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Vipérine. (1)


Criterium

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Il est déjà midi et c'est la dèche. Je suis là et je n'ai rien. Je suis arrivée dans cette ville avec pour toute possession ce que j'ai dans mon petit sac de voyage, et 40 euros en poche. Je n'ai pas d'endroit où dormir. Aujourd'hui encore je vais sauter le repas; il me reste quelques heures pour trouver toit et couvert. Sinon, je vais tenir deux-trois jours puis me retrouver à la rue, nouvelle mendiante. J'aurais fait tout cela pour rien, et ce sera la mort rapide ou lente.

En parcourant les rues pavées du centre-ville, je me disais que j'exagérais; il y a toujours des associations, les services sociaux, et même des centres d'hébergement d'urgence dans cette ville. Par contre je ne les connaissais pas bien, et comme je n'avais ni téléphone ni internet, impossible de vérifier en deux clics. Il faudrait retrouver une librairie — il y a généralement quelques ordinateurs que l'on peut utiliser gratuitement. En même temps... j'ai entendu tellement d'histoires d'horreur, dans ces foyers. Coups, violences, duretés... J'avais vraiment envie d'éviter ça. Au moins un peu plus longtemps. Et puis, quelle alternative? — Ce n'est pas comme si je pouvais rentrer "chez moi"...

À cette heure, les rues sont animées; les restaurants laissent tous entendre un brouhaha joyeux. Le soleil chauffe l'air, le printemps va devenir été. C'est la saison où déjà affluent les touristes étrangers. On les devine facilement: là, un chapeau, là, une chemise à fleurs, là, des lunettes de soleil... à chaque fois, c'est juste un détail de la tenue qui trahit tout de suite le touriste. C'est décidé, dès que je connais un peu mieux la ville, j'essaierai de leur vendre mes services de guide touristique. Les américains et les allemands payent toujours pour quelques informations glanées d'une locale; ils en tirent l'impression d'être déjà sortis des sentiers battus.

À chaque terrasse, des couples et des groupes d'amis partagent leur repas sous les parasols, partout de sortie. D'autres attendent encore le service, d'autres encore patientent simplement pour que le serveur les remarque enfin. À la pizzeria du bout de la rue, à côté d'une belle place verdie, c'est encore plus prononcé. Je m'arrête. Ok — je vais tenter le coup. Je passe les terrasses, rentre, et me dirige directement vers le comptoir où un homme aux cheveux poivre et sel trépigne. Dans la pizzeria, je ne vois qu'un seul serveur: un garçon presque aussi jeune que moi, tout frêle et qui avait l'air d'avoir été employé la veille. Pour s'occuper d'une trentaine de convives... Ils ont un problème immédiat. Ça, c'est facile de le voir; aussi cela raffermit ma voix lorsque, me tenant bien droite devant l'homme qui vient de me remarquer:

— "Vous avez besoin d'une serveuse?"

Il souffle. Il pensait certainement tout d'abord que j'étais une cliente qui allait lui crier dessus à force d'attendre. Mais maintenant il me regarde différemment. C'est déstabilisant: comme pour me jauger en un instant, calculant la possibilité. Étant donné le problème auquel il faisait face tout de suite, je décidai d'abattre une autre carte. — "Je commence tout de suite si vous avez besoin d'une serveuse." — S'il me demandait un CV, ce serait évidemment une fin de non-recevoir.

— "Vous avez de l'expérience?"

— "Oui", mentis-je.

Il hésitait encore un instant en silence, soit qu'il ne me crût qu'à moitié, soit qu'il voulût me communiquer que c'était une faveur et qu'il pourrait se passer de moi à la moindre faute.

— "Ok. Ça marche. Essai immédiat, on en reparle tout à l'heure."

Je dépose mon sac derrière le comptoir, et il me tend un tablier noir avec l'enseigne de l'établissement. À un signe, je comprends qu'il faut m'attacher les cheveux en queue-de-cheval. Bloc-notes, crayon; la panoplie est complète. Avec un peu de chance, il ne va pas trop m'arnaquer et j'aurai au moins quelques euros de plus en poche à la fin du service. D'un monosyllabe, il appelle l'autre garçon. Pas de perte de temps: "Ça, c'est Jean. Jean, tu fais toutes les tables paires, et toi" — il ne connaissait même pas encore mon nom — "tu fais les impaires." — On hoche la tête. J'ai juste le temps de dire un mot à mon collège — "Florence" — et nous voilà à marcher dans tous les sens pour prendre les commandes. C'est presque le chaos, mais à deux on a une chance.

