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Dompteur de mots

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  1. Je n'ai nulle part laissé entendre que l'amour se réduisait à des coïts, encore moins qu'il ne pouvait y avoir d'attachement véritable entre les deux individus formant le couple, ni que l'enfant échoyait seulement à la mère. Je ne pense pas que Nietzsche ait laissé entendre de telles idées non plus. Encore cette erreur qui consiste à ramener tout l'aspect instinctivo-charnel de l'amour au sexe ! Ne voyez-vous donc pas que l'attachement dont vous parlez se tisse sur des racines qui ont une nature animale ? Que l'animalité a une partie prenante à l'attachement et à tout ce que vous ramenez au "cœur" ? Qu'il n'y a pas le corps dans son animalité d'un côté et le cœur de l'autre ? Que tout cela fonctionne en un tout organique ? Que par conséquent même l'attachement, même l'amour dans ce qu'il a de plus tendre puisse être guidé par des instincts dont la teneur est certes moins lisse que les tenants et aboutissants d'un roman arlequin ? Que cet aspect terrible, tragique, dur, fatal de l'amour ne lui enlève pas sa beauté, au contraire, mais qu'il ne le magnifie que davantage ? Qu'au fond il faut à quelque part détester secrètement la vie pour nier cet aspect de l'amour, sinon détester l'amour lui-même, pour lui préférer ce conte à l'eau de rose qu'est celui du cœur ? Ce sont des questions pertinentes, si pertinentes que la libellé même de la dernière question nous prouve que vous n’êtes pas du tout éclairée sur ces questions. L’amour n’est pas ce qui attache deux individus l’un à l’autre. Ou du moins, c’est une définition beaucoup trop large. Des individus peuvent être liés par bien d’autres choses que l’amour : l’intérêt par exemple, la haine, le hasard, la fraternité, le partage d’un sort commun, etc. Spinoza définit l’amour comme étant une joie liée à l’idée d’une cause extérieure. Ce qui est bien avec Spinoza, c’est que sous son apparente simplicité et inoffensivité, il se livre à une véritable entreprise de destruction massive des préjugés judéo-chrétiens et donne à l’égoïsme humain toute la place qui lui revient légitimement. La définition de l’amour de Spinoza est une définition très large qui englobe tous les types d’amour, incluant l’amour des objets. Jouer de la guitare m’apporte de la joie, et de cette joie j’ai l’idée de sa cause matérielle qui est ma guitare, donc j’aime ma guitare. Vivre avec cette femme m’apporte de la joie, et de cette joie j’ai l’idée de sa cause efficiente qui est cette femme, donc j’aime cette femme. Mais en disant cela, on a encore rien dit des modalités interpersonnelles qui anime les relations d’amour – ce qui précisément intéresse Nietzsche. Quant à l’idée d’abandon, je dirai que l’on peut fourrer sous ce vocable une foule de significations, ce que vous ne considérez pas. Par exemple, on peut affirmer que l’amoureux s’abandonne à son amour, voulant dire par là qu’il en jouit sans retenue, ce qui ne signifie pas le moins du monde que cette personne adopte vis-à-vis de la personne aimée une attitude d’abandon, entendu au sens de renonciation à la possession. Au contraire, il est fort possible que le premier abandon favorise le deuxième. Nietzsche ne parle pas d’un amour à sens unique. Ce qu’il affirme, c’est que l’homme et la femme aiment différemment, voilà tout. Qu’ils ne recherchent pas forcément la même chose dans l’amour et qu’ils ne le vivent pas de la même manière. Vous faites l’erreur typique de la plupart des âmes qui s’intéressent de loin à la philosophie : parce que la philosophie saisit le monde avec recul, avec distance, avec profondeur, qu’elle en extrait des maximes, des raisonnements, qu’elle écarte tout le suc des affects et des sentiments qui poussent l’homme à agir sans réfléchir, on taxe la philosophie d’être froide. Mais c’est une illusion. De la même manière que le lointain scintillement des étoiles nous donne l’impression qu’elles sont gelées, alors que ce sont évidemment d’effroyables boules de feu. De même, un philosophe, parce qu’il prend du recul pour réfléchir sur sa vie, ne devient pas pour autant une froide canaille – ou du moins on ne peut faire ce reproche à Nietzsche, qui était un être d’une passion dévorante. Une fois énoncée la maxime, aussi froide soit-elle, une fois élaguée les illusions et les choix douteux, le philosophe peut alors vivre conformément à ses principes, et il peut le faire avec passion, peut-être même une passion supérieure, puisqu’il en aimera sa vie d’autant plus. Ce pourrait être de la pitié. Ou mélangez-vous les deux ?
