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Le 50ème

Jedino

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J'étais né homme, je suis mort con. Et c'est vrai qu'au fond, je n'avais pas si mal commencé : une petite enfance tranquille, une adolescence à se taire et une vie à décrire le martyr d'un mal que je ne connais pas. Vraiment, dans le genre, il existe pire. Mais, comme vous le savez, tôt ou tard, cette innocente pensée s'incruste pour ne plus se laisser extraire. "Merde", que je me suis dit, à son arrivée. Comment qu'elle était clinquante, celle-là! Il me fallait l'adopter, ce que j'ai bien entendu fait. Ce fût peut-être une bêtise, qu'en sais-je, moi qui suis mort? (Je me suis toujours demandé, d'ailleurs, pourquoi certains souriaient : ils pensaient surement à quel point nous étions naïfs, nous les vivants, à batailler pour nos carcasses encore garnies quand tout restait une question de temps ; ou bien, cela signifiait plutôt quelque chose comme de la moquerie pour notre condition d'ignare) En tous les cas, elle était là, dès à présent, cette envie de prendre mon envol.

Il faut dire que le désir de concurrencer les oiseaux n'est pas un désir très novateur dans l'histoire humaine. Il suffit de songer un instant à ce pauvre Icare qui alla trop tôt provoquer l'orgueil des dieux, ou à ce bon vieux Leonard et son hélicoptère antique. Bref, autant dire que j'avais quelques siècles, sinon millénaires, de retard. Cependant, je m'interrogeais, et longuement, sur la sensation d'un courageux qui a été capable de monter haut, assez haut, lourd comme un homme, pour tenter de remettre en cause une nouvelle fois la physique et ses lois.

Je ne quêtais donc pas l'au-delà, je quêtais l'extase. Personne n'irait se risquer à penser et annoncer cela après mon retour sur terre, mais je dois vous avouer qu'à ce moment-là, cela m'importait relativement peu. D'ailleurs, contrairement à la croyance commune, ce n'est pas si aisé que cela : l'ascension est certes motivée et déterminée, mais ces qualités s'usent grandement à mesure que les mètres se font sentir dans les jambes. Et c'est vrai que plus le défi est haut, moins il est facile d'expliquer pourquoi l'escalier plutôt que l'ascenseur. Probablement une maladresse fâcheuse face à une velléité qui s'est vêtue de volonté.

Mais enfin, la fin se montre toujours. Faut éviter d'être pressé, et tout passe mieux. Paraît qu'il faut mâcher consciencieusement pour digérer comme un roi. C'est un peu la même chose, avec la vie : vient un jour où, t'as beau la mâcher, la digérer sans maux d'estomac, ça finit par sortir. Pour le coup, c'est le cas de le dire, tu es dans la merde. Donc j'étais sur le toit de l'immeuble, le vent soufflait pas trop mal. Une aubaine, en quelque sorte. Qu'exiger en plus, sinon deux ou trois plumes sous les bras? C'en aurait sans doute rassuré plusieurs parmi ceux qui ont fini par reculer.

Je me suis approché de la liberté, le coeur un peu tendu, l'esprit complètement aspiré. En cet instant, j'avais compris tout le sens de la contemplation d'une vue magnifique vers un au loin majestueux. Ils se faisaient lâches devant ce qu'ils s'imaginaient impossible. Pourquoi croyez-vous que le vertige force au recul? S'ils ne le faisaient pas, ils iraient. Quand l'esprit tergiverse, le corps veut. Ne vous inquiétez pas, néanmoins, toutes ces réflexions ne m'avaient pas envahi à cette occasion-ci : seules la beauté et la conviction me portaient. Peut-être est-ce là le secret de ceux qui nous font jalouser nos kilos en trop : un brin de légèreté, un autre de folie. Celle de la grandeur, celle de l'infini.


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5 Commentaires


À velléité, vous plendlez bien un peu déilé ou déicitlon ? Heu, plouf plouf... C'est un texte inspiré par les Darwin Awards ?

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konvicted : encore heureux, que je m'aime moi-même, tiens!

tequila moooooooor : Ah non, du tout! Au début, je voulais faire un truc pas marrant, mais finalement, comme j'étais pas dans l'ambiance "depress, man", ça n'a pas franchement marché :D

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Merci, jeune homme! Comptez-vous nous écrire à nouveau quelque chose bientôt?

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