Aller au contenu

Blaquière

Banni
  • Compteur de contenus

    19 162
  • Inscription

  • Dernière visite

  • Jours gagnés

    2

Tout ce qui a été posté par Blaquière

  1. "Lexico, lexi-i-i-i-i-i coooooooooooo!" ça, c'est du Kolossal !
  2. Pourquoi qu'y s'énerve ? On n'aime pas les smiley, on dit pourquoi et c'est tout. Vous les aimez vous dites pourquoi, c'est bien aussi. Faut pas cul pa bi li zer ! En plus vous, vous êtes plus nombreux comprenez notre angoisse : Nous, on a un peu peur... (ça compte comme excès de ponctuation les points de suspension ?) Je me pose une question : est-ce qu'il y a des smiley porno ?
  3. Je l'ai déjà mis mais il va bien dans cette rubrique : Le temps s'écoule Et je le perds Dans cette foule Au yeux d'hiver Et J'en roucoule A l'envers En pauvre drôle, La foi mauvaise N'a plus cours Sur les cimaises Où pend le jour Aux Dieux ne plaisent Mes amours J'oublie mon rôle De minutes de neige En vent de pluie, Sur un arpège Déconstruit Tourne un manège De l'ennui Que rien ne frôle De haut-le-coeur A fiel délictueux En faux-semblant de peur Où tout va pour le mieux Le temps s'écoule et je le meurs...
  4. Chacun a, j'imagine, ses garde-fous. Un de mes garde-fous c'est que la majorité a forcément toujours tort. 90% sont dans l'erreur pour être plus précis. J'en ai eu la révélation en 68. J'étais militaire. Appelé, Et pourtant dans les commandos (ça ça fait bien rire mon fils.) Un soir, du mois de mai on nous dit : "à minuit, rassemblement, départ pour une destination inconnue". La destination inconnue que tout le monde connaissait, c'était d'aller à Paris, chasser les étudiants des barricades. (Je dois préciser que les jours précédents on avait sélectionné toutes les armes et éliminé celles qui fonctionnaient mal.) Et vous savez quoi ? Sur 40, ce soir-là, on ne s'est retrouvés que 4 à nous poser la question : "Quand on sera face aux étudiants, qu'est-ce qu'on fait ? On leur tire dessus ou on passe de leur côté ? Les 36 autres étaient tous prêts à aller casser du "révolutionnaire" sa ns se poser la moindre question. Uniquement parce que depuis un mois il ne recevaient plus de courrier de leur maman (à cause des grèves). Précisons que l'années précédente nous étions presque tous étudiants. (là ça mériterait une exclamation.) Depuis, à mainte reprise, j'ai toujours retrouvé cette proportion : si l'on considère une population donnée, dans tous les cas, seulement 10% de ses individus sont réellement conscients de ce qu'ils font. 10 % seulement sont réellement "humains". C'est déjà pas mal. Mais je sais qu'il ne faut pas suivre le troupeau. Jamais ? Jamais !
  5. Tu as raison. Je me tais donc. Non : je peux pas. (là ça mériterait un point d'exclamation.). Dans mon idée c'est juste pour faciliter la lecture tout en restant dans le texte. (Souligner "pour faciliter la lecture" et "dans".) Et en n'utilisant que les moyens de l'écriture. Et m'éviter de trop bavarder. Quand je vois de grands pavés tout serrés, ça me déprime. Le plus souvent j'ai l'impression que leurs auteurs s'écoutent parler. Sans avoir vraiment grand chose à dire. Bref, vous aimez les smileys et moi pas. C'est la mode sur internet. Et d'une manière générale, j'aime pas suivre la mode. Quand tout le monde fait une même chose, pourquoi je me rajouterais à cette clique ? Ca en ferait un de plus qui suit le mouvement.(Point d'interrogation) Dans mon métier c'est pareil (la céramique). Tout le monde fait du raku. Il y a 20 ans tout le monde faisait du grès. Je n'ai jamais fait ni du grès ni du raku. Ce qui est amusant, c'est que ceux qui faisaient du grès y'a 20 ans se sont aujourd'hui immédiatement mis au raku. (Point d'exclamation.) Et si vous n'aimez pas "je les remets dans ma guitare". (Ponctuation à votre choix.) (J'aurais pu mettre un smiley qui jour de la guitare. Il en existe un. Mais vous voyez, ça rendrait ridicule tout ce que je viens de dire et qui est d'une INTELLIGENCE RARE !!! (Pardon, j'ai craqué.)
  6. "Car la vie sans Dieu n’a aucun sens, ce n’est qu’une mécanique visqueuse et dérisoire, un long convoi funéraire ennuyant et inutile." Je pense exactement le contraire... Pour ce qui est de l'être et du non être, il faut prendre ça avec des pincettes. Il me semble bien que Parménide désignait pas "être", l'être absolu, à savoir Dieu. (Ce qui n'est pas altéré par l'existence.) Et qui n'existe donc pas !. Et par "non être" l'existant. Donc le réel... C'était une philosophie typiquement religieuse. (à mon avis) On reprend la question : "Pourquoi l'être n'existe pas et l'existant n'a pas d'être ?" "Pourquoi Dieu n'existe pas et ce qui existe n'est pas issu de lui ?" Réponse : Parce que c'est comme ça !
  7. Blaquière

