à la racine d'un mal être et d'une foule de comportements qui apparaissent en effet après ces réalisations sur la mort et la vie, et comme leur conséquence immédiate (ce dont l'enfant a conscience ! mais il l'oubli au fil des jours). Sauf cas exceptionnel, l'enfant n'a pas les moyens de se défendre en comprenant que les adultes mentent et ignorent totalement quel est le sens de la vie. L'enfant subit donc l'arbitraire de ces conceptions de plein fouet. L'effet est le recentrement sur soi-même, la jouissance et la possession. Une mesquinerie et une forme de méchanceté apparaissent. L'enfant est amputé. Un père auquel je faisais remarquer que sa fille de 4 ans avait un vrai problème avec l'idée que la mort c'est n'être plus rien du tout, répondait que c'est violent mais finalement, ça fait qu'on veut profiter d'autant plus de la vie. Évidemment c'est un mensonge éhonté car une telle idée ne peut qu'empoisonner toute la vie. Mais il énonçait aussi quelque chose de décisif. Cette idée de la disparition entraîne un recentrement sur la jouissance. La jouissance immédiate et la plus intense possible devient le seul "sens" résiduel à l'existence. Amputé, je vais faire violence à la vie et aux choses pour prendre tout ce que je peux prendre, en jouir autant que possible. Il y a une cohérence implacable entre nos modes de vie et nos conceptions.
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Votre message m'a fait réfléchir, mais je ne crois vraiment pas être devant des signes de ce que je serais dans la mauvaise direction, mais plutôt au cœur d'une expérience que je dois mener et qui s'élargit. Ce que je raconte n'est pas mal vécu. Peut-être la rapidité avec laquelle j'écris efface l'optimisme sous-jacent. Bien sûr il n'est pas agréable de s'exploser un orteil puis courir toute la journée. Mais quelle surprise de constater que "la douleur n'est qu'un message" sur un mode expérimental, avec cette dualité information - énergie que j'ai tenté de faire sentir. N'y trouvez-vous rien d'intéressant ou qui fasse écho à votre propre expérience ? Ce matin encore, au réveil : la fatigue. Mais la fatigue peut être perçue sur deux modes. Ou bien c'est une information, une donnée "en soi" qui s'applique du dehors à la conscience ; ou bien je me souviens de ce que cette perception a lieu en moi, que c'est moi qui la produit. Ce "souvenir" c'est le pivot. Alors la sensation est réintégrée, ré-annexée à la puissance d'action ; elle cesse d'être une donnée monolithique imposée à la conscience impuissante, elle est véritablement comme un feu que je réintègre. D'autant la fatigue est forte, d'autant je réabsorbe cette énergie. C'est très bizarre. Cela dit, ce que je décris n'a rien d'extraordinaire. Nous savons tous qu'en sommeil profond nous "oublions" la douleur. De même lorsqu'un danger plus grand se présente, toutes les perceptions mineures sont fondues, disparaissent dans leurs singularités respectives. Ainsi il y a un certain jeu de la conscience qui se donne à elle-même une extériorité en sélectionnant ce qui est significatif. Mais donc nous dirions : dormant, j'ai oublié la douleur. Or, je crois que c'est une mauvaise formule. Lorsque nous cédons à la douleur, lorsqu'elle envahit le champ de la conscience, c'est là que nous oublions quelque-chose, c'est-à-dire en fait tout le reste. Mais ceci reste un jeu de la conscience. Car qu'un danger plus grand et imminent se présente et la douleur est oubliée. Ainsi il y a derrière soi-même un autre soi, et derrière ce soi, un autre soi encore. Un autre qui se donne à lui-même, semble jouer avec lui-même au travers de ce que nous appellerions conscience et inconscience, et qui ne cesse d'exister à travers tous les divers états auxquels "je" m'identifie momentanément, avant de me perdre à nouveau.
