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Sous-sol VII

Circeenne

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Petrov ordonna d’appeler une ambulance. Je parlais en même temps que lui pour dire d’éviter de marcher tout près du corps afin de relever d’éventuelles empreintes. Personne ne tint compte de ma suggestion ou presque. Les soldats commençaient à regarder divers éléments dans et autour du véhicule. Sarah était partie avec deux hommes vers la forêt d’où nous étions venus. Ils ne remarquèrent aucunes traces autres que celles que nous avions faites en venant. À leur retour, un violent éclair projeta furtivement sur nous une lumière bleu électrique, suivi d’un tonnerre assourdissant qui déchira le ciel d’où se déversait avec une force cataclysmique, une eau froide et vive. L’eau ruisselait sur nos visages et eut tôt fait de nous tremper en peu de temps. Le sol devenait de plus en plus visqueux et une odeur désagréable me vint de je ne sais où. Cependant, je m’approchais pour voir de plus près ce corps qui la bouche et la gorge ouvertes s’emplissaient d’eau, diluant le sang qui s’écoulait dans une rivière pourpre vers une plaque d’égout non loin. Je fis la remarque à Petrov que l’individu ayant commis cet acte ne pouvait pas venir de la forêt s’il n’y avait pas de traces. Je me basais certes sur de fugaces observations avant la pluie mais mon intuition émettait l’idée que le tueur aurait pu venir de la forêt par les galeries s’il connaissait l’endroit, et aurait donc pris une entrée extérieure. Au vu des usages de cet endroit, il me paraissait logique qu’il existât non pas une mais plusieurs issues de secours. L’individu aurait ainsi cheminé par le manoir depuis la forêt. De plus, la position du corps m’interpellait. Je continuais d’expliquer à Petrov le fait que ce jeune homme se trouvait à environ deux mètres de la portière côté conducteur, et que la radio diffusait encore sa mixtape qu’il écoutait faute de compagnie. Ce qui indiquait qu’il était sorti de la voiture à un moment donné, car comment égorger quelqu’un dans son siège sans qu’il ne se défende. Je fis remarquer que son arme était d’ailleurs dans son holster. Il avait été alors surpris. Et étant donné que la jeep était garée en bataille par rapport au bâtiment, il aurait donc vu venir une personne sortant du manoir. Car si le tueur était venu par le côté passager, il ne l’aurait certes pas vu mais aurait laissé des traces sur le sol. D’après Sarah, il n’y avait rien, ni pas ni pneus autres que ce qu’on a laissé. J’en déduisais alors que ce jeune soldat avait dû se rendre vers l’individu qu’il avait vu et engageait une conversation ou du moins c’est ce que laissait croire ce mégot de cigarette que l’on trouvait plus loin dans la pelouse. D’un geste, Petrov analysa le mégot et me regardait étrangement. Petrov me demandait alors d’expliquer comment ce soldat aurait pu se faire tuer sans se défendre. Je répondais qu’il devait connaître probablement la personne ou que celle-ci était d’apparence à faire confiance. Il me dévisageait d’un air très supérieur et en me présentant le mégot devant les yeux, ajouta : « ou alors c’est une femme. » Il y avait en effet du rouge à lèvres sur le filtre, le même que celui que je portais. Je ne savais pas quoi dire. C’était impossible qu’une femme vienne à bout d’un homme aussi grand et pesant au moins 90 kg.

Petrov demandait à chaque groupe qui s’était absenté plus d’une demi-heure. Dans celui de Sarah, ce fut un soldat qui éprouvait un besoin pressant mais il n’excéda pas une quinzaine de minutes en ayant stoppé le groupe qui l’attendait non loin de lui. Dans celui de Petrov, aucune personne ne portait du rouge à lèvres et ne s’était absentée. Dans le mien, c’était moi. Je m’étais absentée pour observer des arbres et avais bifurqué vers le bunker où j’avais appelé Petrov. Celui-ci me demandait alors de bien vouloir procéder à une analyse comparative dès notre retour, chose à quoi je ne m’opposais pas bien que je fusse très amère d’être suspectée. En attendant l’ambulance qui arrivait, je demandais à Petrov de pouvoir aller photographier quelques éléments à l’intérieur et prélever du sang séché que nous avions précédemment vu. Je m’y rendis sous bonne escorte. Entre-temps, nous recevions un appel radio nous indiquant que les tests ADN corroboraient. La victime était bien Romain.

De retour, je fus conduite au centre de détention provisoire de la police militaire qui m’interrogea pendant des heures durant et préleva ma salive. On me mit la pression sans rien lâchée et je me sentais coupable malgré moi. On me posait un tas de questions, sur mon enfance, mon célibat, mon chat… mais aussi sur le document que j’avais découvert. J’étais contrainte de collaborer pour éviter davantage de soupçons. Je le leur ai donc remis sans qu’il me fût donné de justification en lien avec la mort du jeune homme. Trois jours plus tard, on confirma, l’ADN était bien masculin. L’individu avait ainsi voulu brouiller les pistes. Petrov était venu s’excuser mais je me montrais compréhensive. J’expliquais que cela devait être planifié et que le meurtrier pouvait savoir qu’il y avait des femmes qui enquêtaient ici. Il devait être parmi nous, en ces murs. Petrov n’était pas d’accord. Il connaissait les gens de cette base mieux que quiconque mais il n’excluait pas l’idée. Il me fit remarquer que l’individu aurait bien pu fausser l’enquête sans savoir que Sarah et moi étions présentes. En effet, cela faisait sens. Reste à savoir si ce meurtre est en lien avec celui de Romain et si le meurtrier était là, tapis dans l'ombre.

Sans tarder vers 17 h 30, je me rendis au complexe hospitalier de la base pour connaître les causes et circonstances de la mort de Romain. Le médecin m’expliquait qu'il était difficile d'établir un constat objectif tant le corps avait été altéré par le temps mais il semblait être persuadé que la mort avait été provoquée par une importante perte de sang liée à une saignée. Mais nous n’avions pas trouvé près du corps une flaque séchée ou une marque évoquant ce que j’ai pu voir pour le soldat. Il avait été donc tué ailleurs. Sûrement l’endroit où Sarah avait vu une tache de sang. Le médecin m'indiquait encore qu'il manquait des organes, le coeur, un rein, les yeux et la langue et les testicules. L'ablation était précise selon lui et n'avait pas laissé de marque sur la charpente osseuse. L'expérience d'une personne qui était savante. Je le remerciais et m'en allait voir Petrov.


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1 Commentaire


Voilà qui répond ma question sur l'autre billet (si la victime était bien Romain...) :)

Chère Agathe, tu n'aurais pas dû parler du document à Petrov. À mon avis il est bizarre!

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