    Mes mémoires

    Linda, les chats et le poulet J'ai parlé de Linda, qui avait adopté Pluto. C'était une chienne louve pas très grande de taille qui me gardait quand j'étais bébé. Elle se couchait devant mon landau dans le magasin, et il va de soi que personne d'inconnu n'aurait risqué de s'approcher. Mais j'ai grandi. Et Linda n'a plus eu de petit à garder... Quelque années plus tard, je pouvais avoir sept ans ? panique générale ! où est passée Linda ? "Ca fait deux jours qu'on l'a pas vue !" On la cherche, on l'appelle. Partout... --Linda ! --Linda ! A quoi finit par nous répondre un faible "gni ! gni" qui venait du couloir, entre la cuisine et le magasin. On va voir... Et l'on découvre Linda installée tout au fond, devant la porte condamnée. Au fond sur un vieux sac. Mais là, surprise ! elle gardait entre ses pattes mon Pluto orange que j'avais eu pour la Noël. De ces figurines en mousse, armées à l'intérieur d'un fil de fer et auxquelles on peut donner les positions les plus invraisemblables. Et c'était bien le cas ! Les quatre patte de Pluto faisaient le grand écart et sa tête était tordue à l'envers sur son dos. Ce qui ne paraissait pas gêner Linda. Elle l'attirait vers elle doucement, du bout du museau avec l'espoir de le faire téter, tout en continuant ses "gni, gni, gni" et en nous regardant d'un air triste et coupable. Alors, on a pris le Pluto, on lui a arrangé les pattes et redressé la tête. On la sentait inquiète. Puis on le lui a rendu en la complimentant. On pouvait la croire soulagée... De garder son Pluto et n'être pas punie. En tout cas elle devait avoir de l'imagination et le sens du symbole pour deviner que ce truc bizarre était un chien. (Presque autant que Walt Disney !) Comme nous tous de la famille, nos animaux ne pouvaient qu'être exceptionnels. Mon père qui s'était un jour épris d'élevage avait fait venir par la poste, des oeufs de poules fécondés. Des oeufs de quel genre de poules ? De Bresse bien sûr ! (Quand on achète un frigo, c'est un Frigidaire, Une voiture, une Ford et des poulets ? De Bresse !) Il s'était alors bricolé une couveuse dans un carton, avec une ampoule électrique allumée en permanence pour la chaleur. Le tout étant installé dans un coin du fournil. Au bout de quelques semaines, il en était sorti des petits poussins pure race de Bresse. (Les mêmes que les autres !) Un plein carton de petites boules jaunes qui piaillaient à qui mieux mieux. Et il avait fallu trouver un poulailler. Les poussins étaient ensuite devenus les plus beaux poulets du village. Forcément. Puisque sélectionnés pure race de Bresse ! Mais voilà qu'un jour l'un des poulets se casse une patte. Et l'on sait le peu de pitié pour les éclopés qui sévit chez la gent volaillère... Donc, le poulet blessé étant en passe de se faire massacrer par ses congénères, on l'évacue à la maison. Et mon père lui fait une attelle avec les deux morceaux d'un bout de canne refendu bien ficelés ensemble qui lui tenaient la patte raide. Et pendant au moins deux semaines, notre poulet a sautillé sur sa patte valide parmi nous d'une pièce à l'autre. Un nouveau membre dans la famille ! Mais le beau du spectacle, c'était le soir, quand Linda allait se coucher --encore dans un coin du fournil-- que Bibou, le chat, s'installait entre ses pattes et que notre poulet montait se percher sur le dos de la chienne... Bonne nuit les petits ! Une fois retapé et bien nourri, le poulet est retourné au poulailler où il a fait la loi. Juste retournement. Mais j'avoue à ma grande honte qu'un jour... on l'a probablement mangé ! Enfin, je crois. Puisque il me semble bien garder le souvenir d'un os de pilon rafistolé --par la nature et mon père-- qu'on se serait fait passé autour de la table atomique aux méritoires fins d'observation. Si on était des gentils, (des braves gens qui votent Mitterrand) on était malgré tout des gentils un peu cyniques !...
  8. Parfois j'y pense et parfois non ! Quand j'y pense parfois je ressens ça comme un drame, une horreur absolue, et parfois je me contente de penser : "j'aurai plus jamais mal aux dents"... Mais le noeud de mon angoisse, le vrai questionnement c'est : Est-ce que j'aurai réussi au mieux de mes possibilités ou pas ? Alors comme je pense plutôt que non, je me dis : "flûte, j'ai encore du boulot !" Résultat : j'y pense moins ! "Je sais pas quoi faire, mais qu'est-ce que je pourrais faire..."
  9. Mais c'est une vraie attaque de front ?! En revanche, moi je t'aime bien, Déjà Utilisé. En plus tu me donnes la réponse : pourquoi m'insurger contre l'emploi de succédanés d'émotions ? Mais justement : parce que ce sont des succédanés... Je ne suis ni trop puriste ni trop to luène. lérant : pardon. Et je commence même à me demander si Dentelle de mots qui se dit sauveur et prophète ne serait pas en réalité un authentique farceur ...
  10. Un brin, de basilic dans la salade ? Quelle horreur ! De l'estragon, passe encore ; mais du Basilic ?!!! Le basilic, c'est bon pour la soupe au pistou ça demande du lourd : du fromage, de l'huile, de l'ail.... Là, d'accord. La salade faut que ça reste léger "aïgassous" si vous voyez ce que je veux dire (aqueux) et fruité...
  11. Blaquière

