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Les nuits d'été.


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La nuit était venue, et avec elle le vent avait redoublé; il s'engouffrait par la fenêtre dans la chambre. Les murs ne portaient qu'un petit miroir et une main de Fatima; le lit était défait, l'épaisse couette en désordre. Sous le bureau, un capharnaüm d'objets en tout genre, autant des livres et du matériel scolaire qu'un ensemble de crayons, stylos, fusains, pinceaux; dans une petite boîte de carton, des classeurs abritaient mes vieux dessins: calligraphies, animaux... Le vent agitait les papiers, il ne fallait pas que ce bruissement continue longtemps: d'un coup sec d'épaule, je me hissai sur le rebord de la fenêtre, la refermai presque entièrement - la bloquant avec un petit caillou que je gardais précisément pour cette raison. Il s'agissait alors de se glisser légèrement sur le toit en diagonale, avant d'atteindre l'endroit où la gouttière et un arbuste permettaient de descendre de l'étage et d'arriver dans le jardin, sur le côté. En chaussette et avec la bonne technique, tout cela se faisait en un instant et en silence.

Un pan de la maison était bordé par les bois, dans lesquels je me faufilais aussitôt. La terre étouffait le bruit de mes pas, et je n'entendais que le bruissement des feuilles, de temps en temps, lorsqu'une rafale agitait les branches. Les troncs étaient espacés, mais les grandes racines des arbres fournissaient de bons supports pour parcourir le terrain tout en montée - il y avait un endroit où il fallait se hisser en s'aidant d'un arbre, puis la pente s'amenuisait et l'on arrivait alors à une clairière au sommet de la colline. Tout ce chemin était accompagné d'une odeur de terre mouillée et de champignon; dans l'obscurité, les autres sens prenaient vite plus de vie, une nouvelle présence. Depuis la clairière, j'aimais à regarder un instant les étoiles; derrière moi on ne voyait plus la maison, cachée par-delà la forêt. Il y avait encore un petit espace à parcourir et l'on arrivait devant mon amphithéâtre de la Nuit: un grand contre-bas, les vieilles carrières! — Une partie de la fosse était désormais remplie par un lac; ici, lors de ces nuits d'été, l'on entendait le coassement des grenouilles et les stridulations des insectes nocturnes. Il y avait un endroit avec quelques roches recouvertes de mousse; je m'y assis, comme les autres fois. La brise et la pénombre étaient mes seuls compagnons. Mes seuls amis.

— Je ne pouvais plus dormir chez moi; la demeure familiale m'étouffait; l'insomnie m'avait déjà dévorée - alors je passais ces longues nuits sans sommeil dans la pénombre de cette clairière là-haut dans les bois. Chaque heure passait et se confondait l'une avec l'autre, de longues heures à laisser le fil des pensées se dérouler indéfiniment; ma liberté nocturne... ; je les laissais venir et les laissais aller, une par une, comme les bruissements qui m'entouraient. Souvent elles revenaient à cette question constante — pourquoi possédais-je corps et conscience; pourquoi ce corps, pourquoi cette conscience? Pourquoi étais-je cette partie d'un Tout? – C'était illogique; alors je me confirmais de plus en plus dans cette constatation qu'il ne s'était jamais agi là d'un choix, que ça ne pouvait être qu'une allocation. J'étais cette goutte dans l'océan; j'avais un rôle, mash'allah.

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