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La guerre oui, mais pas n'importe comment !


January

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 438 messages
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UN PREMIER CODE

Dès l'antiquité, les polémologues qui étudient la "science de la guerre" rêvent de conflits civilisés. Si l'on ne peut pas éradiquer la violence qui jettent les hommes les uns contre les autres, alors, on va encadrer cette violence.

C'est Hamourabi, un roi de Babylone, qui vers 1750 avant J.-C. compose le premier code des guerriers, afin que "le fort n'opprime pas le faible". En Inde, le sage Manu demande la clémence pour les ennemis désarmés. Dès le VIIe siècle avant J.-C. les grecs imposent le respect des temples et des populations qui s'y réfugient. Un siècle plus tard, en Chine, le général Sun Tzu prohibe l'extermination de l'adversaire. Au IIIe siècle avant J.-C. l'empereur bouddhiste indien Ashoka demande à ses soldats de ramasser après les batailles les blessés et les morts, amis comme ennemis.

On veut "humaniser" la guerre qui est nécessaire, on va codifier la manière de tuer. Dans la Grèce antique, on se met d'accord entre combattants pour interdire l'usage de flèches empoisonnées. Au Moyen-Age, ce seront les arcs et les flèches qui seront bannis des combats au prétexte qu'ils peuvent tuer un homme de loin ou dans le dos. La religion, championne toutes catégories de la paix entend bien avoir voix au chapitre. Vers l'an mille, l'Eglise Catholique impose aux combattants "la Trêve de Dieu". Mais surtout, elle invente ce terrible oxymore : La Guerre Juste.

Selon St Thomas d'Aquin, la guerre ne peut relever que de la puissance publique et doit obéir à une cause juste, sinon, ce n'est qu'une suite de crimes. Pour qu'il y ait cause juste, il faut que ceux que l'on attaque aient mérité par une faute d'être attaqués (somme théologique 1273). La guerre n'est pas un acte de sauvagerie mais une relation entre Etats qui n'ont pas réussi à s'entendre sur un point déterminé : le Casus Belli. Comme n'importe quelle relation sociale majeure elle doit avoir des règles.

Chronologie :

VIIIe - VIe siècle av. J.-C. : Dans l'ancien Testament, le Deutéronome interdit de ravager les récoltes ou de détourner une source d'eau. "Si tu fais un long siège pour t'emparer d'une ville avec laquelle tu es en guerre, tu ne détruiras point les arbres en y portant la hache, tu t'en nourriras et ne les abattras point".

VIe siècle av. J.-C. : Le traité de stratégie militaire chinois L'Art de la Guerre (Sun Tzu) interdit le meurtre des prisonniers.

1036 : La Trêve de Dieu instaurée par l'Eglise exige, sous peine de sanctions canoniques, la cessation des hostilités du mercredi soir au lundi matin et pendant les temps de l'Avent, de Noël, du Carême et à Pâques.

1139 : Deuxième concile du Latran : interdiction des arbalètes et des ars, sauf contre les "infidèles"

XIIe - XIIIe siècle : Gengis Khan invente l'immunité diplomatique. Il permet aux belligérants de s'accorder une pause pendant que leurs émissaires entament des négociations sans craindre d'être assassinés.

PLUS TARD

La première obligation sera de faire la distinction entre la population civile et les soldats. Le deuxième principe est de se faire le moins de mal possible. Ces deux principes seront consignés par Hugo Grotius, juriste hollandais. Ce sont les piliers du "droit des gens", ou droit de la guerre, à l'origine du droit international public, puis du droit international humanitaire. Grotius va distinguer deux droits : Celui de faire la guerre qui suppose un motif valable et une déclaration de guerre en bonne et due forme, et le droit pendant la guerre, celui qui réglemente les combats : seuls les biens des ennemis peuvent être pillés, les vaincus ne doivent pas être réduits en esclavage etc etc...

C'est à Paris, en exil, que Grotius écrit son œuvre ("Du droit de la guerre et de la paix"). Cet homme des lumières avant l'heure croit profondément que les hommes sont liés par un contrat fondé sur le refus partagé de la bestialité de l'état de nature. Stop aux pulsions, place à la raison. Les guerres sont des conflits réglementés et limités dans le temps, en bref, des accidents regrettables dont l'intelligence triomphera forcément... Montesquieu et Rousseau reprendront les théories de Grotius.