    Mes mémoires

    Ca me fait plaisir ce que vous dites. J'ai le souvenir de gens qui autour de moi avaient une telle personnalité... que j'ai souvent pensé : il faut que les petits (mes petits fils) les connaissent un peu... Si en plus vous aussi vous les "aimez" un peu, c'est inespéré. Je suis comblé. Mais il faudra que je polisse un peu l'ensemble. Disons que j'essaie différentes façons de formuler certains passages. C'est un peu du premier jet... Merci en tout cas.
  12. je viens d'avoir un flash ! Pourquoi vos trucs ronds m'insupportent. PARCE QUE CE SONT DES GRIMACES ! Et que j'en peux plus des gens qui accompagnent leurs discours de grimaces. Qui surjouent leurs discours ! et se surjouent eux-mêmes. Dites ce que vous avez à dire et c'est marre ! Est-ce que je ponctue ce que je dis de "pouet pouet" de "guili guili" de "Grrr" de "Splatch" ou de "Waouh" Moi ? En philo, ça donne ça : Descartes et Platon disent ceci et cela : Waouh ! En revanche, Epicure et Freud en sont restés à ça : Grrr ! On ne saurait mieux parler du rire que Bergson : Guili guili ! Quant à Nietzsche il rue ds les brancards : Splatch ! Et BHL ? Pouet pouet ! J'adore cette vraie philo ! La fonction des émoticônes c'est de normaliser vos émotions et donc vote esprit. Et ça, il faut n'en pas utiliser pour le sentir, pour le comprendre. Abstenez-vous en de quelques mois et vous verrez. ---"Je m'appelle Un Tel..." ---"Bonjour, Un Tel !", ---"...et je n'ai plus utilisé d'émoticône depuis 15 jours !" ---"Bravo, Un Tel !"
  13. Je maintiens et je signe ! C'est un affaissement de l'intelligence que ponctue l'émoticône. La preuve c'est que n'importe qui d'intelligence moyenne aurait comprit que je blaguais dans mon étymologie (émotion + conne) et il a phallus que quelqu'un précise la vraie étymologie! Sans tête de con qui sourit, dans la marge, on n'est plus capable de savoir quand on blague ou pas ! Pardon ! Je cherche à donner de raisons, à argumenter. Il n'y a pas de quoi. C'est juste instinctif. Je trouve ces figurines avilissantes et dégradantes pour ceux qui les utilisent. D'instinct. Bien sûr je préfère plaire. Comme tout un chacun, Sans pour autant franchir systématiquement le mur de la dignité ou de la démagogie En plus, je les trouve gnan-gnan ces figurines. Et je crois que vous en êtes dupes. La sphéricité (pourquoi je ne dis pas rondeur ?) de leur tête les rend sympathiques a priori. Et le cercle, c'est le plaisir. Je n'aime pas qu'on me dicte mon plaisir. Avilissez-vous donc ! Dégradez-vous donc ! Prout ! Question : est-ce qu'il y a une émoti-conne qui dit "prout" ? Sans doute . Mais ça a une autre gueule ça : PROUT ! C'est de la pure pensée d'avant guerre !
