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Opération DOLMEN. (3)

Criterium

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Partie 1Partie 2

Le monde de la nuit est fascinant. C'est là, sous les lumières colorées des néons et dans les bruits de fête, que se regroupent les citadins. Tous les groupes sociaux sont représentés; parfois dans des lieux différents mais beaucoup plus proches que certains ne le croient — les passerelles y sont étonnantes. Mais d'autres groupes, plus discrets, y ont également leurs habitudes. Qui eut crû que l'on puisse y croiser D∴K∴ ou encore C∴H∴ bien plus facilement qu'il serait attendu d'hommes revêtus de telles fonctions? À côté de ces frères trois-points et de leurs amis politiques, on retrouve des représentants de la pègre plus présentables que leurs associés habituels, des fêtards accros à la nuit, des chômeurs échoués là par hasard, les fils de certains notaires, des jeunes de banlieue, des musiciens vagabonds, des bateleurs de toutes sortes. Il en va ainsi du club oriental "Les Palmes", faisant à la fois bar-restaurant et dancing, placé non loin d'autres établissements tout aussi éclectiquement fréquentés. Dans la cohue, on ne remarque pas toujours que ces groupes ne se mélangent pas forcément tout à fait; seules certaines personnes y sont particulièrement mobiles. Certains de ceux-là sont des aventuriers, des ésotéristes, parfois des petites frappes et parfois des agents. Enfin, la différence est parfois ténue...: de temps en temps, quelqu'un fait partie de chacune de ces catégories à la fois.

— Dans un carré au fond de l'établissement, les lumières tamisées colorent la table de tons rougeoyants. Trois jeunes étudiantes y discutent avec un groupe de quatre hommes; il y a là Henri, un associé de M. Renaudin; deux membres d'un certain bureau politique (M. Pont et M. Règne); et un neveu de Mme Zaepffel, dont tout le monde semble savoir qu'il travaille dans le monde de l'art sans que personne ne sache exactement ce qu'il y fait. Derrière les aspects de conversations anodines, parfois enjouées — M. Pont, à son habitude, redouble de séduction avec la plus jeune des étudiantes, une charmante brune à la voix grave — se joue une autre discussion, comme sur un niveau superposé. Allusions à des faits que seuls les avertis reconnaîtront (..."la dernière blague de Tarbache"...), à des personnes qu'il faut avoir rencontré (..."le double-G"...) — langage parfois imagé... Qui saurait par exemple que certains opposants de M. Bismuth l'appellent le "métalleux"? Plus étonnant encore: le surnom de François Hollande n'y est pas "Flamby" mais "Inflexibulus" — et la plupart des gens ne sauront jamais pourquoi. Tout comme l'on ne saura sans doute pas pourquoi le dernier journaliste d'investigation à avoir franchi certaines limites a recueilli une ITT de 3 mois et demi (et le vigile, étonnamment, n'a ni pris 2 mois, ni payé 30000€).

Il y a d'autres choses qui sont fascinantes dans ces aventures nocturnes. Oh, nous pourrions parler des petits travers de tout un chacun; sans doute y aurait-il quelques volumes à remplir (et certains y documentent évidemment leurs fiches de bristol) — mais pourquoi se laisser hypnotiser par le vice? D'autres aspects sont beaucoup plus intéressants pour quelqu'un de ma profession. Par exemple, l'on serait susceptible de s'attendre à ce que chaque matin, après la visite du technicien de surface, un autre technicien y fasse une ronde avec un oscilloscope et un détecteur à jonction non-linéaire... Cela se passe bien comme cela dans certains bureaux sensibles, et pas seulement gouvernementaux. Pourtant, aucune de ces mesures d'OPSEC. Ce qui n'aurait de toute façon pas vraiment marché dans cet endroit, étant donné qu'un esprit bien-intentionné avait coulé des diodes dans le béton... J'aurais bien aimé savoir qui avait eu cette idée: un maître du chantier, ou une visite nocturne à l'improviste pour améliorer les agrégats? La fondation du bâtiment remonte à 1976...

Parmi le fonds Tarbache, un document très intéressant à propos des "Palmes": – dans un tableau compliqué, une liste de fréquences et de descriptions à demi-chiffrées pour en déterminer la localisation GPS et visuelle. Quelques composants passifs ont dû être plantés çà et là par l'une des officines politiques, sans qu'il ne soit bien clair de laquelle il s'agisse. J'avais des soupçons sur la droite de la droite; mais nous sommes au XXIe siècle et les notions de gauche et de droite n'ont jamais semblé aussi arbitraires. À ce point-ci, n'importe qui aurait pu faire le coup, et il n'y avait pas forcément de lien avec ceux qui avaient "préparé" le bâtiment il y a quarante ans.

J'écoute la radio dans une Passat CC noire, garée devant le "Tashi Delek", un salon de thé où l'on fume aussi le narguilé, fréquenté par les étudiants. Nous ne sommes qu'à 200 mètres des "Palmes". Tout à l'heure, j'y ai siroté un cocktail et eu une plaisante conversation avec une noctambule. Elle devait avoir la quarantaine, le caractère toujours enclin à la fête; elle voulait que je lui paye un verre. C'était avec plaisir — dans ma poche, un émetteur 'excitait' l'un de ces dispositifs passifs, sur une fréquence bien précise, démodulait le retour et transmettait directement l'audio sur un minuscule dictaphone. C'était que je ne voulais pas perdre l'occasion de moi aussi recevoir quelques nouvelles des discussions à niveaux multiples qu'avaient M. Pont, M. Règne, mon nouvel ami Henri, et le mystérieux neveu Z. – J'étais ressorti avec un flirt (elle avait insisté pour que je l'appelle dans la soirée) et à peu près 55 minutes de musique à ré-écouter. Je regardais d'un œil distrait les va-et-vient des fumeurs devant le salon de thé, pendant que le dictaphone USB me rejouait la conversation. À vrai-dire, la majorité de ces nouvelles n'étaient pas franchement fascinantes. Ce n'est pas tous les jours que des allusions particulièrement intéressantes adviennent. Toutefois, au vu de l'activité du cabinet du métalleux — l'épisode de la 404 me restait vif en mémoire — je ne pouvais pas imaginer qu'il n'y eut des échos chez les concurrents.

— "Oui, et je connaissais un gars... chez la Cégépem, qui..."

— "Est-ce que tu as vu là-bas? On dirait que N. revoit son vieil associé!"

— "...il revenait voir le directeur et lui a dit comme ça: fais chier, c'est le tour de..."

— "La vodka à la fraise, c'est dégueulasse".

— "...et là Nicolas vient me voir et me dit: tu te rends compte, ça..."

— "Je suis d'accord. Tiens? Tu sais qui c'est?"

— "...hahaha!" (éclats de rire)

— "M. m'a donné un joli cadeau..."

...M.! Le contexte était tout à fait clair: il avait joué double-jeu. J'aurais dû m'en apercevoir plus tôt. J'avais bien envie d'aller, moi aussi, fumer le narguilé pour re-considérer l'affaire sous plusieurs angles dans le calme. M... Je ne me serais pourtant pas douté qu'il travaillait (indirectement) pour Manuel Valls.


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