Entre-temps, les traités de Westphalie qui mettent fin aux guerres de Trente Ans et de Quatre-Vingts Ans consacrent la naissance de l'Etat-nation moderne. Les guerres aux frontières sont encore tolérées mais hors de question de toucher à l'existence d'un Etat !

En principe, il ne devrait plus y avoir de conquêtes...

Chronologie :

1625 : Publication de De jure Belli ac pacis d'Hugo Grotius, texte fondateur du droit international.

1709 : les Britanniques sont les premiers européens à instituer la protection des ambassadeurs étrangers.

1863 : Pendant la guerre de Sécession, le juriste Francis Lieber écrit les "instructions pour les armées en campagne de l'armée américaine", à la demande du président Lincoln : interdiction des actes de cruauté, de vengeance, respect des civils etc...

PLUS DE CONQUETES ?

Alors que les prétentions impériales de Napoléon démentent crûment cet optimisme, Carl von Clausewitz, vétéran prussien des campagnes du petit Corse, persiste dans l'idée que la guerre doit se civiliser, qu'elle doit faire moins dans la violence et plus dans la diplomatie. La guerre n'est pas un but en soi, c'est un instrument, le "prolongement de la politique par d'autres moyens" selon sa propre formule.

A suivre...

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 438 messages
108ans‚ ©,
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Sur les champs de bataille, des initiatives humanitaires voient le jour. Le 24 Juin 1859, Henri Dunant, une homme d'affaires suisse en voyage en Italie, arrive à Solferino. Une terrible bataille vient d'opposer les troupes françaises et piémontaises à celles de l'Autriche. Près de 400 000 hommes ont été abandonnés sur le terrain. Avec l'aide de femmes des alentours, Henri Dunant prend en charge les soldats blessés et met en place un hôpital de fortune dans l'église d'un village voisin. En 1863, il participe à la création du Comité International de secours aux militaires blessés, le futur Comité International de la Croix-Rouge.

La même année, en pleine guerre de sécession, Abraham Lincoln, président des Etats-Unis, demande au juriste français Lieber de mettre au point une série d'instructions pour les soldats de l'Union afin de limiter l'ampleur des violences : pas d'exécution de prisonniers ni de répression des civils, sauf menace directe. L'année suivante, à Genève, une convention internationale oblige les armées à mettre en place des services médicaux et à soigner tous les blessés. Le droit humanitaire vient de naître.

Quant au droit des conflits armés contemporains, celui qu'on applique aujourd'hui pendant les combats, il s'appuie sur deux textes : les conventions de La Haye de 1899 et de 1907 qui traitent du contrôle des moyens et des méthodes utilisés. Parmi les règles : "Interdiction de lancer des projectiles ou des explosifs du haut de ballons ou par d'autres modes analogues", "interdiction de l'emploi de projectiles qui ont pour but unique de répandre des gaz asphyxiants ou délétères". La Première Guerre Mondiale enterre radicalement ces principes. Le 26 février 1916, 2 millions d'obus tombent sur Verdun, soit 3800 à la minute !

La Seconde Guerre Mondiale piétine allègrement l'autre pilier du "droit des gens" : la protection des civils. Dresde, le 14 février 1945, les forteresses volantes américaines larguent 750 tonnes de bombes en 11 minutes ! Au minimum 25 000 morts. Inutiles. Sans parler du génocide nazi et de ses 6 millions de victimes, on sait aujourd'hui que les tapis de bombes balancées par les alliés sur les villes allemandes n'étaient pas nécessaires stratégiquement.

La liste des entorses au droit international s'allonge au cours des XXe et XXIe siècles : napalm et défoliant au Vietnam, financement de soudards sanguinaires en Amérique centrale, torture et humiliation de prisonniers en Irak et en Afghanistan. On est très loin des consignes de modération données par Lincoln aux forces de l'Union.