  2. Non. On parle aussi ici de troll et de logique. Le sophisme n'est pas la même chose que le trolling. Le trolling se dit d'un comportement qui vise volontairement à faire déraper la discussion, alors que le sophisme est involontaire. Quant à la "démarche cartésienne", je ne sais pas d'où vous tirez cela. Personne n'emploie une telle expression. D'ailleurs, l'idée de "démarche cartésienne" d'évoque pas du tout la même chose que la logique. La démarche cartésienne consiste en une philosophie précise liée à René Descartes, alors que la logique est une discipline générale de la pensée. Eh non ! Personne ne suggère que Nietzsche soit un être divin qu'il conviendrait de louer par des actes rituels et des prières. Il s'agit tout simplement de défendre la teneur d'un texte contre les élucubrations sophistiques d'esprits incompétents.
  3. Vous disiez "l'amour n'est pas de la guimauve", comme si quelqu'un avait affirmé que l'amour en général était de la guimauve alors que je disais seulement que votre vision de l'amour est de la guimauve. Évidemment, j'ai dit que c'était un quiproquo par pure politesse. Dans les faits, il s'agit d'un bon gros sophisme (par généralisation) de votre part. Vous auriez la naïveté de croire que l'aspect instinctivo-charnel de l'amour se réduit au sexe ? Et qu'est-ce que vous appelez le "coeur" au fait ? Une matrice de bon sentiments libre des démons du corps ? On peut déduire ce qu'untel entend sous un concept en analysant le contexte d'utilisation de ces concepts. Comme vous n'étudiez probablement pas ce que vous fourrez sous les concepts que vous employez, on peut penser que je vois plus clair que vous-même dans votre écriture. Je vous recommande donc de vous fier à moi. Non, c'est vrai. Après, il reste à appeler un taxi. Sophisme par ragoterie. J'aimerais ne pas avoir à vous prendre par la main à chaque coin de raisonnement. Je suis certain que vous voyez très bien que ce "je suis tout à toi" sera lancé par l'homme selon une toute autre attitude que le "prends-moi" de la femme. Ce sera plutôt un "je suis tout à toi" conquérant, qui veut en fait dire "viens t'abandonner dans mes griffes cocotte !" Évidemment, on peut jouer sur les mots et affirmer qu'autant l'homme que la femme sont abandonnés aux nécessités du couple, et de même que tous deux possèdent la présence de l'autre dans leur vie. Mais ça n'est pas de ça dont il est question ici. Cela est fascinant mais en l'occurrence, c'est aussi tout à fait inintéressant, entendu que votre point n'est pas défendu par des arguments. C'est un sophisme assez énorme ça. "Votre idée fait beaucoup de morts." J'aurais le goût de vous décerner un prix, ou du moins une récompense pour cette ineptie intellectuelle. On pourrait appeler ça un "Georges W. Bush Award" !
  4. Sophisme par réduction. Les lois de la sélection naturelle expliquent la façon dont les espèces évoluent, et expliquent que la reproduction en est un facteur déterminant. Mais en tant que tel, les hommes ne font pas l'amour pour obéir à ces lois. D'ailleurs, on ne peut dire qu'ils obéissent littéralement à ces lois. C'est plutôt qu'ils y sont soumis de facto. Il serait plus juste de dire qu'ils font l'amour pour le plaisir, pour faire des bébés, ou pour d'autres raisons farfelues dans certains cas (comme se rassurer sur son identité sexuelle).
  5. Excellent trait d'esprit ! En effet, au moment de vérité, l'homme doit voir clair sous le vernis civilisateur, et foncer sur sa proie !
