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La pêche aux idées

Jedino

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- Ca mord, chez toi ?

- Ah non ! C'est mort de chez mort.

- On doit pas avoir de bol, aujourd'hui. Tu te souviens, l'autre jour, quand tu as eu la Peur ? J'ai bien cru qu'il allait nous sauter dessus. Féroce, la bête !

- Ouai, je me souviens très bien. Paraît que quelqu'un a déjà chopé la Liberté. T'imagines ?! Mais j'y crois pas franchement.

- Raconte pas n'importe quoi ! T'as vu le mec tout comme moi, quand il s'est pointé dans le village. Un foutu chanceux, moi j'te l'dis !

- Ouai.

Ils continuent dans cette ambiance de camaraderie. Se pointe alors le troisième.

- Salut les mecs !

- Salut ! T'as pris quoi comme hameçon, toi ?

- Alors ça ! Vous n'allez pas y croire. Vraiment ! J'ai du lourd. Du très, très lourd. Si j'ne rentre pas avec la Patience ce soir, je suis bon pour arrêter ! C'est que je suis mauvais, foutrement mauvais.

- Arrête donc ton suspens !

- Attendez, je vous sors ça. C'est bien mieux sous les yeux.

Il s'installe à la droite des deux autres. Il sort ensuite une boîte de son sac, boîte qu'il ouvre et qu'il tourne en direction de ses amis.

- Ma parole !

- Bonté divine !

- Eh ouai ! Je vous avais prévenu.

- Mon Dieu, tu sors ça d'où ? Admets-le, tu l'as fauché !

- Même pas ! Je l'ai hérité. Un parent éloigné qu'est mort, apparemment. J'ai reçu ça par colis, ce matin.

- Divine bonté ! Installe-toi, vite ! Faut qu'on voit ça en action.

Et il lance effectivement sa canne à pêche au loin, dans l'étendue noire de la Connaissance, nom du lac dans lequel nage tout ce qui se sait ou se ressent. Si ces savoirs ne peuvent s'échapper du lac, l'intrusion d'une canne crée une opportunité de sortie à ces choses, choses dont l'aspect change selon sa nature : avec l'évolution, les plus terribles cherchent à se faire discrètes et se confondent parfaitement avec la couleur du lac, tandis que les meilleures sont d'une éclatante blancheur. Parfois, elles se font visibles à travers le milieu aqueux dans lequel elles se déplacent. Mais l'essentiel de ces choses sont d'un gris banal, synonyme d'aucune anecdote à conter par la suite.

L'Espoir attend sagement au gré des vaguelettes. Tous les trois observent ce qu'ils espèrent qu'il va se passer.

- Ca mord ! crie le premier. Ca mord !

- Remonte-le, ajoute le deuxième.

Et le premier tire hors du lac un petit spécimen. A la couleur, ils comprennent que ce ne sera jamais plus qu'un autre Evenement Quotidien. De quoi s'occuper un peu, rien de plus.

- Fais pas cette tête, dis le troisième. Vaut mieux ça que que dalle.

Mais là, ce sont les deux autres qui semblent avoir attrapés quelque chose. Chacun se démène pour maîtriser sa prise et la remonter à la surface, bien à terre. Le deuxième parvient à l'extraire, le troisième une seconde après aussi. Une fois au sol, ils restent tous les trois encore étonnés : si la prise du troisième, la Sérénité, est d'un beau blanc, la couleur du deuxième est étrange. Jamais personne n'avait entendu parler d'une pareille chose. Ni blanche, ni noire, pas davantage grise : elle est d'un magnifique jaune or.

- Faut qu'on aille montrer ça aux autres ! suggère le premier.

- Ah non ! Hors de question. Elle est à moi, je ne compte pas la partager. Pas même du regard. D'ailleurs, je vais la ranger.

- Non, attends ! réagit le troisième. Si tu ne nous laisses pas en profiter nous aussi, nous l'annoncerons à ta place.

- Tu n'oserais pas ? Me faire ça à moi ?!

- Tu es tout à fait prêt à nous la confisquer, toi !

- Arrêtez ! crie le premier.

Ils se taisent tous. Songent. Réfléchissent d'un côté à comment le garder sans la partager, de l'autre à la prendre. Enfin, le propriétaire de la chose trouve une solution.

- Je sais comment régler le problème. En échange des moments que vous passerez à l'admirer, vous me payerez de quelques prises chacun, et à chaque fois.

Ils retournent chez eux. La nouvelle se propage rapidement. Et plus rapidement encore, du monde s'invite devant sa porte en l'attente de pouvoir, à son tour, prendre plaisir à regarder l'objet tant convoité.

Ainsi, le deuxième est devenu d'une richesse incomparable. L'intérêt grimpant, la splendeur des objets cédés aussi, accumulant de plus en plus de choses d'un blanc pur. Personne, pourtant, ne s'est préoccupé de quoi est faite la chose : seule son allure a compté. L'Illusion a donc, par son évolution, gagné le monde.




5 Commentaires


Très bon, ce texte. Y'a juste 2-3 fautes et tournures maladroites, mais c'est à mon avis un des meilleurs que j'ai lu de toi. :)

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