Chronologie :

1864 : Première convention de Genève : les ambulances et les hôpitaux militaires seront reconnus neutres, et comme tels protégés et respectés par les belligérants, aussi longtemps qu'il s'y trouvera des malades ou des blessés.

1907 : Convention de la Haye : Interdiction de l'usage de gaz "asphyxiants".

1918 : Le traité de Versailles déclare l'empereur allemande Guillaume II coupable d'une "offense suprême contre la morale internationale et l'autorité sacrée des traités". C'est la première référence à l'idée de communauté internationale.

1998 : Condamnation pour génocide par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda du professeur Jean-Paul Akayesu, ancien maire de Taba, une ville où, d'avril à juin 1994, environ 2000 tutsis avaient été massacrés.

A suivre...

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Membre, Forumeur confit, Posté(e)
Enchantant Membre 18 089 messages
Forumeur confit,
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Bonjour January,

Que les hommes, de l’antiquité et des siècles suivants, périodiquement confrontés aux atrocités de la guerre, imaginent des codes ou des scénarios « humanisant »les conflits armés, est de nos jours, une illusion et un vœu pieux à ranger dans la bibliothèque de l’histoire de l’humanité

La guerre, c'est l'arbitraire, l'injustice, le crime, le meurtre, les assassinats, les destructions, qu'on le veuille ou pas, et en même temps celle de la nécessité légitime de se défendre.

Si la guerre fut longtemps une affaire exclusive de combat entre hommes, il y a exactement un siècle, la première guerre mondiale en Europe de 1914/1918 changea complètement la donne et la représentation mentale que nous pouvions en avoir précédemment.

De nos jours, nous avons deux possibilités de type de conflit armé, la guerre subversive et clanique, de faible intensité avec du matériel militaire conventionnelle, celle que les jihadistes islamiques pratiquent principalement dans les pays arabes, mais aussi celle que les pro-russe pratiquent aujourd’hui en Ukraine.

La guerre généralisée et totale, ou la notion d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards, sont ou seront, sans distinction, victimes du conflit, n’auront guère à s’occuper des moyens juridiques de leur protection ou de règle « humaniste » quelconque.

Depuis moins de 70 ans, la dissuasion nucléaire à freiner la réaction en chaîne, aboutissant à un conflit généralisé, rien ne dit que cette situation puisse perdurer indéfiniment et toujours

January, en réaction à votre sujet, c’est ce qui m’a traversé l’esprit, en lisant votre code de la guerre au cours de l’histoire.

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 438 messages
108ans‚ ©,
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Bonjour Enchantant,

La guerre "juste", la guerre "humanisée", ou la guerre "propre" comme l'expression récemment apparue, n'existe pas je le crois. J'avais entamé une discussion sur un autre topic à ce sujet et j'ai voulu ici reprendre l'histoire au début afin d'argumenter ma position.

Je conclurais en donnant mon avis : Il n'est pas possible de réglementer la guerre. Après la première guerre mondiale, la SDN est créée avec l'espoir d'instaurer la paix en Europe. De cet ancêtre de l'ONU, Mussolini dira : "La SDN est très efficace quand les moineaux piaillent, mais plus du tout quand les aigles attaquent". Tous ces milliers de pages de traités et de conventions pour limiter les dégâts ne seraient donc qu'un leurre, histoire de se donner bonne conscience.

Oh oui, les juristes objecteront que la paix règne sur la quasi-totalité des relations entre Etats souverains. Seuls huit (sur près de 200) sont officiellement en guerre : Les Corées du Sud et du Nord, la Chine populaire et sa petite sœur Taïwanaise, la Syrie et Israël depuis la guerre du Kippour, la Russie et le Japon depuis l'annexion des îles Kourils par l'Armée rouge en 1945, depuis peu, d'autres... Mais tous ces conflits sont au point mort. Dans leur immense majorité, les guerres contemporaines se déroulent à l'intérieur des frontières d'un pays, et sont souvent motivées par des questions d'ordre ethnique et religieux. Ce sont moins ces états qu'il faudrait ramener à la raison que les groupes qui se tiennent hors de tout cadre...

