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Désir de victime

existence

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Cela peut sembler absurde de désirer être une victime. Pourtant, on peut être tenté par cela. En effet, la glorification de Jésus-Christ valorise la victimisation comme positive pour tout le monde. On peut s'identifier à Jésus et ainsi en se victimisant, fusionner mentalement et fantasmer d'être montré par tous les crucifix. Par notre souffrance, on deviendrait une star internationale et sauveur du monde.

Il se passe l'inversion de valeur entre faire le bien et faire le mal : notre mal deviendrait le bien d'autrui. J'aborde cette question dans le billet précédent Jésus Christ : l'association entre douceur et scarification. Être victime est alors considéré comme positif au lieu de négatif.

De plus, on le sait, quand on est victime, on ne peut rien nous refuser. Le cri strident de la victime, qu'il soit implicite et silencieux, ou bien explicite, est un peu le cri strident de la personne autoritaire. Même si on passe pour faible, autrui a bien du mal à refuser quelque chose à une prétendue victime. On ne culpabilise pas nécessairement qu'autrui soit victime, mais on culpabilise de ne pas lui porter assistance. Le désir de pouvoir peut donc nous amener à faire la victime.

Tout cela n'est pas très moral, bien entendu, mais comme Jésus-Christ est un personnage sur lequel on n'a pas le droit de dire quoi que ce soit, on se protège par la fusion avec lui. J'évoque cela dans Le refuge de la similitude. Il est bien difficile de reprocher à quelqu'un de faire la victime quand c'est un principe culturellement valorisé. D'un point de vue chrétien comme déjà évoqué, mais également d'un point de vue juif avec la Shoah, encore que dans ce cas, c'est plus une victimisation de groupe qu'une victimisation individuelle. La victime a toujours raison.

Cette caractéristique inattaquable de la victimisation mène à la compétition victimaire. L'enjeu est de taille, puisqu'il s'agit d'exister comme victime universelle et d'avoir le pouvoir sur autrui. Dans ce processus, chacun accumule tout ce dont il peut se plaindre, afin d'avoir le plus gros dossier. Au final, celui qui a le plus de point a gagné, et l'on doit se soumettre à sa volonté.


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3 Commentaires


Commentaires recommandés

fantasmer d'être montré par tous les crucifix.

antinomique avec la passion, je trouve.

cela concerne peut-être les membres du groupe dit "Opus dei" ?

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