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Le retour de la Sainte-Vehme.

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30 octobre 2016. Ce dimanche au matin, la petite dame qui sort de la seconde tour de l'immeuble s'étonne; l'attroupement au milieu de la cité ne ressemble pas à ceux de d'habitude. Au lieu d'un groupe de jeunes au milieu du parc, et de quelques silhouettes familières vers la dernière tour de l'ensemble (peut-être pour le chouf, mais elle n'avait rien envie de savoir de tout ça), les gens ont l'air tendus, l'atmosphère électrique. Là-bas, ce sont plusieurs habitants du quartier — il y a François l'ouvrier, Mourad le boulanger, quelques jeunes, seulement des hommes. On fait signe à la dame de ne pas s'approcher. Ils attendent la police, que pourtant ils détestent. Devant eux, un drap. La silhouette d'un corps; une longue trace de sang n'est pas tout à fait couverte, et l'on devine à son tracé la puissance de l'impact: une ligne presque droite, et quelques morceaux de crâne et de cervelle le long de plusieurs mètres. —

Tout au long de la journée, la nouvelle fait le tour du quartier: on a tué Jawad. — D'aucuns soupçonnent un règlement de comptes, car Jawad tenait une position importante dans le business, pas seulement dans la cité, mais dans tout le département. Il avait des connections en Espagne et au Maroc, il avait des voitures, des moyens; et contrairement au soldat de base qui dépensait toute sa paye en une nuit de fête à Paris, il savait rester discret. Il était rangé, rêvait de faire le hajj. C'est le modus operandi qui étonnait: les factions rivales ciblent généralement des profils plus bas dans l'échelon, viennent à deux et repartent en scooter. Là, ç'avait été du 5.56 venant d'un sniper, un tireur d'élite. Est-ce que c'était le gouvernement? M., le grand frère conspirationniste, en était convaincu; Jawad avait fait du business avec le fils d'une famille du XVIe, un juif influent, qui avait forcément commandité l'attaque. D'autres pensaient qu'il avait du mettre le nez dans une affaire terroriste — et il n'était alors pas clair s'il s'était agi d'un coup préemptif de la DGSI ou de combattants revenus de Syrie. On avait fait la janaza, maintenant tout le monde commérait.

C'est plus tard dans la journée qu'un élément étrange est sorti. Plusieurs policiers vivaient (très discrètement) dans l'ensemble immobilier, des informations avaient filtrées, répétées de différentes manières à différentes portes. Le seul indice: on avait retrouvé une feuille de papier portant la mention: "Jawad A. — a été exécuté par la S∴V∴ — L'heure du Grand Réveil est venue. Nous sommes partout. Nous vous surveillons. Nous vous connaissons. Nous vous jugerons" - La note est surmontée d'une fylfot.

— Les journaux mentionneront peut-être ce fait divers dans l'édition de demain; il est plus que probable qu'ils ne le fassent pas. Car c'est le grand cauchemar de beaucoup, ici en France, et là en Allemagne: que ces groupes apparus dès le XIIIe siècle et qui n'avaient jamais totalement disparus — pas même après la défaite du nazisme, lorsque les milices Wehrwolf hantaient les campagnes en 1946, en 1948 — mais pourtant ensommeillés (depuis les révoltes sociales de la fin des années 60), se réveillent enfin. La dernière génération n'a pas connu la légende des Légions Noires; celle qui se chuchotaient autrefois dans les fermes de l'Est, autour du feu, tard dans la nuit. — Entendez! Bientôt, tout le monde la connaîtra.




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