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Le soupirant de la reine de France Anne d'Autriche


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sovenka Membre 1 078 messages
Forumeur alchimiste‚ 37ans
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En 1625, Georges Villiers, duc de Buckingham, favori du roi Charles 1er d'Angleterre, se vit confier la mission d'aller chercher la sœur du roi Louis XIII : Henriette Marie de France, épousée par procuration. Aussi de resserrer les liens entre les deux royaumes, ce qui s'avèrera plutôt foireux, le duc étant un vrai bourrin incapable de maîtriser ses pulsions.

En ce temps, le monde entier l'encensait pour sa mâle beauté, ce qui ne fit qu'aggraver son syndrome de Casanova.

Planquez vos poules, le coq arrive !

La venue du bellâtre n'enchante pas franchement le souverain français qui n'a rien d'un matador : il entre dans la reine comme d'autres vont à la corvée. Mais passons.

Le duc arrive à Paname le 24 mai, plus bling-bling que tous les Sarkozy du monde réunis, avec une suite digne d'un sultan, sans oublier sa pléthore de bagages pleins d'habits précieux et de bijoux clinquants, bref tout ce qu'il faut pour attirer le regard des dames.

Il est installé à l'hôtel de Chevreuse, le plus richement meublé de la capitale.

Visite officielle au roi, à sa mère Marie de Médicis, veuve d'Henri IV, à l'incontournable cardinal de Richelieu.

Après, il est reçu par la reine Anne en personne dans ses appartements du Louvre. C'est une très belle femme, pour le duc ça devient intéressant.

Fidèle à lui-même, il déballe le grand jeu.

La reine est une proie facile : fille du sud au tempérament romanesque et passionné, elle s'ennuie au plumard avec son époux, plutôt du genre coincé en la matière.

Problème : c'est la côtelette la mieux gardée et la plus entourée du royaume. Obtenir un tête à tête en privé avec elle relève par conséquent de l'impossible. Quant à l'entraîner dans un adultère, n'en parlons pas !

A un moment donné, pourtant, il s'en est fallu de peu...

Trois jours ont passé depuis le débarquement de Bouquingan, comme l'appellent les Français incapables de prononcer son nom correctement sans avoir placé une patate chaude au préalable dans leur bouche. En plus, cela permet des jeux de mots grivois avec "bouc", ce à quoi ils le comparent.

La mère du roi Louis n'est pas peu fière de l'aménagement du palais de Luxembourg qu'elle a commandé à des artistes et décorateurs en vogue. Une fête est donnée pour l'inauguration des lieux. C'est le cardinal qui rince : gueuleton, musique, feux d'artifice, ambulances parquées à proximité... Il y a mis le paquet, et ça se bouscule dans les galeries : trois personnes périssent étouffées, les pompiers n'ont pu intervenir à temps à cause de toute cette cohue.

Le roi est absent : il avait l'œuf, comme d'hab.

Pour Buckingham la voie est libre : il va pouvoir refaire son numéro de paon et pénétrer un peu plus profond dans... le cœur de la belle Anne, qui fredonne "Mais qu'est-ce qu'il a, mais qu'est-ce qu'il a ce Georges ?", un tube de l'époque.

Le 2 juin, Louis le treizième pousse un grand "ouf" de soulagement de voir repartir, enfin, le Bouc fringant avec la nouvelle reine d'Angleterre.

Anne est priée de ne pas se joindre au gratin d'escorte, mais elle s'insurge : après tout, elle est majeure et vaccinée !

Bon, bon, de lui accorder d'y aller avec la belle-doche, et en empruntant un autre itinéraire, hein !

Le 7, tout ce beau monde se retrouve à Amiens où, une fois de plus, un vent chaud va tourner en faveur du beau duc : Marie de Médicis a chopé un gros rhume, ça va retarder le cortège de plusieurs jours. Bonus : Anne est logée dans une demeure à part avec jardin immense, plein de haies bien épaisses et de palissades bien hautes propices aux amourettes.

Par une belle fin d'après-midi, la gaillarde Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, une intrigante toujours prête à ourdir pour rapprocher deux cœurs qui s'aiment, se pointe à dessein avec lui dans le parc où se balade la reine.

Très vite, des binômes se forment : Anne et Georges devant, la Chevreuse et lord Holland derrière, qui ralentissent de plus en plus le pas pour laisser les tourtereaux les distancer et trouver le moyen de s'isoler.

Plus loin, suivent deux nommés à point : le brave Putange, écuyer de la reine, et son portemanteau La Porte.

Au tournant d'une allée, une palissade se fait complice du duc qui n'en peut plus de contenir ses ardeurs. Anne, prise de court par la liberté de ses paroles enflammées, pousse un cri.

Sa compagnie accoure, selon la version officielle. Chacun ira dès lors de la sienne au bonheur de la presse people.

Ainsi, dans Gala, c'est La Porte qui fut cité : "Le bougre s'émancipa fort insolemment jusqu'à vouloir caresser la reine, qui en même temps fit un cri auquel tout le monde accourut. Putange, qui la suivait de vue, arriva le premier et arrêta le duc qui se trouva fort embarrassé, et les suites eussent été dangereuses pour lui si Putange ne l'eût laissé aller."

