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Texte de P.Bourdieu. Praxis d'un chercheur. Qu'en pensez vous ?


lactance77

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Membre, 67ans Posté(e)
lactance77 Membre 1 580 messages
Baby Forumeur‚ 67ans‚
Posté(e)

Il vient du fond des pays islamiques une question trés profonde à l'égard du faux universalisme occidental, de ce que j'appelle l'impérialisme de l'universel (1). La France a été l'incarnation par excellence de cet impérialisme, qui a suscité ici, dans ce pays même, un national populisme, associé pour moi au nom de Herder.

S'il est vrai que certain universalisme n'est qu'un nationalisme qui invoque l'universel (les droits de l'homme, ect...) pour s'imposer, il devient moins facile de taxer de réactionnaire toute réaction fondamentaliste contre lui. Le rationalisme scientiste, celui des modèles mathématiques qui inspirent la politique du FMI ou de la Banque Mondiale, celui des laws firms, grandes multinationales juridiques qui imposent les traditions du droit américain à la planète entière, celui des théories de l'action rationnelle, ect..., ce rationalisme est à la fois l'expression et la caution d'une arrogance occidentale, qui conduit à agir comme si certains hommes avaient le monopole de la raison, et pouvaient s'instituer, comme on le dit communément, en gendarmes du monde, c'est à dire en détenteurs autoproclamés du monopole de la violence légitime, capable de mettre la force des armes au service de la justice universelle. La violence terroriste, à travers l'irrationalisme du désespoir dans lequel elle s'enracine presque toujours, renvoie à la violence inerte des pouvoirs qui invoquent la raison. La coercition économique s'habille souvent de raisons juridiques.

L'impérialisme se couvre de la légitimité d'instances internationales. Et, par hypocrisie même des rationalisations destinées à masquer ses doubles standards, il tend à susciter ou à justifier au sein des peuples arabes, sud-américains, africains, une révolte trés profonde contre la raison qui ne peut pas être séparée des abus de pouvoir qui s'arment ou s'autorisent de la raison (économique, scientifique ou autre). Ces "irrationnalismes" sont en partie le produit de notre rationalisme, impérialiste, envahissant, conquérant ou médiocre, étriqué, défensif, régressif, selon les lieux et les moments.

C'est encore défendre la raison que de combattre ceux qui masquent sous les dehors de la raison leur abus de pouvoir ou qui se servent des armes de la raison pour asseoir ou justifier un empire arbitraire.

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MembreR, 60ans Posté(e)
BM7 MembreR 5 389 messages
Baby Forumeur‚ 60ans‚
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ce rationalisme est à la fois l'expression et la caution d'une arrogance occidentale, qui conduit à agir comme si certains hommes avaient le monopole de la raison, et pouvaient s'instituer, comme on le dit communément, en gendarmes du monde, c'est à dire en détenteurs autoproclamés du monopole de la violence légitime, capable de mettre la force des armes au service de la justice universelle

Ce que disait Bourdieu est résumé en quelques minutes par Onfray .

Une politique coloniale .

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Membre, 59ans Posté(e)
essayeur Membre 3 422 messages
Baby Forumeur‚ 59ans‚
Posté(e)

C'est totalement vrai, depuis sa position, mais dès que tu prends de la distance, tu vois qu'il se mort la queue, si l'on peut dire.

L'occident depuis quatre siècles et les grandes avancées scientifiques, est dépendant des productions intellectuelles, matérielles, qui ont un coût.

Toute notre philosophie, même marxiste, tourne autour de cette nécessité : prospérer. C'est devenu d'autant plus important qu'on devra quitter la planète avant d'être cramés par le soleil. Les romans de SF, constituent presque un programme, établi pour le futur.

Le raisonnement des philosophes utilitaristes a été le suivant : si je fais une loi la plus utile possible pour le plus grand nombre, alors cette loi consolide la société, y compris économiquement. Nous prospérons.

L'enfant de cette idée est le libéralisme sociétal : je donne le droit de vote aux femmes, le droit à l'avortement, le mariage homosexuel, j'élargis donc la base de la société et nous prospérons.

C'est dans ce sens que nous imaginions nos valeurs universelles : prospérer implique d'accepter le réel. Toute société statique ou rigide va décroitre, tandis qu'en changeant constamment, en accompagnant le réel et les idées du temps, nous croissons.

Donc là où il se mord la queue, c'est que nous n'avons jamais caché nos ambitions, il fait comme si c'était caché.

Le monde occidental est à mon avis le résultat de quatre courants philosophiques majeurs : empirisme, utilitarisme, libéralisme, puis pragmatisme américain. Ces idées s'imposent effectivement de manière qui parait perfide pour qui n'a pas les clés. Mais la clé est partout : dans tous les romans, dans toutes les œuvres philosophiques en accès libre...