Du ton le plus professionnel... — "Bonjour Messieurs, avez-vous fait votre choix?" — "Bonjour, voici notre carte." — "Voulez-vous boire quelque chose?" — "Bonjour! J'espère que vous appréciez votre séjour dans notre ville" (pour les touristes). — Ça ne cesse pas. Je griffonne rapidement les commandes, court presque jusqu'à la fenêtre de la cuisine, à côté du comptoir, là où l'homme crie les chiffres et les plats au cuisinier. Prendre quelques verres, la carafe d'eau... ressortir, re-rentrer, récupérer un plateau avec les assiettes... Parfois c'est si lourd que je me dis qu'un faux-pas va me trahir et que tout va voler sur les habits du client le mieux vêtu, et que je vais me faire virer moins d'une heure après avoir pénétré les lieux. Je n'ai jamais autant marché, les muscles de mes jambes me le crient. Pourtant, toute cette activité ne cesse de me donner de l'énergie, et j'oublie ma situation à chaque salutation enjouée de nouveaux clients. Le temps passe vite. Pas d'accident.

Rapidement, il ne reste plus que deux hommes parlant affaires et partageant une grande pizza "bûcheronne" (jambon du terroir, champignons sauvages). Ils sont venus tard et progressent très lentement. Et, en terrasse, quelques couples prolongeant le dernier café après avoir payé un peu plus tôt. — L'employeur me fait signe de venir le voir, et à Jean que c'est à lui de surveiller la dernière table.

— "Bon, c'était pas mal. Tu t'appelles comment?"

Je lui réponds. Il sort une excuse, que j'écoute à peine, comme quoi ce travail ne peut pas être officiel, mais qu'il veut bien me garder. Travailler au black et pour pas grand-chose, je m'y attendais, donc ça me va. Et puis je pourrais moi aussi toujours partir le jour-même où je trouve autre chose, si je trouve autre chose... — 5 euros de l'heure... Il me tend un billet de dix. Ça me paraît à la fois étrange — être payée si peu et au compte-goutte — et très impressionnant, puisque j'ai juste un peu couru partout et fait des sourires sans effort, et l'on me paye autant pour ça... La dualité de mon ressenti m'étonne. Ça me semble à la fois peu et trop. C'est donc ça, mon entrée dans la "vie active"? — Certains touristes américains m'ont laissé des pièces, ce qui doit faire un peu plus de cinq euros de plus. Vite, un peu de calcul. Trois heures le midi, quatre le soir; il m'a dit que c'était du "6 jours sur 7"... — 24 fois 35... incroyable, 800 euros? - Je sais bien que ce sera au mieux saisonnier et qu'on peut me faire partir n'importe quel jour, et pourtant j'ai l'impression d'avoir décroché le jackpot: quelque chose, n'importe quoi, qui me permettra de tenir quelques semaines.

— "Tu reviens à 18 heures?"

*

En étudiant le plan du quartier à un arrêt de bus, je découvre que la faculté de sciences est juste à côté. Il suffit de suivre l'avenue, traverser un parc, et on y est. Or, cet endroit a exactement ce qui m'intéresse — c'est ainsi qu'une demie-heure plus tard, je me retrouve là-bas, en face d'un tableau de liège, couvert d'annonces, de flyers, de documents et autres papiers épinglés sur toute la surface du tableau. Beaucoup ont été placés par-dessus d'autres notices, certaines anciennes, d'autres simplement malchanceuses. Publicité pour un syndicat étudiant pour la prochaine rentrée, notice d'un intervenant donnant une conférence dont le titre est incompréhensible (quelque chose "acide valproïque" et des chiffres)... Et dans un coin, des papiers dont l'on peut arracher des lamelles avec un numéro de téléphone mobile: les petites annonces pour colocataires. Je repère la plus récente. Encore intacte, elle vient certainement d'être posée.

"Petit appartement proche centre-ville, 3 étudiants, recherche colocataire H/F pour quatrième chambre" — avec un prix dérisoire et un numéro.