France Dimanche cita Mme de Moteville, dame d'honneur : "Putange la quitta pour quelques moments, croyant que le respect l'obligeait de ne pas écouter ce que le seigneur anglais lui voulait dire. Le hasard alors les ayant menés dans un détour d'allée où une palissade les pouvait cacher au public, la reine dans cet instant, surprise de se voir seule, et apparemment importunée par quelques sentiments très passionnés du duc, elle s'écria en appelant son écuyer, le blâma de l'avoir quittée..."

Voici cita La Rochefoucauld, ex-flirt de la Chevreuse dont il tenait l'anecdote : "Le duc était hardi et entreprenant ; l'occasion était favorable, et il essaya d'en profiter avec si peu de respect que la reine fut contrainte d'appeler ses femmes et de leur laisser voir une partie du trouble et du désordre où elle était."

Dans Closer on tomba plus bas dans le graveleux avec un témoignage de Tallemant des Réaux : "Le galant culbuta la reine et lui écorcha les cuisses avec ses chausses en broderie, mais ce fut en vain, car elle appela tant de fois que la dame d'atour, qui faisait la sourde oreille, fut contrainte de venir au secours."

Oops publia les vulgaires ragots du cardinal de Retz qui, ayant eu écho de l'affaire, la transposa carrément dans un jardin du Louvre et l'agrémenta de détails scabreux, laissant libre cours à son imagination libidineuse. Selon ses dires la reine se serait inquiétée d'en ressortir engrossée.

Le Figaro madame interrogea pour sa part la princesse de Conti, à Amiens au moment des faits. Celle-ci jura qu'elle pouvait répondre de la vertu de la reine au moins de la ceinture aux pieds, ne pouvant en dire autant de la ceinture du haut.

Après une telle vague de choux gras, ce qui devait arriver arriva : le nom de Buckingham allongea la liste de BalancetonPorc.

Le 16 juin, celui-ci devait reprendre la route, la mort dans l'âme.

Parvenu à Boulogne, au lieu de sauter dans le ferry boat, il tourne bride, prétextant un mail de Charles 1er lui demandant s'il avait pensé à acheter une boîte de macarons des chez Zadig & Voltaire.

L'amoureux transit se tape 30 lieues (un peu plus de 97 kilomètres) à cheval d'une traite (ça a dû chauffer !).

Anne est avertie de son retour par une missive de la Chevreuse, que La Porte a discrètement fait passer à l'aide d'un éventail (la missive, pas la Chevreuse).

Elle feint la surprise pourtant en recevant le galant tard dans sa chambre alors qu'elle est déjà couchée, encore toute dolente d'une saignée pour calmer ses vapeurs.

Après une scène déchirante de baisage de draps et de déclarations incendiaires, enfin, notre bourreau des cœurs s'en retourne, oreilles basses et queue entre les jambes.

L'ombrageux Louis XIII ne fit aucun reproche à son épouse. Il se contenta de tabasser des qui s'étaient trouvés dans le jardin d'Amiens au moment de l'assaut : Putange, La Porte, le larbin Dutel, et d'autres. Soit autant de CDI qui prendront fin et le même nombre de chômeurs sur la route de Pôle emploi.

De retour dans sa perfide Albion, Buckingham se consolera sur la Chevreuse qui donnera naissance à une fille à la paternité incertaine : l'époux ou l'amant ?

L'affaire des ferrets de la reine

Cette histoire est contée en deux pages dans les Mémoires de La Rochefoucauld : le duc de Buckingham avait eu pour maîtresse la fille du comte de Northumberland, épouse de l'ambassadeur Carlisle (il s'agit de Milady dans le roman de Dumas). Furieuse des trahisons de son amant volage, elle accepta d'être les yeux et les oreilles de Richelieu contre lui. Quand le duc fut rentré en son pays, elle remarqua ces splendides ferrets* de diamant qu'il arborait, se disant : "Tiens, c'est nouveau ça !"

Elle flaira un présent de la reine de France. Profitant d'un bal pour s'approcher de Buckingham, elle lui en piqua deux qu'elle comptait bien envoyer au cardinal. Le duc s'aperçu le soir même du larcin et fit sans délai fermer les ports anglais pour quelques jours, le temps de faire faire des copies des ferrets qu'il envoya outre-Manche à sa reine adorée.

Madame Claude DULONG, biographe spécialiste de la souveraine, tient cette histoire pour vraisemblable : elle a trouvé trace dans son inventaire post-mortem de six ferrets de diamant, prisés ensemble 700 livres, qui ne figuraient pas dans l'inventaire des bijoux apportés par elle d'Espagne en 1615, ni dans celui des présents faits par Louis XIII en 1617. Des ferrets auraient par conséquent été offerts par le roi ultérieurement, et il est bien possible que le duc de Buckingham en ait commandé une copie pour sauver la mise de la reine.

* Les ferrets étaient de petites fermetures effilées servant de broches décoratives.

Bibliographie : Louis XIII, de Jean-Christian PETITFILS, éd. Perrin

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