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voyage


roux-avant

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Allongé sur mon lit, droit comme un "i", le corps lourd et fatigué, usé par le temps et ses vicissitudes, les yeux fixés au plafond, je me perds dans mes pensées et je voyage. Je me rappelle de cette odeur de pain grillé le matin, le café qui chauffe sur le gaz et son odeur de caramel qui se dégage de cette cafetière à col de cygne jaune dans cette cuisine où une table trône en mélaminé recouvert de bakelite. Mon père assis à cette table fumant sa première cigarette de son paquet de gauloises brune sans filtre. Ma mère s'affairant déjà à préparer le repas dominical avant d'aller au marché. Mes yeux balayent la pièce machinalement comme si je l'avais toujours fait, mon regard est là mais je ne sens plus ce corps lourd et douloureux. Mon songe m'emmène alors vers cette école primaire que je revisite avec ses grandes portes vitrées et mes amis : Flavie, John, Hervé, Karim, Samuel et Karine. Ils sont là, ils me sourient, me charrient, me demandent pourquoi je suis là. Je revois le préau et les caniveaux de la cours où je joue aux billes. Je revois Flavie plus que les autres, un amour secret qu'elle ne saura jamais, un regret que je garde à jamais.

Plus encore dans ce voyage, le collège où j'ai échangé mon premier baiser, où je revoie cette belle correspondante allemande aux cheveux blonds bouclés qui me sourie et qui me dit tout l'amour qu'elle a pour moi. Nos échanges de baisers tendres, de complicité, cette sensation d'être heureux et léger, oui léger comme un coeur porté par un sentiment d'une puissance telle que je le ressens dans son accélération. Le temps passe vite, très vite, trop vite, me voilà au lycée où je revoie cette belle jeune femme brune aux yeux noirs comme l'enfer qui me donnera la joie d'être père. Cette vie commune faite de projets évoqués et réalisés et ceux avortés...la douleur revient, mon coeur se serre, se pince douloureusement au souvenir d'un mois de juillet annonçant une vie commune déchirée. 

La douleur fait place à l'allégresse d'une rencontre fortuite et envoûtante : le coeur se relâche et s'adoucit, se remplit d'envies et de sourires puis se resserre à nouveau pour contracter un corps qui se remplit de douleurs. Loin très loin de ce qu'une vie peut espérer...puis il se détache de moi et m'isole, me rend seul et abandonné. La joie de voir mes enfants grandir et devenir homme ne suffit plus à le combler de joie mais annonce une autre vie sur le déclin...

Le voyage se termine, mon esprit et mes yeux reviennent à cette chambre où je suis allongé...je me rends compte que je viens de voyager à rebours jusqu'à cet instant, je me rends compte que j'ai voyagé à travers ma vie...le coeur s'emballe comme s'il voulait une dernière fois se sentir vivant, palpitant pour une cause...se rend-il compte de la raison pour laquelle il part au galop ? Le comprends-je moi-même ou vais-je encore me mentir ? Je dois regarder les choses en face : le dernier voyage commence alors...envie de revoir la mer et son immensité et les Pyrénées et leur majesté...envie de serrer mes enfants une dernière fois dans mes bras douloureux contre un corps meurtri. Envie d'embrasser une dernière fois celles qui m'ont accompagné pour les remercier de m'avoir permis de partager un bout de leur vie...ne pas avoir été à la hauteur jusqu'au bout...vouloir...vouloir...et puis le souffle devient court, le coeur ralentit, les yeux cherchent la lumière, la vie s'échappe peu à peu...la fin du voyage pour arriver à la destination qu'une naissance nous prépare...le dernier souffle d'une vie bien remplie mais de quoi ? 

Un voyage est une rencontre avec soi-même. Nos vies sont des rencontres avec nous-mêmes.

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