Aller au contenu

Classement

Contenu populaire

Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 14/06/2023 dans Billets

  1. C’est un beau garçon, il est assis bien droit, sérieux, son regard clair enveloppe la pièce entière. Il n’y a pas d’anxiété dans ses yeux, il est calme. Il n’est pas ici. Il n’entend pas, ne prononce plus une parole depuis des semaines. Le ballet exécuté autour de lui ne le concerne pas, il est en dedans, loin en lui, il s’est mis au secret. Il le sait, parler est une question de survie, ou il redeviendra l’enfant chétif peureux de tout. Il secoue la tête à chaque mot perçu en dehors de lui. C’est impossible. Ecrit Il n’a pas pu parler, dire, c’est trop difficile. On lui a offert un stylo, avec le silence pour tout langage, et il a commencé à écrire. Ecrire le temps, la peur, la peine, les heures, la colère, le cœur qui se vide. Ca lui prend des semaines, des mois, il remplit les pages de sa petite écriture serrée, régulière, ses mots pesés, lus et relus encore et encore. C’est fini, il a écrit. Il envoie tous ses cahiers au regard vert et silencieux qui lui a donné un stylo et un cahier il y a longtemps. C’est fini. Il ne parle pas, il n’écrit plus. Il est parti.
    3 points
  2. Il est maladroit, c’est ce qui se dit quand c’est poli. Il marche le nez parterre, tout le monde peut le voir, alors il se cogne souvent, il trébuche, c’est normal tous ces bleus. C’est vrai que ses mouvements ne sont pas très coordonnés, hésitants. Tout est hésitant chez lui. Il s’approche de la chaise mais shoote dedans et elle se renverse. Il la redresse à toute vitesse, pose les mains sur le dossier et dit « pardon ! » Ne dit plus pardon aux meubles C’est un mauvais jour il le sent. Le contrôle fout le camp. Dans la salle de bains, il ouvre la porte du placard, trop fort, trop vite, le coin heurte son front. Il hurle, entreprend d’arracher la porte, il la jette contre le mur, met des coups de pied dans tous les meubles, des coups de poing dans les murs, jette tous les objets à portée, les piétine, il brise le miroir. Il ne dit plus pardon aux meubles…
    3 points
  3. Dix-neuf heures trente, vingt heures, dispersion ! C’est l’heure où disparaître. L’heure des « grands », qui regardent la télé en fumant, en buvant. Elle fait ce qu’elle veut, jouer, lire, étudier, pas d’obligation d’extinction des feux. Mais quand elle va se coucher, elle éteint tout de suite la lumière, elle se concentre fort pour s’endormir, s’endormir tout de suite, tout de suite. Elle se réveille en panique, le réveil marque 1h03, tard, trop tard ! Elle a eu de la chance cette fois. Elle remonte les couvertures sur son nez, et met tous ses sens en éveil. Elle entend des craquements, des bruits à l’extérieur, du vent, une voiture, un volet qui claque… Ne pas s’endormir, surtout pas, veiller jusqu’au matin. Ne pas s’endormir, ne pas s’endormir. Echouer. Se couche toujours tôt Ramper, jusqu’à vingt et une heure, vingt et une heure trente, essayer, encore, échouer. C’est trop lourd, trop lourd, elle s’endort. Elle se réveille écrasée, il est minuit, 1h00, 2h00, 3h00 quand ça va bien. Se rendormir surtout, se rendormir à tout prix. Echouer encore. Alors les nuits claires sortir, lire jusqu’à ce que le soleil se lève, appeler dans le noir, ne trouver personne. Essayer de se rendormir, échouer encore.
    2 points
Ce classement est défini par rapport à Paris/GMT+02:00
×