Qui va expliquer les subtilités du droit international public à un rebelle centrafricain, un guérillero du Sentier Lumineux ou un combattant d'Al-Qaïda ?

Depuis sa création en 2002, la Cour Pénale Internationale a lancé de nombreux mandats d'arrêt pour crimes de guerre ou crimes contre l'humanité à destination de l'Ouganda, de la République Démocratique du Congo, du Soudan (Darfour), pas de résultat probant pour l'instant...

L'impuissance du "droit de la guerre" est de plus en plus apparente. Il ne peut y avoir de guerre juste, à moins de s'attacher à sa toute première définition en début de topic. Mais ensuite ? Il ne s'agit que d'une phrase, d'une palisse. Plus qu'une guerre "juste", les anciens ont voulu la guerre "loyale". Ces mots crédules ne pouvaient, et ne pourront jamais s'opposer à la folie des hommes.

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Membre, Forumeur confit, Posté(e)
Enchantant Membre 18 089 messages
Forumeur confit,
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January,

Je partage complètement votre description.

Cela ne m’empêche de vous remercier à nouveau sur la qualité des sujets que vous abordez et que vous animez sur forumFR.

Sujets toujours intéressant, et incitateur de réflexions personnelles.

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Membre, Obsédé textuel, 73ans Posté(e)
Gouderien Membre 38 432 messages
73ans‚ Obsédé textuel,
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On est très loin des consignes de modération données par Lincoln aux forces de l'Union.

Je ne mets pas en doute les bonnes intentions de Lincoln, mais enfin la guerre de Sécession a quand même vu la "marche à la mer" du général Sherman à travers la Géorgie et les Carolines, avec pour mot d'ordre de tout détruire afin de pousser le Sud à la reddition aussi rapidement que possible. Ca a été une des premières expériences de "guerre totale", et les spécialistes saluent d'ailleurs le général Sherman comme un précurseur dans ce domaine (je me demande si c'est vraiment un compliment).

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 438 messages
108ans‚ ©,
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C'est exact, et Lincoln a généreusement remercié Sherman pour sa stratégie de la terre brûlée.

C'était joli, dans le texte.

Article 4, par exemple : [...] La loi martiale étant sanctionnée par la force militaire, il appartient à ceux qui l'administrent d'être strictement guidés par les principes de justice, d'honneur et d'humanité - vertus qui conviennent au soldat encore plus qu'à tout homme, pour la raison qu'il possède la puissance des armes contre des êtres désarmés. [...]

Le Lieber Code, pour ceux qui voudraient y jeter un coup d'œil : https://www.icrc.org/applic/ihl/dih.nsf/ART/110-20001?OpenDocument

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Invité elbaid
Invités, Posté(e)
Invité elbaid
Invité elbaid Invités 0 message
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Gengis Khan c'était pas un tendre . il faisait des monticules de têtes tranchés pour effrayer ses enemies . il faut croire qu'autrefois les types ils faisaient pas ds la dentelle .

connaissez vs l'origine du doigt d'honneur ?

guerre de cent ans .

l'ennemie capturés voyaient leur majeur amputé afin de ne plus pouvoir tirer à l'arc. Aussi, par provocation, avant les batailles, ils auraient agité le majeur en direction des troupes françaises dans l'idée de dire « Venez-donc les chercher ». Il semblerait que ce geste ait été repris des Gallois eux-mêmes, à l'époque où ils affrontaient l'Angleterre. C'est d'un goût !

il y aussi l'exemple de jeter des cadavres d'animaux ou humains à l'aide de catapulte ds le camps adverse afin d'effrayer et si par chance le cadavre tombé ds le puis c'était bingo ! l'invention de l'a guerre chimique .

le cas aussi très ingénieux d'envoyer des amphores de bitumes et de souffre . Les Perses auraient su que, parce que les Romains se trouvaient à ce moment dans un espace confiné, en leur expédiant cette mauvaise surprise et en bloquant leur sortie, ils les condamnaient à l'asphyxie[3]. L'emploi de ces armes est très tôt condamné par le droit, comme en atteste la formule des juristes romains armis bella non venenis geri (« la guerre est menée par les armes et non par les poisons .

Quel coups de génie !:smile2:

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