  6. Tout d'abord, la possession dont Nietzsche parle et celle que vous évoquez ici sont des choses absolument équivoques: dire que "l'homme s'aperçoit qu'il est possédé lui aussi par la femme" n'évoque pas la même chose que "l'homme veut posséder la femme". Dans le premier cas, il s'agit d'un usage au figuré, voulant dire que l'homme est aux prises avec une condition qu'il n'est pas capable de surmonter, ce qui n'a pas de rapport avec la volonté de posséder. Par ailleurs, comme je l'ai dit plus haut, que l'homme affirme qu'il va s'abandonner à sa femme ne signifie pas le moins du monde qu'il a quitté sa volonté de posséder. Il a peut-être tout simplement déduit que pour parvenir à ses fins, il était nécessaire de jouer le jeu de la femme. S'il a réellement quitté cette volonté de posséder, alors c'est une mauviette, ce qui ne contredit pas le propos de Nietzsche. Ça aussi c'est de la grosse guimauve rose, bien grasse et bien épaisse. Que des mauvais sucres. Nous pourrions aussi dire qu'il s'agit d'un sophisme éhonté par généralisation à partir d'une foule de cas aux causes diverses. Du reste, les psychologues vous diront que les couples dégénèrent le plus souvent lorsque le désir n'y est plus. Je n'en doute pas. Mais il faut y penser avant dans ce cas. Chaque sophisme me heurte.
  7. Il y a quiproquo ici. Ce n'est pas l'amour qui est de la guimauve, mais bien votre vision de l'amour. Ce qui fait attardé (je ne prends pas pour acquis que c'est votre cas), c'est d'être incapable de reconnaître les aspects plus... charnels, instinctifs, les aspects plus terribles de l'amour, pour n'y voir que le lustre civilisateur. Un peu de la même façon que ceux qui se laissent duper par le jeu du discours politique et ferment les yeux sur toute la complexité sous-jacente à ce monde. Vous n'avez pas encore vraiment pénétré le problème, mais vous vous en approchez. Et vous ne l'avez pas pénétré parce que vous fourrez trop de connotations sous les idées de possession et d'abandon. Vous ne verrez pas par exemple un homme s'étendre sur un lit, faire des poses langoureuses, et lancer à sa femme: prends-moi ! Ce serait d'ailleurs laid, car contre-nature. (Je ne parlerai pas des rapports homosexuels, puisque je n'y connais rien).
  8. Donc, "je m'inhibe et j'attends d'avoir quelque chose de pertinent à écrire".
  9. Oui tu éclipses le propos et tu continues d'ailleurs de le faire en ne parlant justement pas du propos. Qui a besoin de se faire rappeler une telle banalité ?
  10. La rationalité peut fort bien se mettre, en des temps donnés, au service de la barbarie. Il ne suffit que de penser à la 2e Guerre Mondiale, où les génies de la physique se sont employés à mettre au point des armes de destruction toutes plus puissantes les unes que les autres. La rationalité fixe les moyens de parvenir à quelque chose qu'elle ne peut cependant pas déterminer. Ma foi, il y a beaucoup d'hommes qui présentent des traits de caractères exacerbés de manière chronique et qui entraînent de la souffrance dans leur entourage, mais qui ne sont pas fous pour autant. Par exemple, les hommes agressifs, violents, attardés, handicapés, anxieux, stupides, ridicules, etc. Un homme marié qui décide de se travestir, ou même de changer de sexe, devrait-il par exemple être considéré comme fou ? Non, car sa démarche, aussi singulière soit-elle, ne l'éjecte pas des normes sociales et ne l'empêche donc pas de mener sa vie et d'aspirer au bien-être de manière autonome. Il y a plusieurs types de génie. Les facultés cognitives du génie musical n'ont pas forcément à être toutes exacerbées. Il ne s'agit pas d'auto-suggestion. Un homme qui a des capacités supérieures au commun des mortels le sait en son fort intérieur. Moi par exemple, je sais que j'ai une aisance hors de l'ordinaire pour la philosophie (ce qui ne fait pas de moi un génie – ou suis-je trop humble pour le dire ?). C'est un sentiment de puissance tout à fait intuitif*. Ce n'est pas quelque chose que l'on construit. Ce que l'on construit, c'est son chemin au travers des structures sociales. Et encore, cela relève aussi d'un certain talent. Quoiqu'il y a bien des génies qui, dénués de talent pour le jeu social, n'en