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Mokusatsu, une interprétation malheureuse ?


January

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 438 messages
108ans‚ ©,
Posté(e)

Mokusatsu (黙殺) est un verbe japonais. Il se compose deux kanjis : 黙 (moku, lit. « silence ») et 殺 (satsu, lit. « tuer ») et peut donc signifier soit « opposer une fin de non-recevoir » soit « s'abstenir de tout commentaire ». Certains ont avancé que cette ambiguïté était à l'origine de la décision des États-Unis de lancer les deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945.

En effet, ce mot est utilisé par la rédaction du Asahi Shinbun, le grand journal japonais, qui, le 28 juillet 1945, dans son édition du matin, rapporte la conférence de presse tenue la veille par le premier ministre Kantarō Suzuki. Ce dernier avait lui-même employé ce mot devant les journalistes de la presse internationale pour définir l'attitude adoptée par son gouvernement en réponse à l'ultimatum lancé par les Alliés deux jours plus tôt, lors de la conférence de Potsdam le 26 juillet 1945.

Rappelons que les Alliés menaçaient le Japon d'une destruction rapide et totale s'il n'acceptait pas la capitulation sans conditions. Était-ce d'abord pour des raisons de politique intérieure que Kantarō Suzuki employa le vocable mokusatsu : la première acception du mot lui permettant de calmer les ardeurs des militaires, farouchement opposés à toute idée de capitulation ? Répondait-il au contraire aux Alliés en des termes « plus diplomatiques » avec la deuxième acception ? Jouait-il sur l'ambiguïté ? Difficile à dire. Quoi qu'il en soit, les agences internationales de presse traduisirent ce vocable comme une fin de non-recevoir. On connaît la suite.

(Wiki)

nagasakibomb.jpg

Lost in translation ?

L'Histoire est émaillée d'erreurs de traduction aux conséquences diplomatiques plus ou moins graves (encore récemment, sur TF1, le pauvre Gilles Bouleau a bien involontairement énervé Vladimir Poutine). Mais jamais avant «Mokusatsu» un quiproquo n’était devenu casus belli.

Le mot sera lâché le lendemain de la radiodiffusion de la Déclaration de Potsdam. Pressé par les médias de réagir, le Conseil de guerre suprême est alors profondément divisé. Le cabinet est composé du Premier ministre Kantaro Suzuki, du ministre des Affaires étrangères Shigenori Togo, du ministre de la Guerre, du ministre de la Marine, du chef des Armées et du chef de la Marine.

Pour les quatre militaires, l’affaire est entendue: il faut refuser de capituler. Mais Togo demande du temps. Il veut attendre la réaction des Russes, solliciter leur médiation et obtenir la pérennité de l’Empire en échange de la capitulation inconditionnelle du Japon. Partisan précoce de la reddition, il vient de voir le télégramme de Shun’ichi Kase, son ambassadeur en Suisse, qui conseille lui aussi d’accepter la défaite.

Les deux diplomates ont parfaitement noté que «la capitulation sans condition» exigée s’applique seulement aux militaires, et pas au gouvernement ni au peuple japonais. Tous deux lisent dans le choix des mots et dans les concessions du texte «une profonde réflexion» pour parvenir à un accord. Tous deux comprennent surtout que les Alliés «ont pris la peine d’offrir au Japon les moyens de sauver la face». Seul l’avenir de l’Empire n’est pas garanti dans le texte, mais les Russes peuvent aider. Shigenori Togo parvient à arracher un compromis et à calmer l’ardeur des militaires.

Pour temporiser et contenter la presse, un compte-rendu de la réunion est alors rédigé dans lequel le Conseil de guerre suprême explique qu’il a décidé de répondre «mokusatsu» à l’ultimatum. Mais les militaires en veulent plus. Pour leur donner des gages et clarifier la position du gouvernement, le Premier ministre organise une conférence de presse dans l’après-midi du 28 juillet et aurait répété (les sources diffèrent à ce propos):

«Cet ultimatum n’est rien d’autre qu’une reprise de la Déclaration du Caire. Pour le gouvernement, il n’a donc pas de valeur en soi; nous avons décidé de le “mokusatsu”. Et de poursuivre résolument nos efforts pour conduire cette guerre au succès.»

Personne ne le sait encore, mais ce mot vient de condamner le Japon.

Slate : http://www.slate.fr/story/91073/mokusatsu-erreur-traduction-seconde-guerre-mondiale

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Membre, Obsédé textuel, 73ans Posté(e)
Gouderien Membre 38 432 messages
73ans‚ Obsédé textuel,
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De toute façon les Américains avaient décidé de tester leur bombe atomique sur le terrain. Le but officiel était de terminer la guerre dans le Pacifique, le but officieux (mais sans doute principal) était d'impressionner l'URSS. Seule une capitulation immédiate et inconditionnelle du Japon aurait sans doute permis d'éviter les deux bombardements atomiques.

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Membre, 52ans Posté(e)
Crabe_fantome Membre 47 126 messages
Maitre des forums‚ 52ans‚
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Je crois que le Japon était condamné bien avant cela. Les villes de Hiroshima et Nagasaki étaient "curieusement" épargnées de bombardements (ainsi que Kyoto qui était aussi sur la liste soit dit en passant). Je crois que le petit quiproquo est plus une figure romantique qu'une réalité historique, mais je reste néanmoins sensible à la petite histoire. Se non è vero, è bene trovato.

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Modérateur, ©, 108ans Posté(e)
January Modérateur 62 438 messages
108ans‚ ©,
Posté(e)

Je suis du même avis, là, c'est pour "la p'tite histoire" ;)

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