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J'entame la troisième semaine du "sprint" pour lancer la suite du plan, mais voilà qu'hier soir je bute pieds nus contre le montant d'une porte. Un grand "crac" s'est fait entendre et ce matin l'orteil en question est gonflé et noirci. En amont de l'évènement, je remarque qu'un ensemble de fonctions corporelles sont devenues de plus en plus aléatoires ; ce choc est le dernier venu d'une suite d'opérations foireuses cette dernière semaine, alors que les deux premières s'étaient déroulées sans accrocs avec une montée progressive en puissance et en efficacité. J'avais déjà remarqué ces courbes et paliers dans l'effort, avec des phases de progrès rapides puis où l'on se sent plafonner, avant de pouvoir progresser à nouveau. C'est comme si le corps accumulait en surface puis devait absorber la somme de tous les apprentissages effectués, et que sa dynamique globale se trouvait modifiée par cette intégration, ce qui créait de l'aléatoire au sein de fonctions qui étaient stables. Puis en aval de l'évènement, c'est-à-dire maintenant, un dilemme apparaît entre information et énergie. La phalange douloureuse, l'orteil cassé c'est de l'information. La douleur perçue participe à façonner un certain comportement. Je marche différemment pour éviter l'angle qui réveille la douleur. C'est l'information : ce qui forme, "in"-"forme" le comportement. Mais à un second niveau, cette information est de l'énergie, c'est-à-dire qu'elle est un certain quantum d'énergie, dépensé précisément dans cette information de la douleur. Mais comme énergie, elle reste indifférenciée. Ainsi il y a une dualité au sein de la douleur. Face, c'est le doigt cassé qui vous fait oublier toutes vos belles philosophies ; pile, c'est l'énergie indifférenciée. Ceci m'évoque ces dessins qui peuvent former plusieurs figures selon la perspective qu'on adopte. Dans un sens c'est une femme élancée et dans l'autre, le visage d'un vieux. Ou bien les cubes dessinés, dont la profondeur peut être renversée. De la même façon toute perception peut-être retournée en énergie. Appliqué à la douleur, le phénomène qui se réalise est étrange. La douleur n'est pas neutralisée comme information, mais c'est comme si elle était consumée, comme si elle était redirigée ou retournée un foyer originel, l'Energie ; ou disons, remise en perspective, plus simplement. Mais l'opération mentale correspondante est un effort de rappel, de souvenir. Il faut se souvenir de l'énergie dans l'information. La même chose se passe avec la fatigue. Vous vous réveillez et la première information qui vous saute au visage est la fatigue. Mais alors vous vous "souvenez" que c'est là une certaine énergie dans cette information. Alors la fatigue est désamorcée, sans nécessairement disparaître totalement. Mais le vécu finalement est celui d'une illusion qui se lève.
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Lorsque j'ai parlé librement à mon entourage le plus proche des sentiments que j'éprouve, j'étais persuadé d'être pris pour un fou et que ceci marquerait la fin d'un certain nombre de relations, en tout cas de l'entente commune. Et c'est ainsi que j'ai involontairement présenté les choses. Mais cette entreprise de dévoilement et involontairement de rupture, a trouvé chaque fois une réponse totalement inattendue chez les autres. Des sentiments, une partie de la vie intérieure voilée est venue à jour, non pas du tout comme mienne, mais comme vérité commune, profonde mais seulement ignorée, voilée. Vérité liée à une histoire : telle relation, jour après jour - vérité aussi comme évènement, sortie des rails prévisibles de l'existence. Et vérité comme réunion, car les choses qui murissent secrètement depuis longtemps nous avaient isolés et leur dévoilement a entraîné que nous nous retrouvions dans une entente renouvelée. Ainsi il n'y a eu aucune rupture. Les liens se sont resserrés. Ils se sont relâchés dans ce qu'ils avaient d'arbitraires ; et ils se sont recréés dans l'essentiel. Ca a été pour moi une expérience extraordinaire. C'est la possibilité de vivre la vérité sans aucune réserve. Je croyais que ceci