percent pas moins la culture de par la force de leur génie: pensons à un Kafka par exemple, ou à un Nietzsche, des hommes qui demeurèrent à peu près inconnus de leur vivant (cela dit, le cas de Nietzsche est particulier car l'homme était bien engagé dans les réseaux de la société: il avait un bon poste dans une bonne université. Seulement, son génie le portait à même se délester de ce talent pour la vie sociale afin de se consacrer au domaine de son génie). Évidemment, il y a ceci de paradoxal que se reconnaître une supériorité n’exclut pas que l’on soit quelqu’un qui doute beaucoup. J’irais même jusqu’à dire que cela en est une condition. Car l’homme qui pense avec profondeur le fait précisément parce qu’il doute beaucoup, parce que son angoisse est puissante (enfin, on peut penser que la cause ultime de cette profondeur est une sensibilité singulière qui plonge l’individu dans un monde plus complexe que ses semblables et qui l’oblige donc à penser davantage pour s’en faire une compréhension). Pour cette raison, il y a ceci d’étrange que chez ces hommes, la plus grande humilité d’esprit cohabite avec une certaine arrogance : l’humilité qui vient avec le doute et l’angoisse, avec le sentiment de n’être qu’une créature insignifiante dans l’univers qui doit par conséquent observer les choses avec circonspection et patience, et l’arrogance qui vient avec le sentiment d’avoir justement une conscience plus aigüe que la moyenne des ours pour ces choses. Souvent, l’homme profond doit justement faire preuve d’une humilité supplémentaire afin d’être accepté par les autres – ne serait-ce que pour que ceux-ci lui pardonnent sa profondeur (et ne le taxent pas d’être aveuglé et fermé d’esprit – ce qui arrive toujours dans l’histoire des génies). Ce redoublement d’humilité est évidemment d’un autre type, et relève davantage du jeu social que de la posture existentielle. * Je ne veux pas dire ici que « tout est donné » à la naissance. Au contraire, il y a nombre d’obstacles qui peuvent s’élever sur la route d’un homme, aussi prédisposé soit-il. Et ce qui aujourd’hui constitue la sève de sa confiance et de sa force pouvait fort bien n’être autrefois que la source de tous ses maux. C’est qu’un homme habité par une telle ferveur intérieure doit d’abord maîtriser cette bête endiablée qu’est son esprit.
  11. Oui parce qu'évidemment, la philosophie n'a qu'une seule définition de l'amour, laquelle est entérinée par tous les philosophes de l'histoire et de plus, ils affirment tous en choeur que rien d'autre ne peut être dit de l'amour que cette définition précise.
  12. La psychologie de l'auteur peut nous donner un angle de lecture supplémentaire mais elle devient impertinente si elle éclipse le propos. Or, c'est ce que tu fais: tu éclipses le propos sous prétexte que Nietzsche était ceci ou cela. D'ailleurs, on peut fort bien vivre de manière maladroite tout en raisonnant de manière adroite. On peut se sentir être le jouet de ses instincts tout en voyant clair quant à l'effet de ces mêmes instincts. Un autre bon exemple est celui de Heidegger, souvent balayé du revers de la main à cause de ses fréquentations nazies. Le fait qu'il ait eu ces fréquentations est sans aucun doute un fait utile à savoir, propre à susciter une méfiance justifiée, mais ce serait une erreur de fermer les yeux sur tout ce qu'a écrit Heidegger. *** Par ailleurs, il faut faire attention à la connotation que l'on donne à l'idée de possession (chez l'homme) et à l'idée d'abandon (chez la femme). On voit volontiers l'homme comme un prédateur carnassier prêt à enfoncer ses crocs dans la tendre chair de la femme, comme un être agressif, contrôlant, tyrannique. Or, la civilisation a le don de recouvrir les phénomènes instinctifs de costumes confondants. Ainsi, l'homme qui fait le pitre pour une femme, qui par exemple pose en s'attelant à une charrette conduite par cette femme, il est fort possible qu'il s'adonne à ce jeu afin de la posséder. Car il est des créatures qui ne se possèdent pas par les moyens de la virilité traditionnelle. Or, on peut supposer que c'était le cas de Lou Salomé, cette femme moderne et libre. Que la condition de sa possession requérait effectivement ce