  14. En ce moment, je m'endors sur les épîtres de St Paul : J'essaie de comprendre à quel niveau ( psychologique ) il était malade... (L'incirconcis qui a la Foi et qui vaut plus que le circoncis qui s'en tient à la Loi... )
  15. J'étais près de dire : soit ! je vais faire un effort et vais tâcher d'employer ces figurines.... Mais non ! Pourquoi ? Parce que c'est de la pensée toute faite, du dessin tout fait. Emprunté. de la pensée préfabriquée. C'est du non-esprit. Comme la spiritualité. Faites donc un dessin vous même qui exprime votre état d'âme ! Ou décrivez-le avec des mots. D'un autre côté, l'esprit en vacances c'est plutôt sympa ... L'étymologie d'émoticône c'est émotion + conne. En quelque sorte rendre conne l'émotion ? Là, je m'insurge !. Car l'émotion c'est notre seule vraie richesse, alors NON ! Pas d'émoticône ! Un smiley ? C'est du patois ? Frimousse et binette c'est cul-cul ! Alors pourquoi pas "tronche" ou "tête de noeud" ? 'Tête de b... ? Tronche à c... ? (Pour le dernier, vous avez la possibilité de deux variantes avec un seul"L" ou deux.) Penser que ça enrichit ou cadre notre intervention, autant retourner aux hiéroglyphes ou au linéaire B... Et pourquoi qu'on n'écrirait pas en rébus ? Personne ne comprendrait personne et tout le monde serait content. ça y'est ! j'ai trouvé où il fallait appuyer pour les mettre !!
  16. "Je serais pour la suppression pure et simple de toutes les "émoticônes" – rien que de devoir écrire ce mot barbare m'horripile." MERCI ! "Plutôt que d'être habité par des critères stricts, tels que ceux qui sont exposés ici, les miens sont plutôt de nature dynamique: je recherche quelque chose qui soit de l'ordre de l'effort, de la progression, de l'essor." Et moi avec le temps, ce serait plutôt de l'ordre de l'essor-âge... Ceci dit, absolument d'accord pour la dynamique. On ne vient pas non plus sur ce forum pour des travaux forcés. Quand qq chose me fait sourire, j'essaie de pas passer à côté et de le dire. Si ça fait aussi sourire quelqu'un d'autre je crois que mon intervention n'était pas inutile. Et si ça en énerve un autre... Aussi !
  17. Les pieds humides De rosée... Atchoum !
  18. Blaquière

    Mes mémoires

    A rajouter plus haut : Vers une heure, ma mère décollait la table du mur : elle étirait ses grands bras costauds de "belle femme" de part et d'autre du grand côté libre, et l'empoignait fermement ; la tirait vers elle au centre de la cuisine. Ainsi était créé l'espace où mon père pourrait prendre place.
  19. Blaquière

