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Les effets de la croyance à l'enfer

existence

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De toute évidence, croire qu'on peut aller en enfer selon nos actions banalise la punition. Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas punir puisque Dieu, le représentant du Bien, le fait ? Oui, mais si on punit quelqu'un alors que Dieu ne le punit pas, on va à l'encontre de la volonté divine. C'est un dilemme. Parfois, on est sûr que quelqu'un fait du mal selon nos critères, et on l'imagine alors brûler en enfer. Dans ce cas-là, si on lui fait une crasse, ce ne sera pas grand chose à côté du fait que de toutes façons il va aller en enfer. On peut donc y aller, faire des reproches qui font mal, mettre des bâtons dans les roues, éventuellement frapper, et pour les plus extrémistes, tuer.

Inversement, si on croit au paradis, on sera tenté de récompenser quelqu'un qui fait le bien, comme pour lui donner un avant-goût du paradis. On se projette en tant que dieu, ce qui flatte l'ego. Comme dieu est ambivalent puisqu'il menace autant de l'enfer qu'il promet le paradis, on peut aussi être ambivalent. Par exemple, faire croire à autrui qu'on va lui faire du mal, et l'épargner, pour le récompenser d'agir conformément à ce qu'on juge être le bien.

En fait, je parle de croyance au paradis et à l'enfer, mais l'athéisme ne prémunit pas de ce genre d'identifications, parce qu'on peut aussi avoir ces comportements parce que même si on y croit pas, ces notions sont présentes à notre esprit de part la culture. Elles sont aussi souvent inculquées par l'éducation. Si on est gentil, on a une récompense, si on est méchant, on est grondé ou puni. La terminologie simpliste de gentil/méchant est semblable à l'issue simpliste paradis/enfer.

Même si le paradis et l'enfer ne sont pas dans le monde réel, le fait qu'il soit dans l'esprit des gens déteint sur la perception de la causalité. Le conditionnement parental et les réactions d'autrui en général nous conditionne à penser qu'on est punit ou récompensé selon nos actions, indépendamment des actions humaines volontaires. Ainsi, si on agit mal, on craindra qu'il nous arrive malheur, que l'on ait un accident par notre maladresse ou par la maladresse d'autrui, que l'on ait pas de chance, que des gens deviennent méchants avec nous.

On s'attendra confusément à être puni si on considère qu'on agit mal, et à être récompensé si on agit bien. Cela peut avoir un effet auto-confirmatoire. Par exemple, si on s'en veut et qu'on se fait du mal inconsciemment, on finit effectivement par être puni. Ou si autrui nous juge et nous fait du mal, volontairement ou involontairement, on est effectivement puni. On peut aussi avoir tendance à interpréter des événements négatifs comme étant des punitions. On aura alors aussi l'impression subjective d'être puni.

A l'inverse, si on s'attend à être récompensé, on peut avoir tendance à faire en sorte d'être récompensé. Et si cela n'arrive pas, on peut en être frustré, "ne pas comprendre" pourquoi autrui n'est pas généreux avec nous. Ainsi le sentiment d'être lésé parce qu'on a donné ou fait des choses pour autrui et qu'il ne nous les rend pas. L'idée du paradis et de l'enfer fait de la récompense et de la punition une réalité, une normalité, et avec cela tous les phénomènes psychologiques et sociaux, les effets d'auto-suggestion et d'influence.

Comme le paradis et l'enfer deviennent intégrés aux relations sociales, on a prise sur ces notions. Chacun d'entre nous devient l'artisan du paradis et de l'enfer sur terre comme un avant-goût du jugement dernier. Chacun aura sa méthode, plus ou moins explicite, par la violence physique ou la violence morale, directement ou indirectement en passant par autrui, etc. Inversement, le paradis et l'enfer devient une justification des vengeances et du flicage mutuel en bonne société.

Les concepts de paradis et d'enfer existent simplement parce qu'on veut que les gens soient punis et récompensés, et parce qu'on veut pouvoir justifier nos comportements, nos sentiment de colère, notre agressivité alors même qu'on se dit bon, ou bien les privilèges qu'on accorde alors même qu'on se dit impartial. En d'autres termes, la croyance au paradis et à l'enfer n'est pas une hypothèse métaphysique mais un choix, une stratégie psychologique et sociale. Et comme personne ne peut nous démentir, on peut l'utiliser. Alors ces notions deviennent vraies, parce qu'elles sont réalisées socialement.


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4 Commentaires


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Je ne saurais pas dire si elles sont réalisées socialement, mais il est certain que cela peut influencer, en bien, ou non, une personne. On peut craindre l'enfer comme le vénérer, et on peut vouloir aller au paradis comme en désespérer. Finalement, ce sont des artifices que chacun utilise à sa façon. Comme le fait de les disloquer, de les remettre en question, ou de les considérer comme elles nous sont offertes.

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Ben les remettre en question, c'est justement pour que ces notions aient moins d'effet, pour qu'on ne puisse pas les utiliser justement et qu'on les reconnaissent pour ce qu'elles sont, des représentations.

Je pense que le simple fait de regarder quelqu'un en lui suggérant qu'il va brûler dans le flemmes dans l'enfer, c'est agressif.

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En fait, je parle de croyance au paradis et à l'enfer, mais l'athéisme ne prémunit pas de ce genre d'identifications, parce qu'on peut aussi avoir ces comportements parce que même si on y croit pas, ces notions sont présentes à notre esprit de part la culture. Elles sont aussi souvent inculquées par l'éducation. Si on est gentil, on a une récompense, si on est méchant, on est grondé ou puni. La terminologie simpliste de gentil/méchant est semblable à l'issue simpliste paradis/enfer.

Des expériences de psychologie montrent que, indépendamment des croyances, une forte part de la population "croit" en la justice du monde, i.e., pense ou espère que les bonnes actions seront récompensées.

Ainsi, une demande de contribution à une association caritative a plus de succès lorsque qu'elle est demandée à un homme qui est dans l'incertitude, qui dépend d'un fait sur lequel il ne peut rien, exempli gratia un résultat d'analyses médicales.

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