m'aliènerait, et c'est exactement l'inverse qui est arrivé. En retour, tous mes plans ont été balayés mais j'ai pour ainsi dire planté une direction et nous avançons ensemble. Il ne peut plus être question de partir seul comme je l'imaginais. Je ne suis plus seul. J'ai dû renoncer au renoncement. Je suis à nouveau lié de proche en proche à une foule de contraintes matérielles. J'ai donc repris le travail. Un travail frénétique pour accumuler beaucoup en peu de temps, car des occasions se sont créées que je vais saisir pour avancer. Les fruits de ce travail sont totalement dédiés, ce qui rend ces efforts légers. Ils sont fait d'un coeur joyeux. Et dans ce travail resurgissent de nouvelles relations, une foule de nouvelles relations, dans lesquels j'éprouve encore différemment la vérité qui se fait doucement jour. Et je réalise qu'ici aussi, dans ces relations et ces instants pourtant si contraints, je touche le cœur des hommes et je peux changer la vie, par le simple fait d'être vrai et d'avoir trouvé le Nord. Ce quelque chose qui vibre, indiquant une direction et nos places respectives, comme un être qui serait à mi-distance de toutes les individualités, de toutes les formes de la vie, les liant dans leurs différences, auquel je me sens plus intimement connecté. Parfois il faut faire un effort pour retrouver ce contact. Mais la boussole reste toujours à portée et je ne crois plus qu'elle m'abandonnera. Lorsque j'aurai accumulé suffisamment d'argent, je me retirerai pour travailler à la constitution d'un réseau de connaissances.
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Bonjour, Il me semble qu'il y a un contresens à identifier la connaissance avec les instincts ou la génétique. En tout cas je suis certain que ce n'est pas en ce sens qu'il faudrait entendre l'étymologie du mot et de "naître avec". Si je prends ce sens de "naître avec" au sérieux, il y a l'idée d'un point zéro avant lequel je n'étais pas, ou pas de la même façon ; mais voilà que je "nais" par ce que je connais. C'est un évènement, une situation où l'objet et le sujet se lient et se donnent l'un dans l'autre l'un à l'autre. Ainsi la connaissance n'est pas une somme de savoirs extérieurs qui me laisserait indifférent, c'est un évènement marquant un avant et un après. Et en ce sens, le savoir peut apparaître par contraste comme cet ensemble extérieur, froid et réglé. Mais il n'y a pas lieu de les opposer. Étant admit que la connaissance marque une rupture dans l'être et inaugure un nouveau "plan", une nouvelle "direction" dans nos vies par exemple, le savoir devient par là accessible et assimilable, sur ce plan, dans cette direction. Ainsi enfant je réalise que j'ignore la signification des mots, je me mets en quête de les apprendre. Et on tombe sur un problème insurmontable pour la logique. Comment sais-je que les mots signifient quelque-chose ? Comment puis-je connaître que je ne sais pas encore ce qu'ils signifient ? Il y a un "big bang", un saut qu'aucun passage logique ne peut expliquer. Mais en assimilant ceci à l'instinct ou à la génétique, je fais le chemin inverse de celui de la connaissance, qui est au contraire un "au dessus", une "naissance à" quelque chose qui n'était pas encore contenu ni déductible au stade précédent.
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Le récit de votre excursion était très beau et touchant, il m'a beaucoup aidé à un moment critique, si bien que je n'ai pas su comment y répondre avant d'être sorti de cette situation. Mais les choses se précipitent maintenant, d'ailleurs sans douleur inutile, ce qui est un soulagement : le mur recule simplement parce que j'arrête d'avancer. C'est une fuite, car le monde file ; et c'est une création parce qu'un espace s'ouvre où toutes les perspectives se renouvellent. Maintenant, il s'agit de se maintenir dans cette retenue, d'élargir cet espace et d'entretenir la direction intérieure qui dans ces conditions peut s'éveiller. Je ne saurais dire si c'est le début ou la fin d'un exil en réalité. En tout cas c'est une croisée des chemins. Je suis très ému de pouvoir vous lire et la partager d'une certaine façon avec vous. A bientôt.
