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La relique. (1)

Criterium

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Le brouhaha des rues de Manhattan, New York, nous parvient jusqu'ici, au balcon du dixième étage. C'est le mélange de bruits de voitures, des foules de passants, et des sirènes de polices... le bruit de fond si typique de cette ville. Nous étions une quarantaine de personnes; la salle de réunion était à côté. Elle était discrète. Une salle parmi toutes les autres, appartenant aux innombrables sociétés ayant installé leurs locaux dans ce gratte-ciel — la moitié du dixième étage était aménagée de telles pièces. En temps normal, ce devait être l'une de ces meeting-rooms de la société attenante, peu utilisée, louée à l'occasion.

Je discute, flûte de champagne à la main, avec quelques autres participants du meeting. Nous parlons de choses et d'autres; parfois du thème de la rencontre — portant sur les récents développements des techniques de modification génétique des organismes non-modèles — mais le plus souvent de nos amis communs, de politique et d'anecdotes. Parfois de nos dernières lectures. Les groupes se mélangent, s'alternent, afin que chacun fasse connaissance avant la prochaine session de présentations. — Un homme noir, à l'air tout d'abord timide, élégamment vêtu, m'adresse la parole. Nous discutons. Il a suivi mes dernières recherches de loin, semble enchanté de me rencontrer pour la première fois. Sa veste chère, certains mots de vocabulaire... il évolue manifestement à la fois dans le monde de la recherche et celui du business — À un moment, nous parlons de voyages et machinalement, je lui demande s'il a appris le ge'ez.

— "Vous connaissez le ge'ez?". Il écarquille les yeux.

Il rit, s'étonne qu'un étranger rencontré à un meeting improbable de New York connaisse l'Éthiopie.

— "Ce pays est mentionné dans la Bible — Saba —, dans les vieux textes égyptiens... Le pays de Pount. La tribu perdue d'Israël", ajoute-t-il.

— "Faites-vous référence aux Beta Israël?"

— "Oui..." - il reprend, l'air professoral: "Certains de leurs secrets seraient perdus... mais je peux vous dire qu'ils survivent chez la dernière tribu, chez nous, en Éthiopie."

— "Ah bon?", fais-je, sentant qu'il voulait continuer.

— "...comme par exemple l'Arche d'Alliance."

J'étais estomaqué. Mon interlocuteur avait l'air sérieux. Je n'avais jusqu'alors jamais entendu parler de cette possibilité, et je ne savais pas si je devais en sourire — chaque pays possédant une histoire riche aime à se proclamer le détenteur de trésors perdus... J'étais resté assez silencieux, et il avait interprété cela comme une complicité secrète. Parfois, le meilleur mot de passe est l'absence de mot...

Plus tard, dans ma chambre d'hôtel, je lis et me documente. Il existe un texte épique africain, le Kebra Nagast — la "Gloire des Rois" — qui raconte comment la reine de Saba aurait rencontré Salomon, le roi d'Israël. De leur union naît un fils, Ménélik I. Celui-ci, le roi mythique du pays, aurait apporté l'Arche d'Alliance en Éthiopie, vers le IXe siècle avant J.C., laissant dans le Temple une copie. Selon les interprétations, cela aurait été fait soit pour protéger l'Arche à la suite d'une prophétie annonçant la destruction du Temple en 70; soit aurait été le premier élément d'une conspiration visant au contraire à sa destruction, la copie de l'Arche perdant évidemment son pouvoir de protection. De nos jours, le mythe a inspiré les profils les plus divers: le mouvement rastafari, les archéologues plus ou moins sérieux, voire les intrépides voyant en l'Arche un artefact extra-terrestre... Graham Hancock, par exemple, l'interprète non seulement comme le Graal mais également la véritable raison pour laquelle les Templiers auraient été persécutés. — La tête me tourne. Les vitres épaisses de la chambre l'insonorisent, dans la pièce flotte une sensation étrange de silence et d'étouffement: aucun son ne parvient du couloir ou des chambres attenantes. Il est déjà tard. La lumière au ton orangé, artificiel, au bord du lit, semble irréelle, donne à l'endroit l'impression d'être infiniment éloigné de toute civilisation. Une question me revient sans cesse: Et si c'était vrai?

— Au départ de New York, en avion, il faut faire une escale à Dubaï pour arriver à Addis-Ababa, la "Nouvelle Fleur", capitale de l'Éthiopie. Après la longue file d'attente à JFK, et plus d'une dizaine d'heures de vol, j'ai la sensation que mes jambes sont momifiées. L'aéroport à Dubaï est immense. Il y a du monde partout. Pas seulement des princes et des femmes en abaya, comme certains l'imaginent; beaucoup de touristes, de familles venant du Maghreb, d'Inde, du Pakistan, d'Occident. Les groupes s'affairent dans tous les sens, c'est une véritable fourmilière. En période de hajj, l'agitation doit être déroutante... Il y a un hôtel dans l'aéroport lui-même, mais c'est un cinq-étoiles, fréquenté par des princes et des businessmen étrangers, lorsqu'ils ne vont pas directement à Burj-al-Arab à Jumeirah. Je me contente d'une chambre modeste à proximité de l'aéroport.

Le lendemain, j'atterris à l'aéroport de Bole, au sud de la ville. Les formalités sont rapides. Bientôt, un taxi bleu et blanc m'emmène vers le district d'Addis Ketema.




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