Un garçon grand et maigre vient à côté de moi et jeter un coup d'œil aux notices. Il a des lunettes et une casquette qui ne lui va pas du tout. Noire avec des motifs floraux dorés, et quelques lettres: Versace. — "Excuse-moi? Tu peux me prêter ton téléphone?" — Lui, n'ayant ni l'habitude qu'une fille lui adresse la parole et encore moins que ce soit pour lui emprunter son smartphone, semble ne comprendre qu'à moitié et reste là, la bouchée bée et l'air bête. J'essaie de le rassurer. "T'inquiète" — je pointe l'annonce — "Je veux juste appeler ce numéro-là pour voir si c'est dispo. Je ne vais pas te taxer ton téléphone..." - puis j'ajoute: "Le mien ne marche plus", en mentant. Avec réticence, il accepte, compose lui-même le numéro puis me passe son téléphone. La coque représente un groupe de musique que je ne reconnais pas. Il se tient près de moi, cherchant sans doute à éviter que je prenne la fuite en le volant.

— "Allô, j'appelle pour l'annonce..."

C'est un homme à la voix un peu aiguë qui me répond. Oui, la chambre est encore disponible; l'annonce venait d'être posée à midi. J'étais la première. Par contre, impossible de visiter aujourd'hui. Ils pensaient que ça prendrait quelques jours, du coup ça n'est possible qu'après-demain. J'insiste un peu, pour voir si c'est vraiment le cas, mais effectivement: rien d'ici après-demain. Par contre, comme j'ai l'air intéressée, il me promet que je serai prioritaire si ça me convient. Ok. Je tends le téléphone à l'étudiant. — "Tu vois, c'était la vérité. Merci". Étonnamment, lui aussi me dit "Merci", en récupérant son bien. Ah, l'on s'attache à ces petites choses...

En me redirigeant vers le centre-ville, je me demandais bien comment j'allais passer la nuit. Dépenser tout du peu que j'avais pour dormir à l'hôtel ce soir ne me plaisait pas tant que ça, mais je ne voyais pas beaucoup d'autres options. Du reste, je n'eus pas beaucoup de temps pour y réfléchir, car déjà l'heure approchait, aussi je m'avançais à grands pas pour retourner à la pizzeria, et en espérant que l'offre tînt toujours. L'homme aux cheveux poivre et sel me confia à nouveau le tablier. Ce fut reparti. Au moins, ce soir-là, nous étions trois serveurs pour gérer l'afflux de touristes.

*

Il est déjà 22 heures. Personne d'autre ne viendra ce soir. Le rythme avait été incessant au début, puis par petites vagues, puis ces longues pauses au comptoir. Finalement, le gérant nous avait proposé un verre avant que chacun ne rentre chez soi. Pas d'alcool pour moi — je ne bois pas — donc il m'avait donné un café. C'était la première chose que j'absorbais de la journée entière. En portant la tasse brûlante aux lèvres, je pensai avec un sourire que si j'avais eu un complice pour prendre une photo, j'aurais peut-être pu accepter le verre d'alcool. Il se serait retrouvé avec le problème d'avoir servi une mineure. Ça devait bien valoir quelque chose, que d'éviter de tels ennuis... En même temps, j'appréciais qu'il m'ait donné une chance aujourd'hui, donc je n'allais peut-être pas lui faire ce coup-là.

Le ton amer du café me rappelait que j'avais faim, et que je n'avais toujours pas d'endroit où dormir cette nuit. — Si je voulais rejoindre le quartier de la gare, là où se trouvaient les hôtels miteux, ceux qui seraient certainement les moins chers de la ville, il fallait que je me mette en route.

— "Au revoir, à demain."

J'aurai donc au moins une raison de me lever le lendemain: j'avais un job.

Le long des rues et des allées, je croisais des fêtards qui se rendaient en boîte. Je n'avais plus d'énergie pour danser, et j'aurais fini par m'évanouir avant de trouver un compagnon qui me loge chez lui pour la nuit, alors cette option était déjà exclue... À pas rapides, je continuai dans la direction de la gare, sans prêter oreille à un passant éméché qui me lançait une remarque déplacée. J'avais peur que là-bas, à côté des hôtels de passe, j'allais devoir en entendre des pires, de la part d'ivrognes plus dangereux. — Mais au lieu d'y penser, à nouveau le fumet délicat d'un repas chaud me parvint aux narines, et m'embrumait le cerveau. D'où cela venait-il?