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L'épidémie est quasiment terminée. Vous êtes vacciné. Serrez vos petits enfants dans vos bras, bon dieu ! vous n'avez pas plus de chance qu'il se passe quoi que ce soit qu'avec n'importe quelle grippe ou que sais-je encore, y compris quelque-chose qui n'a rien à voir. Alors allez-y ! De base. C'est s'il y a des signes d'infection, qu'il faut être particulièrement prudent, et pas tout le temps. Du coup, on comprend votre hargne contre quiconque n'est pas vacciné. Mais faîtes votre part du chemin !
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Oui, après "beaucoup" c'est relatif, mais enfin si tu disparaissais, ne serait-ce que du forum, je serais très très triste, et je sais que je suis pas le seul, et même ceux qui n'apprécient pas toujours tes messages, tous doivent reconnaître que ton trou dans l'eau, ne se refermerait de si tôt ! J'ose espérer, qu'avant le grand départ, tu nous feras un baroud d'honneur digne de ce nom, et pas un truc en catimini.
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Comprendre, c’est éclaircir son propre sous-sol. Et je me souviens que chez nous, il n’y a aucune discussion par-dessus celle tenue en vue d’un départ imminent. Non que cette perspective soit supérieure au sens où elle aurait une vertu par rapport à d’autres perspectives comparables. Je veux dire que la vie même se passe ainsi, de telle sorte qu’une discussion "sur le départ", "dans le départ" ou "au départ" soit ce qu'il y a de plus décisif et véridique, en tout cas dernier. Au point qu’aucune parole, même la plus anodine ne soit prononcée tout à fait hors de cet arrière-plan. Je ne sais pas si c’est bien ou mal, car je n’ai pas d’extérieur à lui confronter. Qu’est-ce qu’un être parfaitement libre choisirait ? Je me plie à ce que sont les choses. Et les choses sont un cortège qui s’ébranle. Pour aller où ? La destination n’est jamais claire. Elle tient d’une promesse. C’est dire si c’est fragile. Une promesse, ce sont des paroles dont on se souvient, un engagement passé en vue d'un avenir impalpable et incertain mais auquel on veut croire. Dès lors la Promesse introduit son propre espace et son propre temps, elle inaugure un passage dans lequel rien de ce qui est actuel ne se trouve plus être dernier et définitif. Cette présence est insoutenable mais c’est la voie dans laquelle nous sommes engagés. Insoutenable, car qui peut observer ce destin sans faillir ? Qui peut sérieusement porter le péril jusque sur la tête de ses propres enfants en prenant un départ sans autre finalité visible que le désert - en vertu d’une promesse ? Une promesse, mais c'est du vent dans une bouche ! Tandis que la terre sous nos pieds, là c’est quelque-chose. Alors pourquoi partir ? Mais la promesse, réfléchis, n'est-ce pas la seule possibilité pour t’extraire du présent, pour lever le joug de "ce qui est" et faire de ta vie un pont, un passage ? Ici, ne te contente pas d'observer que même les plus rebelles devront partir, s’il le faut en s’arrachant les ongles contre les pierres qu’ils chérissent - et qui les jugerait. Ne nous contentons pas non plus de dire "ceci nous dépasse". Car enfin, je crois bien que oui, c'est assez clair et simple en réalité, la promesse apparaît comme la manière d'être ici et maintenant en présence de quelque-chose qui n’est pas compris dans ce cercle de l’immédiat et du nécessaire. La promesse est un déchirement du ciel, l'irruption d'un possible au sein du visible qui autrement reste clôt emmuré derrière un inébranlable verrou. C'est pour ça que la promesse est décisive. Tout en étant rien. Du vent. Car elle ne nous sort pas non plus d’affaire. Si son action, c'est de traverser et rompre les cercles de l'immédiat et du nécessaire en les excédant, de nier, donc, tout ce qui