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Le renoncement au pouvoir


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Les personnes en situation de pouvoir ont une tendance spontanée à valider leur propre pouvoir. En effet, le fait qu'ils aient le pouvoir leur permet de le faire, et s'ils ne le font pas, ils s'exposent à leur remise en question.

Une raison de la peur du renoncement au pouvoir est que si quelqu'un a eu le pouvoir sans que cela soit légitime, cette personne a eu tort et il est possible que les gens veuillent punir cela. En effet, le pouvoir est la remise en question de la liberté d'autrui. Quand cette liberté est restaurée, cela peut être suivi par l'expression de la frustration. Si la personne soumise avait un désir vengeance qui n'était arrêté que par l'inhibition face au pouvoir, qu'est-ce qui pourrait arrêter cela une fois l'inhibition levée ?

Malgré tout, une des forces qui s'opposent à cette violence est l'éducation. Nous sommes en effet conditionnés pendant notre enfance à réprimer notre violence physique. A moins qu'il y ait une perte complète de repères parentaux, le comportement des personnes a peu de chances de changer du tout au tout. Cette stabilité peut expliquer en partie qu'on ait un tel attachement à l'autorité parentale bien après l'enfance et qu'on trouve un tel consensus au sujet de la nécessité de l'éducation ou bien d'avoir des principes. On compte sur le contrôle des gens par eux-mêmes.

Il y a donc en fait peu de danger dans l'action de renoncer au pouvoir. Bien entendu, le plus autoritaire une personne a été, le plus de précaution est nécessaire lors de la renonciation pour avoir une transition sans trop de chamboulement. Il y a cela dit de nombreux chemins.

Un autre obstacle au renoncement est la dépendance à la guidance. Paradoxalement, certaines personnes demandent à ce qu'on leur donne un cadre alors pourtant qu'elles souhaitent leur liberté. Il peut donc y avoir une pression sociale à continuer les rôles de pouvoir. Cependant, si le renoncement au pouvoir est suffisamment clair, les personnes comprennent. Une partie des complications vient de la difficulté à renoncer avec clarté. Une fois ce pas franchi, autrui est peu enclin à exiger de façon véhémente de nous notre guidance.

Une autre peur de renoncer est l'absence de confiance en autrui. En effet, si l'on croit qu'autrui est fondamentalement dangereux, alors contrôler les autres est nécessaire pour notre sécurité. Dans une tel contexte, ce n'est pas tant la transition vers l'absence de pouvoir qui fait peur que la réalisation de la liberté d'autrui.

Un facteur important dans le comportement d'autrui est la question de savoir s'ils nous jugent ou s'ils ont du respect. En effet, quand on divise le monde en deux, avec d'un coté les bons et de l'autre les méchants, on peut s'attendre à ce que cela influence les actions. On imagine qu'on va avoir du soins pour les bons et pas de soin du tout pour les autres, voire qu'on défoule l'agressivité sur eux. En particulier, utiliser autrui comme bouc émissaire est plus facile quand on n'a pas de respect. Je dirais même que le respect empêche l'utilisation comme bouc émissaire.

La principale chose qui protège face au manque de respect est la loi humaine. Quand bien même on méprise complètement quelqu'un, on ne veut pas aller en prison pour autant. Dans le cas du travail, qui n'est pas exactement la question légale mais est très lié, on risque de perdre son travail et donc dans un tel cadre on fait attention d'avoir un comportement légal au moins en surface. Il y a donc une déontologie de base qui en découle. Cela nous protège dans la plupart des cas, à l'exception de cas extrêmes d'instabilité émotionnelle où les gens agissent parfois contre leur propre intérêt. La loi humaine est une tradition qui évolue avec le temps et que les gens remettent rarement en question. L'exception est la désobéissance civile qui parfois fait jurisprudence.

Cela dit, les cadres légaux et les contraintes provenant de l'éducation ont un effet de modération qui est seulement de surface. Même la politesse n'empêche pas complètement l'agressivité psychologique. Obtenir le respect permet d'éviter cette malveillance psychologique, parce qu'alors autrui a vraiment une attitude positive envers nous, même si cela ne va pas toujours jusqu'à la bienveillance.

Or le pouvoir donne le respect, parce que les gens ont peur d'être punis s'ils manquent de respect. Mais tragiquement, le pouvoir est un manque de respect d'autrui et avec lui, on obtient une apparence de respect qui est en réalité une forme de soumission. Un respect profond n'est pas basé sur la peur. Et le respect mutuel non plus. La soumission par la peur disparait dès que la peur disparait. D'où la recherche désespérée de pouvoir et d'intimidation quand on imagine qu'une telle stratégie donne le respect.

Le renoncement au pouvoir et aux tensions qui en découlent repose donc sur notre capacité à entretenir le respect mutuel par des moyens non-violents.

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