    Mes mémoires

    Une Agora à échelle humaine, pas mythique, une agora réelle, villageoise. Parfaitement proportionnée quoi que d'une géométrie un peu irrégulière. La fontaine sacrée de la République en marquait le centre, avec au sommet d'une colonne carrée, la jolie Marianne déhanchée. A droite, la Mairie à côté de l'église (un temple dédié au demi dieu Saint Jean Baptiste). En face, c'était l'Ecole flanquée de la Poste. L'Ecole encore plus sacrée que la Fontaine ou la Mairie. Et à gauche, le Château qui représentait toute l'Histoire. Avec le bar à son rez de chaussée. Entre l'école et le château, l'allée qui menait au Monument aux Morts en exacte perspective et point de mire. A la réflexion, le bâtiment le moins sacré de la place était incontestablement, l'église. Dont le seul intérêt était la façade qui avait servi de fronton au générations précédentes pour jouer à la pelote. (Il y a cent, le football n'existait pas.) Une fois dans le bistro, j'avais droit à mon sirop rouge. Ou à un Gambetta qui avec sa couleur et son goût indéterminés, plus son nom historique, faisait mieux boisson d'homme. Un Gambetta qui traverse toute la France en ballon à vapeur, ça ne peut pas boire de la bibine. Hélas, rapidement, je m'ennuyais ferme. Les magnifiques théories politiques de mon père se dissolvaient complètement dans des discussions sans intérêt. Et je perdais rapidement le compte des pastis... Il y en avait eu beaucoup sans doute et c'est tout ce qui me restait. Dire un chiffre était impossible. Les pastis, c' était comme les minutes du temps. Et le temps est infini. Insécable. Il se vit et ne peut pas se compter. Les habitués étaient là. Quatre ou cinq, toujours les mêmes. Ceux qui "faisaient de la politique". Popo Peillé, Freddy, Mile Bouillane, Yu... rien que des socialistes et des communistes. Des frères ennemis. Les blancs, les riches de droite, ils ne venaient pas au bistro parce qu'ils ne dépensaient jamais leurs sous : ils les gardaient pour en faire de la confiture. Leur but ultime c'était de mourir "les plus riches du cimetière" ! Et puis, en politique, ils n'avaient pas d'arguments. Être de droite, c'est toujours parfaitement injustifiable. D'ailleurs, quand on est de droite, on dit qu'on ne fait pas de politique... Et voilà pourtant que parfois, Monsieur le Curé soi-même, venait au bistro ! Bien sûr, ce n'était pas un curé ordinaire que l'abbé B. Vu qu'à part quelques vieilles filles desséchées il n'y avait plus grand monde qui venait à l'église, il avait vendu tous les bancs et s'était acheté une moto. J'en conserve l'image d'une soutane qui flotte en pétaradant dans la grand'rue du village... Un jour qu'un de nos "politiciens" lui avait vaguement parlé du Bon Dieu par politesse, l'Abbé B lui avait répondu : "Li cresèr, vautre an' aquo?" (Vous y croyez, vous, à ça ?) Un jour, notre abbé B a quitté les ordres et s'est marié. Les gens ont dit simplement qu'il avait "préféré une petite femme à un gros Bon Dieu". Mais en dépit de l'amusement, et de la sympathie, ça restait choquant de voir quelqu'un d'aussi peu ferme dans ses convictions. Et puis, quand on s'habille en noir, c'est pas pour être heureux. Les discutions politiques des accoudés étaient si longues, si peu intéressantes et les pastis si nombreux que je redescendais souvent tout seul à la maison épuisé et déçu d'avoir si piteusement raté ma mission. Quand mon père arrivait enfin, il se glissait entre le mur et la table en souplesse, avec un déhanchement élégant digne de Fred Astaire. -- Paul, tu bois trop ! disait ma mère. A quoi il répondait : -- Tiens tu m'y fais penser ! Et il se servait dans la seconde un canon "razette" de vin rouge. C'est ça le vrai génie. Quand la réalité n'a pas de prise sur vous.
  20. Blaquière