type de posture de la part de l'homme - peut-être parce qu'étant justement une femme forte, elle osait entretenir l'espoir que son homme puisse l'aimer comme aime une femme: avec abandon et foi. Mais il n'est pas exclu qu'en possédant, on se trouve libéré et qu'en désirant, on se trouve détaché. Que l'amour soit guidé par des principes généraux, cela n'exclut pas pour autant qu'il puisse se décliner en une multitude de variétés. De même que le rire a bien son principe général, mais qu'on peut tout aussi bien distinguer la façon de rire de chaque individu. Les Anciens ont surtout le chic de nous ramener à ce qu'il y a de fondamental dans les questions philosophiques. Il y a une naïveté, et une force innocente qui sont rafraîchissantes dans les écrits des philosophes de l'Antiquité. Qu'entends-tu par "progrès" ? L'amour selon Nietzsche n'est pas un choix moral, si on lit bien le texte, mais une simple fatalité liée à notre condition naturelle. Par ailleurs, qu'un homme ait un besoin si profond de posséder une femme et inversement pour la femme d'être possédé par cet homme, cela n'empêche pas que spirituellement, on puisse y voir l'effet d'une sorte de destin, et affirmer que cet amour relève d'une volonté transcendante, que cela était inscrit dans la destinée du monde, etc. Cela n'empêche pas non plus qu'un tel amour puisse être beau et grand, et qu'il manifeste de la sorte une sorte de pureté. Du reste, ce que tu racontes, c'est de la grosse guimauve rose ! :D Encore une grosse niaiserie: posséder peut se faire dans la liberté et le respect. On est pas obligé d'assomer et d'enchaîner pour posséder. On peut posséder à force de douceurs, par exemple. À vrai dire, tu la corrompts d'emblée avec ta guimauve, la pureté des sentiments. Nietzsche est devenu fou à la toute fin de sa vie, et il n'a alors plus écrit de philosophie. En outre, sa folie est, selon les thèses les plus accréditées, liée à une syphillis ou à une dégénérescence cérébrale liée à un trouble génétique.
  13. Pour répondre à la question que tu n'as pas posée, oui: ce topic est utile, et il sert essentiellement à exposer quelques notions de découpage logique. Voyons-le comme un entraînement intellectuel.
  14. Oui, on peut inclure dans le point 1 (la définition du genre) qu'il y a présence dans les deux cas de fortes composantes morales; que le jugement d'assentiment ne repose pas toujours sur une pure analyse logico-rationnelle ou sur l'analyse du ressenti individuel (encore que cela dépende des individus). La proposition "la neige est blanche" appartiendrait par exemple à un autre genre, car il ne peut y entrer de ce type de composante morale (car la couleur de la neige n'a pas de conséquences morales sur la vie collective).
  15. C'est vrai que tu es dur à suivre sur cette question Déjà. Certaines de tes tournures de phrase sont énigmatiques.
  16. 1. Il s'agit de la même démarche: dans les deux cas, il s'agit, face à une proposition donnée, d'accorder ou non son assentiment (avec les répercussions morales que cela peut avoir). De même qu'il y a une démarche commune dans le fait de penser au fromage dans mon réfrigérateur, et de penser à une licorne bleue: dans les deux cas, il s'agit de penser. 2. Il s'agit de démarches différentes car chacune des deux propositions porte sur un sujet spécifique, qui fait intervenir des raisonnements et des arguments spécifiques, et impliquent des sentiments spécifiques, des intervenants spécifiques, etc. De même pour le fromage et la licorne: les composantes affectives et rationnelles qui entrent dans ces pensées ne sont pas les mêmes. Même genre, espèce différente.
  17. Tu veux dire que notre psyché n'est pas intégralement liée aux réactions biochimiques de notre cerveau ? Qu'elle contient une partie autonome, telle que celle que les anciens appellaient "âme" ? L'amour peut fort bien être ramené au rang d'instrument du "génie de l'espèce", pour reprendre l'expression de Schopy, c'est-à-dire comme une simple forme parmi d'autres de l'instinct de reproduction. Et l'amour au sens large, l'amour du genre humain par exemple, comme une forme de l'instinct de conservation, qui est chez nous étroitement lié à la vie collective.
