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Inhumain

Jedino

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L'homme sans visage se regardait dans le miroir. Il n'y voyait rien. Rien,sinon sa propre laideur qui le dégoûtait. Il se demandait comment il parvenait encore à s'imposer un tel supplice alors qu'il se voyait continuellement, déjà, dans les pupilles des passants qu'il rencontrait dans ses journées. Il avait pourtant essayé des centaines de fois de s'inventer, de se réinventer. Mais, à chaque essai, la vérité finissait par lui retomber dessus. Ce même poids qui, tantôt, l'avait mené en enfer. Il n'en était jamais sorti.

Son travail devenait de plus en plus pénible. Sa vie, elle, était chaotique. Il n'avait rien trouvé qui lui permis de s'en échapper, de prendre la place d'exutoire. L'alcool, la drogue, ne faisait plus effet. Plus suffisamment longtemps. Il ne parvenait plus à s'oublier, à oublier ce que le monde avait fait de lui. Un monstre. Une horreur. Les enfants fuyaient à son passage. Les femmes levaient les mains pour cacher leur surprise.Toutes ces paires d'yeux qui le harcelaient, le transperçaient jusque dans la chair, lui, celui qui n'avait rien demandé, rien souhaité, sinon une vie tranquille, une vie banale. Une vie en paix et dans la paix.

Comment pouvaient-ils plaindre ceux qui quittaient la guerre, choqués, quand d'autres héritaient, en plus de cela, d'une guerre contre eux-mêmes? Comment aurait-il pu accepter l'idée d'être ce qu'il n'était pas? Le mot "beauté" l'exécrait. Il ne voulait pas de leur pitié, de cette reconnaissance malheureuse. Il n'attendait qu'une chose : disparaître. Disparaître dans les foules, des rues, des vies. Devenir un fantôme pour les autres. Il l'était déjà en lui.

Pourtant, le désespoir n'aboutit que rarement là où il devrait aller. A celui qui tient, l'espoir revient. Toujours. Tôt ou tard. Sous une forme ou une autre. De l'ordinaire se détache de l'extraordinaire. De la pitié naît le mépris, l'indifférence ou l'amour. Peut-être avait-il tout simplement croisé une âme perdue, aussi, ou un être exceptionnel. Peut-être existait-il de quoi bombarder une existence trop en phase, équilibrée. Peut-être, oui, que la rencontre, jour après jour, avec lui-même lui avait offert cette chance de se faire une raison. Il savait, en tous les cas, que l'unique chose qui le détruisait était ses croyances, ces concepts, qui le décrivait comme il n'était pas : inhumain.



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14 Commentaires


Commentaires recommandés

Merci Captain Obvious, je me doute bien que mon chat est inhumain, mais qu'est-ce qui fait qu'un individu génétiquement humain est qualifié d'inhumain par ses congénères, ou par lui-même ?

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Selon la définition donné au terme. Tu peux le prendre dans ce sens-là (ce qui est génétiquement ou d'apparence humaine), mais tu peux aussi le prendre comme quelque chose à valeur plus "morale", éthique.

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Justement, est-il légitime de qualifier quelqu'un d'inhumain sur des critères moraux, et si oui, à partir de quel moment ?

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Légitime? Rien n'est légitime en soi, mais si l'homme se veut un être de raison, n'est-ce pas là un des critères qui le "détermine"?

A partir de quel moment? En général, c'est la "masse" qui en décide. Mais, une masse de raison n'est pas une raison en masse, n'est-ce pas?

Cela dit, le moment vient quand tu commences à foutre en l'air plus que ta personne même. Tu es en droit de choisir pour toi, mais pas pour les autres. Même si ça se fait largement.

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Effectivement, ce n'est pas parce que la masse est nombreuse à avoir tort qu'elle a raison.

J'aurais tendance à penser qu'au contraire, la destruction est quelque chose de très humain, mais bon ça doit être une notion très subjective.

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C'est un abruti de sociologue. J'te rassure, j'ai du mal avec la sociologie aussi.

Je ne suis pas optimiste. Je ne suis simplement pas pessimiste. Voir tout en noir ou tout en blanc, c'est assez problématique, car jamais "complet".

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Peut-être, mais la question de l'intérêt relatif des différentes visions n'est pertinente que si l'on peut en choisir une plutôt qu'une autre, ce dont je doute fort, pessimisme oblige.

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