constitue ta situation présente dans sa prétention à être dernier et définitif, indépassable, en sorte que le présent se trouve pour toi placé au service d'autre chose que lui-même, parce que désormais tu agis dans cette perspective d'une Promesse - et même pharaon, véritable Dieu vivant sur terre, maître incontesté, n'y pourra rien mais verra son pouvoir défait. D'accord, ça je le vois suffisamment clairement d'un côté. Mais d'autre part le joug demeure réel et même accentué sous l'effet de tes efforts pour te conformer à cette promesse dès lors que tu acceptes d'être guidé par elle. La promesse par elle-même n'accomplit rien. Et ta situation à partir d'elle, reste celle d'un esclave prisonnier d'une situation dans laquelle, par la promesse, à cause de la promesse, il devient étranger, exilé. Ainsi la misère de ta condition est redoublée et non pas du tout soulagée. Précisément parce qu'une lumière s'est levée dans ton ciel et que tu es maintenant orienté vers la liberté, que tu sens une odeur nouvelle, perçois les signes annonciateurs d'un horizon derrière l'horizon. Mais alors, et à ce prix, tu peux marcher et la route s'ouvre en effet devant toi. Mais il te faut faire un pas, puis un autre, puis un autre encore et tu n'es jamais arrivé, tu n'es jamais qu'ici et maintenant comme la promesse, si tu ne la trahis pas, ne cesse de te désigner son au-delà, ce départ toujours imminent et inexorable que tu dois non seulement accepter mais endosser, vouloir. Car voilà, rien ne t'oblige à poursuivre ce chemin. Et là encore, c'est la promesse seule qui peut poser cette relation spécifique en conservant toute son ambiguïté, en étant pour toi la question de ta vie. Elle vise quelque-chose qui n’est pas là, un impalpable auquel tu te trouves par elle rapporté ; mais de plus, elle implique un engagement actif, une volonté et une responsabilité que tu dois assumer et renouveler entièrement. Et tu te trouves ainsi pris dans un contexte fait de contraintes bien précises. Trouves-tu cela dur et injuste, cruel ? Mais interroge-toi : quelles sont les autres possibilités ? Que se passerait-il si la promesse était en fait, par exemple, une assurance automatique d'obtenir "le salut", quoi que cela veuille dire ? Examine donc ces questions avec attention. Alors, donc, bien loin donc qu'il s'agisse, dans le fait de "croire" dans les mythes fondateurs de ta propre culture, d'une facilité, d'une sorte de thérapeutique, mais c'est exactement l'inverse qui t'es indiqué, dépeint de A à Z, préconisé explicitement par les Écritures, si tant est que tu veuilles bien les lire comme un message qui t'es adressé personnellement et non pas une suite de tableaux incohérents concernant un hypothétique temps historique. Car qu'implique de suivre cette Promesse et d'y conformer effectivement tes actes ? Mais c'est l'entrée dans une nuit noire. C'est la destruction de toutes tes croyances, la submersion de tous les pouvoirs intermédiaires sur lesquels ta vie reposait, c'est l'exil en acte et la nuit en plein jour, c'est se tenir là exactement dans cette situation impossible qui est celle si longuement décrite de l'exode, de la liberté, aride, tragique et exigeante toujours au-delà de tes forces, qui véritablement exige tout de toi. Et c'est bien pourquoi tu te trouves exactement comme le peuple fatigué et meurtri, toujours tenté par les regrets pour la quiétude d'un esclavage où au moins ton pain était assuré, ou de prendre ce que tu as sous les yeux comme la seule réalité, dernière et indépassable - ce qui revient toujours, d'une façon ou d'une autre, à être infidèle à la promesse, c'est-à-dire à nier qu'elle soit Promesse en sortant de la situation précise, rigoureuse, dans laquelle elle te place. Mais, enfin ! allons-y, car l'heure tourne et nous sommes toujours en retard.