    Mes mémoires

    La cuisine aussi était rectangulaire. Mais assez petite. En dehors des repas, pour faire de la place,o n repoussait la table contre le grand mur de gauche, entre la porte d'entrée qui venait du magasin et le placard aux portes beiges mal coulissantes qui se coinçaient sans arrêt. Une autre application du fantasme moderniste de mon père. Vers une heure, ma mère décollait la table du mur : elle étirait ses grands bras de part et d'autre du grand côté libre, et l'empoignait fermement, la tirait vers elle au centre de la cuisine. Ainsi était créé l'espace où mon père pourrait prendre place. Ou pas ! En Génie qu'il était en vérité dans tous les sens du terme, si le plus souvent, il apparaissait (le déplacement de la table pouvait avoir le pouvoir de le faire sortir du mur), parfois aussi, son côté restait vide. Quand il s'attardait au bistro. Pour être sûre qu'il rentrerait dîner à une heure acceptable, vers onze heures, quand la dernière fournée était sortie du four, ma mère me demandait parfois de l'accompagner au bistro. Ma mission première étant de compter ses pastis. Ceux qu'il allait boire. Pour les lui reprocher, j'imagine ? Et lui envoyer à son retour un chiffre exact, irréfutable, à la figure ? Pendant notre montée à la place, mon père m'instruisait en politique. -- Si on te demande "ce que tu es" (qui aurait bien pu me demander ça, à moi, qui n'avais pas dix ans?), tu réponds : "je suis français, républicain, socialiste !" Et il développait : "Le mieux, c'est d'être socialiste pour la justice et pour aider ceux qui en ont besoin. Mais si c'est plus possible d'être socialiste, il faut encore se battre pour rester républicain pour la Liberté et contre les privilèges. Et si on peut plus rester républicain, il faut encore se battre pour rester français, au moins !" C'était étrange cette façon courageuse de se battre à reculons en étant sûr dès le départ qu'on allait perdre. Perdre, soit, mais dans la dignité ! (C'était comme ses directives pour le jardinage : passe encore de ne rien récolter, encore faut-il que les rangées soient droites !) Non ! En fait c'est qu'il avait déjà vécu tout ça lui, pendant la guerre, sous Pétain. Il avait été dénoncé comme socialiste anti-pétainiste et réfractaire au travail obligatoire, puisqu'il n'était pas question de partir en Allemagne, il avait été obligé d'aller se cacher au Broussan chez des cousins. La République était devenue l'Etat Français ; et les allemands avaient carrément pris la France. En fait, il parlait d'expérience ! Plus tard quand il se mettrait à la sculpture, il réaliserait trois bustes. Celui de Frédéric Mistral (la Provence, donc la France), celui de Marianne (la république) et celui de Mitterrand pour le socialisme. Français, républicain, socialiste ! Pour les élections de 1974 il avait organisé une réunion politique au bar, et sur son affiche, comme slogan il avait écrit au crayon noir : "Les braves gens, votent Mitterrand" ! (La gauche, je l'ai reçue en héritage !) On arrivait sur la place en haut de la montée en semi-calade de quelques marches d'une dizaine de mètres chacune, légèrement inclinées. Mais La Place, c'était l'Agora d'Athènes...
  21. Blaquière