Au bout de la rue, un fast-food avec l'enseigne du "M" doré.

Dans une ruelle à l'arrière, étroite et sale, je vois les grandes poubelles qui viennent des cuisines. Il n'y a personne et il commence à faire sombre. Je pense que je peux y aller sans me faire repérer. Faire les poubelles à 17 ans... À vrai-dire je n'y réfléchis pas tant — je veux juste pouvoir manger quelque chose histoire de tenir un jour de plus. La poubelle est énorme. Je repousse le lourd couvercle et jette un coup d'œil. L'odeur est mauvaise, mais pas vraiment pire que le reste des recoins de la ruelle — ce n'est sans doute que le fond qui, à force de ne pouvoir être entièrement vidé, mijote et fait éclore de longs mélanges. Par contre, en surface, les grands sacs plastiques blancs sont bien fermés et pas vraiment tachés. J'en remarque un qui contient des emballages de sandwichs. Avec les ongles, je perce un trou dans le plastique et y plonge la main. C'est assez incroyable, je trouve assez facilement ce qui ressemble à deux burgers entiers et en bon état. Et une poignée de frites molles.

— "La pêche est bonne?"

Je manque tomber dans la grande poubelle tant je sursaute. — Je me retourne, déjà prête à fuir si c'est un employé qui allait me faire la leçon sur les règles débiles de l'enseigne pour maximiser le gâchis... Mais non, c'est quelqu'un d'autre. Un punk maigre et qui a l'air aussi mal en point que moi. Il a le regard à moitié dans le vide. Il est perché mais semble bienveillant.

Il remarque les petits cartons dans mes mains. En guise de réponse, je lui en tends un. Mais lui, d'un geste habile trahissant l'habitude, se hisse sur le rebord de la grande poubelle et fouille le sac que j'avais percé pour en soutirer de nouveaux secrets. Rapidement, lui aussi héritait de deux burgers entiers, et d'un autre à peine entamé. Puis il m'invite à nous déplacer un peu plus loin, là où la ruelle devient encore plus étroite et rejoint un espace caché entre un muret et une sorte de terrain vague.

— "Fais juste gaffe qu'on ne voie pas, sinon ils vont faire comme les autres Macs, et asperger leurs burgers d'eau de javel avant de les jeter", me prévient-il.

— "Ils font ça?!"

— "Tout plutôt que de donner aux pauvres."

Nous nous accroupissons contre le muret et dînons ainsi, en silence. La rencontre est étrangement sympathique. Que c'est agréable malgré tout de partager un repas à deux... Même ainsi, sur le sol sale et dans la pénombre. Entre deux bouchées, je l'observe. Il est grand, les cheveux rasés d'un côté et encore assez courts de l'autre. Je pense qu'il est brun, mais c'est difficile à dire, comme le côté avec des cheveux est teinté en rose et en bleu. À l'une des oreilles, un bijou scintille. Ses joues sont assez creuses, mais ce n'est pas vraiment une maigreur; juste un visage très particulier. Ses habits — veste en cuir, jeans — sont abîmés, mais il n'est pas sale et ne sent pas mauvais. C'est un homme qui a un toit — impossible qu'il soit SDF.

Nous sympathisons. Je me confie un peu à lui, tout en restant sur mes gardes. Je lui laisse comprendre que je cherche un endroit pour la nuit, mais sans lui révéler que je n'ai pas d'autres options. En fait, rapidement de lui-même, il m'invite à rejoindre son groupe dans un squat sur la Presqu'Île.

Je ne décèle pas d'intention cachée dans sa proposition. Je crois qu'il se sent seul. Il a dû ressentir la même chose que moi, à partager par hasard son repas avec une inconnue. L'homme reste un animal social... Alors j'hésite, réalisant qu'après tout je risquais presque autant en me dirigeant vers les hôtels de la gare qu'en suivant le punk inconnu. Je décidai de poser la question qui me ferait pencher pour une option ou l'autre:

— "Il y a une douche?"

Il rit. C'est amusant: je ris aussi. Le courant passe, en tout cas.

— "Bien sûr. Il y a même une baignoire. On a l'eau et l'électricité. Rien n'a été coupé. C'est un appartement secondaire, le propriétaire n'est encore jamais venu. "

Je décide de le suivre.