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Pardonnez-moi. Je n'ai pas été à la hauteur de votre main tendue. Quand on est perdu au degré où j'en suis, il n'est plus si facile d'écrire un texte sensé. Le phénomène est bien celui que vous avez décrit, du retard sur soi-même. La mémoire devient inutile lorsque l'esprit et l'impulsion n'y sont plus, un vulgaire sac de pierres dont on se débarrasserait sans hésiter si un éclair de lucidité pouvait encore nous atteindre. Mais c'est propre à la folie de ne pas se connaître. Heureusement vous n'avez pas tourné les talons. Heureusement vous tendez encore la main pour que l'aveugle retrouve son chemin. Goûterez-vous un jour aux fruits du monde que vous portez ? Serez-vous remerciée une seule fois à hauteur de votre dons ? Mais vous êtes déjà au-delà. Votre générosité enfin est de celle qui comme le sphinx, attend imperturbable que l'humble mortel réponde à la seule question, "Qui es-tu ?" Point de passage sans répondre de ton être, par ton être. Seule question décisive. "Qui es-tu". Aucun narcissisme. Ni non plus une question abstraite, intellectuelle. Mais la question posée à tout homme, toute femme au creux de sa vie. C'est l'instant 0, le véritable point de départ où tout commence, sans quoi il n'y a qu'automatisme, mémoire et aléa, - Rien. Nihil. Et qui peut poser cette question ? Qui peut seul la poser sans trucage, jusqu'au bout ? Mais c'est toujours le plus faible. C'est le moins puissant. C'est l'égaré qui dépend de ta décision pour vivre. C'est l'animal effaré dans les rails de l'abattoir. Vois comme avec le fort, tu peux seulement être dans une relation de compétition, même codifiée par les règles, amortie par l'humour et la complicité, "pacifiée" - serait-ce par la matraque ou la bombe atomique. Au contraire, celui qui ne peut pas arrêter ton bras, par son impuissance même celui-là t'interroge de la façon la plus radicale et atteint le véritable centre de ton être : qui es-tu ? Que fais-tu ? Et bien sûr, inévitablement... qu'as-tu fait ? Comme nous voudrions faire taire parfois par qui cette question arrive... Car c'est bien là seulement que l'homme est amené à se rencontrer, pour le meilleur et pour le pire. Tragique épreuve en vérité, qui doit le consumer jusqu'aux entrailles, le mettre à genoux et le briser sans quoi il n'a rien compris, sa vie n'est encore pas commencée. Et qui le pardonnera ? Qui ?? Bien entendu pour l'inconscient, l'inconscient que je suis, cette question ne se pose pas. Nous la voyons seulement poindre en creux derrière des comportements, et dans la violence même. Et c'est une question qui s'est posée dans cette discussion : de quoi les gens ont-ils besoin. Il semble que ce que nous cherchions, ce soit très souvent le pardon. Et je crois que ce que perturbe vraiment, dans l'existence humaine, la fameuse "Mort de Dieu" proclamée il y a longtemps, c'est le pardon. Nous pourrions examiner toute une myriade de phénomènes, de société, psychologiques, sous ce double rapport de l'angoisse et du pardon. Mais quelle importance. "Croire". Vous qui êtes une croyante, je suis un croyant moi aussi. Mais par là-même nous sommes davantage que cela, n'est-ce pas. Croire. Vous le savez bien. Croire est l'espace de votre liberté. Il n'y a aucune liberté dans la suite des nécessités. Mais dans le croire, oui, dans la mesure où c'est un acte, à condition donc que cet acte ne soit pas mitigé, recouvert, oublié, nécessaire. A