  18. Si tu lis bien mon intervention, je fais clairement la différence entre deux types de religiosité. Ou peut-être que je ne l'ai pas fait clairement. Du moins, je l'ai déjà fait en d'autres temps sur ce forum. Donc, une religiosité de recherche, et une religiosité d'obéissance. Une religiosité qui consiste pour l'homme dans une sorte de développement d'une relation avec tout ce qu'il contient de mystère, d'insondable, d'irréductiblement irrationnel, mais aussi d'aspiration à la grandeur d'une part, et d'autre part un simple besoin d'ériger une muraille qui sépare la conscience de tous ces aspects terribles de l'esprit humain - une muraille de dogmes moraux, de superstitions, etc. Personnellement, je me fous de la vérité. Mon dédain pour la religiosité d'obéissance vient de ce que je vois concrètement des personnes devenir sous son égide de pâles copies d'elles-mêmes d'une part (en fait, c'est un problème de pitié que j'ai à l'égard d'une amie). Et d'autre part parce que je considère que les formes religieuses actuelles ne sont plus du tout adaptées à la vie. Ce sont des institutions tout à fait désuètes. Je ne suis pas français !
  19. Si tu as bien lu mon intervention, je disais - certes de manière non-explicite - que la théorie de Thalès était une bonne théorie au regard du fait qu'elle a amené de nouveaux éléments quant à la façon dont les hommes peuvent concevoir la manière dont les choses de la nature sont structurées. Toutefois, au regard des connaissances scientifiques qui sont les nôtres aujourd'hui, il faut bien avouer qu'il s'agit d'une théorie erronée. Quant à ton commentaire sur le type d'eau dont Thalès parlait, je ne sais pas d'où proviennent tes informations, mais il me semble que les fragments les plus anciens dont nous disposons pour connaître la théorie de Thalès (Aristote, Diogène Laërce ?) ne nous permettent pas d'y aller de ce type de précision.
  20. C'est comme demander si la notion de "chèvre" peut être démontrée scientifiquement. On peut établir logiquement l'objet de pensée que désigne la notion de chèvre, ainsi que celles de bien et de mal, mais il n'y a pas logiquement de preuve scientifique applicable. À moins que tu ne veuilles demander s'il est possible de démontrer ce que devrait être dans l'absolu le contenu du bien et celui du mal ? Mais par définition, ces deux termes ne se définissent pas en rapport avec un contenu fixe. Toujours d'un point de vue logique, "bien" et "mal" n'ont pas vraiment de contenu essentiel, ce sont plutôt des accidents que l'on peut attribuer à telle ou telle chose - ces choses étant le plus souvent en fait des rapports de choses, comme par exemple "Tuer un homme..." auquel on peut ajouter le prédicat accidentel "... est mal". Lorsque l'on dit "le" mal, on le dit toujours en fait relativement à un objet de pensée défini: soit une loi morale bafouée, soit un acte défini que l'on a en tête, auquel on ajoute le prédicat "... est mal". Dire "le" mal est alors un raccourci langagier; c'est une substantivation dont le fond n'en demeure pas moins accidentel. Parce que pour une large part, vivre consiste à agir, et que logiquement, les hommes ont toujours cherché à perfectionner leurs actes. Pour cela, ils tentent de tracer des lois de l'agir dont la formulation typique implique le prédicat moral "...est bien" ou "...est mal". Les philosophes de l'éthique déontologique vont tenter de te prouver qu'il est possible d'établir des lois morales universelles (les droits de l'homme par exemple, ou l'impératif kantien). Les philosophes de l'éthique téléologique vont au contraire te répéter que tout dépend des circonstances. Non, pour la bonne raison que ce n'est pas un problème scientifique puisqu'il se glisse dans tout ceci une variable qui rend l'éthique incompatible avec l'épistémologie scientifique: en l'occurrence, l'homme. L'éthique tourne autour de l'homme de la même façon que la psychologie ou la sociologie tournent autour de l'homme. Cela a d'ailleurs fait dire à A.J. Ayer que l'éthique appartenait en fait à la branche des sciences humaines. Mais Ayer est un âne et l'éthique est bel et bien un sujet philosophique. Ou, formulé autrement: est-il moralement supérieur de commander ou d'obéir ? Encore une fois, tout dépend de la proposition. Il n'y a pas de bien ou de mal par essence. Lorsque la proposition est claire, la réponse s'éclaircit tout autant. Par exemple, on sera légitimement tenté, au sujet "Qu'en une matière donnée l'incompétent obéisse et que le compétent commande...", d'adjoindre le prédicat "...est bien." Encore qu'il faille se garder une réserve au cas où la proposition se préciserait davantage. L'incompétent pourrait fort bien se révéler compétent en matière de leadership alors que le compétent, aussi compétent soit-il dans son domaine de compétence, pourrait se révéler être un piètre leader. Etc.