*

Minuit. — Je suis allongée dans la baignoire. L'eau est si chaude qu'à chaque mouvement, elle vient brûler le pli de l'articulation qui a bougé. C'est tellement relaxant — c'était seulement à ce moment-là, sans plus bouger, que je m'étais aperçue d'à quel point mes muscles étaient endoloris. Toute la marche de la journée, les deux services, l'aller-retour vers la faculté... J'avais tout vécu dans l'instant. Et là encore, je sentais que mon cerveau se voilait déjà un peu, et que je ne pourrais pas vraiment penser au futur si je l'avais voulu. Si j'arrive déjà à manger, à dormir, et à gagner quelques euros pendant plusieurs jours de suite, alors c'était déjà parfait pour un nouveau départ dans celle ville inconnue.

L'appartement squatté était simple mais m'avait semblé luxueux. Ils y vivaient à quatre. Il y avait l'homme que j'avais rencontré, qui s'appelait Cris. Il y avait aussi un couple, Jo et Véga, et pour eux aussi l'adjectif "punk" convenait. Je ne les avais qu'entre-aperçus par l'entrebâillement de leur chambre. Elle avait les cheveux teints en rose fluo et des piercings sur tout le visage. Le dernier colocataire, lui, avait un style un peu différent. Thomas. Il avait le crâne rasé, portait un treillis militaire et le tee-short noir de ce qui devait être un groupe de musique extrême. Il m'avait également paru étonnamment musclé; ce type-là, d'une manière ou d'une autre, ne devait pas être porté sur la bière mais plutôt sur des exercices incessants pour se tailler le corps — ou alors il avait un gène d'athlète que pourraient lui envier les bodybuilers. Taciturne et très impressionnant.

Je restais dans l'eau jusqu'à ce que soudain elle me parût froide. Impossible de savoir combien de temps le moment plaisant avait réellement duré; je n'avais pas de montre non plus. Là, sur le sol de la salle de bains, le sac qui ne me quittait plus contenait toutes mes possessions. Quelques habits, quelques produits de toilette, quelques papiers, des objets divers... Vraiment peu de choses, juste le nécessaire. Je ne voulais pas penser non plus aux événements qui m'avaient conduit jusqu'ici. Ça n'en valait plus la peine. Si je commençais à m'apitoyer sur mon sort, j'allais me mettre à pleurer, je n'allais plus pouvoir rien faire, et je n'aurais plus accès à toute cette énergie qui m'avait fait survivre aujourd'hui.

Je regardais le bout de mes doigts — ils s'étaient ridés dans l'eau. Il paraît que ceux des morts ne fripent plus, pensai-je.

Pas de séchoir à cheveux dans la salle de bains. Par curiosité, je fouillai chaque tiroir. Produits ménagers, quelques serviettes, un gros sac de nourriture pour chien — pourtant je n'avais pas vu d'animal? — et puis aussi une trousse de toilette qui devait appartenir à Véga, puisque j'y trouvais son maquillage. Dans une étagère amovible, je découvris quelques boîtes de médicaments. Du tylénol, de l'ibuprofène, quelques bandages... du mercurochrome et de la ouate... et — tiens — des plaquettes de Prozac. Il n'en restait pas beaucoup. J'empruntai un bandage et quelques pilules d'ibuprofène, juste assez pour que ça ne se remarque pas. Au cas où. — Tenue de nuit — brossage de dents — la longue journée est finie...

Je rejoins le salon. C'était là, dans un recoin de la pièce, que Cris m'avait installé un sac de couchage. Il y avait une sorte de drap en-dessous, mais à part celui-ci ce serait à même le sol. Il y avait un coussin. En remettant mes affaires dans l'ordre, j'adaptais mon petit sac de voyage pour que celui-ci me serve d'oreiller. Comme ça, impossible de me le voler durant le sommeil. Précaution sûrement inutile, mais on prend vite certaines habitudes. Le coussin, lui, je le prendrai dans les bras; et ainsi, j'aurai l'impression de ne pas être si seule.

...si seule.

Les yeux qui se ferment... — aussitôt, le Sommeil.

(à suivre)

1 Commentaire


Commentaires recommandés

Style clair et limpide! Pffou, ça repose après le smartphone et the message in the bottle!

Je ne sais pas où va m'emmener Florence, mais elle, j'ai bien envie de la suivre.

Merci!

  • Waouh 1
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Invité
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