condition que nous ne le prenions pas trop au sérieux, comme vous dîtes, car il n'est jamais dernier, bien entendu. Car qu'est-ce qui est dernier ? Qu'est-ce qui est vraiment ultime ? Est-ce la vie, "ma" vie ? mais ce sac de viande, s'il doit être l'alpha et l'oméga, autant m'allonger, la viande se conduira seule à son terme mieux que je ne saurais. Alors qu'est-ce qui est ultime ? L'autre ? Ma femme, mon enfant ? l'ami ? mais cet autre est également relatif et mitigé, il peut nous décevoir, il nous questionne au-delà ou en-deça de ce que nous voudrions, et il mourra bientôt lui aussi. Alors qu'est-ce qui est dernier ? Je reviens au centre... à la question brulante... que je ne cesse de perdre à force de la repousser... Je veux que cette vie ressemble à mon état : un exil, un éclatement, une contradiction ouverte, un refus. Une division. Un retranchement, une plaie ouverte. Parce que c'est seulement à partir de là qu'une réunion devient possible. Vous aviez parfaitement raison en écrivant qu'il faut couper dans le vif pour sortir d'une situation qui devient intenable. Ce qui s'écarte donc de votre méthode, de changer une chose à la fois pour en observer les effets. Et vous avez tout autant raison de craindre que ce soit une fuite : c'en est une indéniablement. Mais c'est aussi la seule manière que je trouve, pour me mettre dans une position d'ouverture radicale. Par rapport à ces mémoires, ces habitudes, ce recouvrement inexorable de l'existence dans la suite des jours. Et vous savez combien il est difficile de se tenir sur cette brèche. D'être la conscience la plus large et aiguë du départ imminent de toute chose, à commencer par soi. De sa propre relativité, de sa propre nullité et de sa propre valeur. Du don sans aucune retenue, total et fou. De la vanité indépassable, aussi, de tout ce que nous entreprenons. De ce caractère fragile et impermanent de toute chose, de toute croyance en quoi réside notre liberté et notre force. Car c'est là seulement que nous avons à vivre. C'est là seulement que la gorge se dénoue, que nous respirons enfin, qu'une douce lumière à nouveau peut inonder le monde, comme la rosée d'un jour nouveau. C'est là qu'à nouveau l'autre, l'autre m'attend, et retrouve toute sa place à mes côtés. Belles images, douces fantaisies...
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J'ai lu vos textes avec plaisir ! Mais votre question m'a embêté, parce que je suis en bute au fait que les hommes au contraire, croient beaucoup, elles et ils ont une propension à se remplir de croyances, qui se rattachent souvent à des habitudes, et elles-mêmes à des institutions, tendance qui quand on y songe est effroyable, tant elle rend nos vies rigides, finalement proches de la mort. Du "nihilisme" ne ferait pas de mal parfois, à condition que ce soit un nihilisme fort et éclairé. Au contraire, je trouve que nous sommes cernés, totalement cernés par les croyances comme dans une viscosité sans fin.
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Il faut avancer un raisonnement et je le lirai avec plaisir. Mais répondre à vos questions de cette façon, n'a pas beaucoup de sens. Allez-y.
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Ce n'est pas le monde comme tel et dans son ensemble qui est dépitant. Ce sont des situations, des périodes, des tonalités que prend la vie qui appellent un changement. De quelle remise en question voulez-vous parler ?