  21. Il y a une proximité naturelle entre le délire psychotique et le génie de ce que dans les deux cas, le sujet s'accroche à une idée dont il est, pour une raison quelconque, convaincu envers et contre tous. La différence est que dans le cas du psychotique réel, cette idée est improductive alors que dans le cas du génie, elle est productive, c'est-à-dire porteuse d'une quelconque valeur culturelle. Mon petit doigt me dit que les études sur les caractéristiques mentales des génies sont à ce titre quelque peu biaisées. On peut reconnaître des traits propres aux psychotiques chez les génies sans qu'ils n'en aient pour autant l'aspect pathologique, ce qui fait toute la différence. La psychiatrie n'est pas une science absolue: elle est plutôt relative à une pratique clinique, donc à l'état subjectif de l'indivdu pris dans son tout. Certes, et il n'est pas le seul à le dire, mais l'imagination n'est pas l'apanage de la folie, du moins pas au sens de "faculté de trouver des solutions originales à des problèmes". *** Soit dit en passant, l'exemple de Nietzsche est ici purement spéculatif. Nietzsche n'avait pas un problème avec les femmes: seulement, il avait une vision singulière de leur devenir et secundo, il n'était pas particulièrement intéressé par la vie conjugale. Il n'eût apparemment qu'un seul grand amour, Lou Salomé, qui fut un échec. Il n'y a pas de folie là-dedans. Idem pour son père: le lien que tu traces est purement spéculatif. De plus, la philosophie d'un homme ne se réduit pas à la seule psychologie de son auteur. De toute façon, vu le nombre d'hommes qui cherchent à faire revivre leur papa... Quant à sa folie de fin de vie, les thèses les plus couramment admises pour l'expliquer sont les suites d'une syphillis, ou alors les suites d'une générescence cérébrale due à une maladie génétique (ou à une prédisposition pour le cancer du cerveau), la même dont aurait souffert son père et dont celui-ci serait d'ailleurs décédé.
  22. L'esprit humain a toujours fonctionné d'une même manière: en conquérant l'inconnu par le moyen du connu. Il n'en va pas autrement des forces obscures qui peuplent la psyché (à savoir l'angoisse, les déchirements entre la chair et l'esprit, entre la conscience individuelle et la morale, l'interrogation à savoir qui l'on est, d'où l'on vient, où l'on va, comment les choses peuvent exister, etc.): l'homme a donné un visage, une forme, un nom à cet amas de forces obscures. Est-ce un mal, est-ce un bien ? Encore une fois, l'homme a toujours fonctionné de cette manière. Tenez: les premières hypothèses concernant la constitution de la matière se référaient à des éléments connus qui ont des propriétés qui les rendent plus ou moins aptes à remplir un tel rôle de substance constituante. Thalès de Milet postulait ainsi en faveur de l'eau, et Anaximène en faveur de l'air. Or, dans la vie de l'homme, l'eau et l'air jouent évidemment des rôles importants. Ils sont présents dans moult processus, dans moult opérations; de plus, ils sont fluides, ployables, de forme changeante, etc. Il s'agissait bien sur de mauvaises théories mais elles eurent tout de même le mérite de poser des éléments théoriques fondamentaux, peut-être plus fondamentaux même que de savoir que les éléments constituants de la matière sont les atomes: à savoir l'idée tout d'abord que la matière est effectivement le produit de parties unitaires semblables, et ensuite que de par ce fait, les dispositions et les mouvements de la matière sont quantifiables. Cela devient un mal en fait lorsque le visage du connu plaqué sur l'inconnu cesse d'être une interface de recherche et devient plutôt une vitrine de propagande, ou un jardin d'autosatisfaction. Évidemment, on peut se poser la question à savoir de ce qu'on doit faire de ces hommes, sans doute majoritaires, qui ne sauraient se lancer dans la recherche que j'évoquais plus haut, et qui ont besoin de repères fixes pour fonctionner - bref, ce que l'on doit faire des hommes qui préfèrent obéir plutôt que de vaquer à leur autonomie. Et alors soudainement, le mode religieux propagandiste redevient pertinent: la religion comme instrument de contrôle des consciences. La question devient alors "quelle forme devrait avoir la religion ?" ou alors, plus problématiquement: "comment se fait-il que les formes anciennes et caduques de la religion perdurent ?" Réponse: c'est parce que les religions n'ont pas été réformées, et qu'il s'y est substitué, chez l'homme occidental sceptique moyen, des formes d'asservissement d'une nature différente - médias, culture narcissique, scientisme - plus ou moins dérivées des conséquences du rationalisme des Lumières.