Par ailleurs, un monde sans leadership ne peut exister, même les sociétés anarchistes de gauche, supposent l'adhésion à des règles communautaires de vie, qui remplissent le rôle de pensée dominante.

Imaginer un monde sans une grille de valeurs quelle qu'elle soit, est du nihilisme ou un rêve.

Donc au final, sur le plan sentimental, c'est à dire du ressenti de ces populations soumises à nos arbitraires philosophiques : elles peuvent toujours retourner à un état plus contemplatif ou poétique qui correspond à leurs valeurs, mais ce que nous pouvons dire, c'est qu'un jour elles aussi, seront confrontées à la nécessité de quitter la terre ou d'y voir disparaître l'humanité. Et elles sont d'ailleurs désormais, dépendantes elles aussi des technologies modernes.

Pourront-elles faire cohabiter l'antiquité morale et la prospérité économique ? Jusqu'à un certain point, mais nous qui dépassons les tabous éthiques, aurons toujours une avance. Après c'est un débat de philosophie sur le devenir de l'homme... qui est passionnant mais difficile à mener.

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Membre, 67ans Posté(e)
lactance77 Membre 1 580 messages
Baby Forumeur‚ 67ans‚
Posté(e)

C'est totalement vrai, depuis sa position, mais dès que tu prends de la distance, tu vois qu'il se mort la queue, si l'on peut dire.

L'occident depuis quatre siècles et les grandes avancées scientifiques, est dépendant des productions intellectuelles, matérielles, qui ont un coût.

Toute notre philosophie, même marxiste, tourne autour de cette nécessité : prospérer. C'est devenu d'autant plus important qu'on devra quitter la planète avant d'être cramés par le soleil. Les romans de SF, constituent presque un programme, établi pour le futur.

Le raisonnement des philosophes utilitaristes a été le suivant : si je fais une loi la plus utile possible pour le plus grand nombre, alors cette loi consolide la société, y compris économiquement. Nous prospérons.

L'enfant de cette idée est le libéralisme sociétal : je donne le droit de vote aux femmes, le droit à l'avortement, le mariage homosexuel, j'élargis donc la base de la société et nous prospérons.

C'est dans ce sens que nous imaginions nos valeurs universelles : prospérer implique d'accepter le réel. Toute société statique ou rigide va décroitre, tandis qu'en changeant constamment, en accompagnant le réel et les idées du temps, nous croissons.

Donc là où il se mord la queue, c'est que nous n'avons jamais caché nos ambitions, il fait comme si c'était caché.

Le monde occidental est à mon avis le résultat de quatre courants philosophiques majeurs : empirisme, utilitarisme, libéralisme, puis pragmatisme américain. Ces idées s'imposent effectivement de manière qui parait perfide pour qui n'a pas les clés. Mais la clé est partout : dans tous les romans, dans toutes les œuvres philosophiques en accès libre...

Par ailleurs, un monde sans leadership ne peut exister, même les sociétés anarchistes de gauche, supposent l'adhésion à des règles communautaires de vie, qui remplissent le rôle de pensée dominante.

Imaginer un monde sans une grille de valeurs quelle qu'elle soit, est du nihilisme ou un rêve.

Donc au final, sur le plan sentimental, c'est à dire du ressenti de ces populations soumises à nos arbitraires philosophiques : elles peuvent toujours retourner à un état plus contemplatif ou poétique qui correspond à leurs valeurs, mais ce que nous pouvons dire, c'est qu'un jour elles aussi, seront confrontées à la nécessité de quitter la terre ou d'y voir disparaître l'humanité. Et elles sont d'ailleurs désormais, dépendantes elles aussi des technologies modernes.

Pourront-elles faire cohabiter l'antiquité morale et la prospérité économique ? Jusqu'à un certain point, mais nous qui dépassons les tabous éthiques, aurons toujours une avance. Après c'est un débat de philosophie sur le devenir de l'homme... qui est passionnant mais difficile à mener.

Non, ça ne date pas de si vieux. Et c'est de son accélération croissante au nom des droits de l'homme qui pose problème.Marx en avait justement parlé et proposait pour ça, une internationale des pauvres.De plus, nous cachons justement nos ambitions de pillages sous les travers d'imposer nos droits de l'homme à ces peuples alors, que nous n'avons jamais été capable de les appliquer chez nous.Ne pas comprendre un " truc" aussi simple, c'est se laisser bercer par l'angélisme libéral qui détruit tout.

ce rationalisme est à la fois l'expression et la caution d'une arrogance occidentale, qui conduit à agir comme si certains hommes avaient le monopole de la raison, et pouvaient s'instituer, comme on le dit communément, en gendarmes du monde, c'est à dire en détenteurs autoproclamés du monopole de la violence légitime, capable de mettre la force des armes au service de la justice universelle

Ce que disait Bourdieu est résumé en quelques minutes par Onfray .

Une politique coloniale .

Pire car nous n'avons plus de colonies. Une politique de destruction systématique, ce qui est autre chose

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