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Il est vital que chaque génération produise des figures vivantes de la liberté capables d'inspirer les bonnes volontés. Ces figures ne peuvent pas être engluées dans les polémiques de l'actualité. Elles doivent prendre et inspirer un recul radical sur la comédie humaine, tout en restant inscrite dans le monde. En même temps elles doivent réaliser ce qu'il est nécessaire de faire, parce qu'il le faut : sans plus. Et elles doivent le faire heureuses, amoureuses dans ce qu'elles font avec les autres. C'est le sens de Sisyphe heureux mais bien plus, c'est le sens profond de l'Ecclésiaste. Donner, dispenser, construire, oeuvrer, faire la vie avec joie, pour la beauté du geste ou la gloire de Dieu, qu'importe, mais se situer là, à ce niveau d'exigence qui est celui de la sainteté, de clarté de vue en même temps que de l'engagement total. C'est à cette condition seulement que de telles figures pourront inspirer celles et ceux qui triment et risquent de s'épuiser définitivement, parce qu'ils font ce qui doit être fait dans l'ombre dans un esprit chaque jour plus mitigé. Le doute ronge les bonnes volontés, les bonnes âmes s'épuisent et tombent malades. La lumière décroît, le besoin augmente. Alors sans céder un seul pas sur la critique, il ne faut plus alourdir leur fardeau. Il faut illuminer ce ciel, faire vivre la certitude de la possibilité du bien, montrer la voie vivante de l'amour. Parce qu'il n'y véritablement aucune autre voie, c'est la seule : les autres mènent toutes à la mort, à la démence et à la destruction. Soyons attentifs à ces figures susceptibles de surgir autour de nous. Elles viendront, parce que les ténèbres tombent sur notre époque. Elles viendront, et seront d'autant visibles. Elles seront les cibles de tous ceux qui se sentiront jugés par elles. Et quelle improbable concourt de circonstances il faudra alors pour que de telles figures puissent émerger. Mais soyons sûrs qu'elles viendront et qu'elles auront besoin d'aide.
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Tu veux dire que lorsque tu as voulu donner, c'était trop ? Toi qui donnait ou l'autre qui prenait ? Tu as l'art de ces sentences qui arrêtent et font vous interroger.
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J'ai lu votre proposition avec attention. Ce que, pour moi, vous devez travailler, ce sont les passages. Par exemple lorsque vous écrivez qu'à défaut d'être conscient, ce que l'on peut connaitre, c'est l'inconscience d'être soi. C'est juste. C'est-à-dire qu'un "état" doit précéder la survenue de la conscience - état qui, par rapport à la conscience, peut être caractérisé comme l'inconscience. Mais vous restez au même niveau, il manque précisément toute la dimension du passage, l'irruption de la conscience. Or ceci ne se fait pas sur un même plan. C'est l'irruption, la survenue d'une nouvelle qualité. L'établissement d'un nouveau plan. C'est un évènement cosmique véritablement, unique en son genre, sans équivalent, dont les répercutions sont incalculables. Et c'est par rapport à ce nouveau plan, "depuis" ce plan qu'en regardant "derrière" il n'y a plus que l'inconscience d'être soi. Parce qu'il y a conscience, donc univers. Pour la mort, il en va de même : en traitant ce sujet par la logique seulement, vous risquez de manquer ce qui fait de la mort un évènement, tout aussi cosmique, absolu dans ses dimensions que la survenue de la conscience. De fait, en lisant avec attention, il est possible de voir que ce que vous caractérisez à nouveau, c'est la conscience. Vous butez sur la mort comme sur sa borne extérieure, qui vous ramène à la conscience. Il n'y a pas besoin de la mort pour que la conscience dépasse le souvenir d'être soi (égo, moi) pour se sentir être tout de manière indivisible ; c'est une expérience accessible de votre vivant. Mais je perçois mieux ce que vous entendez par changer la vie par la pensée !
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D'accord. Mais pourquoi la raison est-elle le moyen pour découvrir ce qui est juste ? Si vous voulez, pourquoi préciser "par la raison" ?
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D'accord admettons, ça n'a pas beaucoup d'importance ici. Vous disiez changer la vie par la pensée. C'est-à-dire comprendre, découvrir la vérité. En quoi alors découvrir la vérité change ou non la vie ou le monde ?
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Le monde, je l'ignore mais la vie pour autant qu'elle dépende de nous. Sinon, pourquoi pratiquer la philosophie ? Un passe-temps comme un autre ?
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Qu'est-ce que la vérité ?
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Changer la vie par la pensée ? je suis curieux de savoir comment vous vous y prenez ?