  23. Pour quelle raison poses-tu la "difficulté" en premier ? Et si le trait commun de tous les cas que tu as nommés en ouverture était tout simplement le fait qu'on y trouve une force superflue, une surabondance de forces aux activités de base des êtres impliqués ? Partant d'un tel point, les obstacles rencontrés ne seraient plus une partie prépondérante du schéma mais bien de simples accidents. De fait, il semble difficile de croire que l'homme est fondamentalement attiré par les difficultés. *** Quand au "pourquoi", c'est une question beaucoup plus difficile à élucider. Un psychanalyste te répondrait probablement que c'est par volonté d'exprimer sa puissance sexuelle: l'homme la sublimerait (et l'exprimerait du coup) au travers de ses œuvres. Un humaniste te dirait que c'est par amour de l'humanité que les individus cherchent à améliorer leur sort commun. Beaucoup de philosophes seraient sans doute prompts à te dire que c'est plutôt par amour de la vérité que les hommes cherchent à se dépasser. Un nietzschéen affirmerait par contre que l'essence de l'homme est la volonté de puissance: une force aveugle d'auto-dépassement. Un type comme Sloterdijk nierait ceci et affirmerait que toutes les postures précédentes ne font qu'aller dans le sens d'une mentalité d'auto-dépassement vieille comme le monde et qui s'en va éventuellement droit dans le mur, puisqu'à terme, l'homme ne pourra supporter le coût de cette volonté.
  24. Et bien la verbalisation a certainement un effet thérapeutique. Chacun a sans doute fait l'expérience de s'être confié à propos d'une situation difficile et de s'en être trouvé mieux par après. Et cette verbalisation a un effet thérapeutique suivant deux facteurs: 1) le facteur humain, parce qu'il est bon de se sentir écouté, compris, même dans nos dimensions conflictuelles - la confidence brise en quelque sorte la pression de l'image à entretenir; 2) le facteur de compréhension de soi-même, parce que formuler sa propre situation permet d'abord de mieux la saisir, mieux la conceptualiser et donc mieux par la suite développer des schémas comportementaux qui tiennent adéquatement compte de tous les paramètres qui étaient autrefois ignorés ou refoulés ou tout simplement incompris. Mais tout ce que je viens de décrire n'est pas propre à la psychanalyse. C'est un fonctionnement cognitif qui est valable pour n'importe quel processus de travail sur soi-même. Ce qui est propre à la psychanalyse c'est, comme tu le dis, lorsqu'il s'ajoute à tout ceci l'idée de "l'enfoui". Mais ce que j'ai dit s'applique aussi dans ce cas: la verbalisation de l'enfoui fait intervenir le facteur empathique, et il brise aussi la pression de l'image que l'on entretient pour soi-même et à son propre insu et de plus, il constitue un premier repère à partir duquel de nouveaux schémas de pensée pourront être élaborés. Ce n'est pas un effet magique, mais ça peut tout de même être le lieu d'une intuition frappante. Exact: les conceptions familialistes ne sont pas problématiques en tant que telles. C'est plutôt leur évocation à tous vents qui l'est. Ou alors, il faut dire qu'elles sont problématiques dans la mesure où on surestime, de manière générale, leur prégnance dans la psyché humaine. Deleuze voyait le psychanalyste comme une espèce de mécanicien de désir, qui aurait à réparer les liens brisés. En ce sens, il utilisait lui aussi un vocabulaire très économique. Il voyait l'inconscient comme une unité de production, comme une espèce de machine qui émet toutes sortes de flux de production. C'est une conception qui a l'avantage de cadrer le travail d'analyse ou de thérapie ou d'auto-analyse d'une manière très pragmatique: il ne peut s'agir ici d'entretenir une sorte de blablabla ésotérique quant à l'essence de notre psyché mais bien plutôt à huiler, à changer ou à réparer les composantes qui entrent dans les processus de production de nos désirs. Dans cette perspective, on voit à quel point les clowneries lacaniennes peuvent paraître impertinentes.
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