    Mes mémoires

    Assis à l'un des petits côtés, j'avais sous les pieds une barre de bois transversale que je crochetais par en dessous pour me balancer et dans mon dos, la grande porte à deux battants, vitrée de verre opaque dépoli qui s'ouvrait sur la remise obscure et poussiéreuse. La porte était fermée pendant le repas, mais je savais que derrière, dans la remise, était accrochée à la poutre du fond, la petite baignoire en zinc dans laquelle, mon père avait failli se noyer tout petit et qui justifiait son horreur définitive de l'eau. A la poutre du milieu, pendaient les deux anneaux en fer pour la gymnastique, qui lors d'un mauvais rebond lui avaient cassé toutes ses dents du devant, (d'où son dentier moderne et complet en résine). Contre le mur, à droite en rentrant, avait été rapatrié l'établi de l'arrière grand père, l'Inventeur, qui disparaissait sous une accumulation invraisemblable de vieux outils rouillés, les seuls outils dont nous disposions et faits de la propre main de l'arrière grand père. "Quand on veut faire quelque chose, on commence par se fabriquer l'outil." C'était enfin là dans la remise, qu'on gardait la chienne Linda, (qui avait adopté le Pluto en mousse) et les chats : Bibou, Vieille Ronce, Spoutnik, et Macoulie ; et donc aussi des puces par milliers. Le rêve de ma mère, jamais réalisé, aurait été de transformer cette remise infâme en somptueuse salle à manger. C'était là, la raison de la grande porte vitrée dépolie, propice à l'imagination et cadeau de noce de mon père que l'on aurait ouverte pour découvrir au bas d'une marche (la remise était en léger contre bas), un magnifique tapis "où se battent deux dragons". (Dixit ma mère qui m'aidait pour la rédaction de sixième : "Décrivez la pièce de votre maison que vous préférez.") Une pièce qui n'existait pas. Ma soeur était assise en face de moi à contre jour de la fenêtre du côté de la lumière. La fenêtre qui donnait sur la placette. Un jour mon père, en veine de modernisation du village, la ferait rebaptiser "Placette de l'Etoile". Puisque aussi bien, cinq routes y aboutissent. Nous formions tous les deux, ma soeur et moi, la première couche d'électrons de l'atome primordial dont nos parents, père à ma gauche et mère à ma droite, face à face sur les grands côtés de la table et donc plus rapprochés, constituaient le noyau : deux particules de même signe et de même puissance appelées tôt ou tard à se repousser. ("Vivement que les petits soient grands, qu'on fasse deux bandes !")
  22. Je crois que pour les fous de Dieu, la religion est devenue comme une drogue. Toute leur identité, tout leur être, sont devenus religieux. Complètement imaginaires et déconnectés de la réalité. (Ils sont persuadés par exemple, que quand ils meurent, ils ne meurent pas mais vont auprès de leur dieu.) Et ils ont l'impression que tout ce qui porte atteinte à leur religion (que ce soit des caricatures ou d'autres religions) veut en fait les détruire eux. Ils se sentent en légitime défense. Et l'on sait qu'on a moralement le droit de tout faire pour se protéger, en cas de légitime défense. Il faudrait juste pouvoir les soigner. Qu'ils re-prennent conscience que leur existence personnelle n'est absolument pas liée à leur religion. ça les calmerait. C'est une forme de paranoïa. Qui est d'une part un exutoire à l'agressivité et aux complexes que chacun a en soi. Et qui sert d'autre part les ambitions de certains meneurs qui les manipulent. C'est pour ça que ça fonctionne.
  23. Blaquière

    Mes mémoires

    ça y'est : j'ai les 8 premières lignes ! Je suis né dans un monde parfait et parfaitement achevé. Mon père, Le Génie, et ma mère, La Force, avaient déjà donné naissance à ma soeur, le soleil. Il ne me restait donc qu'un seul rôle à jouer, le rôle de la terre. En ce temps-là le monde était petit. Il se limitait à la cuisine. Et son centre était la table à manger. Une table lourde, rectangulaire, qui avait servi de bureau de poste à un arrière grand père et donnait de ce fait à notre vie ordinaire un caractère public, officiel, nécessairement exemplaire. Le monde entier nous observait...
  24. Blaquière

    Mes mémoires

    -- Un jour j'écrirai mes mémoires... -- Qui tu veux que ça intéresse ?!
  25. Je pense à Nietzsche qui disait (approximativement et de mémoire) De ne pas blesser un solitaire (ce que nous sommes tous devant nos écrans). "Ne blesse pas un solitaire ou alors tue-le car un solitaire est un puits sans fond d'où les blessures ne ressortent pas..." (C'est en tout cas ce que j'avais compris !). Il est question ailleurs de qu'est-ce que la philosophie. En voilà un exemple. Au second degré. Qui est (comme pas hasard) de se connaître soi-même. Quand Nietzsche parle de solitaire blessé, je "sais" immédiatement que c'est de moi, qu'il parle ; et pas de celui qui blesse. Pourquoi ? Tout le monde réagit-il comme moi ? (Pas couillon, ce Nietzsche !)
×